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19/09/2016

Le drapeau de jardin devient tapage national

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L'affaire de Nice, pure fabrication de Twitter :


 

 

Le 9 septembre, M. et Mme Panicali, retraités copropriétaires dans une résidence des collines de Nice, reçoivent la lettre suivante à l'en-tête de Foncia Ligurie, signée de "la principale de copropriété" :

 

"Madame, Monsieur

Suite à notre dernière visite d'immeuble, nous avons pu constater l'installation de votre drapeau français dans votre jardin.

Nous tenions à vous remercier de votre patriotisme mais sachant que les activités sportives estivales sont terminées, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir le déposer afin d'éviter tout débordement.

Comptant sur votre compréhension et votre compréhension,

Nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à l'assurance de notre considération distinguée. "

 

Foncia (600 agences, 116 cabinets) est le plus grand administrateur de biens en France. Son métier principal est d'être gérant pour le compte de propriétaires investisseurs, syndic de copropriété, loueur, agent immobilier pour l'achat et la vente. Le groupe gère quelques 900 000 appartements en copropriété et 190 000 en location. En octobre 2015, déjà, Foncia avait été épinglé par la CNIL pour des "commentaires excessifs sur leurs clients et prospects" :  entendre par là des appréciations débordant massivement du cadre professionnel. Dans un article de 2008, Le Monde avait dénoncé "l'autoritarisme" des méthodes du groupe.

Mais cette fois, l'affaire n'est qu'une querelle de voisinage.  M. et Mme Panicali mettent un drapeau dans leur jardin pour l'Euro de football, puis l'y laissent après le carnage de la promenade des Anglais : pour manifester - "comme à Paris"-  leur solidarité sous la forme simple du patriotisme. Fureur (étrange) d'une voisine d'immeuble ! Elle téléphone à Mme Panicali "pour me dire que c'était franchouillard, qu'il fallait que je l'enlève, que ça ne se faisait pas et qu'ils en avaient assez."  Mme Panicali répond qu'elle n'enlèvera pas. La voisine appelle Foncia Ligurie. D'où la lettre ci-dessus... Mme Panicali ne se laisse pas impressionner : elle publie la lettre sur le site de Nice-Matin.

Du coup l'affaire gagne Facebook et Twitter, où les professionnels du patriotisme outragé s'en emparent et la gonflent aux dimensions d'une offensive antipatriotique de Foncia. On voit débarquer sur Twitter les cavaliers de l'Apocalypse : Ménard sur son cheval pâle, Philippot sur son cheval rouge (comme dirait Ménard), Dupont-Aignan sur son cheval incolore et même Isabelle Balkany sur son cheval au noir ; ils crient au "délire antipatriotique de Foncia" et appellent à un déferlement de bannières sur les façades. Bombardé de messages exigeant le licenciement de l'auteure de la lettre, Foncia cède à la panique : son directeur François Davy fait savoir sur Facebook que "cette action faite en local ne reflète en rien la politique du groupe", et qu'il va appeler "personnellement" le copropriétaire afin de lui présenter des excuses.

Bref : c'est Clochemerle. A ceci près que la polémique ne concerne pas une pissotière municipale mais l'emblème national,  on assiste - comme dans la vieille bouffonnerie de Gabriel Chevallier (1934) - au gonflement d'une mini-haine vicinale en gros schproum médiatique. A l'arrivée, l'affaire n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était au départ [*] : distorsion typique de ce que produisent les réseaux "sociaux" à longueur de journée, et qui oblige les informateurs sérieux à d'épuisantes remises au point.  On voit ça continuellement à propos du pape François..

 

__________

[*]  Tout au plus pourrait-on reprocher à la lettre d'avoir oublié qu'après "les activités sportives estivales" il y avait eu (à Nice !)  80 morts sur la promenade des Anglais, et que le petit drapeau était devenu symbole solidaire. Ou d'avoir pris le parti de voisins (aux motivations troubles) au lieu de classer sans suite...

 

13:16 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : drapeau, nice

Commentaires

CONTACT

> Je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire: que les réseaux sociaux, BFM et autres gonflent l'affaire, c'est sûr. Mais vous ne pensez pas qu'il y a quelque chose à dire sur l'attitude de Foncia ? sur les ambiguïtés de l'appel au patriotisme suite aux attentats (patriotisme de simple réaction et sans contenu véritable par ailleurs) ? On n'écrirait plus grand-chose s'il fallait à chaque fois craindre twitter... Il faudrait se retirer dans le silence...

Maud


[ PP à Maud :

C'est une histoire de mur mitoyen indûment transformée en symbole politique national :
et ça n'aurait pas existé sans l'effet déformant de Twitter.
Cet effet déformant devient un problème général que constatent les observateurs.
Il ne s'agit pas de "craindre" ou pas : il s'agit de savoir comment préserver le contact entre cerveau et réalités. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Maud / | 19/09/2016

DÉMESURÉ

> Cette "affaire" (que l'on devrait plutôt qualifier d'anecdote pour lui conserver ses proportions) revêt quand même plusieurs aspects :
Comme vous le soulignez, son retentissement - ou plutôt celui que voudraient lui donner certains politiciens - est parfaitement démesuré. C'est à croire que lesdits politiciens se sentent un peu désœuvrés en ce moment, ou qu'ils n'ont pas conscience de problèmes plus graves qu'une querelle de voisinage qui prend pour prétexte, malheureusement, le drapeau français.
Cependant, l'usage de ce prétexte n'est-il pas un signe d'un esprit bizarre en France ?
Il est de nombreux pays où hisser le pavillon national est une chose courante, non limitée aux manifestations sportives, et n'est considéré par personne comme le signe d'un nationalisme déplacé.
______

Écrit par : Sven Laval / | 19/09/2016

"PITIÉ !"

> "Bombardé de messages exigeant le licenciement de l'auteure de la lettre"... Pitié, PP, pas ça ! L'auteur peut être une dame... Comme mon proviseur...

Alex

[ PP à A. - Oui, c'est une horreure grammaticale. ]

réponse au commentair

Écrit par : Alex / | 19/09/2016

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