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08/01/2026

Les "vraies droites européennes" sous le choc : finalement M. Trump n'était pas Big Daddy

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Dans le débat sur les brutalités de  Washington, c'est Dominique de Villepin qui a raison pour l'essentiel :


De Gaulle sauva deux fois l'idée de souveraineté : une fois en 1940 par sa rébellion, quand Vichy s'engluait dans la servilité. Et une fois en 1944, par son action rapide pour relever les signes de l'Etat, empêchant ainsi le président Roosevelt d'imposer une administration américaine à l'Hexagone*.

Aujourd'hui Villepin parle (en gros) le même langage que de Gaulle. Face à la droite française trumpisée, il appelle à ne servir que l'intérêt du pays. Et l'intérêt du pays selon Villepin – comme selon de Gaulle avant lui – est de résister aux empires en parlant un certain langage universel : le langage du droit des nations dans le monde. De Gaulle le fit en septembre 1966, par son discours de Phnom-Penh contre la guerre américaine au Vietnam. Villepin l'a fait en février 2003, par son discours à l'ONU contre l'invasion américaine de l'Irak... En ces deux circonstances, de Gaulle et Villepin ont parlé un certain langage universel, qui était l'arme de résistance de leur pays et de nombreux autres.

Aujourd'hui cet universalisme-là (qui n'est pas le mondialisme !) représente la juste voie. C'est une évidence. Mais beaucoup de membres de la droite et de l'ultradroite françaises ne la comprennent pas. Ces nationalistes n'ont pas le sens national ! Fascinés par Trump et Milei, ils veulent importer ici l'idéologie MAGA-libertarienne. Ils croient que le politique se confond désormais avec ce qu'ils nomment "le combat culturel" : un bien grand mot pour désigner des imprécations contre les impôts, les climatologues, le social, les woke, les vaccins, les immigrés etc. Ces gens de droite commettent, à l'envers et en 2025, la même erreur que la gauche après 2011 : noyer le politique dans le "sociétal".

Les conséquences de cette américanisation de la classe politique sont sous nos yeux. Croyant partager une idéologie avec la Maison Blanche, persuadés que Big Daddy allait leur faire gagner les élections,  la plupart des politiciens de droite et d'ultradroite en Europe n'avaient pas voulu voir ce qu'était réellement le trumpisme : un appétit bestial, sans alliés ni frontières. D'où leur retard à protester dans les heures qui ont suivi le coup de Caracas... Mais un malaise apparaît quand Big Daddy annonce maintenant qu'il va anschlusser le Groenland. Cet île énorme est sous administration danoise depuis 1814, confirmée par la Cour internationale de justice en 1933. Le Danemark était jusqu'à présent le plus américanophile des membres de l'Otan. Arracher un territoire à un pays allié serait un acte de brute aveugle ! Donc Big Daddy n'était qu'un ogre ? Nos patriotes européens trumpistes se retrouvent en porte-à-faux. Devant le scandale groenlandais, fermer les yeux leur donnerait l'air d'être un parti de l'étranger (et d'un étranger hostile) : chose paradoxale de la part de patriotes revendiqués... S'ils veulent garder contenance, ils vont devoir montrer qu'ils n'applaudissent pas tout ce que fait Trump. On voit alors Orban se risquer à émettre une ombre de réticence. Et Farage oser déclarer que les méthodes américaines sont "contraires au droit international". Et pour empêcher le jeune Bardella d'applaudir Trump une fois de trop, Marine Le Pen le prend de vitesse et appelle au "respect des frontières".

La réalité va-t-elle reprendre le dessus ? La droite va-t-elle oublier le mirage du "culturel" et redécouvrir le politique ? En tout cas une illusion s'effondre : celle d'un trumpisme exportable et partageable qui aurait essaimé sur le Vieux Continent, comme si les Etats-Unis avaient pu devenir la base intellectuelle et matérielle d'un phénomène idéologique occidental. C'était un mirage. M. Trump est sans foi ni loi : il ne connaît que ses appétits, et ne nous veut pas plus de bien qu'aux Vénézuéliens.
Quant au président de la République française, il n'avait pas tort de proclamer que l'Europe était menacée. Ce qu'il ne voyait pas, c'est que la première menace contre elle allait venir de Washington.

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* Aussi bizarre que ça paraisse, il y a encore quelques Français aujourd'hui pour regretter que Roosevelt n'ait pas mis la France sous protectorat US. 

 

trump groenland

 

19:07 Publié dans Europe, Trump, USA | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : trump groenland

Commentaires

IL N'Y A PLUS DE LIMITES

> Ce que les peuples demandent, c'est de vivre en paix, pas que les populations se fassent massacrer. Pour vivre en paix entre nations, il y a le droit international ou la paix par la force. Le droit international est établi depuis 1945 avec la création de l'ONU. L'emploi de la force est l'ultima ratio, le dernier recours quand tous les autres moyens ont été épuisés et que la guerre est légitime (légitime défense). Que je sache, Trump n'a pas cherché à vérifier que tous les autres recours étaient épuisés. L'ONU ne l'intéresse pas et seuls ses intérêts en tant que président des Etats-Unis l'intéressent : en l'occurrence l'économie. Cet homme est un primaire; ce n'est pas trop gênant quand il anime une émission de téléréalité aux Etats-Unis, mais ç'est beaucoup plus inquiétant quand il préside aux destinées de la plus puissante nation du monde.
Et, chaque jour, il faut qu'il fasse le buzz : où s'arrêtera t'il? D'ailleurs ferait-il le buzz pour éteindre d'autres feux (affaire Epstein?).
Concernant la drogue qui inonderait le territoire américain, je ne suis pas sûr qu'il chasse avec la même vigueur ceux qui la consomment..
A partir du moment où on enfreint de la sorte le droit international, il n'y a plus de limites. Que fera-t'il si les Chinois envahissent Taïwan? etc.
Bonne année 2026...
OLP

[ PP à OLP – Bonne année à vous aussi. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Olivier Le Pivain / | 08/01/2026

ATTENTION A LA POLYNÉSIE FRANÇAISE...

> Remarquable mollesse des réactions de l'UE et des États membres alors qu'il est question d'amputer l'un d'eux de 98% de son territoire. Quelle meilleure démonstration de l'inexistence de l'attachement à la construction européenne!
Quant à la France, je redoute le moment où Trump s'intéressera la zone Pacifique: il se passionnera alors pour la Polynésie.
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Écrit par : Pierre Huet / | 09/01/2026

@ Pierre Huet

> Moi aussi je redoute le moment !
Et nous pourrions évoquer la Nouvelle Calédonie. Et j'en connais qui vont me rétorquer qu'il sera préférable que ce soit les USA qui récupèrent le territoire plutôt que la Chine.
C'est une manière de voir les choses :-(
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Écrit par : Pierre O. / | 12/01/2026

VILLEPIN

> Dominique de Villepin n'a jamais rencontré le suffrage universel à l'occasion d'une élection. Comme Emmanuel Macron qui s'est présenté au suffrage universel uniquement pour l'élection présidentielle de 2017 et de 2022. Méfiance !
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Écrit par : B.H. | 13/01/2026

LES DESSOUS DE L'IMPÉRIALISME

> Bill Clinton en son temps n'avait pas hésité à faire bombarder l'Irak pour détourner l'attention des médias de l'affaire Monica Lewinsky. Aujourd'hui Trump est embarrassé par l'affaire Epstein.
Je partage votre inquiétude pour la France du Pacifique.
Le prétexte pourrait être : 'la France n'est pas assez puissante pour s'y défendre seule'.
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Écrit par : E Levavasseur / | 15/01/2026

EUROPÉENS VERSATILES

> Comme pour le Vénézuéla, les dirigeants européens ne s'intéressent pas à l'avis des populations lors des actions des américains. Ils n'aiment pas Maduro, comme ils n'aimaient pas les présidents irakien, syrien ou libyen, alors ils applaudissent. Au Groenland, la majorité inuit de la population aimerait peut-être l'indépendance mais il n'en est pas question parce que ça affecterait la puissance de l'UE. Selon les intérêts de l'Europe, les Américains sont les gentils gendarmes ou les méchants impérialistes.
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Écrit par : Albert / | 15/01/2026

GAGNER DU TEMPS

> Trump est pouvoir jusqu'en novembre 2028/20 janvier 2029. Il reste encore 3 ans mais en réalité seulement 2 car l'année 2028 sera une année électorale. Du coup, il va falloir "finassieren", gagner du temps pendant 2 ans.
Si les États-Unis se comportent avec nous de cette manière c'est parce que nous sommes leurs Béni-Oui-Oui; il va donc falloir les amener à nous courtiser. Nous ne manquons pas d'atouts.
Quand Macron avait dit que l'OTAN était "en état de mort cérébrale" et qu'il fallait une alliance militaire européenne, le même Premier ministre danois lui avait répondu que "le Danemark est, a été et sera toujours plus proche des États-Unis que de la France"...
Il serait intéressant de lui demander ce qu'elle pense de l'intelligence d'une telle phrase aujourd'hui
(phrase copiée de celle de Churchill à de Gaulle)

@PP
Étant donné les circonstances, vous auriez dû écrire "les petits dessous" de l'impérialisme américain.
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Écrit par : E Levavasseur / | 19/01/2026

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