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30/08/2016

Berlin et Paris veulent-il vraiment dire non au TAFTA ?

tafta ttip

Bien informée, Radio Vatican en doute :


 

Désarroi dans les salons parisiens ? Le vice-chancelier ministre de l'Economie allemand - professeur de sérieux du patronat français - a déclaré dimanche à la chaîne de télévision ZDF (verbatim) : << Les discussions avec les Etats-Unis ont de facto échoué, car nous, Européens, ne devons bien sûr pas céder à leurs exigences. >>

Les exigences US sont ultralibérales (et unilatérales) sur des sujets de santé publique, d'environnement et de vie privée :  produits chimiques, produits pharmaceutiques, produits alimentaires, pesticides, cosmétiques, techniques de communication... Par ailleurs, le projet d'accord donne aux multinationales le moyen judiciaire de forcer les Etats à modifier leur législation économique et sociale.

La phrase de Sigmar Gabriel ressemble à un refus. Donc elle paraît rassurante. L'est-elle vraiment ?

La question se pose à propos de M. Gabriel autant que de Manuel Valls ("L'Europe doit être ferme, la France y veillera"). Car :

►  en Allemagne et en France, la proximité d'échéances électorales incite les gouvernants à prendre des postures vouées à disparaître au lendemain des scrutins.

►  Mme Merkel déclarait il y a un mois (contre toute évidence) : "Cet accord [le TAFTA-TTIP] est absolument juste et important et dans l'intérêt absolu de l'Europe." Quant à M. Hollande, inutile d'en parler : issu d'une combinaison de couloirs au PS, son engagement du 3 mai [*] ne vaut que ce qu'ont valu tous ses autres engagements. Reste le secrétaire d'Etat Mathias Fekl (très ferme en paroles), qui veut donner du corps à la posture en prônant un "coup d'arrêt définitif" aux négociations du TAFTA ; ce qui mettrait en cause - chose inédite de la part d'un gouvernement parisien - un engrenage construit à Bruxelles...

►  Le pôle bruxellois (Commission + lobbies) est en effet acquis au TAFTA-TTIP. On  sait que jusqu'à présent, presque tous les engrenages économiques bruxellois ont produit les résultats pour lesquels ils étaient programmés. Et ni M. Valls, ni M. Fekl, ni M. Hollande ne veulent mettre en cause la Commission, qui contrôle seule - et dans le secret le plus opaque - la progression de l'engrenage. D'où l'ambiguité de la posture Fekl, en dépit du vocabulaire utilisé ce matin.

Le 6 juin dernier, Radio-Vatican constatait la mauvaise foi des gouvernants européens : "Le Traité transatlantique, en cours de négociation depuis trois ans, inquiète l’Église catholique en Europe comme aux États-Unis...  Alors que le 14e round de négociations doit s'ouvrir la deuxième quinzaine de juillet, à Bruxelles, la Commission européenne, qui négocie au nom des 28 pays membres de l'Union, a dénoncé ces jours-ci le double langage des États. Devant une poignée de journalistes, la commissaire suédoise en charge du dossier a affirmé qu’en interne les Etats membres poussaient pour que traité soit finalisé aussi vite que possible, et puis ils vont voir la presse pour dire que le traité n’est pas une bonne idée. La France semble particulièrement visée par ces propos... A la fin du mois, Jean-Claude Juncker devrait mettre les chefs d'État et de gouvernement européens devant leurs responsabilités en leur demandant de réaffirmer officiellement le mandat qu'ils ont accordé à la Commission à l'unanimité."

 

Qui va l'emporter, des individualités lucides (Gabriel, Fekl) ou d'une classe politique européenne qui en reste au dogme libre-échangiste des années 1990, selon lequel tout fleurit dès qu'on "abat les barrières" ?

Cette illusion n'est pas partagée par le pape François, si l'on se souvient de ses mots durs contre les prédateurs dissimulés sous le libre-échange  - et du réquisitoire anti-libéral de Laudato Si'  :

<< L'imposition d'un style de vie unique lié à un mode de production peut être autant nuisible que l'altération des écosystèmes... >>  [§ 145]

 

 

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[*]  Hollande : "À ce stade des négociations, la France dit non au traité de libre-échange atlantique." Mais à un autre stade, il dira : "ça va mieux".

 

 

 

 "Une saine pression"  sur les dirigeants politiques...  (Laudato Si')

tafta ttip

 

Commentaires

BUREAUCRATIE

> Le fonctionnement de l'Europe repose essentiellement sur les commissions.
L'UE a donc plus un fonctionnement bureaucratique que démocratique.
Pour les lobby c'est du pain béni : invisible, anonyme pour le public, un bureaucrate est une proie plus facile pour la corruption et est en place pour plus longtemps, double avantage pour les lobbies, double inconvénient pour les peuples.
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Écrit par : franz / | 29/08/2016

QUAND MËME

> Selon les médias le TAFTA verra le jour que les gouvernements le veuillent ou pas, parce que les grandes entreprises l'ont décidé.
Lire par exemple ça :
http://www.europe1.fr/economie/commerce-international-le-tafta-est-il-vraiment-mort-2833690
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Écrit par : Pascal M. / | 30/08/2016

BON SENS

> Le bon sens dépasse les clivages droite/Gauche :
"Mais le monde est re-féodalisé. Et comme il faut! Que sont Goldman Sachs et Lehman Brothers sinon des féodaux de la finance mondiale?"
http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/08/30/31003-20160830ARTFIG00328-perico-legasse-la-crise-du-lait-revele-la-violence-feodale-des-multinationales.php
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Écrit par : isabelle / | 30/08/2016

PIRE DERRIÈRE

> N'oublions pas que derrière TAFTA, se fomente pire encore :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_sur_le_commerce_des_services
http://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/021969821925-tisa-cet-accord-commercial-dont-on-ne-parle-pas-2004005.php#
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Écrit par : Albert Christophe / | 31/08/2016

MARX

> Voilà qui me rend perplexe:
http://fr.radiovaticana.va/news/2016/09/07/ttip__le_cardinal_marx_souhaite_une_poursuite_des_n%C3%A9gociations/1256554
Je crains, pour tout dire, une certaine naïveté dans les positions de la Comece, propre à faire des catholiques -du moins certains d'entre nous- le cheval de Troie, si ce n'est les idiots utiles, en tous cas des manœuvrés par le système.
Aller jusqu'à s'inquiéter que les négociations fussent éventuellement stoppées,comme Son Eminence le cardinal Reinhard Marx, qui préside la Comece le fait, ne laisse pas de m'interroger.
Pour rappel, les positions de la Comece, qui sont louables, là n'est pas la question:
http://www.comece.eu/des-principes-thiques-pour-le-ttip


PP à Aventin :
N'exagérons rien quant aux "idiots utiles" ; sur ce plan les catholiques européens l'ont été, mais le sont de moins en moins.
Quant au cardinal Marx, il devrait s'inspirer de 'Laudato Si' (p. ex. passage sur le libre-échangisme) plus que de la 'Handelsblatt'... (J'en ai autant au service du cardinal Pell, version australienne).
Le pape est anti-libéral, alleluia. Mais il a du pain sur la planche. ]

réponse au commentaire
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Écrit par : Aventin / | 08/09/2016

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