27/02/2026
Repose en paix, Quentin Deranque

La mort tragique de Quentin Deranque pousse à prier pour son âme. Et à dire notre compassion à ses parents, mutilés dans leur amour familial et meurtris par les répercussions partisanes de ce drame :
Car ces répercussions, et surtout les polémiques politiques qui ont suivi et déformé cette mort d’un garçon de vingt-trois ans, soulèvent de graves problèmes éthiques.
Dans les débats sur ce drame à la radio et à la télévision, j’entends maintenant des commentateurs – qui se posent en autorités morales – insinuer que le décès de ce garçon est un événement déplorable mais qu’il fréquentait, n’est-ce pas, un milieu aux idées choquantes...
Ce raisonnement tend à relativiser (sinon à excuser) le fait que l’on ait tué Quentin Deranque.
Les débatteurs ne disent pas qu'ils excusent ce meurtre, bien entendu. Mais c’est visiblement ce qu’ils pensent. Et là est le problème moral.
Aucun d'eux ne sait si Quentin Deranque partageait vraiment des idées choquantes. Peut-on croire qu’un même garçon puisse à la fois participer à des maraudes pour secourir les SDF (ce que faisait Quentin Deranque) et avoir des idées incompatibles avec les droits humains ? Nous vivons une époque de confusion des valeurs, oui : mais il y a des choses un peu trop contradictoires pour être pratiquées ensemble.
Les débatteurs médiatiques ne se posent pas cette question. Sans s’inquiéter de savoir qui était en réalité Quentin Deranque, ils le classent dans une catégorie. Pour eux ce garçon n’a pas de singularité personnelle. Il n'est qu'un symbole. Du coup, sa mort violente devient un fait secondaire, moins grave que les autres morts violentes.
C’est ainsi qu’on déshumanise un drame humain : en l’estompant derrière des raisonnements théoriques. La victime ne paraît plus tellement victime. Elle devient bouc émissaire, selon le très vieux mécanisme mis en lumière par le philosophe René Girard qui l’appelle “la voie antique des hommes pervers” ; une voie qui a souvent débouché, dans l’histoire, sur de terribles fautes collectives.
Dan son livre ‘Je vois Satan tomber comme l’éclair’ , René Girard écrit que la parole évangélique est la seule à situer clairement les enjeux et les perversions de la violence humaine :“Dans toutes les autres réflexions sur l’homme, la question de la violence est résolue avant même d’être posée. On l’attribue à la nature humaine, et c’est la biologie. Ou bien on la réserve à certains hommes seulement (qui font alors d’excellents boucs émissaires), et ce sont les idéologies…” Faire d’une personne le symbole des fautes dont on accuse tout un groupe, c’est le mécanisme de la déshumanisation : moyen pervers qui a rempli les goulags du vingtième siècle. Logique déformante qui permet de prétendre que tous les morts ne se valent pas – et qui peut même permettre aux meurtriers de clamer qu’ils sont, eux, les vraies victimes... Le siècle dernier a vu d’innombrables exemples de cette inversion accusatoire. On peut craindre que le siècle actuel ne soit en train de suivre le même chemin. Comment y échapper ?
Les chrétiens voient une issue : se laisser saisir par l’Esprit Saint. Il n’y a pas d’autre moyen de résister à l’emprise du mal sur les hommes.
Cette idée paraît faible à nos contemporains, et en l’exprimant je parais très loin de la réalité du crime de Lyon. Mais comme le dit saint Paul : “ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes”.

20:43 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : quentin deranque


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