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27/01/2020

Ecologie : l'homme, la planète et les théologiens

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L'Eglise catholique en France ouvre ce chantier : théologie, liturgie, engagement à tous les niveaux. Ma chronique à Radio Espérance (Auvergne Rhône-Alpes) :


<<  Séparons la paille et le grain. La paille, ce sont les rumeurs médiatiques. Le grain, c’est le travail de notre Eglise... La rumeur, c'est que l’Eglise catholique soit enlisée dans une crise ; la réalité est qu’en dépit de ses problèmes (avérés et graves), l’Eglise travaille à se réformer pour être témoin du Christ au XXIe siècle.

Le sillon est ouvert par le pape François : notamment avec l’encyclique sociale Laudato Si’. Texte majeur de l’histoire moderne du catholicisme, cette encyclique fonde ce que le pape appelle "l’écologie intégrale", qui défend à la fois l’homme dans toutes ses dimensions ET LE RESTE DE LA CRÉATION dont il fait partie. Dans cette ligne de travail, va se tenir à Paris les 6-7 février un colloque important au Collège des Bernardins, centre de recherches fondé par le cardinal Lustiger. Ce colloque scientifique et religieux s’intitule Gaia face à la théologie : l’enjeu religieux de la mutation climatique.

Contrairement à ce que disaient naguère les tenants des théories du complot, Gaia aujourd'hui n’est pas le nom d’un culte païen : c’est le nom d’une hypothèse scientifique promue par le grand géochimiste James Lovelock. Explication par le P. Frédéric Louzeau (docteur en théologie et en philosophie, directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins [*]) : "L’atmosphère est un système autorégulé qui s’équilibre à certaines températures par de multiples interactions entre les différents êtres qui l’habitent. Avec eux nous contribuons à produire cette atmosphère – ou à la détruire. Il y a cinquante ans nous n’en étions pas conscients…"  Le sujet du colloque, annonce le P. Louzeau, est de voir comment cette prise de conscience est vécue par les théologiens ; et quelles sont ses conséquences dans l’expression de la foi chrétienne.

Oui : dans l’expression de la foi chrétienne. Car tout est lié dans l’évangélisation, souligne (souvenons-nous) Laudato Si’. Il ne faut pas donner à nos contemporains l’impression que le salut selon la foi est celui d’un homme déconnecté de ses responsabilités ! Dans le récit de la Genèse, le Créateur ne nous confie pas sa création pour la détruire aveuglément, mais pour la cultiver et la garder (ce sont les termes de la Bible). Je cite encore le P. Louzeau : le message de Laudato Si’, dit-il,  qu’en faisons-nous ? “Comment le traduire dans la liturgie, dans notre façon d’annoncer le salut ? ». Il ajoute : « On peut comprendre que certains se bouchent les oreilles. Mais ça revient à ne pas croire les scientifiques...»

Le colloque de février va voir comment la théologie chrétienne peut intégrer ces nouvelles connaissances. Décidément, notre Eglise est au travail. >>

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[*]  Le P. Louzeau est notamment l'auteur d'un livre profond sur le Notre Père : La prière du mendiant (éd. Parole & silence, 2013).

 

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Commentaires

VIOLENCES, VERBALES ET AUTRES

> https://www.tendanceouest.com/actualite-349511-des-pelerins-portent-plainte-apres-l-attaque-d-un-bus-a-la-peinture.html

Après les multiples actes de vandalisme et de profanation dans les églises françaises, cette nouvelle sidérante qui témoigne d'un regain de violence contre les catholiques (et toutes les religions de manière générale) : le climat en devient progressivement anxiogène. Le communautarisme s'installe.
Dans le même temps, une lycéenne lyonnaise subit un cyberharcèlement pour avoir écrit, entre autres : « je déteste la religion. Le Coran est une religion de haine, l’islam c’est de la merde, je dis ce que je pense ! Je ne suis pas raciste. On ne peut pas être raciste envers une religion. J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du c..., merci, au revoir. »
Le cyberharcèlement subi par l'adolescente est inacceptable, mais tout aussi inacceptable est le langage outrancier et radical employé par sa jeune auteure.
Quand on ignore tout de la religion, ce qui est manifestement le cas de cette lycéenne, on n'affirme pas sans fondement que l'une d'elles apporte la haine, surtout lorsque le propos concerné est lui-même haineux et grossier.
L'attaque de l'autocar normand est lui aussi un déferlement de haine contre "la religion", bouc émissaire facile de tous les maux de la société.
Le rejet du fait religieux devrait être reconnu grande cause nationale : noyée dans l'individualisme, la société athée aurait pourtant tout à gagner à lire le trésor qu'est la Parole de Dieu. Elle y trouverait le sens à donner à sa vie.
Mme Belloubet avait dit quelque chose de juste avant d'être reprise en interne : oui, on ne peut pas tout dire, on ne peut pas tout écrire, on ne peut caricaturer le prophète Mahomet comme on ne peut dessiner un Benoît XVI sodomisant un enfant. Le "droit au blasphème" n'élève pas ceux qui l'invoquent, à l'instar d'un Guy Bedos qui, à la question posée par Pivot "quel est votre juron favori", répondait, un brin fier de lui : "putain de Dieu".
Navrant.
PV


[ PP à PV :
– Sans que ça ait le moindre rapport apparent avec ses imprécations sur le Net, la lycéenne en question a tenu à se proclamer "homosexuelle". Or il y a tout de même un certain rapport : une violence pathologique caractérise certain(e)s activistes LGBT+ ; cf. le commando de surexcitées tentant d'assommer à Lyon l'auteur du livre 'La reproduction artificielle du vivant', il y a trois ans...
– Sur la haine anti-religieuse compulsive : cf. l'article de dernière page de 'Libération' de ce matin (Quentin Girard) sur "notre époque ulcérée, nihiliste, ricanante et narcissique". Quatre adjectifs qui décrivent la vraie nature de ce que nos officiels appellent "les nouvelles valeurs de la République"... Et ça explique bien des choses.]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 30/01/2020

à Patrice :

> L'activisme LGBT, oui, et aussi l'activisme féministe, style 'Femen' ou 'Balance ton porc' : la violence verbale, souvent accompagnée de propos dégradants, est devenue une sorte d'exutoire, comme si l'acceptation séculaire et par tous de règles indispensables à la canalisation de la violence sociale était progressivement abandonnée au profit d'un retour de l'idée antique de vengeance, par laquelle beaucoup dédaignent le recours à l'autorité (qu'elle soit judiciaire ou policière), nécessaire car impliquant l'intervention de l'État comme tiers neutre, pour se faire justice de manière instantanée via les réseaux dits 'sociaux'.
Une société dans laquelle tout individu se croit autorisé à se dire victime et justicier, sans procédure ni exigence de preuves, est une société qui s'éloigne progressivement de l'état de droit, donc de l'idée même de civilisation.

PV


[ PP à PV – C'est le narcissisme en formation de combat. ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 31/01/2020

@ Philippe de Visieux

> Il est injuste de sortir les paroles de la lycéenne sur l'Islam de leur contexte. Il faut savoir qu'elle répondait à des injures s'appuyant sur cette religion, ce qui change tout.
D'autre part je trouve qu'on crie trop au "blasphème" ou au "droit au blasphème" : sait-on vraiment ce que cela veut dire ?
À tout prendre, je préfère en rester à une totale liberté d'expression, même si on risque de laisser passer un vrai blasphème, plutôt que d'en venir à des interdictions qui conduiront forcément à des abus (demandez aux chrétiens d'Orient).

Guadet


[ PP à Guadet – Si cette lycéenne ne s'était pas exprimée sur le ton de la violence hystérique, les réactions contre elle n'auraient sans doute pas été les mêmes.
Par ailleurs, il est significatif que les pouvoirs publics appellent "critiquer une religion" le fait de dire : "leur Dieu je lui mets le doigt dans le trou du cul"...
La classe dirigeante française ne connaît visiblement plus le sens du mot "critique".
Et le rôle acquis par le trou du cul dans le débat contemporain devrait nous intriguer. ]

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Écrit par : Guadet / | 31/01/2020

à PP

> Cette histoire de lycéenne rappelle l'agression menée par un petit commando contre les cathos venus essayer de dialoguer à la "Nuit debout" à Paris. Parmi les agresseurs il y en avait un qui hurlait comme une dingue : "je suis lesbienne ! je suis lesbienne !", croyant ainsi rendre furieux les agressés. L'un d'eux lui a juste dit : "vous êtes lesbienne ? et alors ?". Ça l'a décontenancée.
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Écrit par : Elisabeth / | 31/01/2020

à Guadet :

> En Amérique, la liberté d'expression est totale ; les GAFAM, qui sont américains, appliquent ce principe en ne modérant qu'à la marge, faisant d'internet ce que l'on sait : le meilleur (Wikipedia) et le pire (la pornographie, la calomnie, la violence verbale, le cyberharcèlement).
Il me semble que pour contenir la part animale qui réside en chacun de nous, des règles doivent s'appliquer à toute activité dès lors que celle-ci implique une interaction avec d'autres personnes. L'expression verbale de chacun doit contenir, comme en toutes autres choses, une ligne rouge au-delà de laquelle je ne puis aller car cela offenserait d'autres personnes à un point tel que l'harmonie sociale en serait rompue. Claude Lévi-Strauss évoque cette nécessité d'une métarègle en matière d'inceste : tous les peuples de la Terre connaissent un "goulot d'étranglement" à propos de ce tabou universel, que le goulot soit très étroit (l'inceste strictement prohibé) ou très large (autorisé jusqu'aux frères et sœurs, par exemple) : l'important, c'est qu'il y ait un "goulot", donc une règle applicable. Il serait infiniment regrettable qu'il n'y ait pas de goulot propre à la liberté d'expression (même si ce goulot devait être permissif) et sans que cela doive se traduire nécessairement par une intervention du législateur : il s'agit davantage d'une appréciation laissée à la conscience, donc au libre arbitre de chacun.
Si cette lycéenne avait subi injures ou autres agressions verbales (qui sont évidemment condamnables, nous sommes tous d'accord), l'attitude chrétienne eût consisté à "ne pas répondre à la haine par la haine" pour reprendre feu le cardinal Lustiger dans l'un de ses derniers entretiens télévisés : en tendant l'autre joue, le Christ nous enseigne de "ne pas résister au méchant" (Matthieu 5) en délaissant la loi du talion. La référence au "doigt dans le cul", même employée en rétorsion à un propos outrancier, n'est donc pas admissible d'un point de vue chrétien ; elle ne l'est pas davantage selon moi dans la perspective lévi-straussienne du "goulot" puisqu'un tel degré de grossièreté et de haine, de nature à offenser les fidèles des trois religions abrahamiques, ne me paraît pas pouvoir passer même au travers d'un goulot le plus large possible.
Sans doute une juste conception de la liberté d'expression est-elle liée au respect dû à autrui : en tant que chrétien, je crois que le Christ est le Chemin, la Vérite et la Vie, mais je ne saurais agresser quiconque verbalement au seul motif qu'il ne partage pas ma foi.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 01/02/2020

INTEMPÉRANCE

> Cette jeune fille, comme beaucoup de nos contemporains, est mal élevée. Elle est probablement aussi mal dans sa peau. Les deux choses se réunissant peuvent expliquer la crudité et l'intempérance de ses propos.
Il faut ajouter à cela la chambre d'écho des réseaux soi-disant sociaux: il n'y a pas si longtemps de tels propos n'auraient pas été entendus au-delà des frontières d'un cercle privé, au plus de la cour du lycée.
Il n'est pas possible ceci dit de mettre en balance son intempérance et les menaces qu'elle a reçues, comme si elle les avait d'une certaine façon bien cherchées. Le parquet de Vienne a d'ailleurs été très clair sur le sujet et madame Belloubet, qui, comme disait je ne sais plus qui, a dû étudier le droit dans un code datant de Napoléon III, s'est ridiculisée. Comme après la conférence de Benoît XVI à Ratisbonne, certains musulmans réagissent par la violence quand on leur fait remarquer que leur religion a un problème avec la violence.
Il y a sans doute de meilleures façons de montrer que ce problème n'en est pas un. Concernant le problème d'éducation contemporain, je ne ferai pas confiance à l'État, quelle que soit la couleur de la majorité qui a un moment le dirige. OK pour une ligne rouge, mais cette ligne rouge, c'est chacun qui doit être capable de se la poser, par une éducation au rationnement (de sa consommation, comme de ses paroles). C'est le rôle, d'abord, de la famille. Ce n'est certainement pas à la loi de nous l'imposer selon le politiquement correct du moment.
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Écrit par : JM / | 01/02/2020

Philippe de Visieux,

> je ne peux qu'être d'accord avec vous. Il y a un comportement propre à chaque civilisation qui s'appelle la civilité. En gros, je mets de l'eau dans mon vin pour que la vie sociale (qu'on a rebaptisé vivre-ensemble) soit possible.
Le problème, c'est que ce comportement civil est quasiment rayé de la carte chez nous. Il y a vingt ans, j'ai vu un enfant de deux ans lever la main en récréation sur une institutrice qui prétendait lui interdire un comportement dangereux. C'était le matin de la rentrée, donc à la première récréation de l'année et l'institutrice en question n'était même pas la sienne, donc il la voyait pour la première fois depuis cinq minutes environ. Je vous laisse à penser quel pouvait être son comportement envers sa mère.
Cela fait bien dix ans que j'entends des parents (de tous milieux) se dire l'un à l'autre et dire à leurs enfants, au moindre début de crise : "tu te fous de ma gu**le !" Ce qu'on ne constatais auparavant que dans des milieux extrêmement défavorisés. A l'heure actuelle, les pré-ados se balancent à la tête les mots les plus orduriers. De "laisse-moi un peu tranquille", on est passé à "lâche-moi les baskets", puis très rapidement à "casse-toi pauv' con" et sans transition à "sale p*te de (là il y a une grande variété de termes) - j'enc*le ta mère".
Comment voulez-vous faire société dans ces conditions ? Déjà, être entassés les uns sur les autres fait monter le stress et l'agressivité (et c'est une constante de l'Education Nationale : faire des collèges et lycées plus grands pour faire des économies de postes de chefs d'établissement). Mais entendre régulièrement ce genre de propos autour de soi… Quel gamin sain d'esprit au départ pourrait s'en sortir sauf ?
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Écrit par : Bernadette / | 01/02/2020

@ Philippe de Visieux

> Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un propos d'ado sur un réseau social, propos qui par son exagération même prêterait plutôt à rire. " Tout ce qui est excessif est insignifiant. " On peut reprocher à ses parents de l'avoir mal élevée et lui donner une fessée. Mais la condamner à mort et l'interdire de vie sociale me semble plus choquant que ses paroles. On en entend de pire dans les lycées.
Je m'inquiète plus de ce qu'on voit dans les grands médias, des choses écrites de sang froid là, pour vous expliquer que le christianisme n'est qu'une machination du clergé pour assurer son pouvoir, ou que les chrétiens ont inventé l'intolérance, la guerre et l'oppression.
Je ne pense pourtant pas qu'il faille censurer. Mais il ne faut pas laisser passer sans répondre.
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Écrit par : Guadet / | 01/02/2020

à Guadet et Bernadette :

> https://www.lefigaro.fr/actualite-france/affaire-mila-l-adolescente-ne-regrette-absolument-pas-ses-propos-20200203

Certes, l'adolescente a présenté ses excuses à « ceux qui pratiquent leur religion en paix », ce qui est très positif, mais dans le même temps elle affirme « je me suis demandé comment des personnes pouvaient avoir autant de haine » à son égard, ce qui est curieux compte tenu de la violence de ses propos.
De manière générale, la violence verbale ne cesse d'aller crescendo dans le débat public. Il y a cinquante ans, le comble de l'insolence, c'était Tisot et "l'auto-circulation" ; entre-temps, mai 68 et 'il est interdit d'interdire'. Il serait bon que nous revenions à un juste milieu.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 04/02/2020

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