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19/01/2017

Une "perte d'identité" ? plutôt une panne de civilisation...

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...et mieux vaut en comprendre la cause :


 

 

Le malaise appelé "perte d'identité" est piraté par des "identitaires" (faux guerriers - vrais carriéristes). Mais le malaise existe. Il naît d'une situation réelle. C'est une panne de civilisation : une dissolution de la société, opérée depuis trente ans par le système techno-capitaliste qui s'emparait de tout et vise maintenant à contrôler l'intime de nos vies.

Pour vivre ensemble, les êtres humains ont besoin de s'accorder sur le sens de la vie. Le système ne leur propose que le consumérisme et le scientisme, qui ne produisent aucun sens. Notre société, ou dissociété, est sous une "gouvernance" non-humaine : celle des nombres [*], des chiffres et des algorithmes. Donc elle dévitalise les cadres sociaux classiques que pourtant nous persistons à invoquer : la loi, l'Etat, la démocratie... Elle disqualifie et marginalise tout ce qui ne relève pas du calcul de rentabilité comptable.

C'est ainsi qu'il faut comprendre la sclérose, non seulement du politique (réduit au rôle de facilitateur des marchés), mais du culturel (devenu industrie de l'entertainment) et même du spirituel. La France et l'Europe se sont désertifiées sur le plan spirituel ? oui, et ce n'est pas "de la faute de Vatican II", comme disaient les intégristes de 1970. Ni "de la faute de l'épiscopat", comme disaient les énervés de 1990. Ni "de la faute de Bergoglio", comme disent les haineux de 2017. La cause de la désertification (spirituelle, culturelle, etc) est à chercher du côté du climat de l'époque, qui réduit la société à des normes de fonctionnement fondées sur le calcul financier. Dans cette atmosphère raréfiée, il aurait fallu plus de sainteté parmi nous pour que les séminaires ne se vident pas. Mais il aurait fallu un miracle pour que l'audiovisuel ne devienne pas ce qu'il est devenu, ou que le politique ne s'étiole pas en dérisoire ! 

Le système économique est donc pour beaucoup dans le malaise spirituel et culturel ; il en est la cause déterminante. Et il faut changer le système. C'est ce que le pape nous dit depuis trois ans, lorsqu'il appelle à faire naître un nouveau modèle économique pour une nouvelle civilisation.

Le pape ne parle pas dans le vide. Témoin le prêtre français qui nous écrit ceci :

<<  A un moment, le libéralisme sociétal déteint sur l'économie, et vice-versa. Ce sont les deux faces d'une même pièce de monnaie qui s'appelle "jouir sans entraves". Cela relève de la même nature humaine marquée par le péché, notre péché... Croire que le "jouir sans entraves" économique va créer mécaniquement de la répartition, des embauches, de la prospérité pour chacun, et de la paix sociale, relève du mythe, de la religion séculière, et finalement de l'irrationnel. Il faut toujours un peuple politique, un État souverain, un corpus de droit, et des acteurs du droit pour éviter le pire dans une nation. Mais là se pose le problème des marges de manœuvre humaines et financières...

La politique et l'économie sont l'acte subjectif d'un peuple. Pas plus que l'être humain, un peuple n'est un objet, mais un sujet. Mais pour que ce sujet existe et agisse, encore faut-il que la solidarité soit pensée comme consubstantielle à l'économie, et non pas simplement comme la résultante mécanique d'un profit espéré... >>

Et s'adressant au lecteur catholique (en proie au malaise dont nous parlions), ce prêtre dit :

<< Si l'on veut éviter la dissociation de son agir politique d'avec sa personne à la fois humaine et croyante, il faut sans doute approfondir ce qu'est l'Église et quel est son magistère social. Vaste programme. >>

"Alors commençons tout de suite", disait Lyautey  - à l'agronome qui objectait que les arbres mettent cinquante ans à pousser.

 
 

_____________

[*]  cf. Alain Supiot, La gouvernance par les nombres, Fayard 2015 (cours au collège de France).

 

 

 

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Commentaires

CAUSES

> "La France et l'Europe se sont désertifiées sur le plan spirituel ?"
Vraiment très heureux que vous mettiez en exergue la vraie question.
Appliquons-y la règle des 5 pourquoi chacun, avec notre sensibilité, et nous avancerons.
Vous incriminez le système économique et je partage cette critique. Seulement j'y vois seulement un outil très performant de démolition, et non la cause. Ou alors indirecte.
______

Écrit par : Catho1728 / | 19/01/2017

NAÏFS

> Commençons tout de suite ?
Nous avons commencé… nous n’en finissons pas de commencer, cher Patrice.
Nous avons espéré en un lendemain meilleur, rappelez-vous… et avec quel enthousiasme !
C’est la séquence nostalgie du jour :
http://plunkett.hautetfort.com/archive/2013/01/14/ce-qui-va-naitre-du-13-janvier-2013.html
Comme nous étions naïfs !

Denis


[ PP à Denis :
Naïfs ? Non. Mettons que nous disions avec un peu trop d'optimisme ce que nous aurions souhaité, et ce qui aurait été possible si ce mouvement avait eu une avant-garde consciente.
Mais il n'en avait pas.
Et il était :
- sous influence LR-Medef (les financements)
- infiltré par des réseaux extérieurs (cf l'aveu explicite de l'extrême droite à TV Libertés).
La suite a montré ce qu'il en était.
Un mouvement de masse sans avant-garde consciente est condamné à ce type de dégénérescences. Trois ans après, une partie de ce milieu se retrouve au service du libéralisme (Fillon) et dos tourné aux directives socio-économiques du pape ! (Mais ne le dites pas si vous ne voulez pas vous faire insulter).
Question : pour les prochaines luttes, une avant-garde est-elle en train de se forger ?
Réponse : à l'extrême droite, oui, et c'est un malheur.
Mais du côté des laïcs de l'Eglise réelle ? ]

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Écrit par : Denis / | 19/01/2017

"PAS DEPUIS 3 ANS"

> Mais non pas depuis 3 ans, puisque le contenu du discours n'a pas changé si on compare François avec ses prédécesseurs.
Je me souviens de Benoit XVI signalant, après une énième «crise» (celle de 2008) que bâtir une société sans tenir compte du péché originel est voué à l'échec.
Ou encore de Jean-Paul II appelant les parents à éduquer leurs enfants dans la sobriété matérielle.
(Plus loin, j'ai l'excuse de l'âge pour ne pas avoir de souvenirs marquants).
______

Écrit par : olivier / | 19/01/2017

CO-RESPONSABILITÉ

> Pardon d'être sincèrement critique, mais le propos de votre blog de qualité, dénonçant très justement à la suite du pape François les conséquences dramatiques de l'économie dérégulée au service du dieu Argent, serait peut-être plus percutant si à force de le radicaliser vous ne balayiez pas trop vite d'un revers de main certaines critiques plutôt pertinentes du camp idéologique opposé. Par exemple, je pense que l'imputation de co-responsabilité durant les années 70-80-90 d'une partie plus ou moins large des pasteurs de l'Eglise, des évêques, dans ce que vous qualifiez ici d' "atmosphère raréfiée", ayant abouti entre autres au manque de vocations sacerdotales, ne relève pas de la diffamation. Le catholique de 45 ans que je suis, catéchisé entre autres avec les manuels "Pierres vivantes" et des chants tels que " Ils ne mettaient jamais la main sur un fusil : Gandhi, Luther King ou Jésus-Christ ! ", n'a appris l'existence de la doctrine catholique sur le Ciel, le Purgatoire et l'Enfer qu'après sa majorité en consultant le CEC ! A cause de notre faiblesse humaine, sans le préalable de la crainte de Dieu (qui par étapes conduit à l'amour parfait qui bannit la peur du châtiment divin, cf. 1 Jean 4:18 ), il n'est pas possible de renoncer vraiment au péché, et par exemple de renoncer à la contraception artificielle qui tarit notamment la démographie des peuples occidentaux (en Italie par exemple où la pratique religieuse chez les jeunes générations est pourtant plus importante), ou de s'engager résolument pour l'amour du Christ dans des vocations sacerdotales ou religieuses. Quand l'expérience catholique s'ampute en partie de la dimension verticale ou surnaturelle, le témoignage horizontal des catholiques s'en trouve forcément appauvri. Tant de congrégations missionnaires et philanthropiques furent fondées par des saints dont l'expérience mystique fut très riche ! Quant à ces dérives "horizontalistes" dans l'Eglise, j'ai même été témoin dans mon diocèse de Bretagne durant les années 80 d'un prêtre exorciste qui ne croyait plus en l'existence du Diable et des démons mais qui passait au crible de la psychanalyse la doctrine y afférente ! En disant cela, je n'entends pas bien entendu idéaliser l'Eglise d'avant.
Il est juste de dénoncer, comme vous et M. Le Morhedec le faites, les errements identitaires paganisants. Mais si vous refusez en même temps, pour des raisons tendancieuses ou passionnelles, de dénoncer aussi fortement qu'eux d'autres errements opposés dits progressistes ou modernistes qui font la part belle au relativisme et au syncrétisme, notamment dans le domaine interreligieux (voir le témoignage de Victor Loupan dans votre "débat de la semaine" sur RND), alors, vos justes dénonciations seront moins crédibles et donc moins efficaces. La culture du débat dans l'Eglise ne me semble pas suffisamment développée. Sur des sujets difficiles comme l'immigration, c'est une certaine bien-pensance qui a tendance à imposer son dictat, avec le risque d'un divorce croissant entre la hiérarchie et la base des catholiques, face au rattrapage possible de la réalité de la violence islamique, réalité qui n'a que faire des leçons de morale et de l'utopie. Fraternellement. Régis

Régis Launay


[ PP à RL :
Ne m'accusez pas de voiler les responsabilités progressistes, surtout pour des raisons "passionnelles" ! ce serait oublier tout ce que j'ai écrit depuis quarante ans sur le sujet.
(De 1972 à mon livre 'Benoît XVI et le plan de Dieu', 2005).
Et ne reprochez pas au débat sur la dérive identitaire (parrainée par les libéraux-conservateurs) de ne pas être un débat sur le progressisme destructeur des années 1970-1980... On ne peut parler de tous les sujets en même temps.
Je pense, comme vous, que l'excès "réac" s'est appuyé sur l'excès gauchiste.
Néanmoins l'excès "réac" (procès d'intentions contre Jean XXIII, surinterprétations des affrontements ecclésiologiques au concile) est réapparu dans l'Eglise dès 1962 : peu après l'ouverture de Vatican II. Donc bien avant que les ivresses post-soixante-huitardes ne s'abattent sur les paroisses de l'Hexagone, avec tous les prolongements que vous mentionnez... Prolongements qui ont valu à l'Eglise de France l'algarade fondamentale de Joseph Ratzinger (1983), à laquelle j'avais fait écho dans le magazine dont je m'occupais alors. ]

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Écrit par : Régis Launay / | 19/01/2017

LE PROBLÈME DU LIBÉRALISME CHEZ LES CATHOLIQUES

> Dont acte, cher Patrice. Mes quelques critiques sont donc sans doute davantage liées à une impression subjective sur vos récents articles qu'à un jugement objectif sur la réalité d'ensemble de votre blog. Comme vous, je ne partage pas les mauvais procès faits au concile Vatican II, parfois sincèrement mais parfois malhonnêtement, idéologiquement voire "psychiatriquement".
Par ailleurs, je regrette pour ma part les sympathies politiques de M. Le Morhedec et d'une partie semble-t-il significative des catholiques pratiquants pour le candidat F. Fillon, dont la vision économique très libérale et dont même certains choix politiques en matière sociétale (il fit en effet partie des quelques 27 députés UMP qui votèrent en 2014 pour la proposition de résolution visant à " réaffirmer le droit fondamental à l'IVG ", malgré ses critiques par la suite sur cette même résolution : c'est à n'y plus rien y comprendre !) semblent être peu compatibles avec la vision catholique. "Identitaires" ou "anti-identitaires" catholiques de droite et du centre, le libéralisme est apparemment un point d'accord pour beaucoup !
______

Écrit par : Régis Launay / | 19/01/2017

PAS D'ACCORD AVEC E.L.M.

> Je suis d'accord avec vous, Régis, sur les regrettables complaisances de M. Le Morhedec pour le libéralisme bon teint de la bourgeoisie catholique provinciale. Les identitaires vexés par son livre auraient beau jeu de lui rétorquer : "Lâchez-nous avec vos leçons de catholicisme, puisque la doctrine de l'Église cesse de vous intéresser quand il s'agit de préférer la spéculation et les rentes à l'abolition du travail des enfants". Mais ils ne le feront pas, bien sûr : les identitaires aussi aiment les banques et les conseils d'administration davantage que les petits Congolais de huit ans qui extraient dans des conditions infernales les matières premières des portables avec lesquels ils peuvent ensuite twitter contre l'avortement.
Sur l'identitaire catholique, Patrice, je suis à 100% avec vous et avec ce que vous nous dites du livre de M. Le Morhedec. Mais, question de conscience personnelle, je n'achèterai pas son bouquin. Et je ne voterai pas - surtout pas pour le même candidat que lui.


Nicolas Buet


[ PP à NB :
Je vois ce que vous voulez dire, mais n'accusez pas Erwan Le Morhedec de fermer les yeux sur le travail des enfants !
Par ailleurs, il est exact que la critique (nécessaire) de la déviance identitaire ne doit pas être séparée d'une mise en cause de la société dont cette déviance n'est que l'un des sous-produits.
L'idéologie identitaire est une contrefaçon des véritables identités charnelles. Elle s'installe là où ces identités ont été laminées par la société marchande. La cible principale de la critique doit donc être la société marchande, puisqu'il serait absurde de s'en prendre à l'effet sans s'en prendre à la cause.
Dans le domaine religieux, l'idéologie identitaire s'installe là où le contact est perdu avec la véritable Eglise vivante. On voit alors apparaître des "mouvements" et autres "associations", qui se mettent à vibrionner dans la blogosphère au nom d'un "catholicisme" factice... ]

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Écrit par : Nicolas Buet / | 25/01/2017

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