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18/01/2017

Le sentiment de "perte d'identité" a une cause

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...et c'est le système économique :


 

Un ami m'envoie ces réflexions :

 << Je lisais cet entretien de Michéa aux Inrocks (http://www.lesinrocks.com/2017/01/11/idees/philosophe-jea...), et cela confirme encore la convergence des points de vue entre vous et lui (et d'autres !...). Cet extrait significatif :
"À partir du moment où le libéralisme économique de la “droite” moderne doit être défini, selon la formule de Friedrich Hayek, comme le droit absolu “de produire, de vendre et d’acheter tout ce qui peut être produit ou vendu” (qu’il s’agisse d’une montre connectée, d’une dose de cocaïne ou du ventre d’une mère porteuse), il est clair qu’il ne pourra jamais se développer de façon intégralement cohérente sans prendre tôt ou tard appui sur le libéralisme culturel de la “gauche” (je laisse ici de côté l’usage purement électoral par une partie de la droite de la rhétorique conservatrice). En d’autres termes, Hayek implique Foucault et Foucault implique Hayek. Autant dire que nous aurons donc de plus en plus affaire – si rien ne change – à ce que Debord appelait déjà “les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir séparé”. Luttes dont le seul vainqueur réel ne peut être que le capital et son “mouvement incessant du gain toujours renouvelé” (Marx)."  >>

 

C'est de quoi réfléchir à ce qui se dissimule dans les coulisses de la campagne présidentielle.

C'est aussi de quoi méditer sur des polémiques récentes. Un libéralisme prétendant "conserver les valeurs" serait en contradiction avec lui-même. Il cautionnerait le capitalisme ("mouvement incessant du gain toujours renouvelé")... dont le déchaînement renverse précisément toutes les valeurs : éthiques, culturelles, spirituelles ! Ce capitalisme ne tolère aucun frein à l'extension permanente du domaine de la marchandise : installer le commerce des mères porteuses, par exemple, exige de renverser le "tabou familial"... La famille est donc en proie à des attaques, mais elles ne tombent pas de la lune : le capitalisme déchaîné dissout ce qui résistait à l'hyper-individualisme et à la marchandisation.

D'où l'évaporation de ce qui donnait le sentiment de faire partie d'un peuple :  les liens de solidarité concrète et le partage d'un même avenir, étayé par un  imaginaire commun - qui incluait le fameux "récit national". Rien d'étonnant à ce que des millions de Français aujourd'hui aient l'impression de vivre en Absurdie : ils ont de véritables raisons de sentir un vide !  Aidons-les à en identifier la cause.

 

 

identité

 

Commentaires

GATTAZ VOTE MACRON

> C'est clair comme de l'eau de roche. Je vous mets ci-dessous un lien sur un article du Figaro. Gattaz a critiqué Fillon. Déjà Laurence Parisot avait vanté les mérites de la gauche. On le comprend, il y a un premier niveau: personne n'imagine que la gauche osera acter le libéralisme. Les gens votent donc à gauche en pensant y échapper. De la même manière la gauche peut sembler plus consensuelle pour obtenir des réformes (utralibérales, ce qui est un pléonasme). Il est donc logique que les présidents du MEDEF préfèrent la gauche (libérale, il s'entend).
Gattaz vante donc les mérites de Macron.
J'ai toujours pensé que le MEDEF ferait mieux d'inviter Onfray et je ne sais quels chrétiens "progressistes" (expression qui n'a aucun sens) à ses universités d'été. Fillon en tire la conclusion que cela prouve qu'il n'est pas le candidat des riches. On ne s'étendra pas mais le raisonnement paraît fumeux. Ce que cela prouve surtout, c'est ce que l'on dit sur ce blogue depuis des années: le libéralisme sous toutes ses formes n'a rien à voir avec le catholicisme. Fillon s'est mis sur le mauvais créneau; pas de bol pour lui. Lire là: http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/01/18/35003-20170118ARTFIG00222-les-fillonistes-repondent-sechement-aux-critiques-de-pierre-gattaz.php
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Écrit par : ND / | 18/01/2017

VIDÉO

> Ça donne un peu le cafard mais c'est bien fait.
Et pour ne prendre personne par surprise c'est un appel à voter pour Jean-Luc Mélenchon (la chute inattendue).
"Le vidéaste nous dit que nous vivons dans une dystopie, dans un monde épouvantable, qui n’a plus rien à envier aux pires mondes imaginés par les auteurs les plus torturés du cervelet. Sa vidéo est un choc. La bande-son, très personnelle, est oppressante à souhait. C’est de la belle ouvrage, cette petite vidéo. Avec une chute tout à fait inattendue."
http://yetiblog.org/index.php?post/2189
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Écrit par : Yann / | 18/01/2017

GAUCHE

> A noter sur lavie.fr, ô combien louable, la tentative de quelques personnalités de conduire la gauche à une réactualisation de ses valeurs.
Dans un texte intitulé « La gauche que nous aimons », MM. Grzybowski, Jauffret, de Roux, Spiegel et Vignon (pas de femme parmi les signataires, c’est surprenant…) l’appellent à se refonder sur la justice sociale.
Et de fournir quelques exemples des combats que la gauche devrait mener : prendre en compte « aussi bien le jeune sans qualification tenté par le vote extrême, que l’ouvrière textile du Rana Plaza, le chômeur de longue durée fragilisé par le manque de confiance et de perspectives, la famille des côtes philippines ou haïtiennes ravagées par des typhons d’ampleur inédite, le malade en fin de vie menacé d’euthanasie dans un hôpital sous pression financière, la femme instrumentalisée pour les maternités de substitution des riches, la personne de la rue abandonnée à sa solitude mortifère, le migrant fuyant la guerre à la recherche de sécurité et de travail ou l’enfant “non conforme” victime d’un eugénisme silencieux ».
Bon texte, je pourrais le signer des deux mains. La mise au point sur la laïcité, « non pas une conviction mais le cadre fécond de la fraternité », est particulièrement bien venue (n’en déplaise à Vincent Peillon, Sylvia Pinel ou Manuel Valls, tenants caricaturaux de la « laïcité-conviction »).
Et donc, je fais un rêve… Et si un Benoît Hamon, si un Jean-Luc Mélenchon était capable de relever ce défi ? « J.O.I.E, joie, joie, joie ! »
De fait, je les ai entendus, les deux hommes ne crachent pas sur leur baptême catholique !…
… Aïe !… excusez-moi… Je mesure à l'instant l’indécence de mon propos, je viens d'écrire « catholique »… Je me rends compte combien ce mot est impropre aujourd’hui à gauche. J’aurais dû écrire, comme les signataires de la lettre, « citoyen chrétien »…
Pardon, je délirais… Cette « gauche que nous aimons » est une cruelle utopie. L’adhésion au texte de MM. Grzybowski, Jauffret, de Roux, Spiegel et Vignon supposerait en effet que des hommes politiques de gauche soient capables, à l’instar d’un François Fillon, de saluer l’apport du christianisme et des chrétiens au Bien commun, à la paix, à la justice économique et sociale… Bref, qu'ils placent leur foi, non seulement en l’Homme, mais en Dieu.
A l’évidence, la gauche française en est aujourd’hui incapable.
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Écrit par : Denis / | 18/01/2017

ABSURDIE

> Dounia Bouzar et son équipe montrent bien que les jeunes qui se radicalisent et sombrent dans le djihadisme sont enfants de cette Absurdie que Michéa et vous-même nous décrivez:
"Les échanges des professionnels montrent que ce discours fait autorité sur les jeunes parce qu’il donne de la valeur à ce qu’ils sont déjà: sans attaches, ne sachant ni d’où ils viennent ni où ils veulent aller. Les signes négatifs deviennent soudain des signes positifs. Au lieu de leur dire qu’ils doivent s’enraciner, on leur dit qu’ils vont pouvoir être des héros de la révolution mondiale. Ce type de discours fabrique une communauté virtuelle de substitution dans un espace virtuel de substitution: le lien à l’islam devient une nouvelle «appartenance généalogique» qui remplace le lien au territoire du pays d’origine. Les jeunes se disent musulmans avant d’être fils d’Algériens ou de Marocains. Olivier Roy [2006] fait remarquer qu’ils sont «hors territoire», dans un autre espace qui va de New York à Kuala Lumpur, un espace qu’on vit à travers Internet, un espace de réseaux. Marc Sageman [2005] arrive également à cette conclusion avec les biographies des jeunes liés à Al Qaïda, puisqu’il ne trouve que des hommes sans attaches nationales, déterritorialisés. Ils se vivent comme des globalisés, des mondialisés, mais ne se sentent partie intégrante d’aucune culture et d’aucun espace politique national. Leurs revendications ne sont d’ailleurs jamais motivées par une stratégie politique de conquête d’un État. Les professionnels de la jeunesse confirment qu’un jeune, vivant en France, qui se sent arabe, marseillais, français, kabyle, roubaisien, algérien, bambara, etc., n’adhère pas au discours radical. Un point commun des jeunes sensibles au discours radical concerne donc leur rapport au territoire: ils ne sont attachés à aucun territoire, ni celui de leurs ancêtres, ni celui où ils vivent. L’échantillon à risque est constitué de jeunes qui se sentent «de nulle part»."
Les Cahiers de la sécurité, 62, 3e trimestre 2006, p.
par Dounia BOUZAR.
Je crois que ce qui a fait évoluer Mélenchon vers la décroissance et l'écologie, c'est sa culture chrétienne, ou plus précisément son éthique chrétienne: il n'a pas de honte à en appeler aux vertus personnelles dans son discours, et quand il dit que pour penser juste, il faut penser avec son coeur, il a des accents pascaliens. S'il en refuse l'étiquette, s'il revendique une laïcité combative et défend le droit à mourir comme le droit à l'avortement, hors de ces "extrémismes aux extrémités" , il est, de nos candidats, je crois le plus imprégné de catholicisme françoisien.
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Écrit par : Anne Josnin / | 18/01/2017

CAUSES

> Je nuancerais: c'est un peu l'œuf et la poule: la perte de l'identité est aussi une démarche de tout un courant intellectuel voulant jeter à la poubelle nos racines, mais comme le libéralisme économique a lui même a intérêt à faire cela pour produire des consommateurs sans limites, il bénéfice de ce courant et le favorise.
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Écrit par : Ludovic / | 18/01/2017

SAVOIR COMMENT

> Je crois me souvenir que Soljenitsyne disait du système soviétique, en substance : "le plus pénible au quotidien était d'avoir l'impression de vivre dans un monde où tout était absurde".
Mais comme l'a rappelé, début janvier, le poète (?) Edouard Valdman au micro de RND, "Poutine est en train de rebâtir la Russie à partir de l'orthodoxie". Donc...
De toute façon, par définition, un système absurde ne peut pas durer longtemps. Le tout est de savoir comment il peut finir... avec quels dégâts collatéraux.
C'est marrant, aujourd'hui, j'ai pensé à cette chanson des Tri Yann (je n'ai plus le titre en tête), avec ces paroles "mal de tête passe en mangeant, mal de ventre passe en ch...t". J'ai eu envie de compléter : "mal de civilisation passe en guerroyant"...
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Écrit par : Feld / | 18/01/2017

PRO-VIE, ENCORE UN EFFORT D'ANALYSE !

> J'ai regardé les dernières affiches de la 'Marche pour la vie'
http://www.enmarchepourlavie.fr
Dans leur genre, hyper violentes...mais bien senties.
Sur le lien entre culture de mort et système économique : allez, encore un petit effort...
http://www.enmarchepourlavie.fr/project/test-project/
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Écrit par : Feld / | 18/01/2017

LUMPEN LIBÉRAL

> Mais ce qui m'inquiète un peu, c'est de voir l'émergence d'une sorte de 'Lumpenproletariat' individualiste, faisant cause commune avec les classes dirigeantes. Ainsi, certains des jeunes qui "roulent" pour Macron...
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Écrit par : Feld / | 18/01/2017

@ Yann

> Je trouve cette vidéo excellente ! "Nous sommes tous complices"...c'est tellement vrai.
Mélenchon ne devait-il pas être interviewé par 'Famille chrétienne' ? Cette interview est peut-être déjà parue ?
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Écrit par : Feld / | 18/01/2017

LE MARCHÉ CONTRE L'UNIVERSITÉ

> J'apprécie beaucoup votre réflexion (balthasarienne !) sur l'impossibilité d'accommoder la foi au système capitaliste, idolâtre, dans lequel nous vivons.
Un autre sujet qui mériterait d'être traité--sujet voisin à la souffrance des paysans--est l'agonie de l'université, cette vieille institution chrétienne mise à torture actuellement par les soi-disant "lois de marché" et le manque de liberté ambiant.
Soumettre l'université au "management" est une victoire de l'anti-culture, d'autant plus choquante que certains le font au nom de la foi et en profitent pour dégager ceux qui ne prient ou ne pensent pas comme eux (j'ai des exemples précis en tête...).
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Écrit par : LB / | 19/01/2017

à Feld

> en ce qui concerne Poutine, je serais plus mesuré. Au dernier 8 mai, sur la Place Rouge, au-dessus des prêtres orthodoxes, on pouvait voir des étoiles rouges géantes. Par reconstitution historique ? Ça m'étonnerait. Le 11 novembre, au pied des monuments aux morts français, personne ne se déguise en Bleuet.
Le bonhomme est différent, certes, du personnel politique occidental, mais à sa manière pas moins catastrophique pour le bien commun russe. La politique intérieure maffieuse de la Russie est une mise à sac du pays au profit d'une élite pétersbourgeoise bien connue des tribunaux. La part du budget de l'État dans la santé, par exemple, est inférieure à ce qu'on peut voir dans des pays du Tiers-Monde. Quelle importance ? A 55 ans, on ne sert plus les desseins géopolitiques ou industriels, à quoi bon s'acharner ? Non, la Russie est différente de l'Occident, mais elle ne se rebâtit pas plus sur l'Evangile que l'avenue Hoche.
Quant à M. Macron, je partage votre perplexité. Cela dit, les jeunes qui s'agitent autour de lui ne sont pas des apprentis (ces derniers, on les vire de leurs propres ateliers pour laisser le grand homme y accueillir les jeunes éphèbes des prépas HEC). Jusqu'à ce que des élections aient enfin chiffré l'audience véritable de ce personnage qui, à ce jour, ne s'est jamais abaissé à solliciter le vote de ses compatriotes, tout n'est que battage médiatique (et quel battage !) Quel que soit le vainqueur des élections, la population sera perdante. Mais j'espère au moins avoir le plaisir de dire à son propos, comme Massillon aux funérailles de Louis XIV : "Dieu seul est grand, mes frères, et nous voici à l'heure où l'homme n'est plus rien de ce qu'il croyait être".
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Écrit par : Lucas / | 19/01/2017

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