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03/06/2016

L'ethnomanie est-elle l'antiracisme des imbéciles ?

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Réflexion sur certains remous de l'actualité :


 

 

August Bebel [*] disait : "l'antisémitisme est le socialisme des imbéciles". Au vu de certains remous de l'actualité française, on est tenté de dire : "l'ethnomanie est l'antiracisme des imbéciles". L'ethnomanie, c'est la folie (du grec mania) de tout ramener à des questions ethniques. Mais ce n'est pas une folie socialement innocente, on en voit une illustration - caricaturale -  avec l'affaire  Benzema.

 

benzemaCette affaire a été lancée la semaine dernière dans le Guardian par Eric Cantona, qui reproche à Didier Deschamps son "nom bien français" et l'accuse d'avoir relayé des motivations "racistes" en écartant Benzema avant l'Euro. Cantona a l'habitude de dire n'importe quoi (hier il a parlé aussi de "Mormons" et de "consanguins"). Donc les médias auraient dû faire la part des choses... Mais le sujet du racisme était trop excitant ! Ils ont gonflé l'affaire. Le quotidien espagnol Marca a interviewé Benzema qui a sauté sur cette occasion de se poser en victime, pour faire oublier le véritable fond du problème. Accusant Deschamps d'avoir "cédé à la pression d'une partie raciste de la France", il n'a pas hésité à expliquer la décision du sélectionneur par la montée de Marine Le Pen dans les sondages - et à se présenter comme un symbole politique : une barrière contre "les extrêmes". Du coup on oubliait le vrai motif de la non-sélection de Benzema : l'affaire du chantage à la sex-tape sur un autre footballeur (et les poursuites judiciaires qui s'ensuivent).

Mais de ce soudain antiracisme de Benzema - et de la surexcitation médiatique -, que disent les autres footballeurs ? Ils disent que voir du racisme dans la sélection française n'a ni queue ni tête. L'équipe de France comporte  "beaucoup de joueurs de couleur", rappelle Kingsley Coman. Il ajoute : " Le racisme, je ne vois pas où il est. Cette histoire c'est n'importe quoi..."  Et la réaction de Coman est partagée par les autres membres de l'équipe.

De son côté, Libération (2/06) est allé interviewer la banlieue : en l'occurrence l'Etoile Football Club de Bobigny, dans le 9-3. Ce que lui ont déclaré "les ados du quartier" devrait calmer Cantona : selon eux, la non-sélection de Benzema "n'est pas du tout une question de couleur de peau" et "il n'y a pas de racisme dans le football". L'entraîneur du club, Cheick Sall, confirme : "C'est le comportement médiatique de Benzema qui a joué dans sa non-sélection. Il y a trop d'affaires qui l'entourent, lui-même le sait... Pour moi, Benzema fait surtout partie de cette génération de joueurs caractériels qui sont évincés progressivement."

 Même Dominique Sopo (SOS Racisme) désavoue Benzema : "C'est bien la première fois que je l'entends s'intéresser aux questions de racisme, et il se trouve qu'il le fait parce que son cas personnel est engagé... Nous sommes face à un personnage qui montre un certain degré d'égoïsme et de narcissisme. C'est un peu facile de se soustraire à ses propres responsabilités avec des accusations lancées à la légère !"

Mais toutes ces voix ne suffisent pas à calmer le jeu. Les médias trouvent très payante la métamorphose de Benzema. De héros d'un scandale crapoteux, se faire rempart de la République : ça c'est du trans !  Tant pis si c'est invraisemblable. Le story-telling pèse plus lourd que la réalité.

Or l'ethnomanie fait partie aujourd'hui du story-telling : la construction de mythes à la façon des campagnes de pub. Dénaturer tout sujet de société pour en faire un problème d'origines ethniques, c'est devenu pavlovien : on agite la clochette et les médias salivent.

D'où vient ce phénomène ? Dans Le Monde (3/06), le sociologue William Gasparini explique le processus d' "ethnicisation de la société" :

"[À partir des années 1990], en opposition aux analyses classiques de la sociologie française - en termes de classes et d'inégalités sociales [...], se développe un nouvel usage des catégories ethniques pour saisir les rapports sociaux. Empruntant aux études culturelles et post-coloniales anglo-saxonnes, cette vision s'impose progressivement à partir de 2005, portée par des entrepreneurs d'ethnicité comme les Indigènes de la République ou par des mouvements de défense des minorités ethniques selon un modèle de type multiculturaliste... Sous l'effet du marketing ethnique, tout se passe comme si la montée de la promotion de la diversité accompagnait le déclin de la question sociale [...], dans une Europe de plus en plus gagnée par le paradigme de la concurrence et de la lutte des places entre individus et groupes d'individus. Néolibéralisme et communautarisme semblent se renforcer l'un l'autre."

 

benzemaEtant devenue l'un des ressorts du business, l'ethnomanie envahit également le politique : et là aussi c'est un divorce d'avec les réalités. Lors d'un rassemblement de soutien à la candidature de M. Alain Juppé, hier, M. Benoît Apparu a ainsi résumé la ligne de son patron : le "multiculturalisme heureux". Formule risquée, car elle évoque la "mondialisation heureuse" (de sinistre mémoire) et bien entendu le classique "imbécile heureux".  Pour éclairer sa formule, M. Apparu a ajouté ce mot d'ordre : "oui au multiculturalisme, non au communautarisme." C'était aggraver son cas, parce que ça n'a aucun sens. Le "multiculturalisme" consiste à ne pas faire entrer les immigrés dans une culture commune (celle du pays d'accueil) ; donc à les enfermer dans leur communauté d'origine : Africains entre Africains, Maghrébins entre Maghrébins, etc. C'est ainsi qu'on transforme les banlieues en bastions ethniques... Si c'est à ça qu'aboutit le multiculturalisme,  il ne s'agit pas d'un "antiracisme" mais de l'ethnicisation de la société que dénonce Gasparini ; ethnicisation qui est, tout simplement - au même titre par exemple que les "nouvelles moeurs" - l'un des produits du libéralisme économique. On ne s'étonne pas de le trouver en promotion chez M. Juppé ; bien qu'il n'en ait pas le monopole, ce qui n'a rien d'étonnant non plus.

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[*]  fondateur du parti social-démocrate d'Allemagne (1840-1913).

 

Commentaires

ANGLICISMES

> Par pitié : écrivez en français et arrêtez les anglicismes ! c'est insupportable ! (-:

B.


[ PP à B. - J'apprécie l'ironie. Mais remarquez qu'ici ils sont adaptés au sujet : donc à prendre au second degré ! ]
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Écrit par : bergil / | 03/06/2016

ROI DES UBU

> J'ai eu il y a quelques années l'occasion de voir Eric Cantona sur une scène de théâtre (c'était en France). Il jouait le rôle d'Ubu (je ne me souviens plus de la pièce exacte, Alfred Jarry en a écrit plusieurs). Coïncidence ?

Dr Z.


[ PP à Dr Z. - Canto en Ubu ? il devait être phormydable. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Dr. Zurui / | 03/06/2016

TITRE

> J'ai eu un moment d'égarement à la lecture de votre titre : j'avais vu "euthanasie" en lieu et place d'"ethnomanie".

Natalie


[ PP à Natalie - Je ne suis pas sûr de saisir votre idée. Pouvez-vous la développer ? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Natalie / | 03/06/2016

APARTHEID

> Fut un temps où c'étaient les racistes qui voulaient l'apartheid. Aujourd'hui, ce sont les antiracistes.
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Écrit par : Guadet / | 03/06/2016

"SEXISME"

> Vous savez, le remplacement d'une journaliste par une autre a été présenté par le journal 'Le Parisien' de cette manière : "Vanessa remplace Léa".
Il n'en a pas fallu plus aux médias pour hurler au sexisme.
Ah.
Mais pourquoi ? parce que "elles n'ont pas eu droit à leurs patronymes parce que ce sont des femmes."
Gnein ?
Si ! j'te dis !
Boudu, c'est la cour de récré des 4e A !***

Ce qui est navrant dans cette autre histoire c'est
- qu'une telle info (?) paraisse en 1ère page (si !) du 'Parisien' (on s'en fout !)
- que les médias en rajoutent en hurlant au sexisme
- que justement on y voie du sexisme
- alors que cela révèle seulement un excès de familiarité devenu courant, et une absence de sens de ce qu'est la véritable information.

**"et-moi-je-te-dis-que-Kévina-n'a-pas-voulu-sortir-avec-Anthony-paskeu-il-a-un-appareil-dentaire"
-mais non ! elle est pas raciste, Kévina ! c'est paskeu elle veut veut expérience homo avec Jessica
- mais non !
- mais si ! d'ailleurs ses renps y sont FN !
- mais non ! c'est paskeu elle est amoureuse de Charles-Maximilien qui est-un fils de bourge d'ailleurs il a un Iphone plus beau que moi.
(c'est à peu près ce que j'ai entendu dans le bus il y a peu ; une gamine disant être d'accord pour sortir avec un Rachid "paskeu elle elle est pas raciste, elle" mais quand elle a su qu les parents du dénommé Rachid étaient épiciers, beaucoup moins emballée elle a eu des mots méprisants pour le travail manuel
(ce qui était assez ironique vu qu'elle paraissait incapable de s'exprimer correctement).
On apprend aux gosses à ne pas mépriser pour une question de couleur, mais ce sont de parfaits petits bourgeois pour le reste.
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Écrit par : E Levavasseur / | 03/06/2016

INCROYABLES

> Incroyables les histoires de footballeurs, c'est plein de tacles, de feintes, de contre-pieds, de retournements de situations dans les 5 dernières minutes et de prolongations à n'en plus finir.
Tout ça pour une sextape qu'en plus, pour bien comprendre le match, on a même pas visionnée.
Bien sûr, l'important c'est de participer.
(... au sport, je veux dire... le football ... Coubertin ... tout çà quoi.)
______

Écrit par : Yann / | 03/06/2016

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