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18/04/2016

Le chaos "spontané" naît de la décomposition du système

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Réflexions sur l'incident Finkielkraut place de la République :


 

 

 

Bien entendu, l'éviction d'Alain Finkielkraut par certains participants de la Nuit debout place de la République est un symptôme de sectarisme, qui contredit l'intention même de ces Nuits debout et souligne la fragilité de leur formule : donner la parole à "tout le monde" expose à se laisser parasiter par des groupuscules, lesquels imposent ensuite leur loi... qui consiste à ne pas donner la parole aux autres. Processus classique. Le spontanéisme est souvent chaleureux mais parfois odieux, parce que c'est l'incohérence.

Cela dit, apportons deux nuances :

1. Il y avait à ce moment trois mille participants sur la place. Alain Finkielkraut n'a pas été insulté d'emblée mais lorsqu'il s'est éloigné de l'assemblée générale (à laquelle il avait assisté sans incident), et par quelques dizaines de personnes qui, elles, n'y participaient pas.  Les sectaires et les violents sont en petite minorité place de la République ; ils sont absents des Nuits debout dans d'autres villes. Ils ne représentent pas plus la foule des participants que les énervés (et les provocateurs de police) des fins de manif ne représentaient la foule des MPT en 2013. Précisons aussi que l'académicien a été soustrait à ses insulteurs non par la police, mais par des participants.

2. Face à cet incident déplaisant, les vertueuses indignations de Mmes Vallaud-Belkacem ou El Khomri (comme les hululements d'Eric Ciotti*) ont ont quelque chose d'obscène, sachant que le PS et LR viennent de réformer le code électoral pour écraser le temps de parole des candidats issus des "petits partis"... Quand on est capables de ça pour défendre une oligarchie coupée de la société réelle, on n'a pas le droit de condamner les tentatives d'expression – même chaotiques – qui surgissent de cette société ! Ce qui crée le chaos, c'est la décomposition du système.

On sait "d'où parle" – langage 1968 – Philippe Corcuff. Mais ce qu'il a écrit la semaine dernière est pertinent :

<< Pris en tenaille entre le dessèchement spirituel généré par la logique capitaliste de l'argent roi et les absolus meurtriers du jihadisme, nous manquons de spiritualité démocratique. La quête spirituelle sourd des résistances intimes et coopératives qui s'esquissent aujourd'hui... Ces défis cabossés et hérissés de pièges ont la couleur de l'aventure face à la claustrophobie du non-sens politicien... L'arrogance des tenants du "débouché politique" nous apparaîtra d'autant plus ridicule. Déboucheront-ils un jour leurs oreilles devant les clameurs issues de la vie de tous les jours ? C'est peu probable, tant on dit que la masturbation politicienne rend sourd... >>**

 

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* Il croit voir le maoïsme place de la République. Il y a quarante ans, avec Raymond Marcellin, Philippe Malaud et autres lumières, il aurait cru voir en mai 1968 "un complot international monté par le KGB". La droite est invariable.

** Libération, 14/04.

 

Commentaires

MERCI

> Merci d'avoir regardé avec objectivité la tentative effectivement "chaotique" m:ais sincère de Nuit debout.
On en voit les failles et les limites.
Mais ce n'est pas facile de maintenir le cap quand on est coincé entre les marteaux et l'enclume.
Enclume du régime PS en décomposition.
Marteaux d'une droite obtuse (qui voit toute contestation comme une préparation au bolchevisme) et d'un gauchisme paranoïaque qui voit "la vermine fasciste" dans tout ce qui n'est pas lui.
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Écrit par : frère Léon / | 18/04/2016

L'HOMMAGE DE MÉLENCHON AU PAPE

> Si vous allez sur la page Facebook de Jean-Luc Mélenchon, vous devriez normalement trouver ceci, hier à 15h08:

" VIVE LE PAPE !
Dans le petit vent glacé qui soufflait dans le nord, j’étais si loin de ce qui agitait la planète centrale, Paris et le grand miroir déformant du monde médiatique ! Mais j’ai regretté pour une fois d’avoir raté un instant lointain. Je me sentais si proche de l’idée qu’illustrait alors le pape en ramenant à la maison douze réfugiés. La fraternité humaine est une valeur d’action et une vertu politique. Décidément l’Église a vraiment élu un chrétien cette fois-ci ! Je sais très bien tout ce que l’on peut objecter à son geste. Je le sais. Mais comme il n’existe pas d’issue « réaliste » « maintenant » « tout de suite » et « concrète », comme demandent les journalistes entre la météo et le dernier match de foot pour « décrypter » les problèmes, le pape met tout le monde au pied du mur spectaculairement, directement et magnifiquement.
Si personne ne veut entendre qu’il faut arrêter la guerre du pétrole et du gaz en Syrie et en Irak, si personne ne veut entendre parler d’arrêter « la libre circulation des marchandises » qui tue l’Afrique en construction, bref, si aucune des solutions rationnelles n’est plus entendue, que reste-t-il comme argument pour nous soustraire à l’infamie dont est coupable notre société dans ce moment ? Il reste l’évidente communauté de destin des humains. Il reste alors à la constater et à l’assumer envers et contre tout. C’est ce fond qui nous rend solidaires et qui a tiré de tous les périls dans le temps profond cette espèce de singe particulière que nous sommes.
Ces personnes qu’on nomme réfugiés sont des êtres humains, donc nos parents dans l’humanité universelle. Les parquer, les maltraiter, les considérer comme des chiffres ou des phénomènes, comme des symptômes ou des sujets de polémique nous éloigne à bon compte de l’essentiel. Comment pouvons-nous accepter d’être complice de cette infamie qui les transforme en choses pour mieux masquer leurs visages concrets dont les regards nous brûleraient ? Notre indifférence de sauvegarde nous déshonore. Elle nous rend plus mauvais que nous l’étions déjà dans cette société « d’indifférence mondialisée » à la souffrance des autres transformée en spectacle comme un autre.
J’écris ces mots alors même que je n’ai jamais été partisan de la libre installation des migrants, ce qui m’a déjà été reproché ici et là. Je les écris précisément pour que l’on entende le message. Si on ne change pas radicalement les manières de faire qui conduisent à cette situation, la civilisation humaine s’effondrera dans la barbarie. Quand 250 millions de personnes vont fuir les conséquences du changement climatique, on bénira la période où il n’y a en avait qu’un million à nos portes. Quand on aura fait durer les guerres du pétrole au Moyen Orient et que commenceront les guerres de pénurie de matières premières, on pensera avec nostalgie à ce moment où il n’y avait qu’un attentat tous les ans.
Voilà pourquoi je salue le geste du pape avec ardeur. Au-delà de toutes les raisons d’agir et de militer, il y en a une plus forte que toutes. Le geste du pape la fait éclater sous les yeux du présent glauque : nous formons la même humanité ! Et toute cette époque qui la met en danger matériellement la ruine aussi spirituellement en faisant oublier le devoir premier de fraternité.

JLM "
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Écrit par : ND / | 18/04/2016

L'IRRITATION DE FINKIELKRAUT

> Alain Finkielkraut confronté une fois de plus à la défaite de la pensée ! Quoiqu’ayant moi-même la plupart du temps du mal à « penser », je comprends sa déception et son irritation…
Il est vrai que tout mouvement de rue dissimule des dispensateurs de ruades et mauvais coups.
Et on aura beau dire, les marcheurs de la manif pour tous, dont j’étais, étaient plus polis et accueillants que ces drôles de cocos de l’autre soir.
Nuits de boue ?… Le nouvel académicien n’a au fond qu’un seul tort aux yeux de ses détracteurs : être un honnête homme, défendre avec raison et passion, en homme de culture (dommage qu’il n’ait pas la foi) la civilisation judéochrétienne.
Parler grec au grec… et concon aux cocos pour ne pas finir la tête au bout d’une pique ?
Rejoindre les manifestants de « Nuit debout »… en se recommandant à la princesse de Lamballe (déclarée vénérable par l’Eglise en 1934) ?
OK. J'ai du mal à penser, mais je peux prier !

Denis


[ PP à D. :

- Franchement Denis, n'exagérons rien ! ll n'y a eu de violences que verbales. Alain Finkielkraut s'est fait insulter par un petit groupe de membres de la Jeunesse communiste (PCF). Il a riposté sur le même ton. Et l'affaire n'est pas allée plus loin.

- L'incident ne devrait surprendre personne, car :
1. l'algarade de trottoir fait partie de ce type d'exercice (il ne faut pas aller dans les manifestations si l'on ne veut pas s'y exposer) ;
2. Devenu involontairement personnalité "clivante", Alain Finkielkraut a des adversaires de gauche (depuis plusieurs années) notamment en raison de ses positions pro-israéliennes, qualifiées par eux d' "anti-palestiniennes" ; on sait à quel degré de nervosité ces questions peuvent pousser des fractions antagonistes du public français.
3. Comme le rappelait Gérard Leclerc ce matin sur RND, s'en prendre aux intellectuels célèbres est une constante, également répartie à gauche et à droite. A la fin des années 1950, les militants de l'Algérie française écrivaient sur les murs du métro : "fusillez Sartre". Cette haine-là venait de la droite. (Aujourd'hui et Dieu merci, personne ne dit "fusillez Finkielkraut").
4. Finkielkraut est ulcéré qu'on le traite de "fasciste". Il prend ce mot dans son sens historique, oubliant qu'aujourd'hui les mots n'ont plus de sens historique - et d'ailleurs plus de sens du tout, sous l'emprise verbomotrice de tous les marketings.
5. De même, Finkielkraut se pense sincèrement "de gauche". Il donne à ce mot un contenu politique quintessencié, oubliant qu'aujourd'hui, le politique étant défunt, les postures de "gauche" ou de "droite" n'ont plus de contenu ; on ne sait ce qu'elles désignent, si ce n'est le degré respectif d'avancement dans le domaine des moeurs (et ce n'est plus de la politique). ]

réponse au commentaire

Écrit par : Denis / | 18/04/2016

EXIT ROUNDUP

> Des nouvelles du Salvador: http://www.notreterre.org/2015/04/le-salvador-bannit-le-roundup-de-monsanto-et-connait-des-recoltes-records.html
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Écrit par : ND / | 18/04/2016

L'IMPASSE QUE CE SERAIT

> Tout a fait d'accord sur le chaos né de la décomposition du politique et donc sur l'obscénité des politiques donneurs de leçons.
J'ai plutôt un regard bienveillant sur le mouvement même si je me situe à distance : comme VF j'habite un bocage tranquille et pour moi, mes nuits debout se passent à accompagner ma petite qui fait ses dents ;-)
Pour autant je suis tombé par terre avec l'interview de Frédéric Lordon dans Reporterre : http://reporterre.net/Il-faut-cesser-de-dire-ce-que-nous-ne-voulons-pas-pour-commencer-a-dire-ce-que.
Comment ne pas voir l'impasse que serait de situer absolument à gauche toute forme de contestation sociale ? Le clivage idéologique étant encore si fort, les braves gens de droite vont se dire "tout va bien ma brave dame, tant que la gauche gueule, c'est bien que notre monde ne va pas si mal". Et de fermer les yeux sur ces tensions qui s'accroissent toujours plus chaque jour...sans y réfléchir...
Sommes-nous si peu à voir que c'est quand même un grosse grosse connerie ?

Antoine R.


[ PP à AR :
Je partage votre impression, avec les nuances suivantes :
- Lordon a du bon lorsqu'il rappelle le caractère indispensable d'un Etat qui servirait le bien commun. Pour cette raison il est insulté (autant qu'un Finkielkraut !) par la gauche bobo, qui ne veut pas entendre parler d'Etat : ce en quoi elle ressemble - mais ne le lui dites pas - à l'extrême droite libérale.
- Le sectarisme de gauche est d'autant plus virulent que la gauche n'existe plus sur le plan des idées. Interrogez un des insulteurs ("communistes") de Finkielkraut : vous découvrez qu'ils ne connaissent même pas la pensée de Marx... Leur agressivité est enfermée dans le néant de l'instant présent, elle est clanique, tribale, subjectiviste, et ils la partagent avec des libéraux bobos façon Inrocks. Détester par exemple Finky (comme par ailleurs militer LGBTQP) fait partie des marqueurs identitaires d'une identité devenue introuvable, sauf à la réduire aux questions de moeurs.
- Quant aux "braves gens de droite"... Ils sont tout aussi sectaires (sans le savoir) que leurs têtes-de-turc les "gauchistes", dans la mesure ou, comme eux, ils sont incapables d'analyser les questions de fond : ils s'en tiennent aux étiquetages de clans, et ouvrent le feu dès qu'il est question du clan d'en face. Sans se poser de questions. Ils sont convaincus que ce n'est pas la peine de s'en poser puisque "la vraie France" (c'est-à-dire la droite et l'extrême droite) va "revenir" ; tant pis si elle s'apprête à continuer en gros la politique des précédents, comme c'est le cas dans toutes les alternances. "L'homme de droite aime le brouillard pourvu qu'il y entende un tambour". ]

réponse au commentaire

Écrit par : Antoine R. / | 19/04/2016

EXERGUE

> Merci Patrice de Plunkett, pour vos interventions dans le Grand Débat du vendredi et, ici, pour l'exposé de M Mélenchon que je ne serais sans doute pas allé chercher spontanément, mais qui met en exergue de belle manière des problèmes fondamentaux de notre fonctionnement, à l'échelle individuelle comme planétaire. On sait ce qui nous reste à faire, particulièrement comme chrétiens. A bientôt et avec plaisir dans un prochain Grand Débat.
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Écrit par : Jean-François Maillard / | 21/04/2016

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