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13/10/2022

Un juste regard de sociologue sur Vatican II

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Il faut lire intégralement l'article de Denis Pelletier dans Le Monde du 12/10. Il rétablit la perspective exacte, alors que la réacosphère relance encore ses mêmes perpétuels slogans contre le concile :


Après les cortèges MPT de 2013-2014, des sociologues de la religion ont suivi un mirage : prendre les milieux ultraconservateurs pour l’avenir du catholicisme. On en vit même adopter les préjugés ultras : par exemple celui qui consiste à prendre le concile Vatican II pour la cause de l’évaporation de la foi catholique en France ; évaporation qui en réalité a de multiples origines. Étrange myopie de la part d’analystes...

Mais le monde et les temps changent. Ainsi Denis Pelletier : chercheur EPHE en histoire et sociologie du catholicisme contemporain, auteur en 2019 de l'ouvrage Les catholiques en France de 1789 à nos jours, il ne se laisse pas impressionner par les préjugés ultras. Dans Le Monde du 12 octobre, il publie des réflexions objectives sur le 60e anniversaire de l’ouverture de Vatican II. L’article s’intitule : “Imputer la crise de l’Eglise à Vatican II, ce serait comme imputer la crise climatique au GIEC”. Extraits :

<< Imputer la crise de l’Eglise à Vatican II, cela reviendrait à imputer la crise climatique au Giec qui nous alerte et propose des solutions ! Les difficultés sont anciennes. Arrivant au concile, les évêques, venus du monde entier avec des expériences différentes, partageaient en effet le même constat : ils rencontraient tous des difficultés dans leur diocèse, même si elles n’étaient pas de même nature... >>

<< Vatican II, c’est l’histoire d’une institution qui prend le risque de se déstabiliser elle-même pour échapper au déclin. Cela suscite incertitude et désordre, mais cela provoque aussi une floraison d’initiatives originales dont l’Église bénéficie aujourd’hui. Dire que le concile est la cause de la crise, c’est passer sous silence les dizaines de textes publiés avant le concile par des évêques et des théologiens, qui alertaient depuis longtemps sur les risques d’un basculement dans la crise…>>

Contrairement à certains de ses confrères parlant de la crise actuelle de l’Eglise, Denis Pelletier dit en quoi elle résulte surtout des mutations de la société. Par exemple, << la crise des vocations peut s’analyser sociologiquement. Le clergé français se recrutait surtout dans le monde de la petite bourgeoisie rurale, un tiers de ses effectifs était passé, enfant, par ce qu’on appelait les "petits séminaires". Ces derniers ont disparu dans les années 50, et l’exode rural a tari la source du recrutement. En outre, le prêtre n’est plus la figure de référence qu’il était auparavant : c’est un “métier” difficile, mal payé, dans lequel on hésite à s’engager pour la vie… >>

Les ultras reprochent à Vatican II d’avoir annoncé un monde “mondialisé” et repensé l’évangélisation par rapport à ce monde. Mais la prévision était exacte. Et le souci des Pères conciliaires n'était pas totalement nouveau : depuis presque deux mille ans l’évangélisation marchait au rythme des évolutions du monde et tentait, plus ou moins, de se réorienter en fonction d’elles ! Même si c'était tant bien que mal et à travers des querelles internes (1)… Pour sa part, Pelletier observe : << Le concile continue d’être un élément de référence au sein de l’Eglise. Pour des personnes comme le pape François, c’est le moment où le catholicisme non-européen commence à compter... Aujourd’hui, le christianisme bascule vers le Sud : l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie. Le pontificat actuel est révélateur de ce phénomène. François a très bien compris que les choses ne se jouent plus en Europe – on le voit notamment dans la nomination des cardinaux. >>

Quant à la crise du catholicisme en France, le sociologue en voit un symptôme dans la disparition d'un lien vital, voilée sous le nom de pluralisme... << Ce pluralisme trouve un écho dans le développement d’un catholicisme d’affinité : si vous n’êtes pas content dans une paroisse, vous allez dans une autre… ou vous renoncez à y aller. >> Le relâchement du lien peut même toucher l'essentiel. Quand des catholiques se comportent en fonction, non de la foi qui rassemble, mais de leurs subjectivités de parti ou de milieu social, c'est que la foi s'est dissoute dans le culte du “soi” : on se recoagule autour d'une "identité", d'un passéisme, et d’une politique dont c'est le fonds de commerce. Cet identitarisme est incompatible avec la foi chrétienne, mais c'est au nom de celle-ci qu'il se substitue à elle ! Ainsi 18 % des catholiques pratiquants (2) ont voté à la présidentielle pour Eric Zemmour et 71 % d’entre eux ont cru pouvoir prêter à ce vote “des raisons religieuses”, alors que Zemmour contredisait largement l’Eglise et injuriait pape et évêques... Justifier cela, c'est quitter le catholicisme en brandissant la bannière catholique.

Là où ce type de phénomènes se manifestent, on peut diagnostiquer une anémie de la foi chrétienne. C'est flagrant dans le milieu qui affirme avec véhémence son “identité". Et quand on sait que ce milieu est aussi celui qui propage les slogans contre Vatican II, on a fait le tour du problème.

 

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(1) Cf. la querelle des “rites chinois”, 1552-1744. Il fallut attendre Pie XII en 1939 pour que soit admise l’adaptation de la liturgie aux cultures à évangéliser. 

(2) Sondage Ifop-La Croix.

Commentaires

DILEMME

> À l'époque du Concile, le maillage paroissial était encore territorial : on allait à la messe dans sa paroisse et on y retrouvait les dimanches tout le village ou tout le quartier si on habitait en ville. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas : à la campagne, les paroisses regroupent jusqu'à quarante clochers où l'Eucharistie n'est quasiment plus jamais célébrée. L'attachement à une paroisse d'attachement territorial ne va donc plus de soi, d'où les dérives dénoncées par Pelletier. Cela vaut aussi dans le sens inverse : il y a trois ans, en Lorraine, j'ai découvert avec stupeur que le nouveau curé de ma paroisse noyautait ses homélies de références au Syllabus, de nécessité de lutter contre le "modernisme", etc. Que faire en ce cas ? Aller voir ailleurs, c'est sans doute se mettre au premier plan et hautement regrettable ; rester, c'est faire face à une certaine incompréhension et ne plus être vraiment nourri de l'enseignement du prédicateur. En disciple du Christ, c'est sans doute la seconde option que le fidèle doit choisir.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 14/10/2022

> Modernistes et traditionalistes tuent la tradition, les premiers en la détruisant, les seconds en lui ôtant la vie. Les débats entre eux au sujet de Vatican II sont sans intérêt.
Vatican II a eu l'avantage de réinsuffler de la vie à l'Église mais c'était il y a soixante ans, deux générations ! De nouveaux problèmes sont apparus depuis - écologie, crise de la pédophilie et du cléricalisme, déchristianisation des vieux pays catholiques au profit d'un paganisme du chiffre - qui pourraient justifier amplement un nouveau concile. L'Église est semper reformanda ! Pour que vive l'Évangile et la tradition.
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Écrit par : Albert / | 14/10/2022

AUPETIT...

> https://mobile.twitter.com/MichelAupetit/status/1581115704865980416
Parlant de la crise de l'Église, il y a parfois des jours où l'on pousse un long soupir...
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 15/10/2022

L'AFFAIRE SANTIER

> https://twitter.com/JustSisterAnne/status/1581729100892250113?cxt=HHwWgoCl2ZSPt_MrAAAA

Avec sœur Anne Lécu, je suis particulièrement secoué par l'affaire Santier. Comment en effet l'institution a-t-elle pu, en 2021, continuer à cacher la raison véritable d'une démission épiscopale ? On était trois ans APRÈS la solennelle Lettre au Peuple de Dieu du pape François. En l'occurrence, il ne s'agissait pas de ragots mais d'une condamnation dûment actée à Rome : Santier a reconnu les faits. En voulant cacher l'innommable, on a créé les conditions d'un scandale plus grand encore puisque c'est cette volonté délibérer de cacher qui est reprochée. Sur le fond, les diocésains de Créteil avaient le droit de savoir : leur ancien évêque a les fantasmes qu'il veut, mais dans la mesure où il les a mis à exécution d'une manière qui ne peut que choquer, cela ne peut être sans influence sur sa capacité à demeurer évêque. Il faut être quand même sacrément tordu pour faire défiler de jeunes séminaristes à poil devant Jésus-hostie ! Surtout si l'on croit que le Christ est réellement présent et donc assiste Lui aussi à une scène digne d'un sex-shop homo ! Conditionner l'absolution à cet effeuillage, c'est par contre gravissime car c'est instrumentaliser le sacrement, c'est mettre Dieu dans le coup, c'est gifler le Christ au visage, c'est se faire le suppôt du Diviseur. Qu'après ça, Aupetit trouve étonnant que les gens aiment "fouiller dans les poubelles" laisse littéralement sans voix.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 17/10/2022

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