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21/04/2022

Entre le débat d'hier soir et les résultats de dimanche

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On n'a pas assisté au combat de la Compétence contre l'Ignorance, mais à celui de deux fragilités dont l'une était plus agile que l'autre :


Le débat d'hier soir est un nouvel exemple du naufrage de la notion de "chef de l'Etat" : les deux prétendants ont parlé de sujets qui n'avaient rien de présidentiel, et souvent comme des subalternes énervés.

Si la notion de "chef de l'Etat" a sombré (depuis plus de  vingt ans), c'est pour quatre raisons au moins : 1. la société consumériste a rendu inaudible le politique en effaçant l'idée de destin collectif ; 2. la techno-bureaucratie de l'Union européenne – que M. Macron appelle inexactement  "l'Europe" – délégitime en pratique les gouvernements nationaux ;  3. le quinquennat transforme les présidents en ustensiles jetables ; 4.  ces trois facteurs sont aggravés en permanence par le tapage obsessionnel des télévisions.

Marine Le Pen, pourtant nationaliste, a trébuché sur sa dette bancaire envers un pays étranger devenu hostile. La cause de cette dette russe est le refus des banques françaises de prêter au parti de Mme Le Pen, mais cette dernière n'a pu démontrer que l'Elysée ait eu un rôle dans ce refus. Par ailleurs, M. Macron a toujours souhaité la cheffe du RN comme adversaire du second tour 2022... On imagine qu'il aurait été plus embarrassé face à M. Mélenchon. Voire à M. Barnier, si la primaire LR ne lui avait préféré Mme Pécresse (avec le succès que l'on sait).

Plusieurs journaux ce matin daubent sur Mme Le Pen qui ne serait, disent-ils,  pas "au niveau". M. Hollande ne l'était guère : ça ne l'empêcha pas de battre M. Sarkozy... D'autre part la notion de "niveau" n'est pas très populaire : la société française actuelle ne supporte plus l'arrogance des experts, dans laquelle M. Macron s'est encore drapé hier soir avec des dédains qui auraient pu, par contrecoup, jouer en faveur de son adversaire. Si finalement ce n'a pas été le cas (on verra ça dimanche), c'est que Mme Le Pen reste marquée par certains tics nuisibles de son milieu d'origine : je veux parler, dans son programme, des lubies et bricolages de conseillers techniques discrets de l'ultradroite, lubies que M. Macron allait facilement épingler. Mme Le Pen a choisi de mettre en avant ces propositions "concrètes", qui sont fragiles, et de peu critiquer le bilan de M. Macron, bien qu'il soit encore plus fragile. Elle pensait ainsi asseoir sa nouvelle image rassurante et constructive... Elle semble n'avoir abouti qu'à remettre en scène l'incompétence gestionnaire prêtée à l'ultradroite.

M. Macron sera probablement réélu dimanche. On serait surpris que ce soit pour mettre en oeuvre la conversion écologiste qu'il affiche en ce moment (pour la seconde fois, rappelons-le : et souvenons-nous du sort de la convention climat !). À ce sujet aussi Mme Le Pen aurait pu l'attaquer hier soir, au lieu de se contenter de le traiter de "climato-hypocrite" sans en dire plus... Pour ça il aurait fallu qu'elle ait rompu totalement avec la vieille hostilité des conservateurs à l'encontre de toute écologie sérieuse ; or en l'écoutant on devine que ce n'est pas le cas. Et en cela aussi, elle a facilité la tâche de M. Macron. Il fallait s'y attendre.*

 

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* Que les zemmouro-maréchaliens ne disent pas qu'avec leur candidat  les choses se seraient mieux passées ! Il aurait fallu que M. Zemmour accède au second tour au lieu de s'écrouler. Et si (chose impossible) M. Zemmour y avait accédé, le travail de M. Macron aurait été encore plus facile qu'envers Mme Le Pen.

 

 

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Commentaires

SITUATION CRITIQUE

> Que dire de plus, votre analyse étant très claire. Sinon que la situation de la France est, dans les deux cas, critique. Nous sommes face à un choix impossible, comme en 2017 d'ailleurs. J'avoue que ces forces de pouvoir me dépassant, je ne vois pas d'autre solution - comme en 2017, et après avoir longuement mûri ce choix - de refuser un tel dilemme.
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Écrit par : BCM / | 21/04/2022

LES LÉGISLATIVES

> Je pense que Macron l'emportera dimanche, mais avec un score très serré, ce qui gardera complètement ouverte la question de la présence ou non d'une majorité qui lui serait acquise automatiquement à l'Assemblée nationale. Certains, qui se sentent "obligés" de voter Macron, vont sûrement se défouler lors des législatives.
N'oublions pas qu'en Autriche, au Portugal et en Irlande, leprésident de la République est élu au suffrage universel direct, comme chez nous, mais c'est le Premier ministre et sa majorité parlementaire qui exercent le pouvoir exécutif réel.
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Écrit par : B.H. / | 21/04/2022

INHIBÉE

> Traumatisée par son pitoyable échec lors de sa prestation face à Macron en 2017, MLP n'a pas voulu se montrer agressive cette fois-ci. Elle aurait pu au moins saisir les perches que lui a tendu son adversaire. Par exemple, lorsqu'elle a évoqué McKinsey, il a ironisé : "Ah, celle-là, je l'attendais". Une seule phrase de MLP aurait pu rappeler l'énorme scandale. Ou lorsqu'il a été question de la santé, Macron s'est flatté de son action positive. MLP n'a pas relevé, alors qu'elle aurait pu, en une phrase seulement, signaler que Macron a supprimé 17 600 lits d'hôpital, en continuité avec la politique de ses prédécesseurs dictée par l'UE...

PH

[ PP à PH – Elle fait visiblement un complexe d'infériorité face à Macron. En 2017 ça l'avait poussée à surcompenser dans l'agressif. En 2022, au contraire, elle est tombée dans l'intraverti inhibé.
On peut imaginer que Macron aurait eu la partie moins facile devant Mélenchon...]

réponse au coimmentaire

Écrit par : Philippe Houbart / | 21/04/2022

Analyse claire et lucide !

> Mme Le Pen aurait pu se montrer plus offensive, mais elle sembla comme pétrifiée à l'idée de renouveler sa prestation d'il y a cinq ans. Elle aurait pu attaquer Macron avec bien davantage de verve quant au scandale des cabinets de conseil : un milliard versé à ces organismes quasiment tous d'obédience anglo-américaine, pour beaucoup contraints d'informer Washington de leurs activités (donc des affaires qu'ils traitent), c'eût été un angle d'attaque particulièrement déstabilisant pour l'ancien banquier formé chez Rothschild. Elle se contenta d'une allusion au "Mozart de la finance" sans se montrer plus incisive quant à la porosité qui existe au plus haut sommet de l'État entre les cercles de décision et les cabinets de conseil - porosité qui ne date pas de Macron mais qui s'est semble-t-il considérablement renforcée sous son quinquennat. Porosité qui est une honte absolue, tant au plan des politiques publiques que des émoluments perçus : combien d'infirmières, de professeurs, de policiers pourraient être embauchés avec ce milliard parti en pure perte vers les paradis fiscaux ?
Macron l'emportera dimanche mais rien n'est joué : les législatives seront le troisième tour du scrutin, avec l'hypothèse d'une cohabitation Macron/Mélenchon voire Macron/Le Pen en ligne de mire. Le peuple se reconnaît évidemment difficilement en un homme qui a amassé des millions d'euros en quelques années seulement, alors que le pays connaît une inflation à plus de 7 %, un chômage de masse et des prix de l'énergie en forte hausse. Le peuple sait bien que le président actuel est plus proche d'un Carlos Tavares dont le salaire annuel atteint la somme révoltante de 66 millions d'euros que des centaines de milliers de Français qui vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. Le troisième tour risque d'être saignant.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 22/04/2022

CE QUE JE CRAINS

> Le résultat de cette présidentielle ne va pas de soi. Mme Le Pen peut la remporter, avec sa considérable réserve de voix aux deux extrêmes. 30 % des gens qui ont voté pour Mélanchon s'apprêtent à voter pour elle. Lors du débat, elle a fait profil bas, pour ne pas effrayer ses potentiels électeurs. Du coup, elle a encore ramassé des suffrages. Selon moi, les gens vont se dire : qu'ai-je de commun avec un Macron vendu à la haute finance ? Je vais plutôt profiter des cadeaux que Mme Le Pen nous a promis. Macron a mangé son pain blanc, pas Marine ! Je noterai pour finir que le programme économique des deux candidats est aussi calamiteux l'un que l'autre, et incompréhensible au commun des mortels. Je suis personnellement opposé aux extrêmes, mais, à part sur l'immigration, Mme Le Pen est-elle aux extrêmes ? C'est ce que la propagande médiatique des quinze derniers jours voudrait nous faire croire. Mme Le Pen s'est "dédiabolisée". Elle est toute propre, désormais. Prête à pénétrer au palais de l'Elysée... J'aurais préféré un Xavier Bertrand, et je me félicite qu'une Sandrine Rousseau ait été éliminée. Voilà ce que je crains... Quand Mitterrand a été élu en 1981, on pouvait aussi craindre le pire. Mais en France, quand le bébé casse ses jouets, on les lui remplace -- en creusant la dette au besoin.
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Écrit par : Bégand / | 22/04/2022

LE SEPTENNAT

> La réforme institutionnelle prioritaire serait le rétablissement du septennat, ce qui éviterait les confusions entre le président et le gouvernement et les confusions entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
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Écrit par : Michel de Guibert / | 22/04/2022

BON TACTICIEN, MAUVAIS CHEF D'ETAT

> Marine Le Pen a beaucoup de mal en débat, un exercice qu'elle maîtrise visiblement toujours mal, en face Emmanuel Macron a pu se permettre de la jauger avec morgue.
Zemmour aurait été plus incisif sur l'immigration mais en économie et écologie il aurait sans doute été laminé de la même façon.
Mélenchon qui se veut opposant au libéralisme en adopte pourtant bien des lubies comme le wokisme, le communautarisme ethnique ou LGBT.
Le parti du président a fait disparaître les partis modérés de droite et de gauche qu'il a en partie phagocytés pour ne se laisser qu'une opposition LFI/RN peu crédible, trop caricaturale et facilement isolable.
À défaut d'être un grand homme politique, Emmanuel Macron est un excellent tacticien.
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Écrit par : AlexP / | 24/04/2022

à Michel de Guibert :

> Bien d'accord avec vous. Macron semble soutenir cette idée, quoique en l'assortissant de "midterms" (sic), expression qui me révulse venant de la part d'un président français. Imagine-t-on de Gaulle ou Mitterrand proposer leurs réformes constitutionnelles en voyant dans le système américain l'alpha et l'oméga de tout régime démocratique ? En bon français, lesdites "midterms", ça s'appelle des élections législatives, tout simplement...
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Écrit par : Philippe de Visieux | 24/04/2022

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