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30/03/2022

Privatisation rampante de l'Etat sous emprise néolibérale

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Nouvel exemple de cette dérive amorcée sous Sarkozy : l'affaire McKinsey, épinglée par une commission d'enquête du Sénat ! Ma chronique à Radio Présence (Toulouse Midi-Pyrénées) et Radio Fidélité Mayenne :


<<  Je ne me mêle pas de la bataille présidentielle et ne soutiens aucun des candidats ! Il y a cependant une affaire dont il faut parler, non pour chercher querelle au président sortant, mais parce que cette affaire montre le vertige qui saisit l’Etat républicain depuis une vingtaine d’années.  Je veux parler de la privatisation croissante de fonctions que l’Etat se réservait à juste titre : il les délègue aujourd’hui à des groupes privés, pratique qui caractérise les Etats-Unis mais qui est étrangère à la culture politique européenne (et surtout française). Pratique dont le résultat aux Etats-Unis est de mettre souvent les décisions de l’Etat au service d’intérêts privés, comme on le vit en 2003 avec l’invasion de l’Irak dans l’intérêt de la multinationale pétrogazière Halliburton, fournisseur également de l’armée américaine… Des énormités pareilles n’ont pas encore droit de cité en France, mais nous avons ici l’embauche de groupes de consultants américains pour s’occuper d’affaires publiques françaises – ce qui nous coûte des millions d’euros, car ces groupes sont chers.

Dans un rapport de la commission d’enquête sénatoriale française, je lis par exemple qu’au moment de la réforme des retraites l’Etat a versé des millions d’euros au cabinet new-yorkais McKinsey (implanté à Paris) pour qu'il oriente la “transformation en profondeur” de la Caisse nationale d’assurance vieillesse ! Impressionnant mélange des genres, sachant que la conception américaine des retraites est incompatible avec la conception française... Et cette opération américaine a coûté 957 000 euros à la République française, avant que l’Elysée ne finisse par ajourner son projet de réforme !

Cette mode des cabinets de conseil américains ne date pas d’hier. Elle a commencé sous Nicolas Sarkozy, pour s’étendre ensuite et devenir un réflexe de nos gouvernants au nom, disent-il, “de la RGPP” (révision générale des politiques publiques). Témoignage d’une ex-ministre : “Les gouvernements successifs ont été dans une logique de liquidation des savoir-faire de l’Etat. Les ministères ont perdu des milliers d’agents. Et après, on va payer beaucoup plus cher des cabinets de conseil américains !”

Il faut en parler parce que c’est un signe du malaise politique français. Ce malaise a commencé sous la droite. Il s’est amplifié sous la gauche. Il culmine aujourd’hui. Et c’est un problème beaucoup plus profond que la plupart des sujets de la campagne présidentielle. >>

 

 

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08:00 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : mckinsey

Commentaires

SCANDALE D'ETAT

> Des millions ? Des milliards plutôt !
Cette affaire est un scandale d'État, d'autant plus insupportable que M. Macron va être réélu et n'a que faire de ces doléances pourtant légitimes. Il invite à agir au pénal contre ces cabinets de conseil ? Chiche ! Dans un État dont la dette publique représente quelque 130 % du PIB, les citoyens ont le droit d'exiger de leurs gouvernants qu'ils rendent des comptes quant à la manière par laquelle l'argent public est dépensé.
Cette gabegie inadmissible ne se présenterait sans doute pas sous Mélenchon. Malheureusement, le projet constitutionnel qu'il propose, un retour à la IVe République, m'interdit de lui donner mon suffrage.
Vous avez lâché le mot, Patrice : "je ne soutiens aucun candidat". Que fait-on lorsque aucun des candidats ne suscite une adhésion sincère ? Lorsque chaque programme comporte des écueils tels que l'on ne peut se résoudre à le soutenir dans les urnes ? Voter blanc, est-ce la solution ? J'avoue être désemparé.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 31/03/2022

LA MACRONIE S'ALARME

> https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/03/31/recours-au-cabinet-de-conseil-mckinsey-la-macronie-sur-la-defensive_6119861_823448.html

L'État macroniste, ami de la démocratie : un homme interpelle Ferrand concernant les contrats McKinsey mais "aussitôt, le service d’ordre évacue l’opposant de la salle". Honteux.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 31/03/2022

LE PROBLÈME

> Comme vous dites « le problème est profond ». Je pense que l’appel à l’extérieur vient surtout, mais pas uniquement, de la fonction publique devenue un tel dinosaure qu’elle n’arrive plus à être efficace*. Les compétences sont là, mais il devient de plus en plus difficile de les mettre en œuvre et de les rendre performantes. Comment peut-on imaginer un état efficace alors qu’il doit travailler à travers les méandres du millefeuille administratif et des lois, décrets, règles qui se multiplient.
Alors, pour échapper à toutes les vicissitudes administratives, le gouvernement fait appel à l’extérieur. Est-ce mieux ? je suis bien incapable de le dire.
Quant à la réforme de l’Etat, c’est ni pour demain, ni après-demain. Celui qui la fera n’est pas encore né.

*Ce serait injuste de dire : « toute » la fonction publique est inefficace, car bien des offices de l’Etat et des collectivités fonctionnent parfaitement bien.
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Écrit par : Henri Huber / | 31/03/2022

LA TRONÇONNEUSE AMÉRICAINE

> Quelques extraits où l'écrivain Nicolas Mathieu décrit le monde des consultants : c'est exactement ça.

-Dans 'Aux animaux la guerre' :

« L’usine était vieille, sa compétitivité lamentable. Alors un beau jour, des consultants parisiens ont débarqué pour retailler l’organigramme. Les gars ne les ont vus qu’une seule fois dans les ateliers. Ils étaient jeunes et portaient des chaussures pointues. Ils ont traversé le Hall 2 sans lever la tête, sans toucher personne. Il fallait les laisser aller partout et leur ouvrir tous les dossiers. […] À la fin, ils ont rendu leur rapport et tous les intérimaires ont dégagé, des types qu’on embauchait pourtant à longueur d’année, dispersés dans la nature, avec leurs dettes, leurs remboursements, les compétences qu’on leur avait filées. »

- Dans 'Connemara' :

« Hélène débarquait donc en pleine guerre picrocholine et trouvait dans chaque organisme où elle intervenait des équipes irréconciliables et une poignée de cadres au bord de la crise de nerfs. L'étendue des dégâts ne la surprenait guère. Cent fois déjà, elle avait pu constater les effets dévastateurs de ces refontes imposées en vertu de croyances nées la veille dans l'esprit d'économistes satellitaires ou dans les tréfonds de business schools au prestige indiscuté. Ces catéchismes managériaux variaient d'une année à l'autre, suivant le goût du moment et la couleur du ciel, mais les effets sur le terrain demeuraient invariables.

Ainsi, selon les saisons, on se convertissait au lean management ou on s'attachait à dissocier les fonctions support, avant de les réintégrer, pour privilégier les organisations organiques ou en silos, décloisonner ou refondre, horizontaliser les verticales ou faire du rond avec des carrés, inverser les pyramides ou rehiérarchiser sur les cœurs de métier, déconcentrer, réarticuler, incrémenter, privilégier l'opérationnel ou la création de valeur, calquer le fonctionnement des entités sur la démarche qualité, intensifier le reporting ou instaurer un leadership collégial. »

***

« Deux semaines plus tard, elle emménageait à Paris et commençait à travailler chez son premier client. Les débuts sont difficiles. Son job consiste à prendre des trains et débarquer dans des universités qui cherchent à améliorer leur organisation. Car dans les ministères, où se croisent d'ailleurs les mêmes petits hommes bleus qui fraient dans les grands cabinets de conseil de New York, Oslo ou Puteaux, les maîtres-mots sont devenus rationalité, performance, évaluation. On est las en effet des déperditions d'énergie, du gaspi généralisé. On doit au contribuable des comptes, au citoyen un retour sur investissement, à l'électeur son bilan consolidé.

Cet argent confié a la collectivité, il faut à présent le dépenser avec une sagesse calculable, d'une manière scientifique, l'affecter là où il produira ses meilleurs effets, qui seront ensuite dûment mesurés. Les leçons saxonnes sont bien apprises. Elles gagnent de proche en proche, dans les écoles, les palais, ruissellent ensuite dans les directions, gagnent les services, infusent les circuits de décisions, aboutissent dans chaque bureau, dans les agendas et, pour finir, dans les têtes, les artères, et voici un cœur qui palpite maintenant selon un rythme satisfaisant, un galop répétitif, reproductible. »

***

« Ils considèrent que leur travail va dans le bon sens, qu'on appellera le sens du progrès, de l'adaptation à un monde en perpétuelle évolution. Les zélotes, pour leur part, se reconnaissent à une sorte d'acharnement, de conviction catégorique. Le management parle par leur bouche du soir au matin, et ils impactent et priorisent même en famille, le dimanche encore, et servent à leurs gosses la même sagesse qu'à leurs clients avec des phrases recuites du type "Mon job c'est de t'aider à te poser les bonnes questions" ou "L'information, c'est le pouvoir". Ceux-là ne distinguent plus le monde du travail du monde réel. Le jargon les a pris. La performance est dans leur âme. On les reconnaît à cette sorte de regard planant, cette conviction profonde qui leur donne l'air impliqué des hommes qui savent que les choses doivent être prises au sérieux, mais sans crainte.

Hélène croyait au début qu'ils se la pétaient ; ils ne font qu'y croire. Le plus surprenant étant que l'intelligence ne fait rien à l'affaire, puisqu'on trouve dans le lot de quasi-demeurés aussi bien que des gens ultra-brillants. On les voit qui marchent à grandes enjambées d'open spaces en salles de réunion, de conf calls en kickoff, la foi chevillée au corps et le costume infroissable. Ils finiront millionnaires et porteront le week-end des polos Ralph Lauren, voire des mocassins à pompons. On ne peut rien pour eux que les regarder réussir. »
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Écrit par : E Levavasseur / | 01/04/2022

UNE FACILITÉ

> L'appel à des consultants extérieurs a commencé dans les entreprises françaises il y a plus de 20 ans. Cela permettait notamment à la direction de faire passer des décisions qu'elle hésitait à prendre, par exemple dans le cas de reconversions ou de fermeture de services.
Il n'est pas étonnant que ces audits aient été étendus à l'administration de l'Etat, puisque les présidents élus ont presque tous dans leur programme la réduction du nombre des fonctionnaires. En passant par des consultants extérieurs, chacun peut dire qu'il n'est pour rien dans les décisions retenues.
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Écrit par : louis de hys / | 02/04/2022

@ Henri Huber

> Vous signalez à juste titre "les méandre de millefeuille administratif et des lois, décrets, règles qui se multiplient.
Il faut signaler aussi la circonstance aggravante qu'est la structure bruxelloise qui est à l'origine de ce rouleau compresseur réglementaire qui vide la souveraineté et la démocratie de leurs contenus.
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Écrit par : Pierre Huet / | 02/04/2022

RAPPORT SECRET ?

> N'y aurait-il pas deux rapports ?
- celui, succinct, remis à l'Etat français, qui aboutit à ajourner le projet de réforme.
- celui que nous ne voyons pas, que ces consultants remportent avec eux, qui doit être beaucoup plus épais, et qui contient les données confidentielles de l'assurance vieillesse de tous les Français, projet qui a probablement parfaitement bien réussi.
Pourquoi s'en serait-il privés ?
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Écrit par : Isabelle Meyer / | 07/04/2022

La transformation de la France en entreprise

> https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/mathieu-slama-ce-quemmanuel-macron-a-fait-a-la-france
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Écrit par : E Levavasseur / | 08/04/2022

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