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26/03/2022

Ni pharisaïsme, ni laxisme : le juste sens du Carême

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Extraits de l’article très opportun d’Isabelle Demangeat dans Paris Notre-Dame (hebdomadaire du diocèse de Paris) :


<< Depuis quelques années réapparaît une tendance légaliste au sein de l’Eglise catholique, notamment chez les jeunes. Comme si ceux-ci étaient à la recherche de règles strictes à appliquer, des cases à cocher, pour pouvoir être “un bon chrétien”. […] “Ai-je le droit de faire ceci ?” – “Est-il permis d’opter pour ce choix ?” Caroline Wilders, consacrée du Regnum Christi et responsable de l’aumônerie catholique des étudiants de Nanterre, observe chez beaucoup de jeunes une attente “d’homélies directives où les prêtres diraient quoi faire”. Pour elle, cette attente procède d’une recherche de radicalité qui en amène certains à se tourner vers les courants traditionalistes. […]  Cette soif de radicalité est “une réaction face à un monde liquide”. “La société est devenue tellement floue que les jeunes désirent un ancrage, quelque chose de sûr sur lequel s’appuyer”. […] Le directeur de cabinet* du recteur de l’Institut catholique de Paris observe que cette volonté “va de pair avec une certaine nostalgie de la chrétienté”, comme en témoignent ces pratiques utilisées “pour ressusciter quelque chose qu’on avait dans le passé”, telles “ces grandes processions avec bannières”. Il y a aussi le problème des réseaux sociaux qui nourrissent un sentiment d’échec permanent, et la question de l’immaturité des jeunes. “Depuis l’enfance, les jeunes aujourd’hui sont rarement responsabilisés devant la conséquence de leurs actes. Ils ont beaucoup de mal à choisir et s’engager pleinement”, analyse Caroline Wilders.  Priver son corps relève alors d’un défi lancé à soi-même, aventure excitante. Cette immaturité se retrouve dans la dimension spirituelle. On préfère suivre l’avis de tel prêtre et même de tel internaute anonyme, plutôt que de se former, lire, étudier la théologie. Et puis il y a l’influence d’autres religions plus prescriptives, comme l’islam ; et a contrario, au sein de l’Eglise romaine, “une spiritualisation extrême de la religion de l’Incarnation”. La réaction de ces jeunes est donc pour une part compréhensible – ces règles strictes permettent d’engager le corps –  "malgré le danger qu’elle soulève”, précise-t-il.

Seulement… pour être un bon chrétien il ne suffit pas de cocher les bonnes cases. Jésus l’a souvent rappelé en son temps. “Le cœur absolu de toute foi chrétienne, c’est la liberté, rappelle Jean de Saint-Chéron : le christianisme est une histoire d’amour entre l’homme et Dieu, et il n’y a pas d’amour sans liberté”. Les personnes pendant le Carême retiennent qu’il faut jeûner, ajoute Caroline Wilders. Mais ont-elles compris qu’il fallait avant tout se convertir ? “C’est un peu comme si on vidait le cœur du Carême en gardant la coque.” Ces “mortifications”, ces renoncements n’ont de sens que s’ils permettent une conversion, un retour à Dieu : sinon, ils s’appellent pharisaïsme, légalisme, pélagianisme… Finalement ils doivent être le résultat de sa relation à Dieu, de son chemin de sainteté qui ne peut être qu’unique et propre. Se doucher à l’eau froide aura du sens pour l’un et n’en aura aucun pour l’autre.  “Le chemin vers la sainteté est un combat qui s’inscrit dans notre histoire personnelle et selon la manière unique que Dieu nous donne d’aimer”, rappelle Jean de Saint-Chéron… Et quoi de plus exigeant que ce chemin ?  Quoi de plus exigeant que la liberté qui demande de devenir pleinement adulte et responsable de ses actes propres ?  Liberté exigeante puisqu’elle peut donner lieu à une autre dérive, le subjectivisme : “le danger de ne s’en remettre qu’à soi est aussi très réel, alerte ainsi le P. Etienne Grenet, vicaire à ND de la Gare (Paris 13e) et responsable du pôle Mission du diocèse.  Nous pouvons être tentés par l’illusion de penser que nous sommes absolument mûrs. Il nous faut reconnaître que nous avons toujours besoin de l’autre pour éclairer notre conscience.”

D’un côté le laxisme, de l’autre le légalisme : voici les deux écueils de notre pratique du Carême et de notre pratique de la foi… Il s’agit de suivre une ligne de crête. Et de remettre à Dieu tous nos pas de côté. >>

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* Jean de Saint-Chéron (Les bons chrétiens, éd. Salvator).

 

 

Carême

 

 

Commentaires

PÉNITENCE SANS PHARISAÏSME

> Merci pour cet intéressant article. Le risque en effet est d'appliquer bêtement des règles, ce qui peut conduire à faire abstinence de viande ... et de remplacer le steak par du homard, ce qui n'est pas une pénitence bien difficile. Les règles traditionnelles datent d'une époque où la viande était un met couteux et le poisson un plat de pauvre, ce n'est plus adapté aujourd'hui, faire abstinence de viande ET de poisson serait plus adapté, ou se priver de dessert, d'alcool, etc, en fonction de ses goûts, pour que la privation soit réelle.
Il y a peut-être l'influence du ramadan, très médiatisé et visible, le carême serait le ramadan des chrétiens, avec le risque de faire comme de nombreux musulmans qui jeûnent le jour pour mieux se "goinfrer" dès le soleil couché, avec le risque aussi de sauter ostentatoirement le déjeuner pour afficher sa pratique.
Il y a aussi en effet une tendance à restaurer les anciennes règles, un ami tradi jeûne ainsi le 14 août, vigile de l'Assomption ( mais il peut louper la messe du lendemain s'il n'y a que la messe de Paul VI à proximité de son lieu de vacance).
Sans doute est il bon de retrouver l'esprit de pénitence, mais sans tomber les travers des pharisiens que dénonçait Jésus.
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Écrit par : Tryphon Tournesol / | 30/03/2022

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