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21/02/2022

Ukraine-Russie : Macron entre les divisions intra-européennes et l'emprise des Etats-Unis

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Désavoué par les Etats européens les plus atlantistes, Macron ("président tournant" honorifique du Conseil de l'UE) réussira-t-il néanmoins à faire asseoir à la même table Biden et Poutine ? Mon éditorial de ce matin 7h55 à RCF national :


Selon un humoriste, Poutine serait un carnivore dans une Europe d’herbivores. Le mot est un peu rapide ;  mais, oui, Poutine est un machiavélien et l’Europe n’est qu’une économie. Pas d’idées communes entre eux… Alors si Paris et Berlin réussissaient à mettre sur pied une nouvelle conférence sur la sécurité, et à y faire venir Poutine, ce serait étonnant. Ce tour de force n’amuserait pas Washington : l’administration démocrate agit comme si l’on était encore sous la Guerre froide, où la Maison Blanche ne voulait pas reconnaître à l'Europe la moindre autonomie.

Certains Européens – quoique sans mettre en question l’OTAN – essaient plus ou moins d’agir par eux-mêmes. C'est ainsi que Paris et Berlin, en 2014, mirent sur pied les accords de Minsk pour apaiser le problème ukrainien. Mais sept ans après, l’Ukraine et la Russie ne respectent plus ces accords. Les régions séparatistes sont assiégées par l’armée ukrainienne (équipée par les Etats-Unis). Et l’armée russe menace de franchir la frontière…

Que faire ? Bien sûr, il y en a un qui dit vouloir affronter Moscou dans (je cite) “la pire guerre en Europe depuis 1945” : mais c’est Boris Johnson, et Boris parle souvent sous l’empire de la gueule de bois. On sait aussi que ni les Européens, ni même les Américains, ne veulent engager leurs armées en Ukraine.  D’ailleurs la légalité internationale le leur interdirait, puisque l’OTAN est une alliance réservée à ses membres et que l’Ukraine n’en est pas membre ! "L'Occident" (?) ne menace donc Poutine que de sanctions financières. En oubliant que les sanctions ont peu d’effet sur les Etats autoritaires... Et que la Russie s’est donné les moyens de surmonter les sanctions : des ressources plus abondantes, des réserves dépendant moins du dollar, une carte de paiement nationale aux mains de 87 % des Russes, et un système national de transferts financiers.

Sans oublier l’ami chinois : Pékin, qui attend que Washington pousse Moscou dans ses bras ! Xi Jinping nous destine ainsi la vieille malédiction de Confucius : “Puissiez-vous vivre des temps intéressants.” Ce qu’il faut comprendre comme : “Vous vous préparez des problèmes...”

 

 

 

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Commentaires

TRUMP, L'OCCASION MANQUÉE

> Les dirigeants européens semblent avoir manqué, lorsque M. Trump était président des Etats-Unis, l'occasion de réfléchir à un moyen de s'allier entre eux sans rester sous la sujétion d'un "protecteur" tel que les Etats-Unis, soumis aux foucades de son chef d'Etat ou aux "conseils" de divers réseaux d'influence. Dommage.
Paradoxalement, cette énième crise ukrainienne pourrait fournir une nouvelle occasion de réfléchir, entre les menaces (réelles ou feintes) de la Russie et les hauts cris poussés par MM. Biden et consorts chaque fois que M. Macron ou un autre tente d'apaiser les choses.
D'ailleurs, c'est à se demander si le but de M. Poutine n'est pas, en feignant (s'il la feint) une menace imminente dénoncée chaque jour par les Américains, de priver ces derniers de tout crédit, notamment auprès de ses voisins immédiats.
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Écrit par : Sven Laval / | 21/02/2022

PROTECTORAT

> Poutine s'efforce de reconstituer l'Empire russe; nous, nous nous faisons virer du nôtre... Mais, après tout, avoir un empire, quand on est un protectorat américain, c'est au mieux une faute de goût, au pire de l'hubris. Mais nous sommes sur la bonne voie ; il ne reste plus qu'à partager la Dissuasion avec nos voisins d'outre-Rhin (ou mieux : à y renoncer purement et simplement ) pour achever notre normalisation !
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Écrit par : Feld / | 21/02/2022

AUX YEUX DU KREMLIN

> Macron a dû se sentir quelque peu ridiculisé ce matin. Quelques heures seulement après avoir accédé à la requête française en faveur d'une rencontre américano-russe, Vladimir Poutine reconnaissait l'indépendance des républiques séparatistes, ouvrant la voie à de probables hostilités en Ukraine : la France ne pèse pas grand-chose aux yeux du Kremlin.
On se croirait en pleine guerre froide, durant laquelle les questions européennes se réglaient via le téléphone rouge par contact direct entre Soviétiques et Américains. Sinistre farce dont, en 2022, les Européens continuent d'être les dindons.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 22/02/2022

AUTONOME ?

> Je suis un peu moins convaincu que vous en ce qui concerne l'autonomie économique de la Russie, dont on entend beaucoup parler ces temps-ci (uniquement sur les questions monétaires et financières d'ailleurs), mais sans égard pour les échecs de réindustrialisation et de rattrapage technologique du pays (tant il vrai que, pour d'autres raisons qu'en pays libéral, Poutine n'investit pas dans les infrastructures productives ou sociales de la nation). Cela me rappelle ce que l'on disait de la fécondité russe, il y a une dizaine d'années : "son problème est en voie d'être réglé", alors que même les démographes amateurs, se méfiant des fluctuations immédiates des taux de natalité dues aux effets d'aubaine, préféraient attendre la descendance finale de la génération concernée avant de se prononcer. Dix ans après, le soufflet est bel et bien retombé et, le problème étant accru par la pandémie, la Russie a perdu l'an dernier un million d'habitants.
De même, je ne suis pas si sûr que le pays soit si bien immunisé que ça, sur le long terme, contre les effets de l'isolement économique.
Mais ce n'est qu'un détail de votre chronique, à laquelle j'adhère tout à fait sur le fond - et de souhaiter, moi aussi, un sursaut ni atlantiste ni poutinien, mais indépendant de l'Europe. Il faut s'en donner les moyens, diplomatiques et militaires, et à ce titre je trouve que les efforts de renforcements capacitaires militaires de la France depuis quelques années, et les rapports des commissions parlementaires sur l'adaptation des missions de l'armée aux nouvelles données géostratégiques (avec accent mis sur la haute intensité) sont encourageants. Même de Gaulle a attendu l'autonomie nucléaire française pour quitter l'OTAN. Il nous manque encore des capacités pour en faire autant actuellement, mais dans quelques LPM, les choix de la France seront nettement plus ouverts... si tout continue dans la ligne actuelle.
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Écrit par : Paul Beard / | 22/02/2022

POUTINE RESPONSABLE

> Européens et Américains ont des responsabilités bien sûr dans cette histoire. Mais le principal responsable c'est bien Poutine. Avec sa psychologie soviétique (tchékisto-stalinienne) d'un autre temps, il a réussi à faire de son pays un pays paria et à pousser l'Ukraine, cette fois définitivement, dans l'orbite européenne et américaine. Un grand dirigeant russe aurait su faire de son pays une plaque tournante entre l'Europe et l'Asie. Il aurait misé pour cela sur l'économie et la culture. Le cinéma voire les séries TV russes - les talents existent - concurrenceraient sur les écrans l'industrie cinématographique américaine, tandis que les enseignements de russe, au lycée et à l'université, ainsi que les séjours linguistiques, attireraient élèves et étudiants. Mais Poutine est probablement incapable de comprendre cela. On ne peut pas être à la fois l'héritier de Dzerjinski et l'héritier de la grande tradition de la culture russe, de Pouchkine à Tarkovski. Le "en même temps" ne fonctionne absolument pas sur ce point. Le monde de la culture russe le sait bien d'ailleurs. Le résultat est que Poutine aura largement contribué à renforcer l'empire américain. Dans tous les domaines. Et c'est bien triste.
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Écrit par : JM / | 22/02/2022

LE PRÉCÉDENT DU KOSOVO

> En même temps il est curieux de voir que ceux qui s'indignent aujourd'hui de la reconnaissance par la Russie de l'indépendance des provinces séparatistes du Donbass (Est ukrainien) sont les mêmes qui ont naguère applaudi et reconnu l'indépendance du Kosovo...

MG


[ PP à MG – Et le Kosovo dépend de l'Albanie comme le Donbass de la Russie. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Michel de Guibert / | 24/02/2022

HISTOIRE

> Une analyse historique qui montre la complexité du problème :
https://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine-2histoire.htm
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Écrit par : Michel de Guibert / | 24/02/2022

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