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27/11/2021

Le pape François pratique l'herméneutique de la continuité, et le cardinal Sarah célèbre Vatican II et la messe en français

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Dans sa préface au livret présentant la nouvelle traduction de la messe, le cardinal Sarah dit son total accord avec la constitution conciliaire sur la liturgie, l'usage de la langue vernaculaire, etc. Après avoir crossé l'intégrisme, l'inclassable pontificat de François applique l'herméneutique de la continuité à la liturgie : ce qu'attendaient de longue date les catholiques "classiques"...


Extrait de la préface du cardinal Sarah à la présentation du missel

<< Ce missel est le résultat d’un long travail commencé en 2003 et le fruit d’une collaboration fructueuse entre la Commission épiscopale francophone pour les traductions liturgiques et le Saint-Siège. L’ensemble du missel a été retraduit à partir des directives contenues dans l’instruction Liturgiam authenticam sur les traductions liturgiques du 28 mars 2001. La traduction actuelle a donc été revue avec grand soin de façon à être plus fidèle à l’original latin, tout en tenant compte des caractéristiques propres de la langue française. L’effort du dicastère que je préside est de mettre en évidence la sacralité, la dignité et la splendeur de la liturgie, car la véritable action liturgique est d’abord l’Oratio, c’est-à-dire la prière que le Christ offrant en sacrifice sa vie sur la croix, adresse à son Père pour le salut de l’humanité. On sait que dès les 1er et IIe siècles, les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ pendant la Cène du Jeudi saint ont été entourées, par l’autorité des apôtres et de leurs successeurs, assistés de l’Esprit Saint, d’une liturgie faite de rites, ainsi que l’attestent la Didachè, l’épître de saint Clément, celle dite de Barnabé, les écrits de saint Ignace, saint Justin et saint Irénée. Puis les rites se sont rapidement développés et ordonnées, tant en Orient qu’en Occident, dans les grandes régions du monde méditerranéen, correspondant à des entités culturelles différentes touchées par l’annonce de l’Évangile. Les principaux rites de la messe de la liturgie romaine ont été fixés entre le VIe siècle, principalement par le pape saint Grégoire le Grand (540-604), et les VIIIe et IXe siècles, à l’époque carolingienne, avec notamment l’unification des règles et des liturgies des abbayes bénédictines. Au XXe siècle, le “mouvement liturgique", lié au double renouveau biblique et patristique, a permis de mettre en valeur la beauté, la sacralité et l’importance de la liturgie pour la sanctification des âmes et donc pour l’action pastorale de l’Eglise. Voici ce qu’affirmait déjà le grand liturgiste français Mgr Aimé-Georges Martimort, en 1951 : “L’accomplissement minutieux et sincère des prescriptions de détails propres aux rites est déjà, pour notre peuple, une grande leçon sur le sens divin.”  […]  Puisse la nouvelle traduction française du missel romain contribuer à réaliser un voeu du concile Vatican II, qui justifia en ces termes les décisions qu’il voulut prendre au sujet de l’aggiornamento liturgique : faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles, d’où l’adoption de la langue vernaculaire, favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes dans le sein de l’Eglise et favoriser une participation “pleine, consciente et active” des fidèles, d’où l’adoption de la langue vernaculaire et la nécessité de traduire les livres liturgiques. Je souhaite que cette traduction des paroles prononcées au cours de la messe soit mise au service d’une liturgie dignement et magnifiquement célébrée à la gloire de Dieu et pour la sanctification des hommes, comme le veut l’Eglise, et constitue une véritable pédagogie du sacré d’un ars celebrandi destiné à l’annonce de l’Evangile du salut. C’est pour cette raison que je souhaite que ce livret de nature pédagogique soit largement diffusé auprès des fidèles en vue d’une meilleure compréhension du renouveau liturgique voulu par le concile Vatican II. >>

 

Mon commentaire 

 Ce qui précède est tiré de la préface que le cardinal Sarah, préfet de la congrégation pour le Culte divin en 2020, a donnée alors au livret expliquant la nouvelle traduction et les nouvelles directives. La portée spirituelle de ces considérations est évidente : elles rappellent (comme le fait Vatican II) le sens véritable de la messe.

On peut aussi constater différents points :

Contrairement à ce que certains veulent croire, le cardinal Sarah est en plein accord avec le concile Vatican II et le principe de la réforme liturgique de 1970, dont la nouvelle traduction est un ajustement.

  Cet ajustement, et les quelques directives associées, ne sont en aucun cas un “retour à l’ère préconciliaire” (comme le prétend le lobby des ignorant.e.s*) : au contraire, le nouveau missel français est plus fidèle que le précédent à la constitution conciliaire sur la liturgie.

Le nouveau missel remet donc les pendules à l’heure, et donne tacitement tort aux deux déviances opposées que signalait le P. Gitton dans Carmel, décembre 2005 : « Ou bien tout [dans l’avant-Concile] est vu comme noir, hypocrite, contraignant, et le Concile est l’acte de naissance d’une religion enfin éclairée. Ou bien “on a irrémédiablement perverti la sainte religion qui jusque-là se conservait malgré les attaques du temps”… »  Le P. Gitton ajoutait : « Les vagues successives de la réforme liturgique [postconciliaire], puis un certain reflux à partir des années 80 devant les erreurs et les dérives que son application, souvent maladroite, avait provoquées, ont empêché la plupart des catholiques engagés bon gré mal gré dans cette aventure de se mesurer directement et sereinement avec le texte du concile. C’est pourquoi ils continuent à lui prêter des intentions qui n’étaient pas les siennes et des positions qu’il n’a pas défendues. Combien de gens, par exemple, croient de bonne foi que le concile s’est prononcé sur la manière de communier (à genoux ou debout, dans la main ou sur les lèvres) ou qu’il a réglé la question de l’orientation de l’autel, alors qu’il n’en est rien ?» Conclusion : « On ne pourra sortir de l’impasse, sur ce point comme sur d’autres d’ailleurs, qu’en acceptant de relire la constitution (de Vatican II sur la liturgie) “dans la tradition de l’Église”, comme nous y a invité Jean-Paul II, en accueillant les approfondissements qu’elle contient incontestablement par rapport à l’enseignement antérieur, en repérant les réorientations qu’elle indique, en profitant aussi de l’expérience qui est la nôtre quarante ans plus tard...»**

  Que la constitution de Vatican II sur la liturgie soit dans le droit fil de la tradition de l’Eglise est une évidence, pour quiconque prend la peine de lire ce document conciliaire (mais rares sont les catholiques français qui l’ont lu !).

  Revenir au texte du concile ne peut choquer que ceux qui souhaitent couper le catholicisme de son sens (christologique) et l’annexer à l’idéologie dominant aujourd’hui la société. Ceux-là sont d’ailleurs en pleine action : ils diffusent massivement le sophisme selon lequel les abus sexuels dans le clergé seraient un produit de la sacralité de la messe ; en clair, ils demandent que soit supprimée la dimension eucharistique du catholicisme, ce qui reviendrait à faire disparaître le catholicisme lui-même.

Dernier point :  la nouvelle traduction française du missel romain est approuvée par le pape François, ce qui réfute une fois de plus les slogans de la droite française (nos athées pieux) contre cet affreux “Bergoglio” qu’Alain Finkielkraut traitait ce matin de “Derrida de la religion catholique”.  Connaissant mal cette religion et ne s’informant pas de ce que dit et fait vraiment le pape, l'excellent Finky devrait s’abstenir de réciter à l’aveuglette ce que lui affirment deux agités mondains : Mme Delsol et M. Pitte.

 

__________

* Usage unique et ironique de l’inclusif ! Que l’on se rassure.

**   https://www.ceremoniaire.net/depuis1969/gitton/vaticanII-liturgie.html

 

  

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Commentaires

CALVIN

> Un de mes professeurs de liturgie aimait citer cette phrase qu'il attribuait à Calvin: "tu crois que les catholiques ont le sens du sacré ? Va voir comment c'est derrière le maître autel"! Et c'est vrai que du temps de l'autel dos au peuple, quand on se glissait derrière le maître autel on voyait que c'était les "coulisses" avec les balais, les compteurs électriques, la réserve de vases pour les fleurs, l'escabeau et autres...
On était parfois dans la théâtralité plus que dans le sacré.
J'ai eu le même choc en visitant une fois Saint Julien le Pauvre à Paris. En me glissant furtivement derrière l'iconostase, "horreur"!, je suis tombé là aussi sur l'aspirateur, les balais et les seaux et les compteurs électriques.
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Écrit par : B.H. / | 27/11/2021

LE SOPHISME

> Patrice, la partie de votre commentaire concernant ceux qui "diffusent massivement le sophisme selon lequel les abus sexuels dans le clergé seraient un produit de la sacralité de la messe ; en clair, ils demandent que soit supprimée la dimension eucharistique du catholicisme, ce qui reviendrait à faire disparaître le catholicisme lui-même" mériterait plus de développements pour ne pas laisser place à des contresens.
"Eucharistie" étymologiquement veut dire "rendre grâce" (εὐχαριστῶ [eucharisto, prononcé efcharisto] signifie "merci" comme le disent encore aujourd'hui les grecs pour dire merci.
La "sacralité" de la messe, ou sa dimension sacrificielle, est déjà autre chose, mais ce qui est mis en cause à propos des abus sexuels dans le clergé, c'est plutôt la "sacralité" ou disons la sacralisation du prêtre "alter Christus".
Cette conception discutable mérite plus de réflexion que la simple qualification de "sophisme".

MG


[ PP à MG – Hélas, si, le sophisme accusant jusqu'au sacrement de l'eucharistie existe, et violemment : j'en ai été témoin sous sa pire forme lors d'un colloque qui me laisse encore dans l'indignation un an après. Je vous en parlerai. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Michel de Guibert / | 28/11/2021

DISCUSSION

> Le soutien apporté ici par le cardinal Sarah ne doit être pas être mal interprété : la liturgie de Paul VI lui va très bien à condition d'être correctement célébrée, ce qui est loin d'être toujours le cas. La survivance pendant quarante ans d'erreurs de traductions élémentaires mais qui affadissaient le sens des mots originaux latins a été très tardivement corrigée en français, quand les versions anglaises ou allemandes étaient beaucoup plus proches de l'original. Il ne faut pas s'étonner que les églises se vident quand on a, volontairement ou non, contribué par des liturgies désordonnées, au relativisme ambiant. Quant au fait que François aurait crossé, à juste titre selon M. de Plunkett, les partisans du rite de St Pie V, qu'il soit permis à un catholique moyen, amateur de l'intériorité de la liturgie ancienne et de ses silences (plus que de sa pompe), et qui assiste, quelques fois l'an, à de tels offices, de dire sa tristesse que l'oecuménisme soit une vertu non pratiquée à l'intérieur de l'Eglise.

max


[ PP à Max – Jugez-vous acceptable, sacramentellement et ecclésiologiquement, que des prêtres "St Pie V" refusent de concélébrer avec l'évêque du lieu lors de la messe chrismale, comme si le missel de St Paul VI était illégitime (opinion archi-fausse et réfutée depuis longtemps) ?
Quant à la chute de la pratique, elle a bien d'autres causes et autrement déterminantes : des causes sociologiques dues au grand dérapage culturel occidental ! Les populations catholiques ne sont pas un îlot à part... ]

réponse au commentaire

Écrit par : max / | 28/11/2021

à Max :

> 1. Concernant la proximité plus grande de la traduction anglaise du texte original, j'ai souvenir d'une discussion il y a quinze ans à Boston avec un liturgiste américain qui s'égosillait devant l'insistance romaine à traduire 'Et cum spiritu tuo' par 'and with your spirit', ce qui n'a en anglais aucun sens. Le monde anglophone disait avant la réforme 'and also with you' (ce que les anglicans continuent de dire), bien davantage compréhensible par les fidèles qu'une traduction certes littérale mais prenant bien peu en considération la langue de destination, comme si l'anglais pouvait être tordu à souhait pour coller au maximum à la syntaxe latine. Il est bon que le texte latin soit fidèlement traduit ; il est ridicule qu'il le soit de manière excessivement littérale.
2. Je suis comme vous amateur de silence dans la liturgie. Mais je vous rassure : il n'est pas l'apanage de la liturgie ancienne. La messe de saint Paul VI n'est quasiment plus 'célébrée' avec des prêtres déguisés en clowns, des ballons gonflables sur l'autel et le dernier texte du Dalaï Lama à la place de la première lecture. Elle l'est le plus souvent en grande fidélité avec le missel romain, parfois avec de longs moments de silence après l'homélie ou la communion, parfois avec de remarquables interludes à l'orgue soutenant la prière personnelle.
3. Les abus liturgiques ont existé de tout temps. Relisez Alphonse Daudet : il n'a rien inventé, et ce qui était célébré à l'époque était la messe de saint Pie V. Évitons d'idéaliser un passé qui n'avait rien de parfait : là où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 30/11/2021

TRADUCTIONS

> Si j'ai bien compris, le pape François est revenu sur Liturgiam authenticam, en assouplissant les règles et en laissant davantage d'autonomie aux conférences épiscopales : cela risque dans certains pays, comme l'Allemagne, de donner des "traductions" ayant un rapport approximatif avec le texte originel, comme nous même l'avons vécu pendant 50 ans, la traduction servant parfois de prétexte pour édulcorer les textes. Je me réjouis qu'en France nous ayons -enfin- une traduction correcte, mais pourquoi a-t-il fallu attendre un demi-siècle ? certes la traduction est un art difficile, mais certaines bizarreries sautaient aux yeux des latinistes les moins aguerris ; ces mauvaises traductions, c'est de l'abus liturgique institutionnalisé.
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Écrit par : Tryphon Tournesol / | 04/12/2021

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