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20/11/2021

Le Christ, roi de l’univers : ce que dit ‘Laudato si’

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Cette fête de clôture du cycle liturgique incite à rouvrir l'encyclique sociale du pape François. Pour mettre en lumière la dimension christologique essentielle, trop rarement évoquée en ce dimanche paroissial à propos de la royauté du Christ :


 

<<  LAUDATO SI'  –  VII.  LE REGARD DE JÉSUS

Jésus reprend la foi biblique au Dieu créateur et met en relief un fait fondamental : Dieu est Père (cf. Mt 11, 25). Dans les dialogues avec ses disciples, Jésus les invitait à reconnaître la relation paternelle que Dieu a avec toutes ses créatures, et leur rappelait, avec une émouvante tendresse, comment chacune d’elles est importante aux yeux de celui-ci : « Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu » (Lc 12, 6). « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit» (Mt 6, 26).

Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction. Quand il parcourait chaque coin de sa terre, il s’arrêtait pour contempler la beauté semée par son Père, et il invitait ses disciples à reconnaître dans les choses un message divin : « Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4, 35). « Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre » (Mt 13, 31-32).

Jésus vivait en pleine harmonie avec la création, et les autres s’en émerveillaient : « Quel est donc celui-ci pour que même la mer et les vents lui obéissent ? » (Mt 8, 27). Il n’apparaissait pas comme un ascète séparé du monde ou un ennemi des choses agréables de la vie. Il disait, se référant à lui-même : « Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : voilà un glouton et un ivrogne » (Mt 11, 19). Il était loin des philosophies qui dépréciaient le corps, la matière et les choses de ce monde. Cependant, ces dualismes malsains en sont arrivés à avoir une influence importante chez certains penseurs chrétiens au long de l’histoire, et ont défiguré l’Évangile. Jésus travaillait de ses mains, au contact direct quotidien avec la matière créée par Dieu pour lui donner forme avec son habileté d’artisan. Il est frappant que la plus grande partie de sa vie ait été consacrée à cette tâche, dans une existence simple qui ne suscitait aucune admiration. « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?» (Mc 6, 3). Il a sanctifié de cette manière le travail et lui a conféré une valeur particulière pour notre maturation. Saint Jean-Paul II enseignait qu’« en supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l’homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la Rédemption ».[79]

Pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16) [80]. Le Prologue de l’Évangile de Jean (1, 1-18) montre l’activité créatrice du Christ comme Parole divine (Logos). Mais ce prologue surprend en affirmant que cette Parole « s’est faite chair » (Jn 1, 14). Une Personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix. Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’Incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle, sans pour autant en affecter l’autonomie.

Le Nouveau Testament ne nous parle pas seulement de Jésus terrestre et de sa relation si concrète et aimable avec le monde. Il le montre aussi comme ressuscité et glorieux, présent dans toute la création par sa Seigneurie universelle : « Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 19-20) [81]. Cela nous projette à la fin des temps, quand le Fils remettra toutes choses au Père et que « Dieu sera tout en tous » (1Co 15, 28). De cette manière, les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse...  >>

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[79]   Laborem exercens (14 sep. 1981), n. 27.

[80]  Pour cette raison saint Justin a pu parler de "semences du Verbe" dans le monde : cf. II Apologia 8, 1-2 ; 13, 3-6 .

[81]   LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX COLOSSIENS : 1,12-20

       Frères,
      rendez grâce à Dieu le Père
       qui vous a rendus capables
       d'avoir part à l'héritage des saints
       dans la lumière.
       Nous arrachant au pouvoir des ténèbres,
        il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé,
     en lui nous avons la rédemption,
       le pardon des péchés.
      Il est l'image du Dieu invisible,
       le premier-né, avant toute créature,
     en lui, tout fut créé
       dans le ciel et sur la terre.
       Les êtres visibles et invisibles,
       Puissances, Principautés,
       Souverainetés, Dominations,
       tout est créé par lui et pour lui.
      Il est avant toute chose,
      et tout subsiste en lui.
         Il est aussi la tête du corps, la tête de l'Église :
       c’est lui le commencement,
        le premier-né d'entre les morts,
       afin qu’il ait en tout la primauté.
        Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude
       et que tout, par le Christ,
      lui soit enfin réconcilié,
        faisant la paix par le sang de sa Croix,
       la paix pour tous les êtres
            sur la terre et dans le ciel. >>

 

 

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Commentaires

Sur votre réflexion:

>'Il était loin des philosophies qui dépréciaient le corps, la matière et les choses de ce monde. Cependant, ces dualismes malsains en sont arrivés à avoir une influence importante chez certains penseurs chrétiens au long de l’histoire, et ont défiguré l’Évangile. Jésus travaillait de ses mains, au contact direct quotidien avec la matière [...]'
Il y a, je crois, une forte influence de la pensée grecque issue du Logos avec le tryptique de l'âme, celle d'"en bas" (épithumia) étant à mépriser, contenir, évacuer..., sans même parler de la législation des Spartiates façon Lycurgue.
Culminant avec certaines pénitences dont on ne regrettera probablement pas qu'elles soient tombées aujourd'hui en désuétude, il y a ce mépris volontaire du corps, à mettre sans cesse à l'épreuve pour élever l'âme.
Sans basculer dans ces versions hédonistes popularisées naguère par le courant new age, il y a peut-être là mésinterprétation (je n'affirme pas, je soumets) ?
Même si, plus loin dans la même Épître aux Colossiens que vous citez (en 1,24), on trouve "Maintenant, je me réjouis de souffrir pour vous. Je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Église".
Église doloriste ?
Pour ce qui est du travail, il s'agit bien du Labor, non de l'Otium ou du Negotium. Celui -disons-le- de l'artisan, de l'agriculteur et de l'esclave.
Tel que nous le chantions en Église dans la campagne de ma jeunesse (chant issu, je crois, d'un Negro Spiritual):
"C'est le fils du charpentier.
Il travaille de ses mains
Comme le font tous ses amis
Il connaît le dur labeur de chaque jour".
Tel, aussi, qu'il est conçu dans la Règle de Saint Benoît.
Ceci m'a toujours rendu méfiant, voire séparé par trop de divergence de vues, de ceux qui, pourtant mûs par la meilleure volonté du monde je n'en doute pas un instant, prônent le revenu universel, par exemple.
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Écrit par : Aventin / | 21/11/2021

JÉSUS BALAIE LA"LOI DU MARCHÉ"

> « Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu » (Lc 12, 6).
Autrement dit, le prix du marché ne veut rien dire pour Dieu. Ou comment Jésus balaie la loi du marché comme référence absolue en quelques mots.
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Écrit par : Cyril B / | 21/11/2021

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