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29/10/2021

Le vrai sens de la fête de Tous les Saints

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…vu par Hans Urs von Balthasar et Georges Bernanos :


 

La liberté la plus parfaite

Hans Urs von Balthasar :

 << Pour celui qui, venant de sa propre vie étroite et amortie, reçoit la possibilité d'entrer dans cette vie de Dieu, tout se passe pour lui comme si s'ouvraient, lui coupant le souffle, des espaces à perte de vue. Des espaces dans lesquels on peut se précipiter dans la liberté la plus parfaite. Et ces espaces sont eux-mêmes des libertés qui attirent notre amour, l'accueillent et lui répondent, alors que personne, ici-bas, ne peut pénétrer au fond d'une autre liberté.

Ainsi s'accumulent, dans la communion des saints en Dieu, au delà de tout ce qu'on peut dénombrer, les aventures de l'amour créateur et inventif. La vie en Dieu devient miracle absolu : rien n'est donné qui mette un terme au recevoir, l'acte du don se déploie sans limites.

C'est pourquoi ceux qui sont au ciel sont toujours et sans cesse prêts à venir en aide à l'indigence terrestre, certainement avec des dons éternels, peut-être aussi avec des dons temporels, pour stimuler à nouveau en nous le courage de poursuivre, malgré tout, notre effort vers la vie éternelle, pour nous donner un avant-goût de ce qui nous attend... >>  

 

La sainteté vient de la grâce, pas du psychisme

Balthasar :

<< Les saints sont des hommes au sens plein du terme. Ce n'est que par les saints que l'Eglise est ce qu'elle est. Ils sont les foyers ardents où la grâce, qui est comme en friche dans le ministère ecclésial et les sacrements, se transforme en existence vécue et peut devenir le centre d'un tourbillon... >>

Bernanos :

<< Le saint est devant nous ce qu'il sera devant le Juge. Nous touchons là, non pas (comme on voudrait le faire croire) une vie diminuée, où la mortification retranche sans cesse, mais la vie dans son effusion et comme à l'éclat naissant, la vie même, ainsi qu'une source retrouvée. >>

 

La sainteté échappe à toutes les analyses 

Balthasar :

<< Parce qu'elle n'est pas de nature psychologique mais qu'elle a ses racines dans les profondeurs du mystère sacramentel, la sainteté possède une unité qui échappe à toutes les analyses du bon sens. >>

 

La liberté du saint

Bernanos :

<< Le saint ne semble avoir aucun plan, il ignore toujours sa voie. Mais il a mieux qu'aucun plan : le détachement fondamental, la liberté intérieure... >>

Balthasar :

<<  ...cette liberté qui, à chaque instant, est versée à nouveau dans le creuset pour y subir l'effusion de l'Esprit. >>

 

La sainteté n'a rien à voir avec la "réalisation de soi"

Balthasar :

<<  Ce que le saint reçoit de Dieu toujours davantage, c'est le renoncement à ses propres réserves de forces, c'est la pauvreté en esprit. >> 

Bernanos :

<< Ne comptons jamais que sur cette espèce de courage que Dieu dispense au jour le jour, et comme sou par sou. »

« Hors des saints du calendrier, il y a des millions de saints dans le monde, connus de Dieu seul, une espèce très inférieure et très rustique de saints qui n'ont qu'une goutte de sainteté dans les veines... Rien ne les distingue ordinairement de la masse des braves gens ; ils ne s'en distinguent d'ailleurs pas, ils se croient pareils aux autres... >>

 

La voie d'enfance

Balthasar :

<< Elle est le fruit de cette fécondité qui se dresse en face d'une chrétienté stérilisée par l'esprit bourgeois... C'est l'ordre donné par la grâce de revenir aux sources. >>

 

 

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Commentaires

"La sainteté vient de la grâce, pas du psychisme"

> Je vais faire circuler cet article en effet, c'est avec une vive inquiétude que je vois se répandre une grave confusion entre adoration et relaxation, vie spirituelle et psychologie, oraison et recherche du vide ("méditation" inspirée du bouddhisme), adoration et tantrisme, ouverture de l'âme à Dieu et ouverture des chakras, prière du corps et yoga, don chrétien de soi et gnostique fusion dans le grand tout, demande des dons de l'Esprit Saint et foutraque ouverture "aux énergies", attachement au Christ et développement personnel dans le sens success story, sainteté et indifférence aux épreuves...
Comme si les saints étaient indifférents !

"La sainteté vient de la grâce, pas du psychisme", c'est bien dit.
Jésus est certes un thaumaturge mais pas un thérapeute, un coach en développement personnel, les épreuves font partie de la vie et les vivre chrétiennement est même un moyen de sanctification (quoi qu'il arrive je vis chrétiennement).
Sur la croix, Jésus n'était pas indifférent à ses souffrances lui qui ne l'avait pas été à celles des autres, c'est par le don de lui-même jusque dans la souffrance offerte qu'il a sauvé le monde.
Ce désir de ne plus sentir les épreuves au point de ne plus vouloir ressentir quoi que ce soit, c'est un refus de vivre.
On pourrait commencer par relire Henri Béraud "la peur de vivre" et Thoreau, "Walden", ce serait un début. La sainteté c'est encore autre chose mais elle n'est pas possible à celui qui vit dans la peur (de souffrir ou de l'échec) et qui donc n'a pas de vie.
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Écrit par : E Levavasseur / | 30/10/2021

à Éric Levavasseur :

> Quand on me demande si je "médite", je réponds systématiquement par la négative. L'acception actuelle du terme est en effet - hélas - celle de la méditation non chrétienne, celle de l'enstase naturaliste des religiosités orientales, où il est question de faire non le plein de Dieu mais le vide en soi : attention au mélange des genres, comme si toute quête spirituelle se valait.
Je regardais il y a quelque temps un reportage dans lequel une sympathique dame (chrétienne) évoquait son 'coin spi' à la maison où cohabitaient la Bible, les lectures chrétiennes, des ouvrages sur le yoga et la "méditation", etc. Un syncrétisme dangereux car la démarche extatique judéo-chrétienne est à l'opposé de celle, enstatique, des spiritualités orientales non déistes. Certains comme Frédéric Lenoir s'essayent à ce mélange des genres, tout à fait regrettable et à éviter.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 01/11/2021

LES E.M.I.

> "Tout se passe pour lui comme si s'ouvraient, lui coupant le souffle, des espaces à perte de vue". Cette vision rejoint celle décrite par beaucoup de personnes qui ont rapporté une expérience de mort imminente (EMI) : retrouvant leur corps physique après cette expérience, elles comparent ce retour à une main qui chercherait à entrer dans un gant trop étroit. Les EMI ne sont pas une expérience de l'au-delà mais un avant-goût des prémices de ce dernier : ce qui nous attend dans l'autre monde, à la Maison du Père, est tout simplement inimaginable.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 01/11/2021

@ Ph de Visieux

> Avez-vous vu le dernier livre du Père Pascal Ide ?
Méditer en pleine conscience, l’art de la réceptivité
avec une préface de Christophe André....
"Un regard scientifique, humain et chrétien
Pour découvrir la méditation de pleine conscience et en goûter les bienfaits"

https://www.editions-emmanuel.com/catalogue/mediter-en-pleine-conscience/
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Écrit par : E Levavasseur / | 10/11/2021

à Éric Levavasseur :

> Intéressant en effet. Ide semble ouvert à l'idée de compatibilité, pourtant strictement réfutée par Verlinde. La thèse de ce dernier, qui me semble pertinente, est qu'on ne peut à la fois faire le plein et faire le vide, être dans l'extase et dans l'enstase, entrer en cœur-à-cœur et ignorer la présence du Tout Autre. Que la méditation pleine conscience fasse du bien à certains, soit. Mais est-elle compatible avec la quête de Dieu qui anime tout chrétien ? J'en doute fortement, mais serai heureux de lire les arguments de Pascal Ide à ce sujet.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 12/11/2021

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