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27/10/2021

"Réindustrialisation" à la française : ça commence mal

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Pourquoi les nouvelles usines de masques en France périclitent-elles déjà ? Réflexions dans ma chronique de Radio Présence (Toulouse Midi-Pyrénées) et Radio Fidélité Mayenne :


<<  Il y a les effets d’annonce et il y a les réalités, et ces deux choses coïncident rarement. Ainsi la fameuse réindustrialisation de la France, dont nous parlent tous les candidats à la présidentielle (et en premier lieu le président sortant) : sur le terrain, ça commence mal.

Exemple : les usines françaises de masques chirurgicaux et FFP2, production relancée l’an dernier devant la carence des fabricants asiatiques. Elles périclitent déjà. Pourquoi ? Parce que les Chinois reviennent sur le marché, massivement et deux fois moins cher que les fabricants français.

Pourquoi les Chinois peuvent-ils faire ça ? Parce que leurs usines de masques sont subventionnées à fond par le gouvernement de Pékin.

En somme : la désindustrialisation de la France avait été menée tambour battant, depuis la fin du XXe siècle, au nom d’une idéologie ultralibérale selon laquelle la France (et ses voisins) devaient abandonner la production et se donner une “économie de services”, grande expression alors à la mode : abandonner la production voulait dire en faire cadeau à l’Extrême-Orient et surtout à la Chine. C'était la "mondialisation heureuse"... Cet axiome ahurissant se retourne aujourd’hui contre nous, et ceux qui le prônaient, il y a trente ans, nous disent aujourd’hui que la Chine est l’ennemi de l’Occident et qu’il faut armer contre elle aux côtés des Américains. C’est surréaliste.

Mais le fait est que la politique économique et commerciale de Pékin est un capitalisme à la fois féroce et dirigé par l’Etat, monstre improbable aux yeux des professeurs d’économie libéraux de nos grandes écoles.

Monstre peut-être, mais monstre bien réel. Et si l’on regarde le reste du monde, on s’aperçoit que les Etats-Unis ne sont pas beaucoup plus orthodoxes en économie que les Chinois, dans la mesure où leurs gouvernements successifs ne se cachent pas de faire du protectionnisme agressif : notamment à l’encontre des pays de l’Union européenne, ou du moins de certains d’entre aux. Dont la France.

Et c’est là que l’on constate que l’Europe de Maastricht est la seule entité mondiale édifiée sur le dogme de la concurrence pure et parfaite et du libre-échangisme absolu.

D’où, pour la France, l’extrême difficulté de résister à la pression chinoise. Et à plus forte raison, de relocaliser les entreprises et de réindustrialiser l’Hexagone. Tâche impossible sans l’intervention protectionniste de l’Etat ; mais l’intervention protectionniste de l’Etat est un péché mortel aux yeux de Bruxelles !  Ça va être compliqué. >>

 

https://www.radiopresence.com/IMG/mp3/27102021_chroeco_airtemps.mp3

 

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Commentaires

MAURICE ALLAIS

> Et pourtant tout avait été prévu depuis longtemps, en particulier - mais pas que - par Maurice Allais. Au fil du temps les usines ont fermé sous nos yeux, le bilan en emploi qualifié est largement négatif, le nombre de chômeurs en Europe est énorme, mais l'idéologie s'accroche à ses chimères ET aussi ne l'oublions pas la corruption qui achète beaucoup de consciences... Rien ne bougera sans des stratégies de rupture, hélas difficilement en vue dans un futur proche...
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Écrit par : BCM / | 27/10/2021

SORTIE

> La seule solution passera par la sortie de l'Europe. Cela risque de prendre encore pas mal de temps.
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Écrit par : Bernadette / | 27/10/2021

> Cet éditorial et le précédent sont d’une limpidité salutaire!
Je les diffuse autour de moi.
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Écrit par : Jean-Marie Salamito / | 27/10/2021

LA FIN DU "PROGRÈS" ?

> La désindustrialisation de la France n'est-elle pas définitive ? Va-t-on retrouver des ouvriers pour aller travailler dur en usine, à des salaires de crève-misère ? L'évolution a été rapide. Est-elle irresponsable ? Oui en ce sens qu'on délègue à des pays lointains ce qu'on ne veut plus faire -- des pays lointains où l'on embauche même des enfants, comme en Chine, pour parer au plus pressé. Le sketch de Timsit le disait bien : le petit Chinois, sa console, il la construit lui-même ! Il n'attend pas qu'on la lui offre pour Noël !
Moi, je crois qu'on ne pourra pas revenir sur cette désindustrialisation radicale, qui est d'abord une volonté occidentale presque délibérée, de la part de chaque citoyen, à partir du moment où il devient impossible de faire travailler les pauvres. D'où les propositions d'abolir le travail légalement, et d'instituer un revenu universel, comme le préconisent les écologistes. Sandrine Rousseau est allée le plus loin dans cette proposition, mais Jadot revendique une même réforme. Il reviendra un jour à un candidat éligible de faire imposer cette loi sur le travail.
Mais, après, on peut se demander : et quand les Chinois ne voudront plus aller à l'usine ? Comme on va faire ? On se dit : mais non ! La Chine heureusement est une dictature ! Le Parti communiste chinois va les y obliger. On respire...
Ou alors on se dit que la fin du "progrès" est déjà là. On va devoir revenir en arrière. Les écologistes auront donc eu raison.
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Écrit par : Bégand / | 27/10/2021

CONFESSION

> Occasion missionnaire manquée. Mon Père je m'accuse qu'aujourd'hui même, en sortant de la basilique de Saint Maximin où se trouve présenté le crâne probable de Sainte Marie-Madeleine, je suis tombé sur un groupe de petits enfants et d'animatrices de la garderie municipale probablement en costumes d'Halloween. J'ai failli interpeller les animatrices pour leur proposer d'entrer dans la basilique et de conduire les enfants dans la crypte, devant le reliquaire. Et je n'ai pas osé ! Un scrupule démoniaque m'a soufflé qu'il y a les crânes et tibias laïcs et portés par l'idéologie libérale américaine, et les crânes religieux. Je vous demande, si vous m'en jugez digne, l'absolution. Et je me tiens à la disposition de la justice pour l'informer de ce forfait.

BH


[ PP à BH – Nul péché en cela. Allez en paix, mon fils. ]

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Écrit par : B.H. / | 27/10/2021

TAXER LES TRANSPORTS MASSIFS

> Pour inciter à une stratégie de rupture qui pourrait avoir ses avantages en termes écologiques aussi, il serait possible de taxer les transports massifs de marchandises à travers le monde afin, d'une part, d'en faire apparaître les coûts réels et, d'autre part, de financer l'installation - ou la réinstallation - d'industries utiles. Evidemment, cela se planifie, car il est nécessaire de définir quelles étapes doivent se succéder et de les enchaîner en bon ordre.
Bon, j'ai bien conscience que des économistes "orthodoxes" ou "classiques", sans parler de leurs superficiels disciples qui doivent peupler la "classe politique", considèreront que de tels propos ne sont pas raisonnables.
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Écrit par : Sven Laval / | 27/10/2021

à Bernadette :

> Par la sortie de cette Europe-là, qui n'est pas celle des pères fondateurs.
Le hic, c'est qu'il nous faut convaincre vingt-six États avant d'opérer ce changement radical mais salutaire. Peu probable que les Néerlandais, les Belges, les Luxembourgeois, les Autrichiens, les Allemands accepteront l'abandon du dogme ultralibéral ; il faut dire que même au sein des institutions communautaires, les fonctionnaires britanniques sont encore en poste, ce qui est un pur scandale.
Védrine parle volontiers de l'Union européenne comme d'une communauté de "bisounours". On pourrait être plus lucides et parler d'éternels cocus contents : à quand le sursaut ?

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/10/26/dans-les-institutions-europeennes-le-brexit-n-a-pas-eu-lieu_6099865_3210.html
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/10/2021

Bégand,

> vous écrivez : "Moi, je crois qu'on ne pourra pas revenir sur cette désindustrialisation radicale, qui est d'abord une volonté occidentale presque délibérée, de la part de chaque citoyen, à partir du moment où il devient impossible de faire travailler les pauvres."
Ça doit être pour ça que chaque fermeture d'usine entraîne des conflits sociaux interminables...
Cette idée que l'égoïsme et la paresse des Français sont la cause véritable de la désindustrialisation est factuellement indéfendable, et parfaitement insultante pour des gens qui ont passé leur vie à l'usine sans demander autre chose que le maintien de leur emploi, et qu'on chasse du jour au lendemain pour satisfaire les actionnaires.
Mais je suppose que ça doit apaiser la conscience du bourgeois de se dire que s'il a bien profité de la mondialisation, il est innocent de tout crime, puisque ce sont ces flemmards d'ouvriers qui ne voulaient plus travailler dans les aciéries.
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Écrit par : Lucas Pommat / | 28/10/2021

à Bégand :

> Une désindustrialisation radicale, oui certainement. Je me souviens, il y a quinze ans lorsque j'étudiais à l'université de Pékin dans le cadre de ma thèse, d'un Français assez âgé rencontré au cours d'un vol vers Paris qui m'avait dit "aujourd'hui, on leur vend des Airbus contre des chaussettes ; dans vingt ans, ils nous vendront les chaussettes ET les Airbus". Il n'avait pas tort.
Qu'un type comme Raffarin continue en 2021 d'être en admiration devant le Parti communiste chinois laisse de marbre. Il y a quinze ans, je fus à l'université de Pékin le spectateur d'un Chirac en visite venu louer "une relation gagnant-gagnant", "une Chine ouverte sur le monde", "un pays éternellement ami de la France" et autres foutaises. Aujourd'hui, nous savons qu'il n'en est rien : jouer à fond la carte chinoise comme ne cesse de le faire Raffarin (de manière assez comique, l'homme ne parlant pas un mot de mandarin et anglais avec la compétence que l'on sait) relève de l'aveuglement. La Chine est un adversaire économique de premier ordre et n'est rien d'autre que cela : toute naïveté à son sujet n'a plus lieu d'être.
M. Macron se veut être le chantre de la "souveraineté européenne" ? Qu'il barre la voie aux 'nouvelles routes de la soie' en Europe et ce sera un début. Après cela, nous tenterons de rapatrier chez nous ce qui a été honteusement délocalisé là-bas au titre de la mondialisation heureuse que nous a vendue le (très socialiste) Pascal Lamy.
Nous sommes des bisounours, soit, mais dorénavant à l'affût et pragmatiques !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/10/2021

L'ALLEMAGNE

> https://www.lefigaro.fr/vox/monde/walter-russell-mead-le-postulat-des-americains-est-que-ce-sont-les-allemands-qui-gerent-l-europe-20211028

"Les contradictions d’une France qui prétend à un rôle de pays «exportateur de sécurité» dans l’Indo-Pacifique, alors qu’elle ne parvient même pas à gérer les questions de sécurité en Méditerranée. À Washington, il ne fait aucun doute que c’est l’Allemagne qui a la voix décisive en Europe."
La messe est dite.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 29/10/2021

Lucas Pommat,

> N'étant pas un bourgeois capitaliste, je ne portais pas de jugement rétroactif négatif a priori sur les ouvriers qui ont passé leur vie à travailler en usine. Contentons-nous de les plaindre. Il y a heureusement un cours naturel des choses, une conscience qui se fait jour, pour dissuader aujourd'hui les individus de se diriger vers des métiers jugés d'un autre temps. A Pôle emploi, on récupère cette base sociologique de ces chômeurs qui, ne voulant plus travailler comme Charlot sur sa chaîne de montage, préfèrent toucher le RSA. Pourquoi ne pas l'accepter ? Cela me rappelle Sénèque qui disait : "Si l'on m'obligeait à travailler pour gagner ma vie, peu importe, je me tuerais tout de suite !" -- C'est pourquoi je mentionnais le projet d'un revenu universel, qui me paraît être une solution d'avenir. C'est tout.
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Écrit par : Bégand / | 29/10/2021

(suite de mon commentaire)

> Je critique une certaine forme de travail salarié, un peu comme tout le monde, au fond, même si ceux qui en bénéficient peuvent se féliciter d'avoir une situation stable. Lorsque ce travail n'est pas trop pénible, ou obsolète, on peut le considérer comme un bienfait. L'important, pour moi, au-delà de tout travail moderne, qui n'est le plus souvent qu'un ersatz de travail, c'est le goût de l'effort personnel. Seul l'effort personnel est en mesure d'apporter une satisfaction spirituelle à l'être humain. Dans le cas d'un revenu universel, la liberté serait donnée à tout un chacun de se consacrer à une tâche qui en vaille vraiment la peine, qui puisse déboucher sur un accomplissement. Pour moi, ce serait là le véritable travail. Evidemment, le problème demeure : comment faire marcher l'économie ? Les écologistes, Jadot et Sandrine Rousseau en tête, ont posé les bonnes questions. Il ne faudrait pas en faire l'économie, sous prétexte que la France est désormais à droite, hésitant entre Zemmour et re-Macron. Après tout, l'écologie est aussi de droite. Il y a une écologie de droite. Ernst Jünger, l'écrivain allemand centenaire, adepte de la révolution conservatrice, était écologiste, je crois. Moi, je me place dans la suite convergente de l'encyclique de François. C'est aussi une direction à envisager. Bon week-end de la Toussaint !

Bégand


[ PP à Bégand – Une "écologie de droite" serait concevable si la droite n'était pas acquise au modèle économique qui détruit la biosphère... (dernier exemple en date : Eric Zemmour, ses sponsors et ses groupies). ]

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Écrit par : Bégand / | 30/10/2021

DIRIGEANTS AVEUGLES

> Difficile d'organiser une ré-industrialisation avec un milieu dirigeant imprégnée de l'idée que la modernité, ce ne sont que les services, l'informatique, le web. Or, la réussite allemande, par exemple, ce sont les PME à actionnariat famillial fabriquant du concret.

@ Bégand: le travail ouvrier dans une usine actuelle, propre, claire, relativement silencieuse, n'est pas pire que bien d'autres.
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Écrit par : PF. Huet / | 03/11/2021

PP à Yves MARNIQUET

C'est vous qui êtes en infraction : depuis que ce blog existe (2005), la règle est de n'y publier aucune publicité de parti politique, quel qu'il soit. Alors ne vous posez pas en victime.
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Écrit par : PP à yves Marniquet / | 03/11/2021

@ Begand

> Et la sanctification par le travail qu'est-ce que vous en faites ?
"Contentons-nous de les plaindre"
non on ne s'en contentera pas !
le chrétien et là pour agir pas pour pleurnicher. Une attitude aussi mollassonne est un encouragement à ceux qui ont fait le malheur de ses classes sociales.
Il n'y a pas de mollusques au paradis.
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Écrit par : E Levavasseur / | 10/11/2021

@ E Levavasseur

> Je crois beaucoup à la sanctification par le travail, et même à l'effort. Mais il ne s'agit pas ici de n'importe quel "travail". Il y a une évolution anthropologique du travail, et donc une évolution "religieuse" vers davantage de perfection : le "travail" qui n'aliène plus (comme disait Marx), mais qui accomplit l'individu. Vous n'allez pas me dire que, sur sa scène de montage, Charlot "s'accomplissait", dans "Les Temps modernes" ! Revenons plus intelligemment à Matthieu 6, 28-29 : "Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux." Cette parole du Christ est essentielle, selon moi. Il n'est pas venu asservir, mais libérer.
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Écrit par : Bégand / | 10/11/2021

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