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12/05/2021

Pro-UE par nationalisme : le paradoxe écossais

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En Ecosse, la victoire des indépendantistes aux élections du Parlement régional d'Edimbourg souligne la singularité "scot-nat" : être pro-UE par... nationalisme ! Ma chronique à Radio Présence (Toulouse Midi-Pyrénées) et Radio Fidélité Mayenne :


<< En France, ceux qui s’opposent à l’Union européenne le font au nom d’un nationalisme français baptisé souverainisme. Ils affirment que la Commission de Bruxelles et les cours de justice européennes suivent une logique étrangère aux intérêts nationaux, et que les nations devraient quitter les traités européens pour pouvoir faire face aux défis d’aujourd’hui. Le cri de guerre des souverainistes est celui des partisans du Brexit en 2016 : “Reprenons le contrôle !”

Nos souverainistes disent que d’autres peuples que l’anglais veulent “reprendre le contrôle”, et qu’on va voir ce qu’on va voir. Et en effet il y a un peuple qui marche dans la direction de l’indépendance : c’est le peuple écossais. Il vient de revoter en masse pour ceux qui veulent lui rendre cette indépendance perdue depuis longtemps, les militants du Scottish National Party, dont l’hymne et le drapeau datent du treizième siècle (rappelez-vous le film de Mel Gibson Brave Heart). On ne peut pas faire plus enraciné.

Mais voilà le paradoxe : ce dont ces indépendantistes nationalistes veulent se séparer, c’est de l’Angleterre et non de l’Union européenne. Mieux : s’ils veulent se séparer de l’Angleterre, c’est notamment pour pouvoir redevenir membres de l’Union européenne ! A leurs yeux, l’Union européenne et l’indépendantisme national écossais sont complémentaires.

indépendance écossaiseC’est incompréhensible pour des souverainistes français : depuis trente ans ils s’évertuent à démontrer par A+B que la construction européenne est un engrenage visant à diminuer toujours plus la liberté de mouvement des Etats membres. Or on n’est pas de cet avis à Edimbourg, à Prestonpans ou à Kilmarnock : poussant l’identité nationale jusqu’à vouloir défaire le Royaume-Uni pour renouer avec une très ancienne indépendance, les Ecossais sont en même temps de chauds partisans de la communauté européenne ! Ce n’est pas un paradoxe à leurs yeux. Ils veulent y voir l'écho de leur propre tradition. Cela dit, autrefois les liens de l’Ecosse avec le continent étaient surtout des relations avec la France : de 1295 à 1560, le royaume d’Ecosse fut lié au royaume de France par un traité militaire et diplomatique nommé plus tard “la vieille alliance”, Auld Alliance. Les deux pays étaient alliés contre l’Angleterre. Les sujets français résidant en Ecosse avaient alors la nationalité écossaise, et vice-versa… Ce n’est pas tout à fait oublié : en 2019, Ecosse et France ont institué un Auld Alliance Day, journée annuelle fixée au 23 février. Et cette amitié continentale, ancienne et romantique, fait partie de l’identité nationale écossaise. C’est sans doute un peu ce qui explique cette bizarrerie : un nationalisme qui s’exprime aujourd’hui par le désir de rejoindre une Europe critiquée par… tous les autres nationalismes. >>

 

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* Le Scots wha hae est médiéval par la mélodie. (Les paroles sont du poète national Robert Burns : fin du XVIIIe siècle).

 

 

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Commentaires

APPARTENANCE COMMUNAUTAIRE

> 'End London Rule' peut-on lire sur certains panneaux indépendantistes : les Écossais ne supportent plus d'être dirigés depuis 'Westminster', synonyme à leurs yeux de cette élite anglaise bien née qui étudia en habit à Eton et Oxbridge : les Cameron et les Johnson pour qui la brumeuse Écosse ne signifie pas grand-chose.
En 1992 en Sorbonne, Philippe Séguin affirmait face à François Mitterrand : "Pour qu’il y ait une démocratie, il faut qu’existe un sentiment d’appartenance communautaire suffisamment puissant pour entraîner la minorité à accepter la loi de la majorité". Les Écossais acceptent de moins en moins d'être l'éternelle minorité d'un parlement britannique qui lui ressemble guère : en Grande-Bretagne, la loi de la majorité, c'est actuellement celle de l'Angleterre eurosceptique qui envoie ses navires de guerre devant Jersey pour la protéger des chalutiers français.
L'indépendance de l'Écosse et la réunification irlandaise semblent aujourd'hui inéluctables : en ouvrant la voie au Brexit, David Cameron aura été le fossoyeur indirect d'une union tricentenaire. De Gaulle, en appelant les Soviétiques "les Russes" et les Britanniques "les Anglais" avait décidément beaucoup de flair : peu probable que le désir écossais d'indépendance l'aurait étonné.

P.S. L'équivalent britannique de l'île Longue se trouve en Écosse. En cas d'indépendance, Édimbourg exigera la fermeture immédiate de la base de sous-marins nucléaires de la Clyde, et là Londres n'a pas de plan B. Il serait question d'abriter les sous-marins anglais en Amérique ou... à l'île Longue, précisément. La Divine Providence n'est décidément pas dépourvue d'humour !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 12/05/2021

L'U.E. ET SES PARADIS FISCAUX

> https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/05/12/la-justice-europeenne-annule-le-remboursement-de-250-millions-d-euros-de-rabais-fiscal-accorde-a-amazon-au-luxembourg_6079994_3234.html
Peu probable que Mme Sturgeon soutienne cette Europe-là...
Il est temps pour Bruxelles de s'atteler à l'évasion fiscale dans l'Union : l'Irlande et le Luxembourg sont des paradis fiscaux et c'est un scandale.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 12/05/2021

BRUCE

> Honneur aux soldats de l'“Auld Alliance”, qui auraient permis, selon ce que rapporte la tradition, que Jeanne d'Arc fasse son entrée à Orléans au son des cornemuses de la “garde écossaise” de Charles VII jouant la ‘Marche des Soldats de Robert Bruce à la Bataille de Bannockburn’ : http://www.leschardons.fr/jeanne-darc-et-les-ecossais-en-1429/

Denis


[ PP à Denis – Pardon, mais cette croyance (traditionnelle dans certains milieux miilitaires) semble apocryphe. Les troupes qui ont délivré Orléans n'avaient pas de "musique" au sens moderne du terme. Et à l'époque les troupes écossaises se seraient servi, comme les autres, de trompettes... Selon les historiens, le bagpipe n'est attesté sur un champ de bataille qu'à partir de 1547 (défaite écossaise de Pinkie Cleugh) et 1581 (les Irlandais au siège de Boulogne par Henry VIII). ]

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Écrit par : Denis / | 12/05/2021

PLUS ANCIENNES ET PLUS PETITES

> Non, ce que veut l'Europe c'est faire éclater les nations modernes (issues des "lumières" et des nationalisme du XIXe siècle)au profit des nations plus anciennes et plus petites (selon les frontières médiévales). Mais après tout ce n'est peut-être pas une mauvaise solution !
En France, l'Etat central parait dépassé par les problèmes qui surgissent; des entités plus petites se débrouilleraient peut-être mieux, en tout cas c'est ce que l'on a vu pour l'approvisionnement en masques ou l'organisation des vaccinodromes.

BH


[ PP à BH – C'est en effet un sujet de réflexion. ]

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Écrit par : B.H. / | 12/05/2021

CORRECTS

> Paradoxe supplémentaire : le nationalisme écossais est aussi ouvert à l'immigration qu'aux nouvelles normes morales. Le ministre SNP de l'Intérieur Humza Youssaf, d'origine pakistanaise, avait ainsi des velléités de sanctionner les propos "transphobes" tenus en privé. Un positionnement qui tranche avec celui du nationalisme continental, et même anglais.

PS : vidéo écossaise hilarante sur l'impératif de ne blesser aucune communauté... https://youtu.be/NBGOryiqZZI
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Écrit par : PJ / | 15/05/2021

@ BH

> A condition que l'on fasse réduire drastiquement la taille des entreprises multinationales ! Car déjà qu'aujourd'hui un certain nombre des ces entreprises (Informatique, armement, médical, agro-alimentaire & co) sont plus grosses et plus puissantes que des États, la réduction de la taille des États-nations mettrait encore plus les peuples sous la coupe de quelques "tout-puissants" de l'économie. Ce serait la généralisation des républiques bananières.
Cdt,
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Écrit par : bergil / | 17/05/2021

FULL WOKE ?

> J’ai un peu de mal à avoir la moindre sympathie pour le SNP. Ce que dit PJ est encore en-deçà de la réalité: dans le délire identitaire autoritaire ils sont pires encore que les Démocrates américains. Full woke. C’est limite névrotique. Un exemple entre mille.

https://twitter.com/millar_marion/status/1396039074239164423?s=21


[ PP à Luc – Ce que dit Mme Millar ne semble pourtant pas délirant, ni woke ? Juste en phase avec le conformisme LGBTQI sur "l'hoimophobie" : mais ce n'est pas pire au SNP qu'ailleurs. Ce tropisme touche toute la classe politique occidentale ou à peu près, de la gauche à la droite. Il serait surprenant que le SNP, comme le Sinn Fein irlandais, échappent au courant général... ]

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Écrit par : Luc / | 22/05/2021

@ PP

> Ce n’est pas Mme Millar qui est woke. Elle en est la victime. En l’occurrence, victime des délires policiers écossais qui vont encore s’aggraver avec leur loi réprimant les « propos haineux » définis comme « étant de nature à heurter quelqu’un de bon sens » (bref, le SNP n’est clairement pas Charlie), loi dont le ministre en charge veut qu’elle s’applique même dans le privé. Concrètement, on peut se retrouver dans la situation de cette dame pour avoir simplement tweeté « les femmes n’ont pas de pénis ». Le délire woke est tout de même beaucoup plus invasif dans le monde anglo-saxon. Nous n’en sommes pas encore à virer des profs pour avoir prononcé un mot chinois approprié dans un cours mais qui avait le malheur de ressembler phonétiquement à une injure raciste ou à imposer dans les écoles aux enfants blancs (hétérosexuels etc ...) de confesser leurs privilèges devant la classe etc ... Comme le disait un professeur américain (et catholique) dans une interview au Figaro, le monde sociologiquement protestant est beaucoup plus touché. Je crois juste qu’on ne se rend pas vraiment compte de l’ampleur de la dérive ici.

Luc


[ PP à Luc – Tant que vous voudrez. Mais je me permets de faire remarquer que le sujet de ma note est le phénomène de l'indépendantisme écossais dans son rapport avec l'Union européenne ; ce n'est pas la morale sexuelle dans le monde anglophone.
Il y a assez de sites catholiques ne parlant QUE de ce genre de problèmes ; je ne vois pas la nécessité de réduire à cela, moi aussi, le champ des observations. ]

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Écrit par : Luc / | 22/05/2021

DÉRIVE DES LIBÉRAUX

> A vrai dire, mon sujet n’est pas celui de la morale sexuelle, qui ne m’intéresse pas beaucoup non plus. Par contre, il est intéressant de relever la dérive de plus en plus illiberale du monde « libéral », de droite comme de gauche. C’est frappant avec Macron aussi, quoique dans une moindre mesure. Et cette affinité « libérale » explique sans doute en partie l’attrait de l’Europe pour l’Ecosse. On peut aussi ne pas s’en réjouir.
Ceci dit, pour en revenir au sujet de votre publication, je ne suis pas sûr que les Ecossais soient si exceptionnels. Les flamingants belges sont sur la même ligne et sans doute aussi les Catalans. Il y a deux types de nationalisme à vrai dire. Celui « national » à la française, qui se sent bridé par l’Europe et celui « régional » qui se sent bridé par la nation et voit l’Europe comme un moyen de dépasser le cadre national. L’Europe des régions, voilà le rêve de la NVA belge par exemple.
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Écrit par : Luc / | 23/05/2021

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