Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/03/2021

Danone : deux fonds vautours éliminent le PDG Faber

vulture.jpg

La bonne volonté d'un "dirigeant" humaniste ne pèse guère face au système global... Ma chronique du mercredi à Radio Présence (Toulouse Midi-Pyrénées) et Radio Fidélité Mayenne :

 
 
<<  La presse économique et financière réserve des surprises. Le 2 mars, elle annonce que 'Les Deux Vaches' font des affaires d’or : cette marque de yaourts bio fabriqués en Normandie est le fleuron d’une filiale bio de Danone, laquelle a vu ses ventes 2020 augmenter de 19 %. En 2019 elles avaient déjà augmenté de 23 %, pour la grande satisfaction du PDG de Danone, Emmanuel Faber, qui rêve d’un capitalisme écologique.
Mais, le même jour, la presse annonce aussi que le conseil d’administration de Danone vient de retirer ses pouvoirs de directeur général à M. Faber – sous la double pression des actionnaires et de deux fonds d’investissement entrés récemment dans le capital.
Les actionnaires exigent plus de dividendes. Les fonds d’investissement, le new-yorkais Artisan et le londonien Bluebell, font partie (comme on dit improprement) des fonds “activistes” : ce n’est qu’un autre nom des fonds vautours, qui entrent dans une société pour faire sauter sa direction et la dépecer. Et c’est la tyrannie de la finance spéculative, au détriment de l’économie réelle et du bien commun. Artisan et Bluebell ne pèsent chacun que 3 % dans Danone : mais en régime néolibéral, ce sont eux les “premiers de cordée”, ceux qui dictent leur loi aux entreprises. Ils sont entrés dans Danone pour faire la peau à M. Faber.
Pourquoi ? Parce que M. Faber est presque un iconoclaste. Il voulait, disait-il, “déboulonner la statue de Milton Friedmann” : le père du néolibéralisme, des bulles spéculatives et des crises systémiques. M. Faber rêvait d’un capitalisme “libéré du court-termisme, plus vert et plus social”. Et il a donné l’exemple en renonçant à la retraite-chapeau des patrons du CAC 40 ! Mais la retraite-chapeau ou le golden parachute sont des privilèges du système. Comme dit la presse économique, la renonciation de M. Faber à sa retraite chapeau “irritait ses homologues”. L’heure de l’estocade arrivait donc. Elle a eu lieu le 1er mars.
La CFDT, la CGC et FO protestent : “M. Faber est remis en cause pour apporter plus de bénéfices à deux actionnaires qui arrivent et révolutionnent l’entreprise !”
Mais que pèse la voix des syndicats ou des associations ? Nous avons le monde que voulait Friedmann : les géants financiers sont plus forts que la société.
Autrement dit, la bonne volonté d’un PDG ne suffit pas à réformer la structure économique.
C’est pourquoi les encycliques sociales des trois derniers papes, et leurs interventions auprès des instances internationales, demandent que cette structure soit modifiée par un accord politique entre les Etats. Et modifiée entièrement : son esprit, ses rouages, ses objectifs ! Oui, ce serait une révolution.  >>
 
 
 
 

fondsvautours.jpg

 

 

Commentaires

ENGIE

> Tiens, ça rappelle certaines choses ! Il y a un an quasiment jour pour jour, Isabelle Kocher était débarquée d'Engie. La fille de la bibliste (tout à fait remarquable et fine pédagogue) Marie-Noëlle Thabut avait souhaité imposer le même tournant à l'ancien Gaz de France : investir dans les énergies vertes, vendre les actifs bruns, etc. C'était trop pour la vieille garde du capitalisme gazier qui débarqua la normalienne.
Bis repetita aujourd'hui avec Danone. Les actionnaires US, qui veulent du fric, se moquent allègrement des questions écologiques. Il y a un mois, M. Le Maire était intervenu pour sauver Carrefour d'un investisseur canadien. Soit ! (quoique Carrefour appartienne à un modèle fort peu 'Laudato Si'). On aurait aimé entendre Bercy dans les affaires Engie et Danone ; eux aussi ne semblent pas "angoissés par la disparition des chimpanzés"...
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 03/03/2021

INTERNATIONAL

> Bonne chronique et bel espoir, mais comment espérer que cette horrible "structure" change seulement par la bonne volonté, aléatoire et timorée quand il y en a, d'"instances internationales", ou par un "un accord politique entre Etats" ?
Avec des rapaces avides et implacables partout aux commandes avec la complicité d'actionnaires tout aussi avides, cette "révolution" ne me semble possible qu'après un effondrement du "Système", comme d'autres l'ont déjà dit.
Mais vous avez bien raison de mettre inlassablement l'accent sur les encycliques sociales dans vos chroniques socio-économiques et d'inciter à l'Espérance chrétienne, "quand même" ! Merci !

Johan


[ PP à Johan – Les Etats ne feront leur devoir (comme les encycliques les y exhortent) que si on les y force, de l'intérieur de chaque pays. Et il faut que les forces intérieures de chaque pays s'entendent dans ce but avec leurs homologues ds pays voisins. Il s'agit d'une action révolutionnaire internationale, disons-le nettement. Cf les discours du pape François aux mouvements populaires... ]

réponse au commentaire

Écrit par : johan / | 03/03/2021

NATIONS

> Le capitalisme à l'anglo-saxonne mis au pas par un accord entre Etats ?!…
Autant désigner l'Oncle Sam et ses affidés comme des terroristes…
Face à ces fonds activistes et spéculatifs, qui sont autant de "variants" mettant en danger la bonne santé et l'équilibre de nos entreprises et fragilisent la société tout entière, il n'existe à mon avis qu'un seul vaccin : le souverainisme politique et économique, l'indépendance nationale.

Denis


( PP à Denis – L'indépendance nationale est nécessaire. Les ententes entre nations le sont donc aussi.Elles sont même indispensables, s'agissant d'économie entre les nations ! N'opposons pas ce qui va ensemble. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Denis / | 03/03/2021

> Sans remettre en cause les explications relatives aux nouveaux actionnaires, il semble que l'autre difficulté de fond est la gestion un peu trop autocratique de Faber, ce qui n'enlève rien à sa vision et à ses qualités, mais résonne un peu trop fort avec le mal managérial du XXIe siècle consistant à porter au pinacle des dirigeants de communautés ou de société très charismatiques mais organisant leur structure autour d'eux.
Il y aurait quelque chose à creuser sur ce sujet.

Aymeric


[ PP à A. :
Peut-être, mais vous avez raison de saluer la vision de Faber.
Et rappelons que sa ligne avait été plébiscitée en 2019, ce qui montre qu'il n'était pas isolé. Ce qui s'est passé ensuite est imputable : a) à la conjoncture générale ; b) aux aléas de la lutte concurrentielle de Danone face à des poids lourds comme Nestlé ; c) à l'agit-prop des deux fonds vautours auprès des petits actionnaires, pour imputer à Faber seul la responsabilité de la non-progression des dividendes en 2020. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aymeric / | 04/03/2021

LE PRÉSIDENT DE L'U.W.E.

> Jacques Crahay, président de l'Union Wallonne des Entreprises (UWE) est dans la ligne Laudato Si (selon moi). En tout cas, il dénote par rapport à HEC et compagnie. Dans ses références, il cite notamment des gens comme Ph. Bihouix.
______

Écrit par : Raphaël R. / | 04/03/2021

UN DÉBAT

> Sur ce sujet, me permettez-vous de partager un lien vers la conférence/débat en ligne sur le thème “ Changement climatique, transition énergétique : un autre monde est-il possible ?”, mercredi prochain? Débat entre Philippe Bihouix et Jean-François Mouhot, le président de l’association protestante de protection de la création “A Rocha”.

http://fr.veritas.org/evenements/changement-climatique-transition-energetique-un-autre-monde-est-il-possible/
https://fb.me/e/3pLtz6Ssm

Écrit par : Mori / | 06/03/2021

ISABELLE KOCHER

> Sur Isabelle Kocher, je ne serais pas aussi enthousiaste à la présenter comme modèle. En effet , les énergies dites vertes ne sont pas forcément si vertes que cela, et sa vie personnelle (divorce et compagnonage avec un homme catholique qui a quitté sa femme pour elle) pas du tout un exemple...
______

Écrit par : Ludovic / | 06/03/2021

FABER ET LA D.S.E.

> Gestion "autocratique" ?
Peut-être, mais tous nos dirigeants partagent probablement ce trait de caractère (pour être dirigeant, il faut sans doute avoir ce style de management, in fine).
Et ce qui différencie Emmanuel Faber des autres est beaucoup plus son adéquation avec la doctrine sociale de l'Eglise et ses derniers ajouts dont 'Laudato Si'.
Comme pour Yves Rocher, transformer la société en entreprise à mission, cela a un sens fort. Ce n'est pas (que) du marketing.
______

Écrit par : Xavier / | 09/03/2021

CORRUPTION

> https://www.youtube.com/watch?v=rrTH31VbdXI

Un excellent et hélas atterrant témoignage de la courageuse présidente d'Anticor : corruption à tous les étages dans notre beau pays.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 26/03/2021

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.