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02/03/2021

Carême 2021 : retrouver la bienveillance, appliquer 'Fratelli tutti' et 'Laudato si'

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…et quitter l’équivoque des libéraux-conservateurs, respectueux des encycliques en paroles mais leur tournant le dos en pratique... et débordant de malveillance envers ceux qui ne tournent pas le dos. Ma chronique à Radio Espérance (Auvergne-Rhône-Alpes) :


 

<< La semaine dernière nous parlions du Carême et de nouvelles façons de témoigner de la foi dans le monde actuel, tel qu’il est. L’une de ces façons nous est indiquée par le pape François dans l’encyclique 'Fratelli tutti', au chapitre 6 : c’est, dit-il, « retrouver la bienveillance », notamment « pour ne pas blesser par des paroles qui attristent ou qui dénigrent ».

Ajoutons : pour ne pas parler et penser comme si nous tournions le dos aux enseignements sociaux de l’Eglise, qui tendent la main au prochain dans tous les problèmes d’aujourd’hui.

Par exemple les problèmes (cruciaux) de l’environnement, du climat, de la biodiversité : problèmes sur lesquels Jean-Paul II nous alertait dès 1990 en nous appelant à ce qu’il nommait la « conversion écologique », celle-ci étant l’un des effets dérivés de notre conversion permanente au Christ.

Nous savons que ces problèmes écologiques font partie de la doctrine sociale de l’Eglise, qui appartient (disait aussi Jean-Paul II) à la théologie morale !

Nous ne pouvons donc pas leur tourner le dos…

Ni faire comme si l’encyclique Laudato Si' n’existait pas, alors qu’elle est étudiée dans des dizaines de paroisses françaises.

Ainsi nous ne pouvons pas rejeter l’écologie. Ou faire semblant de l’accepter pour ne pas avoir l’air de contredire l’Eglise, puis nous empresser de tourner en dérision les combats concrets pour l’environnement, en faisant semblant de croire que ça se résume (je cite quelqu’un) « à s’angoisser pour les chimpanzés ».

Encore moins pouvons-nous diaboliser tout ce qui se fait de concret en écologie, et chercher à le discréditer sous le nom d’« écologisme » en l’accusant d’arrière-pensées infernales : là aussi je cite le discours de quelqu’un, qui n’est pas n’importe qui hélas, et qui, tout récemment, suggérait à un auditoire catholique que les combats écologiques concrets aboutissent plus ou moins à un désir (je cite) de « supprimer l’homme ». Comme si toute démarche écologique dégénérait forcément en « idéologie terrifiante », en « sacrifice humain » et en désir de tuer son voisin… (je cite ce discours de pure malveillance, apparemment non-politique mais dans un contexte pré-électoral où l’on sent bien que l’écologie va être la cible des polémiques partisanes).

L’orateur se rendait-il compte qu’en parlant de façon aussi négative il avait l’air de disqualifier les nombreuses paroisses où l’on a entrepris d’appliquer Laudato Si’ ?

Se rendait-il compte qu’il se séparait en paroles du grand élan donné aux catholiques par cette encyclique, au lieu de souligner positivement ce qu’il y a de biblique, d'ascétique et de christique dans notre responsabilité envers le reste de la Création ?

Relisons Fratelli tutti qui appelle à cultiver la bienveillance – et à « ouvrir des chemins là où l’exaspération détruit tous les ponts ». >>

 

 

Vu à Notre-Dame des Landes (mais si)

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Commentaires

CHRISTIANISME ET MODERNITÉ

> Finalement, ce conférencier ne fait pas la démonstration d'un christianisme nettement déformé par la modernité, notamment son opposition radicale nature / culture (qui n'existe peut-être que la modernité), et tout aggravé par les préjugés "libéraux-conservateur" ?
C'est peut-être ce christianisme de l'âge moderne qui fait écrire à l'anthropologue Philippe Descola, dans son livre "Par-delà nature et culture" :
"Dans la pensée grecque, chez Aristote notamment, les humains font encore partie de la nature [...]. Pour que la nature des Modernes accède à l'existence, il fallait donc une deuxième opération de purification, il fallait que les humains deviennent extérieurs et supérieurs à la nature. C'est au christianisme que l'on doit ce second bouleversement [le premier est la science grecque], avec sa double idée d'une transcendance de l'homme et d'un univers tiré du néant par la volonté divine. La Création porte témoignage de l'existence de Dieu, de sa bonté et de sa perfection, mais ses œuvres ne doivent pas être confondues avec Lui ni les beautés de la nature appréciées pour elles-mêmes : elles procèdent de Dieu, mais Dieu n'y est pas présent [...].
Le monde a désormais une origine et un terme, étrange notion que le christianisme hérite de la tradition juive et qui tranche avec les conceptions de l'Antiquité païenne, mais aussi avec la plupart des cosmologies que l'ethnographie et l'histoire ont inventoriées. La Création est une scène provisoire pour une pièce qui se poursuivra après que les décors auront disparu, lorsque la nature n'existera plus et que seuls demeureront les protagonistes principaux : Dieu et les âmes, c'est-à-dire les hommes sous un autre avatar." (p. 128 et suivantes).

Plus loin, selon Philippe Descola dans le christianisme médiéval : "Le livre de la création est [...] inférieur aux Saintes Écritures puisque Dieu, être transcendant, n’est révélé par ses œuvres qu'imparfaitement" et "l'homme {...]est mis à part du reste de la Création, une suprématie qui dérive de l'intention divine", l'amenant à conclure que "Le Moyen Âge n'aura donc pas démérité : transcendance divine, singularité de l'homme, extériorité du monde, toutes les pièces du dispositif sont désormais réunies pour que l'âge classique invente la nature telle que la connaissons" (p. 130-132).

AM


[ PP à AM – Descola suit Lynn White, mais il y manque une compréhension fine de la Genèse et une analyse de la déviance chrétienne occidentale – qui ne date pas du Moyen Age mais de la rupture cartésienne... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aurélien Million / | 03/03/2021

LES ZADISTES

> Superbe texte assorti d'une remarquable image qui apporte un démenti à l'orateur que vous citez, pourfendeur du "serpent maléfique" que serait à ses yeux "l'écologisme" et qui croit voir dans les cathares les "zadistes du Moyen Âge".
Les zadistes de notre époque, en tout cas ceux de Notre-Dame-des-Landes, ne sont sans doute pas chers à son coeur, mais ils ont permis par leur combat la préservation du bocage nantais comme celle de la vallée du Tarn, souvent au prix de sacrifices personnels (vivre sous une tente de manière quasi-permanente), voire dans un cas immensément tragique - au barrage de Sivens - au prix de leur vie.
Entre un zadiste qui cherche à préserver la Création (sans peut-être utiliser ce terme, mais en ayant cette intention) et un éminent chanoine qui se gausse avec emphase des "adolescentes nordiques" qu'un proche avenir épouvante, on sait lequel des deux met en pratique 'Laudato Si'. Il est des gens qui "disent et ne font pas" (Matthieu 23) - pour reprendre l'évangile d'hier - : préférons ceux qui agissent quotidiennement dans le souci du bien commun sans s'embarrasser de pompeux verbiage.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 03/03/2021

à Louis Charles :

> Un tribunal de Cologne a tout récemment relevé le plafond du nombre de catholiques allemands pouvant demander à quitter l'Église, tant les requêtes sont nombreuses : le plafond mensuel était de mille, il passe à mille cinq cents.
Ces gens dégoûtés par un certain clergé enfermé dans le déni ou anti-écolo jusqu'à la caricature passeront peut-être chez les évangéliques. Il serait bon que l'Église catholique se réforme pour de bon ; dans quelques années, il pourrait être trop tard.

https://www.sueddeutsche.de/politik/katholische-kirche-viele-austritte-in-koeln-1.5208385
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 03/03/2021

HUM !

> Aujourd'hui c'est Lazare ( pauvre,identifié,fidèle) et Le Riche (non identifié, ad libitum pour la suite).....et on prend tous un peu pour notre "grade" ... humour militaire ou zadiste ou autre au choix...
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Écrit par : Gérald | 04/03/2021

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