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29/01/2021

Social : l'autre visage de la "maman de Yuriy"

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Sur le téléphone : le logo de 'VIP Services-Concierges'

Une affaire peut en cacher une autre... Rendue médiatique involontairement comme mère du garçon de 15 ans lynché à Paris par d'autres jeunes, Mme Natalyia Kruchenyk se trouve mise en vedette tout aussi involontairement par : 1. les plaintes des ex-employées de sa société,  2. une enquête de l'Office central de lutte contre le travail illégal, 3. une enquête du parquet de Paris. Résumé de cette histoire qui rapproche l'époque Macron de celle de Zola :


Les médias découvrent à la mi-janvier Mme Natalyia Kruchenyk comme mère de Yuriy, 15 ans, quasi-lynché par d’autres jeunes dans le quartier de Grenelle à Paris. Les télévisions assiègent alors “la maman de Yuriy” (celle-ci parle peu). La classe politique lui témoigne sa solidarité. L'affaire prend rang parmi les émotions nécessaires du grand public.

Mais le 26 janvier émerge une autre affaire. On découvre que le parquet de Paris enquêtait sur une PME parisienne présidée par la même Mme Kruchenyk. Cette société, nommée 'VIP Services-Concierges', est un sous-traitant d'une start-up parisienne valorisée à des millions d’euros et appuyée sur des fonds d'investissement US : HostnFly, "service de conciergerie de location courte durée". Partenaire (non affilié)  d’Airbnb, Abritel et Booking, 'HostnFly' gère trois mille logements à Paris, Or l’entreprise de Mme Kruchenyk – partenaire de 'HostnFly' pour faire les ménages d'une partie de ces logements – est soupçonnée par l’OCLTI (Office central de lutte contre le travail illégal) de “traite des êtres humains”…  En effet dix ex-femmes de ménage franco-ukrainiennes ont porté plainte contre 'VIP Services-Concierges'. Et l’enquête en cours met au jour une contradiction entre la brillante façade de 'HostnFly' et les conditions de travail – navrantes  selon elles – des employées de Mme Kruchenyk...

"Pépite” qui enchante la presse business, 'HostnFly' dit sur son site aux propriétaires de logements désireux d'argent facile : “profitez de notre flexibilité”. Elle leur garantit la qualité des prestations : leur logement leur sera rendu “toujours impeccable”, car “nos partenaires font le ménage” ! Le site explique (avec une orthographe singulière, mais les écoles de commerce ne sont pas la rue d'Ulm) : “Nos pros du ménage interviennent avant et après chaque voyageur – Votre linge reste dans leur (sic) placard ! On fourni (sic) les draps, serviettes, torchons… savons, shampoing (sic), sacs poubelle, papier toilette… On gère vraiment tout !” 

► Sur le terrain, cependant, les conditions de travail faites à ces “pros du ménage” – employées de “partenaires” comme Mme Kruchenyk – semblent discutables. C'est l'origine de la plainte des dix Ukrainiennes contre 'VIP Services-Concierges'. Les dix femmes et la CGT (consultée par elles) parlent aux médias, qui publient leurs propos. Ainsi Libération du 26/01 :

Les femmes, souvent jeunes et originaires de la même région d’Ukraine occidentale, ont été recrutées directement là-bas, à Ivano-Frankivsk notamment. «Au départ, on était embauchées seulement pour les fortes périodes touristiques comme Noël ou l’été. On arrivait pour la plupart avec un visa touristique», explique Ivana, une autre de ces travailleuses […] Certaines d’entre elles s’installent finalement à Paris, au-delà de la date d’expiration de leur visa touristique, avec conjoint et enfants. […] «En réalité, c’est tout un système de dépendance qui se mettait en place. Elle [Mme Kruvchenyk] leur faisait miroiter une régularisation, les aidait à les domicilier, voire leur proposait de leur sous-louer un logement lui appartenant, en ponctionnant le loyer directement sur le salaire. En échange, elles devaient travailler pour sa société », explique Marilyne Poulain, membre de la direction confédérale à la CGT, qui les a accompagnées dans leurs démarches. Dans certains cas, le recrutement se faisait directement à l’église ukrainienne de Saint-Germain-des-Prés (VIarrondissement), où Nataliya Kruchenyk donne des cours de français dans une association. Dans d’autres, des annonces sont publiées sur Facebook en ukrainien. Au plus fort de l’activité, selon elles, une soixantaine de ces ressortissantes ont travaillé pour V.I.P. Services-Concierges, la plupart illégalement. «Il y avait une pression de la communauté très forte, cette femme a un réseau important, notamment via cette église ukrainienne», affirme Aline Chanu, l’avocate des plaignantes.

Salariées d’un sous-traitant d’une start-up affichant sa “flexibilité” et promettant à ses clients une prestation “proche de celle des hôtels”, les Ukrainiennes s’exténuent à la tâche de 2017 à 2020. Elles transportent à bout de bras le linge et les produits d’entretien et courent à travers Paris d’une adresse à l’autre : cinq appartements par jour, heures supplémentaires non payées... Selon elles les salaires sont très irréguliers, il n’y a ni jours de congé ni assurance-maladie… Les femmes, dont la plupart ne parlent pas français, assurent avoir découvert trop tard que leurs contrats de travail signés avec la gérante de Mme Kruchenyk ne sont pas reconnus par la préfecture : “rien ne correspondait, c’était impossible de [nous] régulariser”, expliquera l’une d’elles à Libération. Une autre déclare : “On ne sait toujours pas si on était vraiment déclarées ou non”. Quatre d’entre elles commencent à tenir tête à Mme Kruchenyk. Elle les licencie. (Elles vont alors voir la CGT). Puis elle licencie les autres en mars 2020.

S’ensuivront les enquêtes. D’abord celle de l’inspection du travail. Puis celle du parquet, avec dépôt de plainte au pénal et – selon la presse – perquisition en décembre dernier chez Mme Kruchenyk... 'VIP Services-Concierges' est placée en liquidation judiciaire. Sa présidente se défend bec et ongles, rejette les accusations, accuse ses ex-salariées de mentir. Les magistrats trancheront.

Pourquoi parler de cette affaire ? Parce qu’elle jette une lumière froide sur la start-up nation. Autour d’Airbnb, par exemple, gravitent des dizaines de prestataires comme 'HostnFly' qui utilisent des sous-traitants comme 'VIP Services-Concierges'. Quant aux employées, elles sont prises entre les normes exigées (et surveillées étroitement) par 'HostnFly', et  les pénalités salariales infligées par 'VIP Services-Concierges' en cas de non-respect de ces normes.

D’où le double intérêt de la procédure de justice en cours. D’une part elle porte sur le soupçon d’exploitation d’étrangers en situation irrégulière. D’autre part, les juges décideront-ils (comme pour Uber dans divers pays) qu’il y a “lien de subordination” entre 'HostnFly' et ses sous-traitants ? S’ils le font, la start-up ne pourra plus se dire non-concernée par ce que font ses sous-traitants ; et ce sera un pas en avant pour civiliser le nouvel entrepreneuriat, quitte à lui imposer des règles incompatibles avec l'idéologie ultralibérale. Ce n’est peut-être pas un rêve : Gaspard Koenig lui-même, ex-voltigeur de l’ultralibéralisme total, vient de publier un conte philosophique qui répudie ce système. Et ironise sur Milton Friedman.

 

 

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Commentaires

PP à Laroyenne :

Cher Monsieur, la note ci-dessus ne parle pas de ce problème ; votre question était donc mal adressée.
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Écrit par : PP à Laroyenne / | 29/01/2021

SYSTÈME OPPRESSEUR

> Des Ukrainiennes luttant pour gagner leur pain, migrantes sous-payées (payées au tarif du pays d'origine) et auxquelles il manque certains droits, ultralibéralisme oblige… Il ne faut certes pas regarder la maman de Yuriy comme un élément clé de ce système oppresseur, mais comme un simple maillon d'une chaîne perverse insuffisamment réprimée par les autorités françaises et européennes.
Quant au jeune Yuriy, confronté aux récents déboires de sa maman, il a pu se sentir lui-même marginalisé et opprimé… au point de chercher le défoulement avec quelques potes, un tournevis dans la poche, sur la dalle de Beaugrenelle, face à des jeunes de son âge ? Lesquels appartiendraient à une bande plus ou moins liée, d'après ce que rapportent les services de police, au trafic de stupéfiants ?
Misère humaine et sociale… dont on n'a pas fini de parler, hélas, vu les dégâts, tant sanitaires qu'économiques, des variants Covid… et de leur corollaire en matière politique, le Macronie varius.
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Écrit par : Denis / | 29/01/2021

START-UP

> Une start-up, c'est une entreprise dont l'activité n'est pas ("encore") rentable et dont le but est d'être revendue très cher à la première multinationale venue. Du coup, une "start-up nation" c'est quoi ?

Aurélien R.


[ PP à AR – Une société de orivilégiés, déstructurée au profit d'aventuriers de l'argent.
Donc c'est autre chose qu'une nation... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aurélien R. / | 29/01/2021

LA CLAUSE MOLIÈRE

> "Les femmes, dont la plupart ne parlent pas français, assurent avoir découvert trop tard que leurs contrats de travail [...] ne sont pas reconnus par la préfecture".
Mais nous le savons la clause Molière c'est digne de Super-Dupont, ce vieux ringard beauf et obtus qui doit rouler au diesel et fume des Gauloises.
Peu à peu, les libéraux vont découvrir que les idées que nous défendons ne sont pas si bêtes : pas si beauf.
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Écrit par : E Levavasseur / | 30/01/2021

HEUREUSE ???

> " le covid a mis fin à 30 ans de mondialisation heureuse" (sic !) - Philippe Chalmin.
Son cercle de réflexion s'appelle Cyclope : mais à ce degré de connerie, je ne suis pas sûr qu'avec deux yeux, il verrait mieux la réalité !
Et ce sont les mêmes qui se moquent des derniers vieux gâteux staliniens qui parlent du bonheur qu'il y avait à vivre en URSS.
C'est lui notamment qui a établi le programme économique de Fillon le faiseur, pour lequel voulaient voter ces pseudo-catholiques d'élevage surtout attachés à maintenir leur niveau de vie.
On note que c'est Valeurs Actuelles qui lui offre une interviou :
https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/economie/la-covid-19-mis-fin-30-ans-de-mondialisation-heureuse-127901
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Écrit par : E Levavasseur / | 30/01/2021

ADORATION OU DÉSESPOIR

> Je n’ai pas lu le livre de Gaspard Koenig, mais un rapide regard sur les media est des plus intéressants. Gaspard Koenig présente l’enfer comme une suite d’aéroports dans lesquels on serait condamné à pouvoir acheter tout ce que l’on veut à condition de voyager. Il lui semble que pouvoir avoir tout ce que l’on souhaite facilement ne serait pas une bonne chose. Saint Bernard de Clairvaux parlait de ce qu’il appelait la « marche en rond des impies »: les biens dans l’univers sont en quantités quasi illimitées, l’homme se tourne vers eux, s’en empare, en use... pour se rendre compte que cela ne lui convient pas .... recommence à l’infini avec un autre bien et y « grille » sa vie. Pour saint Bernard la seule porte de sortie est de se tourner vers le seul et unique bien capable de combler l’avidité humaine : Dieu.
Lorsqu’on écoute Gaspard Koenig on l’entend exprimer combien il serait absurde que nous vivions sans cesse ayant tout ce que nous voulons. La littérature spirituelle ne manque pas d’ouvrages sur le sujet. Le Père Marie-Dominique Molinié aborde explicitement ces questions dans un ouvrage paru en 1980 intitulé « Adoration ou désespoir ». Car il n’y aucune autre alternative.
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Écrit par : ND / | 30/01/2021

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