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21/01/2021

'Le Monde' contre Xavier Gorce : le néo-moralisme est encore plus étroit (et plus hâtif) que l'ancienne morale

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Ci-dessus le dessin de Xavier Gorce (dans Le Monde) qui a déchaîné sur les réseaux "sociaux" la fureur des amis de l'industrie biotech. Fureur qui a mené la nouvelle directrice de la rédaction du Monde, Caroline Monnot, à désavouer le dessinateur :


Xavier Gorce est depuis dix-huit ans, dans Le Monde, l’auteur de la série Les Indégivrables qui ironise sur l’air du temps à travers des personnages de manchots antarctiques (d’où le nom de la série). Xavier Gorce n’a pas de "ligne". Il moque équitablement les uns et les autres, avec une intelligence rare à notre époque de sectaires émotifs. Le 19 janvier, le dessinateur publie le croquis ci-dessus. Sa cible est évidente : ce sont les imbroglios  néo-familiaux d’aujourd’hui. (On les sait en fabriqués en partie par l’industrie privée biotech et sa superstructure idéologique, le transsexualisme).

Aussitôt “les réseaux sociaux”, ou plus exactement quelques dizaines de militant.e.s*, bombardent Le Monde de leur fureur : “La transphobie détruit des vies. Xavier Gorce la banalise, Le Monde le relaie… La culture du viol et de la pédocriminalité détruit des vies. Xavier Gorce en fait son beurre, Le Monde relaie…” etc.

Le dessin de Gorce ne véhicule évidemment ni la transphobie (?) ni la culture du viol et de la pédocriminalité, et la plupart des furieux doivent s’en rendre compte. Mais  ils mènent une opération d’agit-prop. Immédiatement couronnée de succès…

Car la nouvelle directrice de la rédaction du Monde donne raison aux furieux en donnant tort à Xavier Gorce. Dans un message publié en urgence sur le site du journal, elle déclare : “Ce dessin peut en effet être lu comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres. Le Monde tient à s’excuser de cette erreur auprès des lectrices et lecteurs qui ont pu en être choqués.”

Choqué lui-même de se voir lâché (avec autant d'empressement) par son journal, Xavier Gorce démissionne alors du Monde,  après avoir tweeté :La liberté ne se négocie pas”, et expliqué au Point : “Je regrette d’avoir à le préciser, mais pour moi, le rire n’a pas à répondre aux impératifs de la morale ou de l’émotion… Si on ne doit plus rire des situations douloureuses, je ne vois pas de quoi on va pouvoir rire dans les dessins de presse des années à venir.” Mais si, on ne le voit que trop : à la une du Monde, avec les dessins de Plantu qui ne choquent évidemment personne.**

Et constatons que la même idéologie dominante pousse le politico-médiatique : 1. à interdire aux caricaturistes intelligents de plaisanter les nouveaux tabous sexuels, 2. mais à applaudir Charlie Hebdo, qui s'acharne, lui, à ridiculiser de façon inhumaine la douleur d’autrui ; cf. son dessin de couverture sur les morts de l'attentat de la gare de Bruxelles en 2016 ! Néo-moralisme dans un domaine, amoralité dans un autre domaine. Sacralisation de la caricature dans un cas, diabolisation dans un autre cas... Incohérence des politiques ? ou cohérence sous-jacente ? 

Laissons le dernier mot à l’association des victimes de l’inceste, qui ne donne pas raison à Mme Monnot : “Ne nous trompons pas de cible. Le cœur du problème, c’est la lutte contre la loi du silence qui entoure l’inceste et contre l’impunité judiciaire pour les agresseurs. Ce n’est pas un dessin de presse.”

 

___________ 

  Usage ironique de l'écriture inclusive… (si quelqu’un n'avait pas compris).

**  Plantu annonce son départ en retraite. Sage décision.

 

 

André_Gill_-_Madame_Anastasie.jpg

 

 

Commentaires

LEUR MANQUE D'HUMOUR

> Le manque d'humour au "Monde"... Le dessin de Gorce a été pris au premier degré par Caroline Monnot. Ce n'est pas un très bon dessin, mais ce n'est vraiment pas un dessin choquant. On peut se rabattre sur Plantu, en effet, dessinateur complètement aseptisé. Ou sur les dessins de "Charlie Hebdo", par je ne sais quel processus mental idéologique. On peut déplorer tout ça, qui nous conduit dans un univers triste, sans fantaisie. Si l'homme ne peut rire de lui-même, librement, en conscience, alors c'est la fin de tout. Relisons "Le rire" de Bergson, "philosophe sous acide" (du moins selon la drôle de notation d'Hervé Le Tellier dans son récent Goncourt plein d'humour noir)...
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Écrit par : Bégand / | 21/01/2021

'LES INDÉGIVRABLES'

> J'avais beaucoup aimé celui-ci :
https://www.lemonde.fr/blog/xaviergorce/2020/12/15/ok-poussin/

OK "Le Monde"...
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Écrit par : Alex | 21/01/2021

GORCE

> Dernière escale de Gorce :
https://www.lemonde.fr/blog/xaviergorce/2021/01/20/derniere-escale/
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Écrit par : Alex / | 21/01/2021

'LE NOM DE LA ROSE'

> C'est vraiment "Le Nom de la Rose" nouvelle ère ! Comme disait Jorge (dans le roman), le doyen de l'abbaye, le rire est un instrument du diable. Il y a aujourd'hui une nouvelle inquisition qui veille.
Un nouveau monde qui est l'ancien... en pire !
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Écrit par : B.H. / | 22/01/2021

> Cette censure devient inacceptable : ça pue !
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Écrit par : alain De Vos / | 22/01/2021

> Je retiens l'expression particulièrement bien trouvée "sectaire émotif"
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Écrit par : E Levavasseur / | 22/01/2021

LE DERNIER WAGON

> Les personnes nombreuses qui s'imaginent rebelles et qui croient qu'on peut supprimer ce qui est conventionnel me font assez pitié : il est impossible de supprimer une morale ou une convention : on ne peut que la remplacer. Prétendre le contraire reviendrait à imaginer par exemple qu'on peut supprimer le dernier wagon d'un train... Il y aura toujours un dernier wagon (ou à la limite il n'y a plus rien, mais ce n'est plus un train : on en arriverait alors à la pensée (ou l'échec de la pensée) des nihilistes).
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Écrit par : Fernand Naudin / | 22/01/2021

QUI ET QUOI

> Je vois un journal, mais je ne suis pas du métier, comme un ménage à 4: actionnaires, annonceurs, rédaction et lectorat. Qui a eu intérêt, et quel intérêt, à ce retournement de jugement sur un dessin déjà publié ? Que s'est-il joué réellement ?
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Écrit par : Pierrot / | 24/01/2021

INCESTE

> L'inceste est effectivement une abomination car il implique un abus de pouvoir et un abus de confiance sur un enfant qui peut difficilement s'opposer à l'autorité parentale.
Il y a quelques années à Taïwan, un ami ancien camarade de classe m'avait approché (en tant qu'avocat) pour me faire part d'un autre type d'inceste, tout aussi choquant : m'avouant avoir des relations intimes avec sa propre mère depuis le divorce de celle-ci, le pire s'était produit : il avait mis sa mère enceinte. N'osant aborder le problème avec un de ses compatriotes, de crainte de l'opprobre, il m'avait exposé ce cas de conscience, ni sa mère ni lui ne sachant que faire ; il souhaitait avant tout s'assurer qu'il ne risquait aucune condamnation pénale. Je lui répondis négativement tout en soulignant qu'en chrétien, je ne pouvais lui recommander un avortement dans un tel cas de figure, lui offrant ma prière pour l'enfant à naître, à l'évidence atteint de forte consanguinité.
Profondément choqué par une telle annonce, je fis quelques recherches sur internet pour me rendre compte que ce type d'inceste entre personnes majeures et parfaitement consentantes était une réalité en Europe également, certes rarissime, mais surtout présente dans les familles monoparentales.
Cet inceste a priori dépourvu de violence physique ou morale est également à condamner et à réprouver de toutes les manières car, quoiqu'il trahisse un problème psychologique majeur, il est à l'évidence contre-nature et expose au risque de grossesse dont les conséquences sont pour le moins catastrophiques. Face à cet inceste-là également, la loi du silence doit tomber.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 25/01/2021

GOSCINNY

> " Ça commence vraiment à bien faire !
Ce qui peut arriver de plus triste pour un humoriste c'est que tout le monde se prenne au sérieux.****
"Tout se politise, tout est grave. Il suffit d’un simple film pour diviser les opinions, provoquer des disputes au sein des familles, troubler des dîners en ville et fournir des armes aux polémistes. On ne peut plus aimer, ou ne pas aimer. Après les ignobles : "Je ne suis pas raciste, mais...", voici les grotesques : "Je ne suis pas bégueule, mais..."
"Il y a ceux qui appellent la censure à leur aide, la pitoyable et ridicule censure, toujours redoutable. Il y a ceux qui se prennent pour des héros parce qu’ils n’ont pas été "choqués". Il y a, enfin —les plus nombreux — ceux qui veulent être dans le vent, n’importe quel vent, ajoutant ainsi à la confusion mentale générale ; ce sont les : "Notez bien que personnellement j’ai beaucoup aimé,mais..."
Ecrit par Goscinny en 1973

****Goscinny poursuit : " C’est ce qui se passe en ce moment où chaque mironton qui écrit trois lignes, chante un couplet ou fait un petit dessin s’arrête éperdu d’admiration devant l’importance de son œuvre"
[ça fait penser à Nicolas Bedos, bidule Meurice, Charlène machin et autres nullités, qui arrivent à la fois à se croire humoristes et à se prendre incroyablement au sérieux]
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Écrit par : E Levavasseur / | 31/01/2021

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