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30/12/2020

Vigano ressurgit, en transes pré-schismatiques

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Prête-nom des trumpistes du Napa Institute dans l’affaire du putsch raté contre le pape (2018), puis condamné en justice pour avoir spolié son propre frère (2019), l’ex-nonce Vigano aurait dû se cloîtrer. Non ! Il récidive, de trimestre en trimestre, tentant sans cesse d’attirer l’attention en signant des textes visiblement écrits par d’autres comme l’avait été le pamphlet anti-pape de 2018 :


Sa dernière publication nous est recommandée en France par un site d’ultradroite, évidemment. Il s’agit d’une interview de l’ex-nonce à LifeSite News, principal site US de l’opposition au pape 1. Vigano y lance des proclamations auprès desquelles rétrospectivement les prêches de feu Mgr Lefebvre (1905-1991) auraient l’air judicieux. Et comme l'ex-nonce a coutume de signer des pamphlets rédigés par d'autres que lui, on comprend que son effarante théologie – celle des plus sulfureux ultra-passéistes de 1850 – lui vient d'un milieu qui la professe encore, et auquel il s'est agrégé après la fin de sa carrière de diplomate du Saint-Siège.

D'où un invraisemblable vocabulaire, celui des épigones de l'abbé Barruel au XIXe, alimentant une rage incandescente. L'ex-nonce assure que le catholicisme est « profané » par « Bergoglio et sa cour », comme « toutes les fois » « Satan s’est déchaîné contre l’Eglise du Christ » : c’est « la Révolution dans toutes ses nombreuses variantes » qui « confirme son essence luciférienne » ; un « esprit infernal » inspire l’Eglise depuis « la subversion de la liturgie » par Vatican II et les courtoisies de Jean-Paul II envers les autres religions ; et la subversion explose sous le “pontificat” (Vigano met le mot entre guillemets) d’un François “faisant évoluer la réforme liturgique dans une forme de culte païen qui implique la profanation systématique du Saint-Sacrement ».  Une preuve ? « Le geste par lequel, à l’épiclèse lors de la consécration de la messe, Bergoglio recouvre chaque fois complètement le calice, le langfr-280px-Inquisición_española.svg.pngbloque de la main, comme pour empêcher l’effusion du Saint-Esprit ». Oui, vous avez bien lu. L’ancien ambassadeur du Saint-Siège à Washington croit que la consécration est une opération magique : un abracadabra qui ferait venir matériellement l’Esprit Saint dans le calice, dont Il devrait ensuite sortir pour se répandre dans les rangs des fidèles ! Que Son Excellence nous permette de lui dire qu’aux époques dont elle a nostalgie, le Tribunal du Saint Office de l'Inquisition [cachet ci-dessus] l’aurait envoyée en prison d’Eglise réfléchir un peu – sans préjudice de la suite... Au lieu d’accuser follement le pape d’adultérer « le rite que Notre Seigneur a enseigné aux Apôtres », Carlo Maria Vigano devrait lire le catéchisme. Celui du concile de Trente, par exemple.

Ne craignant pas d’affirmer qu’il fait nuit en plein jour, l’ex-nonce accuse aussi François de « théoriser que la fraternité entre les hommes peut être séparée de Dieu et de la mission salvatrice de l’Église ». Le pape dit exactement le contraire dans Evangelii gaudium, dans Laudato Si’ et encore dans son message du 1er janvier 2021 ! (qu’on lira ici demain)... Mais peu importe à Vigano : pour lui les paroles de « Bergoglio » sont négligeables puisque ce pape parle comme « l’Antéchrist »2, s’étant fait élire pour « détruire efficacement l’Eglise » ; et attendons-nous désormais à « entendre un jour Bergoglio dire que pour rester en communion avec lui nous devons accomplir un acte qui offense Dieu ». Ce jour-là, vaticine l’ex-nonce, « nous aurons la confirmation supplémentaire qu’il est un imposteur et qu’il n’a aucune autorité ». Autrement dit nous le proclamerons déchu. Sachant que pour les intégristes – donc maintenant Vigano – l’Eglise n’est pas semper reformanda mais nunquam reformanda (tout changement étant selon eux « un acte qui offense Dieu »), on comprend en lisant l’ex-nonce que le schisme ouvert ne tardera pas.

L’état mental de Vigano s’explique sans doute par le départ de son mentor, le président Trump ; départ qui désespère également le groupe de médias catho-libéral-conservateur EWTN… Mais une explication n’est pas une excuse.

 

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1.  23/12/2020.

2. Comme le prétendait déjà un éditorial de La Nef.

 

 

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Commentaires

COMMENT LE DIABLE REND FOU

> En vue du 10 avril 2020, Mgr Vigano avait exhorté tous les prélats, évêques et prêtres à réciter l'exorcisme de Léon XIII pour la défense de la Sainte Église romaine et le salut du monde. Je suis allé trouver le texte de la CDF du 29 septembre 1985 qui prohibait à tout fidèle laïc ou prêtre non exorciste de s'adresser directement à Satan par mode d'interpellation suivant le texte de Léon XIII pour des exorcismes sur des possédés. La CDF étendait même l'interdiction du c.1172 au simple fait d'interpeller directement les démons. Au delà du problème d'obéissance ecclésiastique due au Siège apostolique, il me semble assister au déroulement du jeu du diable lui-même dans la dégringolade d'une personne de l'Église. Et la dégringolade commence souvent par une très bonne action ; puis par le fait de se croire détenir une mission permanente ; puis par le fait de dire que le Pontife Romain ne remplit pas la sienne ; puis par le fait de penser que la mission permanente qu'on s'est attribuée est d'ordre prophétique ; puis par le fait d'exciter autrui à la révolte et à la haine contre le Pontife Romain (c.1373 avec peine obligatoire d'interdit ou autre) ; puis par les délires mystico-eschatologiques dans lesquels on se constitue juge du Pontife Romain ; enfin, par le fait qu'on voit le diable à l'œuvre dans les décisions liturgiques du pontife Romain, par exemple dans l'instruction approuvée par Paul VI sur la communion dans la main que l'on qualifie de sacrilège (v. aussi Mgr Schneider à ce sujet) ; enfin, on voit le diable dans l'acte du Pontife romain de célébrer la Messe. Et là, tout se consomme, car on mêle la haine au caractère sacré de l'Eucharistie et de son ministre. C'est à ce moment-là qu'on ne peut plus se débarrasser du diable et qu'en conséquence, on devient fou.
Moralité : ne jamais traiter avec le diable mais appliquer Lv 19, 17-18 pour engueuler si nécessaire le Pontife Romain ou son évêque, en application du devoir d'aimer son prochain comme soi-même. L'épître aux Galates montre que saint Paul, en pleine liberté d'esprit, fut à l'égard de Pierre d'une sidérante charité, là où le diable n'a jamais eu sa place.

Père Christian


[ PP au P. Christian – Merci de cet éclairage. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Père Christian / | 31/12/2020

@ Père Christian

> Rassurez-nous, Père Christian, nous sommes bien autorisés à dire la prière à saint Michel Archange donnée par le pape Léon XIII, laquelle est bien distincte de celle qu'il offrit à l'Eglise pour les exorcismes…
Je rappelle le texte de la prière à Saint Michel Archange :
“Saint Michel Archange,
défendez-nous dans le combat,
soyez notre secours contre la méchanceté
et les embûches du démon.
Que Dieu lui retire tout pouvoir
de nous nuire, nous vous en supplions.
Ô Prince très saint de la milice céleste,
repoussez en enfer, par la puissance divine,
Satan et ses légions d’esprits mauvais
qui rôdent dans le monde,
en vue de perdre les âmes.
Amen.”

Denis


[ PP à Denis – En effet le P. Christian ne parlait pas de la prière à l'archange, conseillée aux fidèles. Il parlait de l'exorcisme, qui est une démarche spirituelle réservée à des prêtres spécialement mandatés par l'Eglise hiérarchique pour cette tâche.. (Un par diocèse).

La manie de prononcer des exorcismes (donc d'apostropher le démon) lorsque l'on n'a aucun titre pour le faire, est une attitude à la fois dangereuse et hétérodoxe. Il y a une manière de "défendre la foi" qui mène à la perdre inconsciemment – ou, plus exactement, à tomber dans une sorte de sorcellerie à l'envers. C'est le cas des plus extrêmes intégristes.
(Par "intégristes" je n'entends évidemment pas les fidèles de la forme extraordinaire du rite romain, mais le courant – ressurgissant d'âge en âge – qui s'imagine toujours être plus catholique que le pape et les évêques, et finit chaque fois par tomber, inconsciemment, dans des errances multiséculaires).
Exemple d'abus de l'exorcisme : lors d'un meeting "christians for Trump" en octobre dernier, l'un des orateurs, religieux catholique en rupture de ban, s'est mis à clamer un exorcisme... contre Biden ! Cet abus a surpris même le pasteur évanglique qui parlait ensuite. ]

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Écrit par : Denis / | 31/12/2020

LES ENLISÉS

> "Comme le prétendait déjà un éditorial de 'La Nef'" : dommage pour ce titre, car l'idée qu'il avait de se placer comme un pont entre le catholicisme traditionaliste et l'acceptation du concile Vatican II était intéressante. Dommage qu'il soit tombé aussi bas.
Quant à Vigano, qu'en dire, sinon prier pour le salut de son âme ?

PV


[ PP à PV – Sur 'La Nef', j'ai eu le même regret que vous quand j'ai vu cet intéressant mensuel s'enliser (quitte à se contredire) dans les réflexes d'un micro-milieu sociologique. C'est le problème de plusieurs médias catholiques français, finalement prisonniers de la fraction dominante de leur public... Mais comment ouvrir l'esprit d'un public de gens familialement fossilisés dans ce qu'ils appelaient naguère "nos idées", qu'ils nomment maintenant "nos valeurs", et qui se situent au niveau du subliminal – donc au-dessous du seuil où le débat devient possible ? ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 04/01/2021

SUBLIMINAL

> Oui, c'est pourquoi des cathos ultras pactisent avec des néo-païens ultras : ils se rejoignent dans les profondeurs du subliminal, dont leur "catholicisme" ou leur "paganisme" ne sont que deux prolongements surajoutés qui servent au même but : l'autojustification.
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Écrit par : Vera Crouzes / | 04/01/2021

à Patrice :

https://www.youtube.com/watch?v=y34HMMde1Js
> Un exemple de cette regrettable évolution. En février 2011, le directeur de 'La Nef' débattait avec Gérard Leclerc de saint Paul VI. La discussion est posée, mesurée, enrichissante à tous égards. Dix ans plus tard, le premier publie des textes dignes d'un sédévacantiste.
Benoît XVI avec 'Summorum Pontificum' souhaitait que les deux formes de l'unique rite romain puissent se compléter : l'intention était louable mais sa mise en pratique, comme on le constate, est difficile. On reste dans une logique d'affrontement, néfaste pour le corps ecclésial dans son ensemble. Que l'Église retrouve le chemin de l'unité, voici une intention de prière pour 2021.

PV


[ PP à PV – Tant que les "ralliés" de 1988 continueront à penser au fond d'eux-mêmes que la forme ordinaire du rite romain (la messe du pape et de l'Eglise) est mauvaise, ils commettront en permanence ce formidable péché d'orgueil inavoué : croire que leur micromiilieu est "la vraie Eglise"...
– Dans le cas de 'La Nef', y a-t-il des faits nouveaux ? (J'ai cessé de la lire depuis leur ânerie prétentieuse sur le pape et l'Antéchrist). ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 05/01/2021

à Patrice :

> Pas à ma connaissance, mais la référence à l'Antéchrist à l'endroit du pontife romain suffit à la décrébiliser. Cela me fait à songer au pasteur Ian Paisley qui hurlait en 1988 dans l'enceinte du Parlement de Strasbourg "Jean-Paul II Antéchrist" sous les huées de nombreux députés européens dont l'archiduc Othon de Habsbourg-Lorraine (qui l'évacua de force). Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 06/01/2021

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