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30/08/2020

"Georges Bernanos, une foudroyante lucidité"

catholiques

Sous ce titre, Le Monde a publié le 28/08 le 4e volet d’une série de Jean Birnbaum intitulée : « Le courage de la nuance ». Les autres articles concernent Albert Camus, Hannah Arendt, Germaine Tillion… La « nuance » qui les caractérise tous, soulignée par Birnbaum, a chaque fois l’envergure d’un choix crucial – et c’est particulièrement frappant de la part de Bernanos :


 

Extraits de l’article (il faut lire ce dernier intégralement)

<< [Les Grands cimetières sous la lune] : de quoi s’agit-il ? D’un témoignage sur la guerre d’Espagne, écrit à chaud par un romancier connu pour ses engagements royalistes et chrétiens, qui n’en proclame pas moins son dégoût pour les crimes du général Franco et de ses complices en soutane […] “Evidemment, cela vous coûte à lire, lance Bernanos. Il m’en coûte aussi de l’écrire. Il m’en a plus coûté encore de voir […]. Il est dur de regarder s’avilir sous ses yeux ce qu’on est né pour aimer.” Voilà ce catholique fervent, auteur du célèbre Journal d’un curé de campagne (1936), contraint de dépeindre des prêtres distribuant les absolutions entre deux rafales de mitraillette, “les souliers dans le sang” >>

<< Bien qu’il le fustige à présent, lui aussi a longtemps absorbé et recraché “le patois des propagandes”. Dans ces marais pataugent les êtres que Bernanos nomme “imbéciles”. “La colère des imbéciles remplit le monde”, résume-t-il. Sous sa plume, la médiocrité n’a rien à voir avec la faiblesse ou l’ignorance. C’est […] une perversion de la conscience qui mêle désinvolture morale, haine sagace et patiente cécité. Roi de l’époque, l’imbécile préférera toujours le slogan à la vérité et le crime à la liberté. Voilà pourquoi il adopte spontanément “ce parti pris de ne pas voir ce qui pourtant crève les yeux” […].  >>

<< Nulle naïveté, ici, mais bien plutôt un regard obstiné, une foudroyante lucidité. Sous la lumière de Bernanos, la nuance est un aveuglement surmonté. >>

 

Mon commentaire

Birnbaum note qu’à Paris en 1938, lors de la parution des Grands cimetières sous la lune, la lucidité de Bernanos lui vaut la haine de la presse dite nationale (qui se mettra deux ans plus tard au service de l’étranger). Elle traite l’écrivain d’aigri, d’égaré et de dévoyé 1… Tout ce qui contredit le clan, rend le clan fou de rage ! Surtout la révélation publique d’une réalité que le clan niait par système.

Birnbaum souligne que la lucidité sur les réalités de la “croisade” franquiste – ce carnage béni par la majorité des évêques d’Espagne – ne contredit en rien la foi catholique de Bernanos. Au contraire : c’est cette foi qui vibre dans les pages des Grands cimetières ! La lucidité bernanosienne (qui scandalise les droites de 1938) est éclairée par “la foi, pas par l’idéologie”, constate Birnbaum : “Par vocation, le chrétien reconnaît la faille au coeur de la condition humaine, et Bernanos en est un grand explorateur”. Mais les fascismes de toute époque, et leur perpétuelle aumônerie le national-catholicisme, ne reconnaissent aucune faille dans l’homme : ils le veulent compact, toujours justifié s’il sert la Cause. C’est-à-dire l’idéologie.

Or l’idéologie, sous le regard de Bernanos, sert de prétexte à la « colère des imbéciles » qui « remplit le monde » : « perversion de la conscience qui mêle désinvolture morale, haine sagace et patiente cécité »... On en voit l’équivalent aujourd’hui.

Quant à Bernanos lui-même, il échappe au clan – malgré la profondeur intime de son traditionalisme – parce qu’il est d’abord et radicalement un homme de foi, et que la foi disloque les parti-pris. C’est ainsi que Bernanos vieux camelot du roi (“une, deux, la France bouge, elle voit rouge…”) démasquera Maurras, décrivant d’avance l’emmurement psychique qui conduira bientôt le chef de l’AF au naufrage de l’inconditionnalité pétainiste. Et Bernanos soutiendra de Gaulle et la France Libre, en vertu de sa foi constante et invariable ! Choix historique, fruit d’une liberté souveraine, due elle-même à la “nuance” métaphysique que constitue la foi chrétienne authentiquement vécue… Et nuance que Jean Birnbaum a saisie. Parce qu’il comprend la foi.

 

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1. La haine de ce milieu allait durer : dans Les Décombres (livre de 1942 qu’il dédicacera à la librairie allemande de la place de la Sorbonne), Lucien Rebatet se permettra même de traiter Bernanos d' "aberrant et lugubre pochard". Bave de crapaud...

 

 

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20:02 Publié dans Histoire, Idées | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : catholiques

Commentaires

ENRAGER LES IMBÉCILES

> "Patiente cécité" est une expression fort heureuse de la part de Jean Birnbaum pour désigner l'imbécillité inlassablement dénoncée par Bernanos. En rouvrant "Les grands cimetières sous la lune", je tombai à l'instant sur cette phrase : "L'imbécile est d'abord un être d'habitude et de parti pris." Bernanos avait de quoi, avec ce pamphlet (ou plutôt cet écrit de combat), faire enrager les imbéciles, perturbant le confort et la chaleur de rangs bien serrés peu propices aux élans de la conscience.
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Écrit par : Sven Laval / | 31/08/2020

DANGEREUX IMBÉCILES

> Le danger des imbéciles est qu'ils deviennent facilement sanguinaires, toujours "en vertu des grands sentiments" comme chantait autrefois Guy Béart. D'où la popularité du roman 'Le camp des saints' dans ce milieu, à cause de la page d'apologie des massacres dans l'histoire. Et ils se disent chrétiens, pas gênés pour autant.
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Écrit par : Gigi Malaparte / | 31/08/2020

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