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27/08/2020

L’affaire Hogan en dit long sur la vraie nature de l’UE

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Cette histoire ne fait aucun bruit en France, mais agite Bruxelles – et bien entendu Dublin. Et contient une leçon générale. Décryptage :


Résumons.  Le 26 août, le politicien irlandais Phil Hogan, 60 ans, démissionne du poste (très important) de commissaire européen au Commerce. Il y a été poussé par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à la demande pressante du gouvernement de Dublin. Motif : dans une Irlande partiellement reconfinée qui a édicté les mesures anti-Covid les plus dures d’Europe, M. Hogan venait de transgresser ces mesures : 1. en prenant part à un gala (sans distances-barrières) du club de golf parlementaire, l’Oireachtas Golf Society, le 19 août dans un hôtel de Clifden; 2. auparavant il était passé par sa maison du comté de Kildare alors que les règles de confinement interdisaient tout arrêt dans cette zone ; 3. le tout sans avoir observé la quatorzaine (imposée à toute personne même saine entrant dans le pays) lorsqu’il était arrivé de Bruxelles où il résidait.

D’où tempête dans la presse irlandaise : criant au “Golfgate” et parlant au nom des citoyens soumis, eux, à des mesures sanitaires draconiennes, elle a exigé que M. Hogan quitte ses fonctions européennes. Ce que seule la présidente de la Commission pouvait décider... C’est aujourd’hui chose faite.

Nos quotidiens réagissent avec indignation. Contre la férocité des règnes sanitaires irlandaises ? Non : contre le fait que Mme von der Leyen ait exaucé la demande du gouvernement de Dublin en démissionnant M. Hogan ! Ce “lâchage” scandalise Jean Quatremer, le plus eurofédéraliste des bien-pensants de Libération :  “Neuf mois après sa prise de fonction, von der Leyen donne l’impression désastreuse d’avoir cédé aux pressions d’un gouvernement qui exigeait la peau de «son» commissaire…” 

“Dangereux précédent”, disait hier au Monde M. Allemano, “professeur de droit européen” à HEC…

Pourquoi "dangereux" ? Parce que, rappelle-t-il, “les traités garantissent l’indépendance des commissaires” !

Indépendants vis-à-vis des démocraties nationales, sans aucun doute. Mais pas envers la sphère financière intercontinentale. M. Hogan, par exemple : ce personnage faussement jovial, qui avait réussi à grimper de l’Agriculture au Commerce (poste souverain dans l'UE telle qu'elle est), est un ultralibéral rejeté à ce titre par tous les antisystème et notamment les vrais syndicats agricoles français : Confédération paysanne et Coordination rurale.3  

Et sous cet angle, Dublin a, si j’ose dire, le cul entre deux chaises. La politique commerciale de M. Hogan plaisait beaucoup au gouvernement irlandais, mais ce dernier est écartelé maintenant entre son propre ultralibéralisme et son opinion publique. Ce gouvernement est en effet une coalition de deux partis minoritaires, le Fianna Fail et le Fine Gael, après le coup de tonnerre des législatives de février qui avaient donné la majorité relative  aux nationalistes de gauche (eurocritiques) du Sinn Féin. Et l’affaire Hogan fait aujourd’hui le jeu du Sinn Féin en éloignant un peu plus l’opinion publique des deux partis euro-libéraux coalisés. S'il y avait de nouvelles élections, le Sinn Féin les gagnerait peut-être ! D’où l’insistance du taoiseach2 Micheal Martin auprès de Mme von der Leyen pour qu’elle fasse disparaître au plus vite M. Hogan.

Pour calmer l'opinion irlandaise, M. Martin inculpe M. Hogan de n’avoir pas respecté les règnes sanitaires : il en fait même une sorte de crime majeur, comme si c’était désormais le seul problème digne de considération…

“Problème de politique intérieure”, affirme – pour s’en indigner – M. Quatremer : comme si une pandémie, transnationale par nature, n'était qu'un problème de “politique intérieure” ! Mais vilipender toute “politique intérieure nationale” est le mantra des ultralibéraux depuis trente ans. Et invoquer la lutte anti-Covid comme l'unique souci de notre temps permet de masquer, si j’ose dire, ce qui pourrait être réellement reproché à M. Hogan – et à toute la classe politique centriste irlandaise : leur inféodation aux multinationales US, dont l’actuelle économie irlandaise est en réalité l’annexe ; situation qui peut se dégonfler du jour au lendemain lorsqu'éclatera la prochaine crise systémique.

 

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1. Petit port touristique du Connemara  et patrie de John O’Reilly, créateur du bataillon irlandais St-Patrick qui se battit pour les Mexicains contre l’armée US lors de la guerre mexicano-américaine de 1846-1848.

2. Premier ministre.

3. Dans une lettre ouverte à Phil Hogan, commissaire européen à l'Agriculture, en date du 8 octobre 2014, la Coordination rurale (CR) s'inquiétait de "l''orientation ultralibérale" de celui-ci. Bernard Lannes, le président du syndicat agricole, regrettait que l'Irlandais n'ait rien prononcé dans son discours quant à la régulation des marchés ou la préférence communautaire, "qui sont pourtant des outils de développement autrement plus adaptés à la mondialisation des échanges agricoles"…  – La Croix, 25/02/2016 : “Depuis un mois, les éleveurs présents sur les barrages et dans les manifestations prennent régulièrement l’Europe pour cible. Elle est jugée bureaucratique, ultralibérale et indifférente à leurs difficultés.”

 

 

 

europe

 

17:02 Publié dans Europe, Irlande | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : europe

Commentaires

> Nos "responsables" ne croient pas à leurs propres mesures.
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Écrit par : Odon Lafontaine / | 27/08/2020

> Oui ! Le covid est un merveilleux écran de fumée. Hélas.
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Écrit par : PF Huet / | 28/08/2020

L'IRLANDE N'EST PLUS QU'UNE ANNEXE U.S.

> Il y a quinze ans, lorsque je me rendais outre-Atlantique pour les études, le vol Aer Lingus Dublin-Boston marquait une escale à Shannon : les formalités douanières et de police US étaient remplies à ce moment, tout le personnel étant américain. La verte et neutre Irlande est atlantiste !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/08/2020

CONTRADICTIONS

> http://www.lavie.fr/debats/edito/erdogan-d-une-provocation-a-l-autre-25-08-2020-108309_429.php

L'Irlande atlantiste ne fait pas partie de l'OTAN. À l'autre bout du continent, la Turquie de moins en moins atlantiste fait quant à elle toujours partie de l'OTAN...
Pleine solidarité avec nos frères grecs qui voient la Turquie s'essuyer les pieds sur la souveraineté territoriale de leur pays tout en méprisant le patrimoine byzantin de Constantinople. Un ami hellène m'a avoué avoir toujours le sac de 1204 en travers de la gorge, malgré les excuses présentées par saint Jean-Paul II au nom de l'Église latine : comment réagirions-nous si Saint-Pierre de Rome était transformée en mosquée ?
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 29/08/2020

à Philippe de Visieux

> Oui, mais ce sont les croisés latins qui ont mis à sac Constantinople en 1204 ! Pour la mosquée ce sera bien plus tard. Et les Turcs ont bcp moins ravagé la ville que les croisés latins.
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Écrit par : Balian / | 30/08/2020

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