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26/06/2020

Philippe Le Guillou : de Gaulle dans l'âme

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1970-2020… Bref mais intense, ce livre est une évocation spirituelle et politique de Charles de Gaulle sous l’angle de sa vie intérieure, liée aux paysages de Colombey :


Le 31 décembre 1968, Charles de Gaulle présente ses voeux aux Français. “Ce texte est admirable de clairvoyance”, écrit Philippe Le Guillou : “De Gaulle y perçoit pleinement le malaise de la modernité, l’origine même de la crise de mai qui l’a laissé bien seul face aux «fanatiques de la destruction», aux «doctrinaires de la négation», aux “spécialistes de la démagogie». Il capte nettement ce qu’il appelle «l’origine de ce trouble» : en l’occurrence «le sentiment attristant qu’éprouvent les hommes d’à présent d’être saisis et entraînés par un engrenage économique et social sur lequel ils n’ont point de prise et qui fait d’eux des instruments»”. De Gaulle quant à lui pensait, et disait, que la politique doit se faire non sur les marchés boursiers mais conduite par l’Etat, chargé du bien commun. Il sentait au même moment monter la trahison dans son propre parti et dans une fraction de son gouvernement : souhaité par le marais pseudo-gaulliste, puis opéré sous Giscard, le sabordage de l’esprit gaullien allait transférer la réalité du pouvoir aux banques, puis aux multinationales, pour aboutir aux quinquennats de l’affaissement : Chirac-Sarkozy-Hollande-Macron… (le deuxième et le quatrième de ces présidents enrobant cela d’une frénésie de postures creuses).

C’est l’arrière-plan du très beau livre de Philippe Le Guillou paru chez Salvator : Colombey, l’autre colline inspirée1.   Fervent du Général et féru de Malraux depuis sa jeunesse, fréquent pèlerin de la Boisserie, Le Guillou est porté (comme l’était son ami l’écrivain jungien Michel Cazenave) par une vision épique de l’ère gaullienne et de son chef. De celui-ci il écrit : “C’était le monarque de mon enfance, un personnage d’une stature écrasante et mythique. Je l’aime autant que je chéris les mots aventure et destin”.  Pour évoquer aujourd’hui le Général, Le Guillou choisit le prisme de la Boisserie et de l’austère terroir de Colombey, paysage spirituel de De Gaulle depuis l’achat de la maison en 1934 : c’est là pendant 36 ans, écrit-il, que son héros “prend une distance salutaire, s’isole et se retire en lui, au lieu du mystère le plus épais, le plus intact de son être, à la source d’où sourd cette force sans équivalent qui l’a fait se jeter dans la mêlée avec une incroyable hauteur”.

Ce livre peint l’ensemble du destin du Général de façon poignante – notamment à propos de son amour pour Anne, l’enfant trisomique – mais il est aimanté par le de Gaulle des derniers mois : “celui qui s’est dégagé du temps et de l’action, ou à qui une caste méprisable a signifié son congé ; l’homme porté à la méditation, à la remémoration, et qui trouve dans l’environnement naturel, la verdure, le pourtour boisé, les horizons bleutés et sans limites, un compagnonnage stimulant et fécond…” – “Colombey est un lieu pour le grand air, pour les assauts des rafales et des tempêtes, un lieu pour l’esprit, l’inspiration, les méditations de haut vol, les promenades et les marches sur les crêtes, à l’air libre et vif, dans le lit du vent.” C’est à la Boisserie – maison de vie bien réglée, simple et sobre, dans son bureau de la tour octogonale – que le Général écrivit son œuvre : face à la fenêtre ouvrant sur l’infini des collines et des forêts.

En Charles de Gaulle, Le Guillou s’attache à célébrer l’écrivain. En de Gaulle écrivain (encore plus qu’en de Gaulle homme d’action), il voit un pontifex : un faiseur de ponts, qui voulait enjamber nos hiatus, ruptures et amnésies pour ramener les Français à la France comme unité de destin à travers les siècles. Renouer une continuité ? Ce projet, déjà non-conformiste à la veille des années 1950, paraissait étrange dès la première décennie 1960. Il semble devenu inaudible en 2020, âge où le slogan officiel est devenu la disruption. D’où cette évidence : dans sa “conception quasi-sacerdotale du pouvoir”, le Général est inimitable aujourd’hui – et nos politiciens se réclamant tous de lui ressemblent à un chœur d’escrocs jouant les vertus. Le Guillou constate que “le régime politique actuel tient plus du système entrepreneurial que de l’archétype gaulliste”, et que la France est en passe de devenir “un minable département placé sous l’égide du gouvernement financier mondial”. Il ajoute ailleurs : “Le Général, intègre et désintéressé, méfiant face à l’argent et à ceux qu’il fascine, servait l’Etat et ne se servait pas de lui, il détestait les avides et les dispendieux pour qui le pouvoir n’est qu’un marchepied ou un tremplin…” Qu’aurait-il pensé de ceux qui visent un portefeuille pour utiliser ensuite leur carnet d’adresses dans une multinationale (de préférence américaine) ? Or c’est la norme nouvelle, à Paris et à Bruxelles et de la gauche à la droite…

Une autre raison de lire ce livre : son écriture poétique et forte. Ces 177 pages foisonnent en choses vues émouvantes : l’église de Colombey, l’écrin de verdure de la Boisserie et ses horizons lointains, les forêts après la pluie, les funérailles très simples du Général devant une foule accourue du monde entier, l’émouvante intelligence du Mémorial sur la colline avec sa croix de Lorraine immense…  Dans son bureau à Paris l’auteur a la photo2 magistrale du Général en 1943 à bord d’une vedette lance-torpilles des FNFL : en ciré, jumelles en main, sous un ciel immense et clair. En 1806 à Iéna, Hegel, ayant croisé dans la Schloßgasse Napoléon suivi de son état-major, le qualifia d’“âme du monde à cheval” dans une lettre à son ami Niethammer ; en 2020, Le Guillou dit de Charles de Gaulle qu’il est de la race des “personnages qui entreprennent de rétablir une magistrature spirituelle et de raviver le surnaturel sur les cimes de leur pays”.

 

Philippe Le Guillou : Colombey – L’autre colline inspirée, Salvator.

 

 

I  Allusion au livre de Barrès (1913) La colline inspirée, roman consacré au site de Sion en Meurthe-et-Moselle et qui s’ouvrait sur la phrase : “Il est des lieux où souffle l’esprit”. L’auteur de Colombey me permettra de trouver peu d’échos entre l’esprit de son livre et celui, trouble, du roman de Barrès. L’enracinement est une chose, le culte de l’obscur en est une autre..

2. Elle est aussi dans mon bureau…

 

 

 

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10:17 Publié dans Histoire, Idées | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : de gaulle

Commentaires

DE GAULLE ET BARRÈS

> Concernant la colline de Sion, chère à mon cœur, elle est effectivement un lieu où souffle l'Esprit, comme en tout sanctuaire chrétien ; pour Barrès, cependant, c'est l'esprit, avec une minuscule, qui y souffle.
Si j'ai toujours apprécié le pèlerinage à la basilique et le chemin de croix avec vue sur la campagne lorraine, le monument à Barrès tout proche ne m'a jamais attiré ; cette lanterne des morts, certes surmontée d'une croix, m'a toujours rappelé la tradition celtique, donc païenne, davantage que la foi chrétienne en la vie éternelle.
En cela, Colombey est peu comparable à la vision qu'avait Barrès de la colline de Sion et plus généralement du pays tout entier : de Gaulle était profondément croyant, comme en témoigne la communion spirituelle qu'il eut avec sa mère souffrante lorsqu'il survola la Bretagne (où elle vivait ses derniers jours terrestres) pour rejoindre Londres à la mi-juin 1940. Il n'y a pas chez de Gaulle de réalité païenne derrière un paravent chrétien : l'homme est habité par la foi en Christ et elle seule.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 26/06/2020

ANNE ET LE GÉNÉRAL

> Nous connaissons les uns et les autres les grâces d'humanisation, de sanctification de nos pauvres cœurs que produit le contact avec des jeunes trisomiques. Le général de Gaulle, déjà catholique fervent, puisait dans l'amour qui l'unissait à sa fille Anne, une partie des lumières propres à son engagement dans la Résistance. Face à Hitler, qui ordonnait la mise à mort des trisomiques et autres porteurs de handicap, il ne pouvait s'agir que d'une lutte sans merci.
Notre époque aurait certes besoin d'un De Gaulle pour combattre sans trêve le libertarisme, tel que le révèle la “loi de bioéthique” qui sera vraisemblablement votée à l'Assemblée en juillet, loi qui, si elle est promue niaisement par les pois chiches qui nous gouvernent, est surtout soutenue férocement par les francs-maçons qui les cornaquent, dont le député LREM Jean-Louis Touraine, l'un de leurs plus augustes représentants, dont la philosophie personnelle peut se résumer ainsi (je ne pense pas qu'il me contredira) :
« – L'euthanasie, source et sommet de la vie libertaire. »
Idéologie à laquelle nous opposerons sans hésiter la Parole de Jésus, en Marc 8,33 :
« – Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
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Écrit par : Denis / | 26/06/2020

BARRÈS

> De Gaulle fut un homme exceptionnel, et je suis bien conscient de ce que nous lui devons par son action pendant la guerre et vis à vis de "l'ami américain". Mais il a aussi bâclé la décolonisation, causant des souffrances considérables, surtout lors du drame algérien, en livrant sans précaution le pays à des tueurs et des corrompus: exode de population, tuerie abominable des harkis.
Barrès ? je n'ai lu de lui, que la Colline Inspirée. Cela ne m'a guère paru païen surpris que j'étais par le sujet, toujours actuel: la dérive d'un mouvement sectaire conduite par un prêtre de plus en plus gourou, mais qui revient dans l’Eglise grâce à la charité miséricordieuse d'autres ecclésiastiques.

PFH


[ PP à PFHG – La fin a été dictée à Barrès par le désir de se concilier les milieux catholiques. Mais ce n'est pas elle qui donne le sens du roman : comme dans les autres oeuvres de Barrès, c'est un profond et radical relativisme qui aboutit à tout sur le même pied (un peu comme le Mitterrand du "je crois aux forces de l'esprit")... mais, chez Barrès, c'est du moment que toutes ces choses viennent du "sol" et du "sang" – qui sont sa vraie divinité. Le système moral barrésien est un subjectivisme se voulant tellurique, plus proche de l'idéologie allemande ('Blut und Boden') que du patriotisme à la française. ]

réponse au commentaire

Écrit par : PF. Huet / | 27/06/2020

NATIONALISME ?

> De Gaulle était un vrai nationaliste, pas comme Bismarck, qui était en vérité un impérialiste, ni comme Hitler, qui était un raciste. C'est ce nationalisme dont j'espère le retour, parce que lui seul permet le dialogue à égalité entre les peuples, et leur libre coopération.
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Écrit par : Guadet / | 27/06/2020

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