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21/04/2020

Le pape, les peuples, le virus et le libéralisme

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La lettre du pape François “aux mouvements et organisations populaires” sur la crise sanitaire, économique et sociale :


 

<<  Aux frères et aux sœurs des mouvements et organisations populaires

 

Chers amis,

Je pense souvent à nos rencontres : deux au Vatican et une à Santa-Cruz de la Sierra, et je vous avoue que ce souvenir me fait du bien, me rapproche de vous, me fait repenser à tant de discussions partagées durant ces rencontres et aux nombreux projets qui en sont nés et y ont mûri, et dont beaucoup sont devenus réalité. Aujourd’hui, en pleine pandémie, je pense particulièrement à vous et je tiens à vous dire que je suis à vos côtés.

En ces jours de grande angoisse et de difficultés, nombreux sont ceux qui ont parlé de la pandémie dont nous souffrons en utilisant des métaphores guerrières. Si la lutte contre le Covid-19 est une guerre, alors vous êtes une véritable armée invisible qui combattez dans les tranchées les plus périlleuses : une armée sans autres armes que la solidarité, l’espoir et le sens de la communauté qui renaissent en ces jours où personne ne peut s’en sortir seul. Vous êtes pour moi, comme je vous l’ai dit lors de nos rencontres, de véritables poètes sociaux qui, depuis les périphéries oubliées, apportez des solutions dignes aux problèmes les plus graves de ceux qui sont exclus.

Je sais que très souvent vous n’êtes pas reconnus comme il se doit, car dans ce système vous êtes véritablement invisibles. Les solutions prônées par le marché n’atteignent pas les périphéries, pas plus que la présence protectrice de l’État. Vous n’avez pas non plus les ressources nécessaires pour remplir sa fonction. Vous êtes considérés avec méfiance parce que vous dépassez la simple philanthropie à travers l’organisation communautaire, ou parce que vous revendiquez vos droits au lieu de vous résigner et d’attendre que tombent les miettes de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Vous éprouvez souvent de la colère et de l’impuissance face aux inégalités qui persistent, même lorsqu’il n’y a plus d’excuses pour maintenir les privilèges. Toutefois, vous ne vous renfermez pas dans la plainte : vous retroussez vos manches et vous continuez à travailler pour vos familles, pour vos quartiers, pour le bien commun. Votre attitude m’aide, m’interroge et m’apprend beaucoup.

Je pense aux personnes, surtout des femmes, qui multiplient le pain dans les cantines communautaires, en préparant avec deux oignons et un paquet de riz un délicieux ragoût pour des centaines d’enfants ; je pense aux malades, je pense aux personnes âgées. Les grands médias les ignorent. Pas plus qu’on ne parle des paysans ou des petits agriculteurs qui continuent à travailler pour produire de la nourriture sans détruire la nature, sans l’accaparer ni spéculer avec les besoins du peuple. Je veux que vous sachiez que notre Père céleste vous regarde, vous apprécie, vous reconnaît et vous soutient dans votre choix.

"Pas de travailleurs sans droits !"

Comme il est difficile de rester chez soi pour ceux qui vivent dans un petit logement précaire ou qui sont directement sans toit. Comme cela est difficile pour les migrants, pour les personnes privées de liberté ou pour celles qui se soignent d’une addiction. Vous êtes là, physiquement présents auprès d’eux, pour rendre les choses plus faciles et moins douloureuses. Je vous félicite et je vous remercie de tout mon cœur. J’espère que les gouvernements comprendront que Les paradigmes technocratiques (qu’ils soient étatistes ou fondés sur le marché) ne suffisent pas pour affronter cette crise, ni d’ailleurs les autres grands problèmes de l’humanité. Aujourd’hui plus que jamais, ce sont les personnes, les communautés, les peuples qui doivent être au centre de tout, unis pour soigner, pour sauvegarder, pour partager…

Je sais que vous avez été privés des bénéfices de la mondialisation. Vous ne jouissez pas de ces plaisirs superficiels qui anesthésient tant de consciences. Et pourtant, vous en subissez toujours les préjudices. Les maux qui affligent tout un chacun vous frappent doublement. Beaucoup d’entre vous vivent au jour le jour sans aucune garantie juridique pour vous protéger. Les vendeurs ambulants, les recycleurs, les forains, les petits paysans, les bâtisseurs, les couturiers, ceux qui accomplissent différents travaux de soins. Vous, les travailleurs informels, indépendants ou de l’économie populaire, n’avez pas de salaire fixe pour résister à ce moment… et les quarantaines vous deviennent insupportables. Sans doute est-il temps de penser à un salaire universel qui reconnaisse et rende leur dignité aux nobles tâches irremplaçables que vous effectuez, un salaire capable de garantir et de faire de ce slogan, si humain et chrétien, une réalité : pas de travailleur sans droits.

Mettre fin à l’idolâtrie de l’argent

Je voudrais aussi vous inviter à penser à « l’après », car cette tourmente va s’achever et ses graves conséquences se font déjà sentir. Vous ne vivez pas dans l’improvisation, vous avez une culture, une méthodologie, mais surtout la sagesse pétrie du ressenti de la souffrance de l’autre comme la vôtre. Je veux que nous pensions au projet de développement humain intégral auquel nous aspirons, fondé sur le rôle central des peuples dans toute leur diversité et sur l’accès universel aux trois T que vous défendez : terre, toit et travail. J’espère que cette période de danger nous fera abandonner le pilotage automatique, secouera nos consciences endormies et permettra une conversion humaniste et écologique pour mettre fin à l’idolâtrie de l’argent et pour placer la dignité et la vie au centre de l’existence. Notre civilisation, si compétitive et individualiste, avec ses rythmes frénétiques de production et de consommation, ses luxes excessifs et des profits démesurés pour quelques-uns, doit être freinée, se repenser, se régénérer. Vous êtes des bâtisseurs indispensables à ce changement inéluctable. Je dirais même plus, vous avez une voix qualifiée pour témoigner que cela est possible. Vous connaissez bien les crises et les privations… que vous parvenez à transformer avec pudeur, dignité, engagement, effort et solidarité, en promesse de vie pour vos familles et vos communautés.
Continuez à lutter et à prendre soin de chacun de vous comme des frères et sœurs. Je prie pour vous, je prie avec vous et je demande à Dieu, notre Père, de vous bénir, de vous combler de son amour et de vous protéger sur ce chemin, en vous donnant la force qui nous permet de rester debout et qui ne nous déçoit pas : l’espoir. Veuillez aussi prier pour moi, car j’en ai besoin.

Fraternellement,
François

Cité du Vatican, dimanche de Pâques, le 12 avril 2020  >>

 

 

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Commentaires

LE PAPE ET SAINT PAUL

> C'est du saint Paul dans le texte que le pape nous donne là. Allez voir, par exemple,
https://site-catholique.fr/index.php?post/HYMNE-A-LA-CHARITE-de-Saint-Paul
ou faites une recherche avec les mots clés "Saint Paul" et "charité".
Ce texte du pape nous répète avec d'autres mots ce que saint Paul nous a dis dans sa lettre au sujet de la charité.
Je suis impressionné par sa continuité avec les apôtres, sa cohérence avec lui-même et la justesse terrible de ce discours.
Le courage est, pour moi, une qualité admirable mais je préfère les temps où il est inutile. L'espérance est grandiose mais je préfère les temps où elle est légère à porter. Nous sommes dans le temps de l'espérance et du courage qui doivent se traduire en charité, ou ma foi est sans valeur. Je crois rejoindre ici saint Paul.
J'ai lu des accusations contre le pape selon lesquelles il aurait trahi le Christ. Selon ces accusateurs, il serait un séducteur au sens démoniaque du terme. Je ne me sens pas la compétence pour trancher mais tant qu'il suit saint Paul je choisis de suivre le pape.

DidierF


[ PP à DidierF :
Mais si, vous êtres "compétent pour trancher" ! C'est le "sensus fidei" de tout fidèle.
S'il y a des incompétents (qui mériteraient un pied au cul métaphysique), ce sont les ultras qui accusent le pape d'avoir "trahi le Christ".
Surtout quand on les connaît. Pour eux, "suivre le Christ" c'est se proclamer – sous pseudonyme – "Chrétien-et-Blanc", applaudir les bouffées phobiques de Trump et voir l'épicier arabe comme un "monstre musulman". ]

réponse au commentaire

Écrit par : DidierF / | 22/04/2020

LE PAPE ET M. MACRON

> De ce que je crois savoir , le pape invite à travailler la notion de revenu universel , clame depuis toujours l’urgence écologique , propose la fin de la dette des pays pauvres, espère une Europe solidaire .
Le président de la République et lui ont eut ces jours ci une conversation téléphonique. Nul doute que ces sujets auront été abordés. L’avenir dira si Mr Macron était à l’écoute.
Pour tous , un avenir heureux n’est possible que si la Miséricorde nous sauve.
______

Écrit par : Bernard B. / | 22/04/2020

DU TEMPS DU CHRIST

> Du temps du Christ, il y avait de très savants docteurs de la Loi, lesquels ont proclamé haut et fort que Jésus était un serviteur du démon.
Jésus a averti : le serviteur n'est pas plus grand que le Maître, vu ce qu'ils ont dit de moi, vous pouvez imaginer ce qu'ils diront de vous. (Ce n'est pas une citation, je paraphrase.)
Le pape François en a très logiquement tiré les conséquences lorsqu'il a dit : c'est si tout le monde était d'accord avec ce que je dis que je devrais m'inquiéter (sous entendu : car alors je ne serais pas dans la mouvance de l'Evangile.)

Bernadette


[ PP à Bernadette – L'évangile selon saint Jean est clair : Jésus a été sacrifié par les élites judéennes par réflexe national-identitaire (protéger contre l'étranger "notre Lieu saint et notre nation"), selon la méthode instinctive de l'identitarisme : désigner un bouc émissaire ! ("qu'un seul homme meure pour tout le peuple, et que l'ensemble de la nation ne périsse pas").
Il est facile d'imaginer de quel côté, à l'époque, auraient été les sites bergogliophobes d'aujourd'hui ; sachant que, dans le système de ces ultra-cathos, le mobile réel n'est pas le religieux... Ce dernier ne sert que d'habillage à l'identitarisme, qui est une perversion de l'identité.
Dire cela ne fait pas de nous des "valets du mondialisme" (vocabulaire rituel de ces sites) : simplement des fidèles du magistère de l'Eglise. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Bernadette / | 23/04/2020

MERCI À FRANÇOIS

> Merci à notre pape François si proche de ceux qui souffrent en silence et dans l'ombre, à l'image même du Christ et de son frère François d'Assise.
François vit l'Evangile à la lettre telle que le Christ le voulait de toutes ses forces...
Merci, merci à lui d'être à la fois notre Père et notre Frère...
______

Écrit par : Geneviève Gillardin / | 23/04/2020

VIRUS

> Je propose un titre plus approprié: "Le pape, les peuples : le virus est le libéralisme". Qu'en pensez-vous ?
______

Écrit par : Jean Lamidélère / | 23/04/2020

"IDENTITARISTES"

> Des identitaristes oui mais des identitaristes bcbg qui n'iraient pas se mélanger avec ceux des romans d'Henri Vincenot ou de Jean Giono...

RR

[ PP à RR – "Identitaristes" ne s'applique qu'aux idéologues d'extrême droite hors-sol (citadins de métropoles) qui cherchent à refourguer des malfaisances d'autrefois en se servant des malaises d'aujourd'hui.
L'épithète ne s'applique donc pas aux "vraies gens" qui peuplent les livres de Giono ou de Vincenot !]

r"éponse au commentaire

Écrit par : Raphaël R. / | 25/04/2020

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