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03/03/2020

Epidémie : comment le libéralisme étouffe la recherche

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Sur le retrait du public au profit du privé (dans le domaine pharmaceutique comme dans les autres), constat sévère d'un spécialiste des coronavirus, directeur de recherche CNRS :


Interviewé par Le Monde [*], Bruno Camard constate (extraits) :

<< Je pense qu’énormément de temps a été perdu entre 2003 et aujourd’hui pour trouver des médicaments. En 2006, l’intérêt pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. Nous avons alors eu du mal à financer nos recherches. L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation [...]  Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela. Cela prend du temps et de la réflexion. Dans l’excitation et la peur, des choses assez peu logiques sont tentées. [...] Il vaudrait mieux s’appuyer sur une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme. Un médicament prend dix ans de développement... >>

Culte du court-terme et du flux tendu – puis bouffées d'hystérie en cas d'alerte ("à titre compassionnel on fait tout et n'importe quoi", constate Bruno Canard) : ce qui se passe dans la recherche de médicaments reflète ce qui se passe dans les marchés financiers, qui depuis quarante ans soumettent l'économie à l'irrationnel.

Et pourquoi les pays d'Europe se sont-ils dégagés des "grands projets d'anticipation", c'est-à-dire de la recherche ? Parce que l'anticipation était par nature une mission de l'Etat, et que la doxa libérale veut de moins en moins d'Etat ! 

Tout est donc remis au privé, c'est-à-dire aux actionnaires. N'aimant pas claquer-un-pognon-de-dingue pour parer à des risques éventuels (ce serait du "catastrophisme"), les actionnaires demandent du sérieux c'est-à-dire de l'immédiatement rentable : ce qui n'est évidemment pas le cas de la recherche.

Dans le domaine de la santé, ça donne – par temps calme – un sommeil de la recherche prospective, notamment sur les coronavirus... Bruno Canard révèle :"Il y a cinq ans nous avions envoyé deux lettres d'intention à la Commission européenne pour dire qu'il fallait anticiper".  Les lettres ne semblent pas avoir eu d'effet sur des commissaires imprégnés de libéralisme.

Quand le temps se couvre, l'hystérie réactive gagne les laboratoires comme les salles de marché : les marchés s'effondrent, les firmes pharmaceutiques tentent de faire du neuf avec du vieux et se lancent (souligne Canard) dans des improvisations "sans aucune base sérieuse, dans des buts plutôt douteux, comme de faire parler de tel ou tel laboratoire".

Nous en concluerons, avec l'économiste jésuite Gaël Giraud, que dans le domaine de la santé comme dans les autres domaines vitaux l'urgence est de renouer avec une gestion publique des "communs" : autrement dit, de régénérer l'Etat et de lui restituer les tâches qu'il est seul à pouvoir assurer, comme le répètent toutes les encycliques sociales ;  ce qui implique de lui rendre une liberté souveraine dont il s'est privé au profit de la plate-forme ultralibérale de Bruxelles, elle-même inféodée à la sphère financière globale. Nos vies valent mieux que leurs profits.

 

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[*]  https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/02/29/bruno-...

 

 

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19:27 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : coronavirus

Commentaires

PANNE DE MÉDICAMENTS

> Non seulement la recherche, mais aussi les approvisionnements ensuite, si ce que l'on lit ici et là est vrai, à savoir que du fait de délocalisations voulues pour réduire les coûts de production à tout prix (si j'ose ce jeu de mots involontaire), bien des médicaments sont fabriqués à l'autre bout du monde. Et ce n'est guère commode lorsque les transports peuvent être perturbés par des risques d'épidémie.
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Écrit par : Sven Laval / | 03/03/2020

> Le GROS problème de l'orthodoxie ultralibérale : confondre rentabilité et utilité.
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Écrit par : Airault Alain | 03/03/2020

SCHÄUBLE

> Le même P. Giraud ne cesse de rappeler qu'il ne s'agit pas d'un problème financier puisque les taux sont négatifs : on paye la France pour qu'elle s'endette. L'ordolibéralisme à l'allemande, vanté par M. Schäuble, est la norme suivie au plan communautaire, avec les résultats que l'on sait.

https://lvsl.fr/ordoliberalisme-comprendre-lideologie-allemande/
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 04/03/2020

POIGNE DE FER

> Ou comment le Dieu Argent tient bien ses esclaves dans une poigne de fer.
Il asservit les pauvres, mais il asservit également les avides, qui pour gagner un peu plus sont prêts à n'importe quoi, quitte à avoir sur les mains le sang de leurs frères humains.
Et la machine à propagande est bien rodée. Mais voyons, si chaque pays se spécialise dans un domaine, cela fera baisser les coûts de production et cela évitera les guerres puisque chacun aura un besoin vital de chacun des autres. Ben tiens, comme auraient dit mes arrière-grands-parents : compte là-dessus et bois de l'eau, ça te fera du lard.
Le système est basé sur la mise à sac de la planète et l'asservissement des plus faibles. Le but (quoique voilé) est bien évidemment la destruction de la Création et la destruction de l'Homme.
Mais Satan n'aura pas le dernier mot.
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Écrit par : Bernadette / | 04/03/2020

LA MORT DE LA RECHERCHE INDÉPENDANTE

> À la fin du siècle dernier, j'ai participé à une manifestation des chercheurs à Paris. Le libéralisme commençait à étouffer la recherche fondamentale, mais on pouvait encore la sauver. je me souviens de voisins de cortège qui racontaient qu'ils avaient encore leur salaire mais plus aucun moyen pour leur travail. Moi je n'avais même pas de salaire mais juste la promesse (jamais réalisée depuis) d'avoir un poste. Nous étions très nombreux et Jean Rouch a fait un magnifique discours célébrant ce triomphe. Résultat : silence absolu dans les médias, aucun effet, mort de la recherche indépendante dans l'indifférence générale.
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Écrit par : Guadet / | 04/03/2020

CONTRE LA LOI LPPR

> C'est précisément pour cela que demain, jeudi 5 mars, dans toute la France, chercheurs et universitaires se mobiliseront contre la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), un projet dont l'inspiration néo-libérale ne fait aucun doute, et dont les conséquences pourraient être catastrophiques.
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Écrit par : Jean-Marie Salamito / | 04/03/2020

LIBÉRALISME À L'O.N.U.

> https://fr.zenit.org/articles/onu-mgr-jurkovic-deplore-une-attaque-contre-la-liberte-de-religion-et-de-conscience/

Le libéralisme envahit également de plus en plus les organisations internationales, y compris les Nations unies, comme en témoigne cette protestation de la délégation du Saint-Siège à Genève, en termes particulièrement forts :
"Le Saint-Siège note « l’influence croissante au sein des organisations internationales de puissances et de groupes d’intérêts qui imposent leurs propres visions et idées, suscitant de nouvelles formes de colonisation idéologique, souvent au mépris de l’identité, de la dignité et des sensibilités des peuples ». Il est assez regrettable, mais de moins en moins surprenant compte tenu de sa fréquence, qu’un rapport des Nations unies, qui devrait défendre le droit humain fondamental et universel de la liberté de religion ou de conviction ainsi que le droit à l’objection de conscience, s’attaque maintenant à la réalité même qu’il est appelé à défendre."
La doxa libérale est à l'oeuvre.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 05/03/2020

DESTRUCTION DE LA RECHERCHE, DE LA SANTÉ, ETC

> Mon épouse pourrait vous parler pendant des heures de la destruction de la recherche depuis des décennies.
En 2002, Raffarin avait essayé de baisser le budget de la recherche. Résultat, 96% des directeurs de labo avaient démissionné.
Alors en 2009 (loi LRU), Sarkozy a trouvé la technique imparable: obliger les chercheurs à être évalués avant d'être financés. Résultat, les chercheurs passent tout leur temps à mendier des financements auprès des différents organismes. Il ne font plus de recherche. C'est Jussieu, Paris Descartes et compagnie qui gagnent tous les concours de financement. Les chercheurs n'arrêtent pas de protester. Il y a des prix Nobel qui ont manifesté avec les chercheurs mais personne ne le sait parce que les médias n'en parlent pas. A telle enseigne que l'université de Versailles a failli faire faillite, avant que Najat Vallaud-Belkacem n'oblige les universités excédentaires à donner leur argent aux déficitaires vers 2014-2015 (bonjour l'incitation à mieux dépenser).
La phase B de ce plan, ça consiste à dire que comme l'université ne marche plus, il faut la passer au privé. Parfois même, ça coûte moins cher d'embaucher un fonctionnaire maître de conférence mais par idéologie (au mieux), on passe un partenariat avec une multinationale. Laquelle se gave des données des patients de l'hôpital public et fait comme chez elle.
Quand j'ai commencé ma thèse on m'a expliqué que c'était fini les doctorats qui s'éternisent et qu'on devait soutenir en 3 ans. C'étaient les médecins qui imposaient ça aux sciences humaines. Evidemment personne n'a soutenu en trois ans (sauf à torcher sa thèse) et nos directeurs de recherche ne nous soutenaient pas plus que les générations précédentes.
Aujourd'hui le tort qui a été fait a la recherche est transposé à la santé.
Ce qui n'empêche pas nos politiques de se promener devant des caméras pour nous dire qu'ils veillent au grain.
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Écrit par : Cyril B / | 07/03/2020

MACRON ET LA RECHERCHE

> La recherche n'est pas étouffée, elle est orientée vers des intérêts étrangers au bien commun universel.
Ainsi le très discutable laboratoire P4 inauguré en 2016 à Wuhan avec, pour l'INSERM, le mari de Mme Buzyn, réalisation extrêmement ambitieuse où l'on ne peut distinguer intérêts privés, intérêts stratégiques militaires et santé publique.
M. Macron connaît bien ce laboratoire: "En janvier 2018, à l'occasion de la visite d'Etat du président français Emmanuel Macron en Chine, les chefs d'Etat des deux pays ont signé des accords sur la coopération bilatérale et ont publié une déclaration commune, indiquant : "la Chine et la France conduiront des recherches de pointe conjointes sur les maladies infectieuses et émergentes, en s'appuyant sur le laboratoire P4 de Wuhan". Le domaine médical et sanitaire constitue une partie très importante de la coopération bilatérale entre les deux pays."
"http://french.people.com.cn/n3/2018/0511/c31357-9458929.html

Pour en arriver là?
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Écrit par : Anne Josnin / | 07/03/2020

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