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11/02/2020

Climat et débat : la science, la foi, les idéologues

écologie, christianisme

Qui donc voudrait interdire l’écologie aux disciples du Christ, et au nom de quoi ? Etranges connivences et résurgences :


► 2020 dans le monde aura connu le mois de janvier le plus chaud jamais enregistré par les météorologues. Les cinq dernières années également auront été les plus chaudes jamais enregistrées... “Ce sont incontestablement des signes inquiétants”, signale le Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme. L’inquiétant tient au fait que cette température est liée au dérèglement climatique global – que plus personne ne met en doute ouvertement, sauf Trump et les buzz-makers financés par des lobbies industriels. Même l’Académie des sciences française, qui s’obstinait à prêter au climato-négationnisme le statut d’hypothèse scientifique, a fini par quitter cette posture (de copinage mondain) grâce au remaniement de son bureau : cf. ma note du 29/01.

Le climat change à cause du dérèglement de “l’extraordinaire système de recyclages d’où est issu en permanence le cocktail composant l’atmosphère terrestre”, selon la formule du géophysicien Timothy Lenton (université d’Exeter) au colloque des Bernardins le 6 février dernier. Le Pr Lenton souligne le rôle-clé de la stabilité de la composition chimique du mélange atmosphérique et des “mécanismes de régulation entretenus par des myriades d’interactions d’organismes vivants”. Or cette régulation est désormais perturbée, par des causes dont la plus décisive est notre système économique et le mode de vie qu’il détermine. Là est le nœud du problème.

Dénouer ce nœud est l’enjeu du débat que tentent d’ouvrir la climatologie et les sciences de la vie ; mais qui fut longtemps bloqué – et qui est maintenant brouillé – par les intérêts économiques.

Le brouillage prend diverses formes. La plus médiatique est le greenwashing : ne pouvant plus tourner le dos aux données scientifiques (corroborées par des dégâts concrets croissants : météorologiques, océanographiques, glaciologiques, zoologiques, etc), des multinationales et des gouvernements feignent de vouloir y faire face par des changements dans le système. Ces changements se réduisent à d’éventuels montages financiers, et à l’ouverture d’annexes industrielles prétendument vertes.

Faut-il brûler Thomas d’Aquin ?

Une autre forme du brouillage consiste à prétendre “assumer” l’évidence du dérèglement climatique mais en l’attribuant à une cause exclusivement morale – pour éviter d’incriminer le système économique.

Et la cause morale incriminée par ce brouillage n’est pas (ce qui serait pourtant plausible) le matérialisme mercantile, idéologie de l’Occident capitaliste depuis deux siècles.

Non : les brouilleurs accusent le christianisme. Par une acrobatie chronologico-conceptuelle, ils font porter à un théologien médiéval (Thomas d’Aquin : XIIIe siècle) la responsabilité du saccage de la planète ! Saccage qui s’était pourtant enclenché au XIXe siècle sous l’égide de la pensée du XVIIIe, laquelle fut un rejet radical et “disrupteur” de la vision catho-biblique de l‘existence…

Ne nions pas que le catholicisme de cette époque s’était lui-même éloigné de sa source christocentrique pour devenir anthropocentrique. D’où un dessèchement spirituel qui fit de lui une pensée faible : “le salut des âmes par la police des mœurs” (formule de François Euvé s.j. au colloque des Bernardins) ; faiblesse qui ne fit pas le poids face à la montée du matérialisme mercantile.

Et remercions le pape François d’avoir mis cela au jour dans Laudato Si’ en opérant la critique évangélique de l’anthropocentrisme, en rendant au salut en Christ sa dimension cosmique perdue depuis la Renaissance, et en présentant  (après Jean-Paul II) la responsabilité écologique de chacun comme l’un des effets de “notre rencontre personnelle avec le Christ”.

Diatribes mèremptoires

L’encyclique a eu du retentissement dans le monde hors des milieux catholiques. C’est ce que les brouilleurs s’efforcent maintenant de conjurer : soit parce qu’ils rejettent la responsabilité écologique, soit parce qu’ils rejettent la foi chrétienne.

Mais pour cela, ils doivent monter les enchères. Puisque l’encyclique raccorde l’écologie à la foi chrétienne, c’est à la foi elle-même – non plus seulement à l’Eglise – qu’ils s’en prennent maintenant. D’où les diatribes lues et entendues depuis quelques mois. Emanant de l’aile la plus sectaire d'un féminisme version LGBTQ+ (dans laquelle très peu de femmes se reconnaissent), elles accusent le judéo-christianisme en soi d’avoir détraqué le monde en remplaçant les déesses du paganisme et les cultes de la fécondité par un Dieu “Père” : “élimination du féminin”, donc “rupture avec le monde”, donc saccage de la planète !

Péremptoire ou plutôt mèremptoire empilage d’axiomes, d’ellipses et d’amalgames, cette Naturphilosophie à l’usage des magazines féminins enjoint au christianisme de renoncer au dogme trinitaire et à l’unicité de Dieu, pour devenir un polythéisme où Marie serait déesse – faute de quoi l’aile la plus sectaire du LGBTQ+ se verra dans l’obligation de retirer aux catholiques le droit de prendre part à l’écologie. Perspective évidemment navrante pour ceux qui se sont résignés à suivre le LGBTQ+ comme nouvel Ordre moral, mais qui fera sourire les autres… Présenter toute femme comme l’amie du monde ne résiste pas à une enquête dans les hautes sphères des multinationales ; présenter tout mâle comme l’ennemi du monde ne résiste pas à la lecture des anthropologues ; prétendre que le saccage du monde date du monothéisme ne résiste pas à la lecture de Platon se plaignant de la déforestation par les chantiers navals d’Athènes.

Contester la foi chrétienne (catholique) et faire l’apologie du polythéisme exigerait de bien les connaître tous les deux, ce qui n’est visiblement pas le cas chez des procureures visant à impressionner un public peu informé de ces choses.

Ce qu’il leur faudrait lire

Permettons-nous de leur suggérer la lecture de quelques ouvrages de base. Par exemple ceux du théologien Louis Bouyer qui fut notamment spécialiste de la confrontation christianisme-paganisme : Cosmos (le monde et la gloire de Dieu), Cerf 1982 ; Gnosis (la connaissance de Dieu dans l’Ecriture), Cerf 1988 ; Mysterion (du mystère à la mystique), ŒIL 1986 ; Le rite et l’homme, Cerf 2012. Et cette excellente introduction : Une approche théologique du monde : ‘Cosmos’ du P. Louis Bouyer, de Marie-Hélène Grintchenko, Collège des Bernardins - Parole et Silence, 2015.

Et que la paix soit avec elles.

 

 

écologie, christianisme

 

Commentaires

AUSSI

> "Péremptoire ou plutôt mèremptoire ..."
Parent1mptoire et parent2mptoire (ou l'inverse), c'est bien accepté aussi.
______

Écrit par : Yvan / | 11/02/2020

> Yvan, d'accord, mais c'est très difficile à prononcer. Ca ne peut passer qu'à l'écrit, donc je ne sait pas si votre formule a beaucoup d'avenir !
______

Écrit par : Bernadette / | 13/02/2020

ESPÉRER

> https://www.vaticannews.va/fr/monde/news/2020-02/temperature-record-20-degres-antarctique.html

Parfois, en lisant ce type de nouvelle, je me demande comment peuvent continuer d'espérer ceux qui n'ont pas la foi...

PV


[ PP à PV – Ceux qui espèrent sans la foi s'accrochent à une autre foi : le scientisme, postulant que "la technologie" résoudra le problème.
Le scientisme est à la science ce que la déraison est à la raison : un refus de reconnaître les limites du réel... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe de Visieux / | 15/02/2020

AFFLIGEANT

> https://www.nouvelobs.com/societe/20200309.OBS25805/en-pleine-crise-du-coronavirus-les-compagnies-aeriennes-volent-a-vide-pour-ne-pas-perdre-leur-place.html

La soif de profit prime la protection de l'environnement, accord de Paris ou pas : on fait voler des avions à vide, uniquement dans le but de maintenir les créneaux alloués. Affligeant.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 10/03/2020

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