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04/01/2020

Le christianisme est universaliste dans l'âme

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Les mages de la Nativité, en astrologues perses (basilique St-Apollinaire, Ravenne)

Fête de l'Epiphanie –  Le salut dans le Christ est “pour toute l’humanité, sans distinction” (Benoît XVI, L'enfance de Jésus) :


Comme le dit le P. Bruno Lefèvre-Pontalis dans Paris Notre-Dame cette semaine, la crèche est “une petite fenêtre dans le mystère de l’Incarnation”. Le Fils éternel, co-créateur du monde, s’incarne en un temps, un peuple et un lieu : ces données historiques (richesses et limites de la créature humaine), il les assume pour les transcender en rédemption universelle.

La fête de l’Epiphanie commémore la venue des mages pour vénérer l’Enfant. Qui sont-ils ? Nullement des rois : ce titre leur est décerné dans l’Antiquité tardive par extrapolation du psaume 71 [*], et fleurira surtout au Moyen Âge : au XVe siècle l’Armorial de Wernigerode attribuera même des blasons à ces “rois” ! Tradition très superflue… Mieux vaut respecter le texte et le contexte de l’évangile. C’est ce que fait Benoît XVI (L’enfance de Jésus, 2012) en identifiant les mages comme des chercheurs : “Les hommes dont parle Matthieu n’étaient pas seulement des astronomes. Ils étaient des ‘savants’, ils représentaient la dynamique de l’aller au-delà de soi.”

D’où viennent les mages de l’évangile ? La tradition – mieux inspirée cette fois – les a fait venir des trois continents connus sous l’Antiquité et au Moyen Âge : Asie, Afrique, Europe. Benoît XVI souligne cet universalisme : “Le ‘roi’ de couleur noire en fait partie permanente : dans le royaume de Jésus-Christ il n’y a pas de distinction de races ni de provenance. En Lui et par Lui, l’humanité est unie, sans perdre la richesse de sa variété.”

Echo du magistère de l’Eglise, Parole et prière souligne : “Loin d’être un personnage enfermé dans son identité, Jésus est aussi une ‘étoile’ pour tous les peuples… Il est roi, prêtre et prophète pour toute l’humanité, sans distinction.”

Hans Urs von Balthasar approfondit : “L’évangile décrit la venue des astrologues païens qui ont vu se lever l’étoile de la rédemption et l’ont suivie. Dieu leur a adressé une parole par un astre inhabituel au milieu de leurs constellations habituelles, et cette parole les a émus et amenés à tendre l’oreille, tandis qu’Israël, habitué à la parole de Dieu, est devenu sourd à de telles paroles de révélation : il ne veut pas se laisser troubler dans le cours habituel de ses dynasties (ainsi souvent l’Eglise, quand, par un saint, un message inattendu la dérange). La question naïve de ces étrangers : ‘Où est ce roi qui vient de naître ?’, posée aux Judéens ou à l’Eglise, crée embarras et même effroi. La conséquence sera chez Hérode un projet meurtrier prudemment voilé.” Avouée ou inavouée, consciente ou non, la crispation sur soi est tendanciellement homicide...  Quant aux mages venant vénérer l’Enfant, “cet événement est symbolique : il annonce l’élection des païens. Souvent Jésus trouvera chez eux plus de foi qu’en Israël. Fréquemment ce sont des convertis (rarement souhaités) qui ouvrent à l’Eglise des voies nouvelles et fécondes...”

Nous savons tout cela – en théorie. Songeons-nous aux applications concrètes, qui peuvent nous "déranger" ?

 

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[*]    “Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrandes. Tous les rois se prosterneront devant lui…”

 

 

Les "rois mages" vus par le Moyen Âge : triptyque de Memling

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Commentaires

DIVIN BUSINESS

> L'Epiphanie ce serait que les catholiques écoutent ce que dit l'Église et en tiennent compte : je viens de voir que Saje Distribution va faire projeter un film sur "Garabandal Dieu seul le sait, enquête sur des apparitions controversées".
Non, Dieu n'est pas le seul à le savoir : l'Église a tranché depuis plus de 40 ans ! Cela n'a donc rien de "controversé " sauf pour qui veut contredire l'Eglise, et prétend mieux savoir qu'elle.
Ces prétendues apparitions avec soi-disant voyants se roulant par terre la bave à la bouche, ont été condamnées par l'Église.
C'est clair, net et précis.
J'aimerais savoir pourquoi on relativise la parole de l'Église quand on se dit engagé pour elle.
Ceux qui soutiennent ces projections, c'est également La Nef, Hozanna et évidemment Etoile Notre-Dame (qui organise des pèlerinages à Medjugorje, Kerizinen, Dozulé...)
Ça va faire beaucoup de mal chez les gens faibles ; Saje a là une logique purement commerciale.
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Écrit par : E Levavasseur / | 05/01/2020

à EL

Si vous voulez : mais c'est vraiment dommage.
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Écrit par : à E Levavasseur/ | 05/01/2020

L'UNIVERSALISME

> L'universalisme chrétien n'a rien à voir avec l'universalisme politique. Il est à un autre niveau qui n'est pas en notre pouvoir humain. Dans l'histoire de l'humanité, les universalistes étaient des conquérants : Alexandre le Grand, Gengis Khan, Napoléon, Hitler (dont l'idéologie était raciste et non nationaliste),Staline, les Américains après 1945. Ils veulent tous la paix bien sûr, mais ils l'imposent tous par la guerre et l'asservissement.
Il ne faut pas oublier que le Christianisme est une religion de libération au contraire. Quand Jésus nait, les romains avait apporté la paix dans un proche-orient en guerre continuelle. Mais ils avaient aussi détruit la liberté. C'est ce que veut dire le recensement auquel est soumis Joseph. Les juifs sont traités comme un cheptel, au point que Marie doit accoucher dans une étable, au milieu des bêtes de somme. La paix universelle n'est pas forcément un bien : au niveau humain c'est un esclavage. C'est en ce sens qu'il faut comprendre "Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix" (Mt 10, 34).

Guadet


[ PP à Guadet – Certains points seraient à débattre ! Par exemple : le racisme 'völkisch' allemand est indissociable du nationalisme au sens pangermaniste ; "le national-socialisme n'est pas un article d'exportation”, disait Hitler lui-même. Rappelez-vous que l'offensive anti-catholique de Bismarck, préface de celle de Hitler, s'était faite au nom du 'Deutsches Reich' : forme monarchique du nationalisme pangermanique, tout à fait étranger à l'universel.
L' "empire" allemand n'était d'ailleurs pas un empire, puisqu'il n'avait aucune dimension universalisante – contrairement à l'empire austro-hongrois.
Il y aurait beaucoup à dire sur les vrais empires, "universels" ou prétendant l'être. Celui de Rome, par exemple : voir le poème de Péguy disant en quoi l'universalité romaine avait servi la propagation du christianisme... L'ouverture universelle de la mission chrétienne utilisa les voies romaines, terrestres et maritimes, et ne put s'épanouir que grâce à la paix romaine.
Cf. l'article de Matthieu Bernard dans le numéro de janvier de la 'Nouvelle revue théologique', www.nrt.be, qui parle de « l'accueil positif que le récit des Actes fait des institutions romaines : on peut ainsi mentionner le magistrat de l'assemblée d'Ephèse, mais surtout le proconsul Gallion à Corinthe... Non seulement le droit romain favorise cet essor de la Parole, mais aussi la 'Pax Romana' permet des voyages sécurisés, ou encore le réseau des routes impériales facilite les trajets de Paul. Toutes ces institutions sont providentiellement mises au service de l'Evangile – et plus tard ce sera l'institution romaine suprême, César, à laquelle Paul fera recours (Actes 25, 11)...»
Dans le 'Saint-Empire' du Moyen Age, l'empereur germanique se veut empereur du monde connu, et ses 'regalia' symbolisent cette fonction : globe terrestre, manteau semé d'étoiles (le cosmos), etc...
Conclusion :
1. Que tout empire soit incompatible avec le christianisme (ou le catholicisme) n'est pas une idée traditionnelle : c'est un axiome moderne des nationalistes catholiques français des XIXe-XXe siècles. Axiome inconnu de la France médiévale ou "renaissante" : les Valois avaient brigué plusieurs fois la couronne du Saint-Empire...
2. Ne confondons pas "universalisme" (terme positif : relisez Bernanos) et "mondialisme" (qui est le nom d'une utopie). L'universalisme aujourd'hui est l'autre nom du bien commun universel. Il prend en compte des problèmes planétaires qui ne peuvent être traités à l'échelon d'un seul pays... Raison pour laquelle nos nationalistes se sont faits climato-négationnistes : nier un fait aide à s'en débarrasser.
Toutes les interventions internationales du Saint-Siège en politique, en économie, en écologie, etc, depuis au moins Paul VI, se font dans la perspective de l'universalisme...
Je m'étonne donc de voir des catholiques, depuis peu de temps, prendre le mot "universalisme" en mauvaise part (usage qu'ils empruntent à un certain courant antichrétien assumé). Ils ne le feraient pas s'ils avaient étudié les textes de Vatican II et les encycliques.]

réponse au commentaire

Écrit par : Guadet / | 05/01/2020

à E. Levavasseur

> Oui beau paradoxe : ceux qui relativisent ainsi le jugement de l'Eglise, sont en même temps ceux qui braillent que le pape François est "relativiste" ou même "parle comme l'Antéchrist" ! (parce qu'il pense miséricorde).
Tout ça pour draguer un sacré public de crânes-de-silex.
Marchands de films ! Marchands de papier !
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Écrit par : Torreben / | 05/01/2020

à Torreben

> "crânes de silex" ! Tiens, vous aussi vous vous souvenez des Frères Jacques ?
"Plus que rigide / crâne de silex
Complètement vide / t'as pas d'complexes...”
C'est vrai que cette vieille chanson s'appelait 'Guignol Polka', ce qui s'applique bien à ce dont vous parlez.
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Écrit par : D. Morineau / | 05/01/2020

POUR DÉFENDRE SAJE

> Je souhaite une bonne fête de l'Epiphanie à tout-le-monde.
Une fête dont nous avons bien besoin: la fête où Dieu se révèle aux païens.
Alors qu'aujourd'hui l'Evangile est étouffé sous le poids des malentendus et du péché des chrétiens.
Que le Seigneur nous donne la grâce que son message soit connu sur toute la Terre et non plus seulement d'une petite minorité d'initiés. Que sa Parole puisse retentir dans des oreilles qui ont vraiment besoin de l'entendre: gilets jaunes, travailleurs précaires, exclus, "déchets humains", jeunes des quartiers, migrants d'Afrique et d'Asie, personnes isolées... Quel dommage que cette Bonne Nouvelle soit tant ignorée y compris dans les murs de l'Eglise. Et que Dieu nous donnent la grâce d'être ses messagers zélés pour que le nombre d'ouvriers soient à la mesure de la moisson.

PS: Je rejoins M. Levavasseur qui dit que la projection sur Garabandal est très malvenue. Néanmoins, je regrette que sur ce fil, des raccourcis socio-spirituels permettent de qualifier autrui d'anti-François quand ce ne sont pas des nom d'oiseaux. Rien de bien missionnaire là-dedans. Je connais un peu le personnel de Saje et ce ne sont pas des anti-François. Il y a des erreurs de casting dans les meilleures maisons d'édition et de production.
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Écrit par : Cyril B / | 05/01/2020

@ PP

> Je voudrais répondre sur deux points.
D'abord le nationalisme allemand de Bismarck est un faux nationalisme : il s'agit au contraire d'un impérialisme qui vise à imposer un modèle unique à plusieurs groupes homogènes susceptibles de développer chacun un nationalisme différent et hostile à un empire prussien. Demandez aux Alsaciens, qui ont été envahis, comme les Bavarois, et qui ont été traités comme une colonie. Les nationalismes étaient bavarois ou alsacien et non allemand. Hitler étendait cet empire à tous les pays de langue germanique et il se serait bien associé aux pays anglo-saxons, qui étaient ses modèles, pour que la race aryenne domine le monde, en s'appuyant sur l'expérience de l'empire britannique et de l'apartheid américain.
Pour l'Empire romain, je pense que les commodités qu'il permettait sont loin d'être le facteur le plus important dans la diffusion de l'Évangile. Il ne faut pas oublier qu'il a commencé la répression dès l'époque de Paul, et que même sa conversion a été une mauvaise chose puisqu'elle a entraîné une confusion du politique et du religieux qui a freiné la diffusion hors de ses frontières. Le Christianisme a été dès lors conçu comme la religion de l'Empire romain et rejetée de ce fait dans les pays concurrents (en particulier la Perse puis plus tard l'Arabie). En revanche on pourrait penser que la suppression des libertés politiques par Rome a poussé les habitants de l'Empire à trouver une forme de liberté plus élevée dans le Salut apporté par Jésus.
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Écrit par : Guadet / | 05/01/2020

MAL À L'AISE

> https://twitter.com/millerofficiel/status/1213507656972980224
Les protestants ne célèbrent pas l'Épiphanie, me semble-t-il : l'occasion d'évoquer cette scène qui, selon Gérard Miller, laisserait le Christ "mal à l'aise". Il n'a sans doute pas tout à fait tort, surtout après ce que le Grand Blond Gominé a fait faire en Irak il y a quelques heures.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 06/01/2020

à Guadet

> Parce que le "vrai" nationalisme (français bien sûr, merci Maurras) ne s'est pas imposé à des peuples divers en refoulant leur identité ????
"Défense de cracher par terre et de parler breton" !!!!
Affiche que l'Instruction publique française plaçait dans les écoles.
C'était contemporain de Bismarck.
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Écrit par : Torreben / | 07/01/2020

LES AFFICHES ANTI-LANGUE

> Le ministère de l'instruction publique avait pour but de donner une langue "officielle" commune à tous les peuples français. La façon de faire reflétait les méthodes éducatives de l'époque et nombre d'instituteurs de l'époque ont compris que la langue du pays était une sous-langue.
Chez moi, il y avait aussi des affiches dans les écoles pour enjoindre de ne pas cracher par terre et de ne pas parler picard. En Provence, les affiches disaient qu'il était interdit de cracher par terre et de parler provençal. En Auvergne, les élèves ne devaient pas parler auvergnat. Etc., etc.
Il m'est revenu aux oreilles que le dialecte choisi pour être le français, la langue officielle, était celui le plus facilement compris par chacun des autres dialectes (à l'exception du breton et du basque, qui n'ont pas les mêmes racines linguistiques). Et que ce choix avait été fait lors de la Révolution.
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Écrit par : Bernadette / | 07/01/2020

@ Torreben

> Il n'y a pas de nationalisme pur et parfait bien sûr, et le nationalisme n'est pas une panacée. Mais un discours ne prend son sens que par rapport à l'époque. Celui contre le nationalisme était bienvenu dans l'Europe occidentale des années 1930s. Mais aujourd'hui où prévaut la mondialisation néolibérale, il revient à soutenir la dictature internationale du marché en reprenant un argument important de sa propagande.
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Écrit par : Guadet / | 08/01/2020

"UNE INTERNATIONALE"

> à Guadet – Ce que vous appelez "nationalisme", c'est quoi ? Orban narguant Bruxelles mais parce qu'il veut faire du néolibéralisme tout seul avec Poutine et Trump et en détruisant le droit du travail hongrois ?
Ou c'est Boris le super-patriote à la botte de Washington ?
Le national-libéralisme c'est Orban l'anti-social, Salvini l'homme des patrons, Johnson malgré son baratin. Piège du système. Illusion d'optique.
A menace internationale riposte internationale ! Contre le bulldozer libéral, il faut une Internationale anti-libérale capable de combattre autanrt les multinationales que les politiciens nationaux-démagogues.
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Écrit par : Torreben / | 08/01/2020

Sur les Mages

> Il devait aussi y avoir une tradition les faisant venir de Perse, car la façade de la basilique de Bethléem portait, paraît-il, une représentation des Mages en costumes persans, ce qui lui valut d'être épargnée par l'invasion de Chosroès qui fit raser toutes les autres églises de Terre Sainte.


@ Bernadette

> Sans qu'il y ait eu pendant longtemps de langue officielle, le latin joua un grand rôle jusqu'au XVIe s. C'est François Ier qui imposa le français dans les registre paroissiaux, au lieu du latin. Ce fut appliqué ensuite, en traînant les pieds, dans les province conquises telle la Franche-Comté.
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Écrit par : PF. Huet / | 08/01/2020

LES MAGES / LES LANGUES

@ Pierre Huet

> Il est assez évident de voir une origine perse à ces mages : le mot "mages", avant de désigner toute sorte de personnages dotés de pouvoirs étranges, désigne les prêtres du zoroastrisme. Le mot vient du perse, tout comme le mot "paradis" d'ailleurs. Les liens de la Bible avec le monde zoroastrien sont connus depuis longtemps. On trouve, çà et là, des traductions des Gathas (des hymnes) : la partie fondatrice, la plus ancienne et la mieux transmise de l'Avesta, le livre liturgique du zoroatrisme. Il vrai qu'il y a un petit air de ressemblance avec la Bible (les prophètes notamment, Isaïe...).
Quelque part (malheureusement je ne sais plus où), j'avais lu que la tradition juive affirme que, au départ, le Pentateuque était organisé en dix-sept ensembles de textes, rassemblés plus tard en cinq livres. Du côté des Gathas, il y a dix-sept chants, rassemblés en cinq hymnes... ce n'est peut-être pas un simple coïncidence... On parle souvent de la rencontre du judaïsme et du christianisme avec la culture grecque, il aurait peut-être aussi quelque chose à creuser avec leur rencontre avec la Perse.

@ Pierre Huet et Bernadette

> Le latin était la langue officielle de l'Europe occidentale, suite à la romanisation. Puis au cours de Moyen Âge central, dans un monde peu centralisé, les langues vernaculaires ont commencé à servir de langue écrite, y compris administratives. La langue d'oc a longtemps servi dans l'administration dans les terres du Midi avant que le français ne le remplace. Jusqu'au XVe siècle, même la chancellerie royale à Paris recevait des rapports et autres documents venus du Midi en langue d'oc. Qui veut travailler sur la Gascogne médiévale doit se mettre au gascon (les documents se rapportant au vin et à son commerce, par exemple, sont dans cette langue à l'époque des Plantagenêt). Qui veut travailler sur l'économie niçoise du Moyen Âge central va devoir faire du provençal.
Il y a même une langue romane, qui n'a jamais eu le rayonnement des langues d'oc ou d'oïl, et qui a pourtant servi de langue administrative. A Lyon, dans le Forez (Saint-Etienne), à Grenoble et dans l'actuelle Suisse Romande, on n'est pas non plus passé directement du latin au français, on y utilisait dans l'administration, notamment au XIIIe siècle, le franco-provençal (qui, comme ce nom trompeur ne l'indique pas, n'est pas un mélange de français et de provençal, mais une langue romane distincte à la fois des langues d'oc du Sud et des langue d’oïl du Nord). Des documents lyonnais comptables de cette époque sont écrits dans cette langue, de même que des actes notariés le sont aussi côté Suisse romande. Quant à l'évêque de Grenoble, au XIIIe siècle, il fit même traduire le code de Justinien (code de droit romain très en vogue à l'époque) en franco-provençal, et non en français, parce que même les élites de cette ville parlaient encore peu le français à cette époque.
Quant à François Ier, contrairement à la bêtise souvent entendue, y compris dans la bouche d'officiels, il n'a jamais voulu imposer le français comme langue unique dans la vie de ses sujets, il a simplement voulu l'imposer comme langue unique dans l'administration et autres actes officiels, ce qui fait une grande différence. D'ailleurs, son édit de Villers-Cotterêts était une réforme de l'administration et de la justice et pas autre chose. La multiplicité des langues employées (latin et langues vernaculaires multiples) posait des problèmes de traductions (y compris des contentieux), mais il n'était nullement question d'effacer le breton, le basque, le picard, le provençal... de la vie quotidienne. D'ailleurs, son application fut mitigée, longtemps des curés ont continué de tenir les registres paroissiaux en latin.
Un dernier exemple montre que cette histoire de langues est plus compliquée qu'il n'y paraît : au Val d'Aoste (en Italie, mais où l'italien n'était presque pas parlé avant la fin du XIXe siècle et qui était, avant cela, dans un bilinguisme français et franco-provençal), les notaires se sont mis à tenir leurs actes en français au début du XVIe siècle... avant les notaires parisiens encore fidèles au latin, alors même qu'ils n'étaient pas en France !
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Écrit par : Aurélien Million / | 09/01/2020

@ Aurélien Million

> J'incline assez en direction de vos conclusions sur la terminologie "mages": in fine, au-delà de l'origine et de la symbolique, retenons moins "puissants", que "capables", et "habilités" plutôt qu'"initiés" afin de raccourcir sans effet lapidaire ni trop de déperdition.
Pour ce qui est du latin, je reste sur une ligne devenant un peu fil-de-fériste : non, ce n'était pas l'ancien globish, même en bas-latin voire en latin décadent très, comment dire ? abâtardi, les nuances étaient plus conséquentes qu'en globish à 300 mots de vocabulaire.
C'est la dialectique d'un précédent message de Patrice sur ce blogue, pour résumer donc appauvrir, trouvez ici mon autorisation de m'envoyer des couteaux dans le dos : l'universalisme peut passer par le latin (le grec, surtout l'araméen, etc...), plus difficilement (ou alors au travers du chas d'une aiguille bien notoire) par le globish, lequel globish est Babel, le nuancier des langues, dialectes, parlers, patois, etc... traduit autant de richesses humaines, accordez-moi patrimoine humain sans guillemets, et participe à l'écologie humaine.
Profitant du message de façon éhontée sans doute, une question directe à Patrice, si cela ne vous oblige pas outre-mesure, en présumant que vous risquez d'être davantage au fait que nous, vulgum pecus:
Comment se fait-il que le report quotidien de Vatican News traduise si mal l'action de notre Souverain Pontife, il faut aller chercher (et disposer du temps pour le faire) loin sur les sites proposés par la Toile ou sur ceux des radios pour ne serait-ce (c'est une base d'actualité récente) que les voeux au corps diplomatiques, exemple entre mille ?

Aventin


[ PP à Aventin – Sur le site 'Vatican.va', allez directement à "discours", "homélies", "audiences", messages" etc : vous avez là les textes intégraux, et un peu plus rapidement aujourd'hui qu'il y a quatre ou cinq ans. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aventin / | 10/01/2020

@ Aventin

> Si je comprends bien, vous pensez que je prends le latin pour le globish de la fin de l'Antiquité et du début du Moyen Âge en Occident : mais je n'ai pas dit cela, simplement qu'il était la langue juridique, administrative et liturgique... Du reste les chercheurs ont fait justice au "bas-latin", qu'ils appellent plutôt "latin tardif" désormais, en montrant que ce n'est pas du latin décadent mais une langue en transformation. Quant au fait que chaque langue participe à la richesse humaine, j'y souscrit tout à fait.
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Écrit par : Aurélien Million / | 10/01/2020

@ Torrebenn

> Maurras parlait et écrivait provençal.
Les affiches en question étaient apposées par la Troisième République; il n'y a donc pas de rapport avec Maurras qui la détestait.
Maurras était proche du félibrige qui promouvait le provençal.
Les attaques contre les langues régionales datent de la Révolution française avec des paroles méprisantes sur ces, je cite, "langages d'animaux", "symboles d'arriération".
Le nationalisme en France est également une invention de la Révolution française, il va de pair avec le Jacobinisme.
L'abbé Grégoire avait rédigé un rapport sur "les moyens d'anéantir les dialectes" ; on considérait que l'existence de langues régionales allait contre le principe d'unicité de la République.
Le combat contre les langues régionales et contre la foi chrétienne sont d'ailleurs liés : "les dialectes sont le langage de la superstition".
On peut pas en même temps chérir nos belles langues régionales, la Révolution française et la 3e république.
Je ne connais pas bien les idées de Maurras, ce n'est pas mon biotope culturel familial.
J'ai souvent l'impression que les idées de Maurras c'est le nationalisme sans le jacobinisme ?
Le problème étant surtout que comme Maurras est agnostique, il ne peut pas comprendre la substantifique moelle de la monarchie française (je ne parle pas de ce qu'elle est devenue à partir de la fin du XVIIe).
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Écrit par : E Levavasseur / | 11/01/2020

LATIN

> Pour parler du latin, il est longtemps resté la langue universelle pour les sciences, pas seulement pour la religion catholique. Il suffit de voir les noms latins des plantes et animaux.
Au Moyen-Age, les grandes universités européennes enseignaient en latin, ce qui fait que les étudiants et les maîtres se déplaçaient assez facilement de l'une à l'autre.
Et le Moyen-Age fini, sur les passeports de ceux qui voyageaient d'un pays à un autre, les noms et prénoms étaient écrits en latin. Quand ils obtenaient leur naturalisation quelque part, ils étaient enregistrés avec leurs nom et prénom en langue vernaculaire.
J'ai un ancêtre dans ce cas à l'époque napoléonienne. De Ludwig, il est devenu Aloysius sur son passeport avant de devenir Louis en France lors de sa naturalisation.
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Écrit par : Bernadette / | 12/01/2020

EMPIRES

> Il y a, je pense, une différence entre les empires de l'antiquité et le mondialisme actuel, ou simplement l'empire atlantique.
Les empires perse, hellénistique puis, dans une moindre mesure l'empire romain, et même plus tard celui des Califes de Damas puis Bagdad qui héritait de la Perse,et finalement les empires coloniaux, avaient en effet le mérite de mettre en contact des civilisations différentes. Mais aujourd'hui? Textes et images circulent. Un empire se trouve réduit à un espace de domination politique et financier. Aucun intérêt donc. Sauf pour le dominateur!

@ Aurelien Million

> Merci à Aurelien Million en particulier pour son rappel sur le franco-provençal dont le Revermont jurassien, origine de ma mère, parlait un dialecte que je comprenais !
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Écrit par : PF. Huet / | 14/01/2020

@ Pierre Huet

> Concernant le franco-provençal ("francoprovençal" selon l'usage universitaire actuel), saviez-vous qu'on considère que les premiers textes littéraires connus, dans cette langue, sont d'une moniale, Marguerite d'Oingt, une religieuse chartreuse du Beaujolais du XIIIe siècle ? Elle a écrit, pour les sœurs de son couvent, une hagiographie, "Li via seiti Biatrix, virgina de Ornaciu", en français "la vie de sainte Béatrice, vierge d'Ornacieux", et un livre de mystique le "Speculum" ("le miroir", le titre est en latin, mais le contenu du texte est bien en franco-provençal).
On trouve ce dernier texte et sa traduction à ce lien si cela vous intéresse http://jean-paul.desgoutte.pagesperso-orange.fr/livres/speculum/speculum.htm
Il y a même un enseignement de Benoît XVI à son sujet http://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20101103.html
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Écrit par : Aurélien Million / | 14/01/2020

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