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24/11/2019

"Le Christ Roi de l'univers" : que dit 'Laudato Si' ?

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Cette fête de clôture du cycle liturgique incite à rouvrir l'encyclique sociale du pape François. Pour mettre à nouveau en lumière une dimension christologique essentielle, trop rarement évoquée en ce dimanche paroissial à propos de la royauté du Christ :


<<  LAUDATO SI'  –  VII.  LE REGARD DE JÉSUS

Jésus reprend la foi biblique au Dieu créateur et met en relief un fait fondamental : Dieu est Père (cf. Mt 11, 25). Dans les dialogues avec ses disciples, Jésus les invitait à reconnaître la relation paternelle que Dieu a avec toutes ses créatures, et leur rappelait, avec une émouvante tendresse, comment chacune d’elles est importante aux yeux de celui-ci : « Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu » (Lc 12, 6). « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit» (Mt 6, 26).

Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction. Quand il parcourait chaque coin de sa terre, il s’arrêtait pour contempler la beauté semée par son Père, et il invitait ses disciples à reconnaître dans les choses un message divin : « Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4, 35). « Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre » (Mt 13, 31-32).

Jésus vivait en pleine harmonie avec la création, et les autres s’en émerveillaient : « Quel est donc celui-ci pour que même la mer et les vents lui obéissent ? » (Mt 8, 27). Il n’apparaissait pas comme un ascète séparé du monde ou un ennemi des choses agréables de la vie. Il disait, se référant à lui-même : « Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : voilà un glouton et un ivrogne » (Mt 11, 19). Il était loin des philosophies qui dépréciaient le corps, la matière et les choses de ce monde. Cependant, ces dualismes malsains en sont arrivés à avoir une influence importante chez certains penseurs chrétiens au long de l’histoire, et ont défiguré l’Évangile. Jésus travaillait de ses mains, au contact direct quotidien avec la matière créée par Dieu pour lui donner forme avec son habileté d’artisan. Il est frappant que la plus grande partie de sa vie ait été consacrée à cette tâche, dans une existence simple qui ne suscitait aucune admiration. « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?» (Mc 6, 3). Il a sanctifié de cette manière le travail et lui a conféré une valeur particulière pour notre maturation. Saint Jean-Paul II enseignait qu’« en supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l’homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la Rédemption ».[79]

Pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16) [80]. Le Prologue de l’Évangile de Jean (1, 1-18) montre l’activité créatrice du Christ comme Parole divine (Logos). Mais ce prologue surprend en affirmant que cette Parole « s’est faite chair » (Jn 1, 14). Une Personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix. Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’Incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle, sans pour autant en affecter l’autonomie.

Le Nouveau Testament ne nous parle pas seulement de Jésus terrestre et de sa relation si concrète et aimable avec le monde. Il le montre aussi comme ressuscité et glorieux, présent dans toute la création par sa Seigneurie universelle : « Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 19-20) [81]. Cela nous projette à la fin des temps, quand le Fils remettra toutes choses au Père et que « Dieu sera tout en tous » (1Co 15, 28). De cette manière, les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse...  >>

__________

[79]  Lett. enc. Laborem exercens (14 sep. 1981), n. 27 : AAS 73 (1981), 645.

[80]  Pour cette raison saint Justin a pu parler de « semences du Verbe » dans le monde : cf. II Apologia 8, 1-2 ; 13, 3-6 : PG 6, 457-458 ; 467.

[81]   LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX COLOSSIENS  1,12-20

       Frères,
      rendez grâce à Dieu le Père
       qui vous a rendus capables
       d'avoir part à l'héritage des saints
       dans la lumière.
       Nous arrachant au pouvoir des ténèbres,
        il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé,
     en lui nous avons la rédemption,
       le pardon des péchés.
      Il est l'image du Dieu invisible,
       le premier-né, avant toute créature,
     en lui, tout fut créé
       dans le ciel et sur la terre.
       Les êtres visibles et invisibles,
       Puissances, Principautés,
       Souverainetés, Dominations,
       tout est créé par lui et pour lui.
      Il est avant toute chose,
      et tout subsiste en lui.
         Il est aussi la tête du corps, la tête de l'Église :
       c’est lui le commencement,
        le premier-né d'entre les morts,
       afin qu’il ait en tout la primauté.
        Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude
       et que tout, par le Christ,
      lui soit enfin réconcilié,
        faisant la paix par le sang de sa Croix,
       la paix pour tous les êtres
            sur la terre et dans le ciel. >>

 

 

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Commentaires

LE SENS DES NUANCES

> La pensée si forte du pape devrait irriguer tous les catholiques français, prêtres et laïcs.
Mais en ce moment beaucoup semblent marqués par une sorte de complexe d'assiégés...
On voit pourquoi, mais ils devraient s'interroger.
Et de toute façon, c'est une erreur de perspective : s'enfermer dans ce genre d'état d'âme conduit à de graves erreurs de perspective, préjudiciables surtout quand on a des responsabilités envers les uns ou les autres.
Par exemple : certains, cette semaine, semblent confondre "royauté du Christ" et surmoi freudien. Ils écrivent ainsi des choses à la limite du contresens, qui en disent plus long sur eux que sur la foi.
Dans un périodique, pour le dimanche du "Christ Roi de l'univers", on lit ceci (compensé par rien d'autre dans la brève suite du texte) :
"Un Dieu bon, compatissant, miséricordieux, nous en voulons bien. Mais un Dieu qui juge, qui commande, qui dirige notre vie et les destinées du monde, voilà qui plaît beaucoup moins, pour ne pas dire que cela déplaît. Nos mentalités peinent à l'accepter".
Cette façon de voir est spirituellement et théologiquement déséquilibrée. Elle introduit une sorte d'opposition subreptice et peut-être inconsciente (mais qui n'a pas lieu d'être) entre miséricorde et royauté divine. Et, prétendant parler au nom des sensibilités d'aujourd'hui, elle manifeste un regrettable manque d'empathie et de simple... sens des nuances !
L'auteur semble dévaloriser (involontairement ?) la foi en la miséricorde divine : peut-être parce que l'expression malencontreuse de son propre manque de miséricorde lui a valu naguère des désagréments ? Ou parce que l'accent est puissamment mis sur la miséricorde par François, le pape "qui choque les conservateurs" ?
L'auteur paraît aussi imaginer la royauté du Christ comme une sorte de coercition punitive...
Cela ne correspond pas à la théologie de l'Eglise, ni à sa pastorale.
Mais pas non plus aux raisons du rejet du christianisme par nos contemporains... Leur indifférence ou leur allergie vient d'autres causes, dont l'auteur et son milieu n'ont visiblement pas idée.
En revanche, écrire ce qu'il écrit (fausser l'idée que l'on a de Dieu) pourrait aggraver la christianophobie d'un contemporain, si ce dernier venait à le lire... Lourde responsabilité.
______

Écrit par : PP / | 24/11/2019

MOISI

> https://radionotredame.net/emissions/legrandtemoin/25-11-2019/
Ce matin sur des ondes connues : grande leçon de propagande anti-Laudato Si par le polytechnicien et ancien ministre Bruno Durieux venu promouvoir son ouvrage dont le titre est déjà tout un programme : "Contre l'écologisme".
L'homme se dit très déçu et attristé par l'encyclique, qu'il affirme avoir été écrite en réalité par Nicolas Hulot (?) et qui encouragerait les gens à ne plus faire d'enfants (??). Il considère que Laudato Si, comme "l'écologisme" de manière générale, tourne le dos à l'humanisme. Florilège en cinquante minutes d'entretien : il rappelle le mythe du réchauffement de l'an mil, relativise la nocivité des pesticides, nie les dégâts causés aux populations d'abeilles, condamne la "dictature" de l'évaluation de l'impact carbone, etc.
Qu'en dire, sinon que la mouvance Allègre a gardé de beaux relais ? Il y a des jours où on aimerait être le premier avril...

PV


[ PP à PV – Ah bon ? Ça a dû beaucoup plaire à un auditoire de bergogliophobes moisis, adeptes du "combat culturel' façon Zemmour. Mais si le diocèse de Paris ne voit pas d'inconvénient à laisser opérer ce genre d'intox quasiment sous sa bannière... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe de Visieux / | 25/11/2019

à Patrice :

> Compte tenu de la position prééminente de la radio concernée qui n'est pas écoutée que par les Parisiens mais par beaucoup de catholiques dans la France entière, peut-être est-ce le prochain nonce qui devrait être informé de ce problème. Mme Sauvaget a récemment rapporté des indiscréditions romaines selon lesquelles c'est le cardinal français Mamberti qui serait pressenti avenue du Président-Wilson. Si c'était le cas, je ne doute pas un instant qu'un membre du collège cardinalice goûterait très peu une telle liberté éditoriale sur la radio-phare du catholicisme français.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 26/11/2019

LOURDES

> Plus encourageant, l'assemblée des évêques à Lourdes: https://rcf.fr/la-matinale/mgr-antoine-herouard-eveque-auxiliaire-de-lille-0
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Écrit par : Raphaël R. / | 26/11/2019

BISHOPS

> https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2019-11/l-episcopat-americain-soutient-le-pape-francois-sur-le-nucleaire.html
"Les évêques américains font bloc derrière le pape François sur le désarmement nucléaire." S'il ne s'agit pas d'un voeu pieux mais d'une réalité, cela serait suffisamment remarquable pour ne pas être mentionné : rendons grâce pour ce soutien au successeur de Pierre !
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 27/11/2019

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