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14/09/2019

Voici un livre à étudier dans les paroisses !

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Comme en 2012-2013, l'action de l'Eglise catholique ne se confond pas avec l'agitation : c'est ce que souligne Mgr de Moulins-Beaufort, dans un entretien, à propos de la bioéthique. On en trouvera l'explication théologique et pastorale dans le recueil d'articles qu'il publie chez CLD (livre qui renouvelle les perspectives, et que les paroisses vont pouvoir travailler en groupes d'études) :


La Vie (6/09)  interroge le président de la Conférence épiscopale :

<<  Un collectif d’associations, dont la Manif pour tous, appelle à manifester le 6 octobre contre la loi. De nombreuses paroisses s’étaient impliquées en 2012-2013 dans la mobilisation contre le mariage pour tous, et cela a laissé des traces. Regrettez-vous la façon dont les choses se sont passées ?

Mgr de Moulins-Beaufort – Dans l’ensemble, ces manifestations ont été de belles manifestations, moins "contre" quelque chose que "pour" dire un engagement : celui d’hommes et de femmes de faire vivre leur famille dans un certain respect, avec leurs limites et leurs faiblesses. Un certain nombre de paroisses – et d’évêques – les ont encouragées, et un certain nombre de fidèles se sont sentis mal à l’aise, réduits au silence. Personnellement, je pense que la structure paroissiale n’a pas à fournir des troupes pour une manifestation. Manifester, c’est un acte politique, pas une procession ! Que des paroissiens convaincus distribuent des tracts après des messes pour essayer de conscientiser leurs voisins, cela fait partie de la vie citoyenne, mais que l’on se serve de l’homélie ou des annonces paroissiales pour cela ne me semble pas juste. On met en porte à faux des fidèles qui essayent de vivre du Christ, mais qui pour différentes raisons ne comprennent pas la prévention des autres sur tel ou tel sujet, ce qui ne remet pas en cause leur foi dans le Christ. Comme l’avait dit le cardinal Vingt-Trois à l’époque : il faut "se manifester", à chacun de discerner les moyens. Écrire à ses représentants, députés ou sénateurs, peut être aussi efficace que de marcher dans la rue... >>

 

Mon commentaire :

En 2012-2013, le cardinal Vingt-Trois avait appelé les catholiques à "se manifester" face au projet de déstructuration légale du mariage ; "se" manifester ne veut pas nécessairement dire "manifester"'. Traverser Paris en foule avec chars et slogans peut doper le moral – un certain temps – mais ne garantit aucun résultat politique ; on n'allait pas tarder à s'en apercevoir, d'autant que ces manifestations avaient été provoquées par un gouvernement qui aurait aimé pouvoir proclamer la République en danger, face à des violences de rue qui n'ont pas eu lieu mais sur lesquelles il comptait.. (dixit le mélenchonniste Eric Coquerel, comparant aux calculs de M. Hollande en 2013 les équivoques macroniennes sur la GPA).

Si les MPT ont dégénéré, ce ne fut pas de la façon qu'escomptait M. Hollande. Elles se sont fourvoyées dans la politisation myope. Le "réveil catholique" fantasmé par M. Raison du Cleuziou  n'a accouché que de la souris Sens commun avec sa fillonnerie de 2017 : le seul résultat fut d'amalgamer "catholiques" et "libéralisme économique"... malgré la doctrine sociale de l'Eglise, notamment Evangelii gaudium et Laudato Si' !

Contre-productif sur le plan politique et sociétal, le somnambulisme post-2013 le fut aussi sur le plan de la pensée et de l'évangélisation catholiques. Ce ne fut pas un exemple d'école de témoignage, mais d'école de "rigidité", selon la formule générale employée par le pape dans l'avion le 10 septembre. Croire qu'il faille clamer nos "certitudes" face à 80 % de concitoyens qui ne sauraient les partager, aboutit seulement à nous bunkériser ; c'est le contraire du témoignage évangélique défini par la première lettre de saint Pierre  : être toujours prêts à expliquer notre espérance à qui nous en demanderait la raison. Encore faut-il que nous ayons l'air de vivre une espérance, et non une peur coléreuse.

Pour pouvoir témoigner de l'espérance dans le Christ, nous devons être avec nos contemporains, et non contre eux. Jeter des passerelles, et non construire des murs.

D'où le grand intérêt qu'auraient les paroisses à organiser des cycles d'étude du livre de Mgr de Moulins-Beaufort, L'Eglise face à ses défis. Cet ouvrage renouvelle les débats et met les idées en mouvement. Recueil de trois articles et d'une conférence, il contient donc quatre chapitres : 1. Que nous est-il arrivé ? De la sidération à l'action devant les abus sexuels dans l'Eglise ; 2.  Face aux défis du temps, quelles ressources pour l'Eglise en France ? ; 3. Les enjeux théologiques et pastoraux du mariage et de la famille aujourd'hui ; 4.  Pourquoi devenir prêtre aujourd'hui.  Ce sont quatre appels à regarder les réalités en face. Laissons provisoirement de côté le chapitre 1 (article de janvier 2018 dans La Nouvelle Revue théologique déjà signalé par notre blog [*]), et le chapitre  4 (conférence de mars 2014), pour nous centrer sur les chapitres 2 et 3.

CHAPITRE 2 : il part de l'étude de Guillaume Cuchet Comment notre monde a cessé d'être chrétien (Seuil 2018) et analyse les causes de cette "dissolution" en termes de défis à relever. L'Eglise a subi le mouvement de l'époque, l'érosion de toutes les coutumes sociales par la modification de l'ambiance générale : d'où l'exigence (neuve et difficile) de fortes motivations individuelles dans tous les domaines, notamment pour devenir ou rester croyant... alors même que le besoin de salut s'efface des consciences dans un monde technoïde-consumériste ! Mais la dissolution a été facilitée aussi par des faux pas dans l'Eglise : la réception parasitée de Vatican II, les illusions déçues de "l'élan missionnaire" des années Jean-Paul II, sans oublier aujourd'hui le désastre des abus sexuels... Face à ce tableau de crise, constate Mgr de Moulins-Beaufort, deux attitudes s'offrent aux catholiques :  l'illusion ou le réalisme.

L'illusion réside dans la théorie de la "restauration" : selon certains, une prédication "plus orthodoxe", une liturgie "plus conforme aux règles" suffiraient à ramener les gens au catholicisme... Cette vision – souligne le président de la CEF – n'est pas un témoignage capable de toucher autrui, parce qu'elle néglige le changement profond des psychologies dans la société d'aujourd'hui. Des rappels-aux-normes ne peuvent rejoindre les coeurs et les esprits qui, désormais, craignent toutes les normes ! 

L'attitude réaliste, en revanche, tient compte du "mouvement tectonique qui écarte de plus en plus l'Eglise et le monde". La "piste sérieuse" qui s'ouvre alors aux chrétiens (ici Mgr de Moulins-Beaufort cite le jésuite Christoph Theobald) devient "le service de la vie d'autrui", l'hospitalité humble, la "mise à la disposition de tous – sans esprit de récupération – des richesses du Christ". Raison pour laquelle, dit l'archevêque, il faut sortir du cléricalisme : "c'est-à-dire, à mon sens, de toute prétention d'encadrement de la société ou de contrôle des esprits par les clercs, quels qu'ils soient". Cela sans perdre de vue (ajoute-t-il) la permanence de l'obstacle de "la dureté du coeur humain" : "ce que nous appelons le péché", même s'il est occulté par une société enfermée dans une promesse d'abondance "sans aucune dépendance de l'homme à l'égard de qui que ce soit – sinon, bien sûr, mais cela n'est pas dit ni même aperçu souvent, à l'égard des puissances économiques et techniques qui tirent profit de leurs promesses".

Alors sur quoi l'Eglise de France peut-elle s'appuyer ? Principalement sur les ressources spirituelles, souvent négligées à la fin du XXe siècle – et cela explique en partie le dessèchement... Mais aussi sur une vision lucide du milieu catholique subsistant : qu'il cesse de se considérer comme une "minorité à protéger", et qu'il se replace dans le grand courant du réel : y compris en ce qui concerne l'islam qui lui fait si peur, le catholique français doit être "partenaire de la construction de la France".  Par ailleurs [et puisque le si médiatique 'Réveil-des-Cathos-Français-depuis-2013' s'est traduit par des séminaires plus vides que jamais - NDPP],"pour quelques décennies à tout le moins, ajoute Mgr de Moulins-Beaufort, il nous faut apprendre à faire vivre l'Eglise du Christ avec peu de prêtres". Et le rôle du sacerdoce sera "d'aider chacun à accéder à la liberté spirituelle" : "Nous avons à aider les fidèles à devenir capables d'écouter la Parole de Dieu et donc de la reconnaître au milieu de l'agitation et du fracas du monde et d'y répondre par la louange de Dieu dans leurs paroles et dans leurs actes..."

La voie catholique dans la France des années 2020 sera bien autre chose qu'une crispation sur la "défense des valeurs"... On le verra concrètement dans la prochaine note.

 

Demain : le chapitre 3

 

__________

[*] https://www.nrt.be/docs/articles/2018/140-1/2264-Que+nous+est-il+arriv%c3%a9%c2%a0?+De+la+sid%c3%a9ration+%c3%a0+l%27action+devant+les+abus+sexuels+dans+l%27%c3%89glise.pdf

 

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19:38 Publié dans Eglises | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : catholiques

Commentaires

LES PRÊTRES AFRICAINS

> https://mission-universelle.catholique.fr/echanger/pretres-etrangers-en-france/299802-diocese-de-nancy-accueil-pretres-fidei-donum/

Concernant le manque de prêtres, certains diocèses font désormais appel à des prêtres fidei donum, comme c'est le cas tout récemment à Nancy-Toul. Cette arrivée d'Africains pour l'essentiel dans les paroisses lorraines ne sera pas qu'un providentiel appel d'air au plan de l'évangélisation (ce qui en soi est exceptionnel) : elle permettra aussi un regard nouveau sur la mission, peut-être de manière inattendue, probablement rafraîchissante, en nous offrant une nouvelle perspective culturelle.
Les prêtres africains, nombreux, que j'ai pu rencontrer à Taïwan étaient ainsi d'une spontanéité rarement perceptible en France : une chaleur humaine, avec parfois de francs éclats de rire, à mille lieues de l'intellectualisme parfois froid et distant de certains de nos prêtres européens. Il ne s'agit pas bien évidemment d'opposer les uns et les autres, mais de rappeler que l'Eglise est symphonique, que la palette de charismes de ses ministres est tout à fait bénéfique pour les fidèles en ce qu'elle nous permet d'échapper à une vision monocorde du peuple de Dieu : les prêtres fidei donum nous aideront, je l'espère, à échapper à l'entre-soi.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 16/09/2019

NOMBREUX

> Bien d'accord avec Ph de Visieux sur les prêtres africains. Ils sont nombreux dans les diocèses que je connais: Pontoise, Saint-Claude.
Mais une perplexité: nous aspirons prêtres et aussi médecins et autres soignants de ces pays. Est-un bien pour leurs patries ?
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Écrit par : Pierre Huet / | 16/09/2019

à Philippe de Visieux

> C'est le cas de la plupart des diocèses même !
Dans mon diocèse (Evry), les prêtres africains représentent 50% du presbyterium (certains Fidei Domum, d'autres religieux ou étudiants, certains même incardinés dans le diocèse).
Dans le fin fond de l'Aveyron (diocèse de Rodez), un prêtre indien !
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Écrit par : Michel de Guibert / | 16/09/2019

À Pierre Huet et Michel de Guibert :

>vC'est assez étonnamment au cours de mes dix ans passés à Taïwan qu'il m'a été donné de vivre l'universalité de l'Église. En effet, l'immense majorité des prêtres qui y évangélisent sont originaires de l'étranger et appartiennent à la quasi-totalité des grandes congrégations missionnaires. Il m'arrivait souvent de changer de paroisse afin d'écouter chaque semaine une approche homilétique différente : un dimanche dans une église tenue par des franciscains italiens, le suivant chez un jésuite espagnol, puis chez un verbiste togolais, puis chez un scheutiste indien, avant de retrouver une communauté de religieux philippins, un prêtre MEP français, etc.
L'Église de Taïwan est restée une Église de prêtres missionnaires, contrairement à l'Église coréenne qui compte très peu d'étrangers dans son presbytérat. J'ai trouvé cet apport tout à fait enrichissant au plan culturel comme au plan humain : souhaitons que nos diocèses en fassent eux aussi l'expérience.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 17/09/2019

MEDJUGORJE

> Un petit article (le 2.) très intéressant, sur ce que sera l'Eglise de demain (en rappelant une "prophétie" de Joseph Ratzinger) :
http://www.enfantsdemedjugorje.fr/les-nouvelles-de-medjugorje-septembre-2019-par-soeur-emmanuel-maillard/

ps : je ne suis pas un "fan" de Medjugorje, même si je me suis converti en lisant un bouquin parlant (entre autres ) de ces évènements. Ceci dit, je doute de plus en plus du fait que ce serait uniquement de l'escroquerie...
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Écrit par : Feld / | 18/09/2019

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