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28/08/2019

M. Macron, encore un effort pour être écologique !

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Les révélations de Globo rural mettent le président français dans l'obligation d'aller plus loin que les questions de personnes : ce n'est pas seulement à l'Ubu Bolsonaro qu'il faut dire non, mais à toute l'agro-industrie des Amériques !  Quoi qu'en dise Bruxelles, non au traité UE-Mercosur et non au CETA :


 

Emmanuel Macron ne lance une idée juste que pour y renoncer ensuite (en échange d'on ne sait trop quoi). Exemple : le glyphosate, qu'il promit d'interdire... avant de faire machine arrière, allant jusqu'à déclarer qu'il approuvait en même temps le maire de Langoët de craindre ce pesticide, et la préfète d'Ile-et-Vilaine de réprimer le maire de Langoët ! Devant le tollé M. Macron parle maintenant de changer la loi pour donner aux maires la liberté dans ce domaine ; ce serait un premier effort, dû à la pression des administrés.

Autre exemple : la fantasia macronienne autour du traité de libre-échange UE-Mercosur. M. Macron parle de ne pas ratifier ce traité. Applaudissements de la FNSEA... Si les syndicalistes agricoles faisaient plus attention, ils verraient que M. Macron ne critique pas le contenu de ce traité : il ne critique que les outrances de M. Bolsonaro à propos de l'Amazonie. Si M. Bolsonaro baisse d'un ton, M. Macron ne verra plus d'objection à ratifier le traité – pour ne pas irriter la Commission européenne qui fonctionne en rouage ultralibéral de l'industrie agro-alimentaire.

Et M. Bolsonaro, lui-même tenu par le lobby agro-industriel brésilien, fait ce qu'il faut. Il baisse d'un ton. Hier il refusait hautainement l'aide du G 7 pour l'Amazonie ;  aujourd'hui il l'accepte, si M. Macron retire ses mots durs. M. Macron les retirera ! (ils n'avaient été prononcés que dans cette intention)... Et le traité UE-Mercosur sera ratifié par les députés macronistes : si une partie d'entre eux redoutent l'électeur rural, aucun ne fronderait la Commission européenne.

Il faudrait que les électeurs sachent pourquoi les incendies amazoniens ont brutalement augmenté les 10 et 11 août, et pourquoi M. Bolsonaro vient de changer de ton.

capa-cutelaria-cimo-globo-rural.jpgLe 25 août, le site internet de l’émission de télévision brésilienne Globo Rural, après le quotidien régional Folha do Progresso, a révélé qu'une centaine de producteurs agro-industriels, de propriétaires de supermarchés et de grileiros (accapareurs de terres publiques) des villes de Novo Progresso et Altamira ont déclenché, le 10 août, des opérations incendiaires à partir de l'autoroute BR-163. Cible : la forêt de Jamanxim, réserve de biodiversité protégée en principe, mais dont la destruction est programmée par l'agro-business. Dès le 7 août, le ministère public fédéral de l’Etat du Pará avait signalé ce complot à l’Institut gouvernemental de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama), et demandé un plan d'urgence anti-incendies. Mais l'Ibama est en disgrâce depuis l'arrivée au pouvoir de M. Bolsonaro :  budget amputé, moyens supprimés, dirigeants évincés et remplacés par des militaires !  Lesquels ont consigne de couvrir les opérations de déforestation, auxquelles le nouveau président a donné le feu vert.

Contradiction interne du capitalisme, comme on disait naguère :  les mêmes agro-industriels, qui poussent à la déforestation massive en vue d'un boom des exportations grâce au libre-échange, s'alarment de voir les partenaires européens de ce libre-échange protester contre la destruction de l'Amazonie. Que sert de booster la production si la consommation se dérobe ?

D'où le nouveau ton de M. Bolsonaro. Dont M. Macron va sans doute se déclarer satisfait. En oubliant que les incendies amazoniens ne sont qu'un aspect du problème, et que leur suspension (provisoire) laisse intact le problème de fond du traité Mercosur : l'encouragement donné à un modèle agro-industriel qui mène le monde au pire.

L'écologie sauce Macron surfe sur l'éphémère médiatique. Parler du climat lui sert à ne pas parler des pesticides ni de la nocivité du productivisme agro-industriel. Entre cette fourberie et l'écolophobie affichée de la droite bourrin, façon Salvini, il n'y a qu'une différence de degré.

 

 

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Commentaires

"EN L'ÉTAT"

> Dès la première annonce de non-ratification par Macron, l'enfumage était manifeste : l'hôte de l'Élysée annonçait refuser la ratification "en l'état". Le diable est dans les détails : cette seule mention suffisait à calmer ceux qui pouvaient craindre une non-ratification, à commencer par Mme Merkel qui répliquait séance tenante à l'annonce macronienne : « ne pas conclure cet accord n’est pas la réponse appropriée à ce qui se passe actuellement au Brésil ».
Précisément si, le lien entre les deux est une évidence puisque encourager davantage de commerce non taxé revient, en matière de production de soja ou d'élevage bovin, à détruire davantage d'hectares de forêt, accord de Paris ou non ; il est indispensable de cesser de poursuivre ce modèle de commerce international pour favoriser circuits courts et production locale.
Mme Merkel, encore elle, semble loin d'être convaincue par ce sursaut nécessaire : à Biarritz, elle s'est entretenue avec Donald Trump de l'opportunité d'un accord commercial euro-américain - le lobby automobile allemand devant probablement se montrer de plus en plus impatient -, alors que la population européenne rejette les accords CETA et Mercosur.
Évidemment, les médias grand public restent assez discrets quant à ces contradictions, à commencer par celle d'un G7 se disant favorable à la révolution verte tout en discutant de nouveaux accords commerciaux générateurs de pollution et d'inégalités.
Les télés préfèrent se focaliser sur la goujaterie du président brésilien, qui se vautrait hier dans une attaque ad hominem contre Mme Macron : il faut en parler, bien sûr, mais il faudrait également évoquer l'après-capitalisme dont nos gouvernants semblent bien peu près d'accoucher !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/08/2019

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