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27/08/2019

Macron acte 2, scène 1, Biarritz : c'est 'Peter Pan contre le Capitaine Tronçonneuse'

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Triomphe à Biarritz et conversion verte de M. Macron ? C’est ce qu’il est convenu de dire depuis 48 heures, la rentrée 2019 devant forcément (paraît-il) faire oublier celle de 2018... Mais la magie macronienne suscite le scepticisme :


 

Disons simplement que M. Macron apprend le métier de diplomate volant, qui consiste à nommer “habileté” la légèreté de l’inconsistance. Sous cet angle il a fait un sans-faute à Biarritz – mais ce n’était pas un exploit : le G 7 n’ayant aucun pouvoir, M. Trump ne s’engageait à rien en laissant M. Macron survoler l’Amazonie en feu, agiter sa taxe éphémère et proférer sur le Mercosur.

Mais parler du Mercosur ou de l’Amazonie fait partie, obliquement, de la future campagne des municipales en France. Françoise Fressoz (Le Monde 28/08) le constate : M. Macron “redevenu à peine audible [sur la scène intérieure française] au terme d’une année qui l’a profondément secoué”, entreprend de “se refaire” comme un joueur. Il aura du mal. La crise de l’hiver dernier a montré la profondeur du fossé ouvert en France entre profiteurs et  laissés-pour-compte de la globalisation libérale. M. Macron prend donc une voie de contournement pour faire croire à une “mue du macronisme”, et cette voie – dit Le Monde – passe “par l’international”. Mais les Français ne s'y intéressent (et depuis peu) qu'au prisme des dangers environnementaux...

fbmeta.jpg...c'est pourquoi M. Macron nous la jouera verte. Il nous l’a dit samedi soir : le voilà “converti à l’écologie”. Donc choqué par le gouvernement brésilien. C'est Peter Pan contre le capitaine Tronçonneuse ! et ce combat (lointain) pour l'Amazonie est censé nous garantir la fermeté des engagements futurs du président dans les bons combats de “proximité” sur le sol de l'Hexagone.

Les observateurs doutent de cette garantie :

pour Françoise Fressoz, “la proximité est érigée en vertu cardinale, mais pour quel projet ?”  Le mantra “pro-xi-mi-té” joue désormais, dans le groupe Macron, le rôle que le mantra “com-mu-ni-quer” jouait chez les ministres libéraux  de 1986 (M. Léotard et les autres politiciens de marché).

pour Yannick Jadot, “on ne peut pas soutenir un modèle qui détruit nos paysans, qui favorise la déforestation de l’Amazonie [en Guyane], et se prétendre le gardien de l’Amazonie… La France favorise le développement d’un élevage où les animaux ne voient jamais la nature mais sont nourris au soja brésilien. Si on n’attaque pas structurellement ces modèles-là, c’est de la blague, de la foutaise, un jeu de communication. Si Macron arrête le traité UE-Mercosur, tant mieux. Mais le Canada aussi est climaticide et détruit l’agriculture paysanne : il faut arrêter aussi le traité CETA…”

 

Le logiciel des préfets

M. Macron parle, mais ses actes démentent ses paroles. S’il voulait nous convaincre de sa conversion écologique, il changerait le logiciel de ses préfets. Toutes leurs interventions dans ce domaine, cette année, montrent un ancrage anti-écologique de l’exécutif : dans le Finistère, soutien opiniâtre à la porcherie industrielle de Landunvez (près d’une côte splendide) malgré une décision judiciaire défavorable ; dans le Morbihan, soutien à la volaillerie industrielle de Langouëlan malgré le tollé local ; dans l’Ile-et-Vilaine, soutien aux pesticides de la FNSEA contre le tenace maire de Langouët [*]… Non seulement en Bretagne mais partout ailleurs, les représentants de l’Etat pèsent de tout leur poids – menaces incluses – en faveur des destructeurs de l’environnement.

Dernier exemple en date : le scandale de Mazaugues dans le Var, au pied du massif de la Sainte-Baume [**]. Cette affaire a été révélée par Le Canard enchaîné du 21 août :  une carrière de calcaire à ciel ouvert de 48 hectares va entrer en exploitation dans trois mois, à côté d’un site classé Seveso (appartenant au géant des explosifs industriels Titanobel), et “juste au-dessus d’une des plus grandes réserves d’eau du Var : un aquifère de 7 millions de mètres cubes, alimentant une rivière et cinq sources”, ces dernières étant classées par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse “aquifère karstique à fort intérêt stratégique pour les besoins en eau actuels et futurs”. Or cet aquifère sera mis en danger par la carrière, comme le fait craindre le rapport de Geoderis sur les galeries creusées près de tous les aquifères en général. D’autre part, la carrière procèdera chaque mois “à au moins quatre tirs de minesdont les vibrations risquent de se propager au site des explosifs Titanobel ! 

Les sources et aquifères de l’Hexagone étant désormais menacés d’assèchement du nord au sud par le dérèglement climatique, l’aquifère de Mazaugues devrait être l’objet de toutes les protections. Or c’est l’inverse : le préfet du Var, comme ses collègues de Bretagne et d’ailleurs, suit les instructions de l’exécutif qui pèsent toujours et partout en faveur des industriels. Et la cour administrative de Marseille a débouté la plainte des maires de Mazaugues et des communes voisines, bien qu’elles soient soutenues par le département, la députée, trente associations et le parc naturel de la Sainte-Baume !

M. Macron est converti à l’écologie ?  Chiche.

Il sera jugé sur les actes.  

 

__________

[*]  M. Macron a le culot de déclarer qu'il soutient le maire "dans ses intentions"... et le préfet dans ses actes, qui consistent à censurer (avec menaces) l'action protectrice du maire. Cette déclaration présidentielle montre ce qu'il en est de tout le greenwashing macronien.

[**] …où j’étais le week-end dernier, intervenant à l’université d’été de l’Observatoire socio-politique du diocèse de Toulon. Avec des promoteurs et des signataires de l’Appel à un nouveau catholicisme social : Joseph Thouvenel, Matthieu Detchessahar, Guillaume de Prémare, qui ont animé avec Henrik Lindell un débat mémorable en compagnie de Mgr Ginoux, l’évêque de Montauban ami des gilets jaunes de son diocèse.

 

 

Eh oui :

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19:03 Publié dans Ecologie, Macron | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : macron, trump

Commentaires

LANGUE DE BOIS

> Du même Franck Lepage, voici quelques uns de ses numéros qui mettent à jour l'imposture de la langue de bois, avec un jeu de cartes portant les mots-clés d'un discours politicien, qu'il tire au fur et à mesure, après les avoir mélangés au hasard comme un jeu de carte. il brode un discours avec les mots qui arrivent les uns après les autres sans connaître le suivant d'avance... et ça marche toujours bien, quelque soit l'ordre des mots.
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=video&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwje3PvG0aPkAhVNx4UKHZLoCvAQtwIIKTAA&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DoNJo-E4MEk8&usg=AOvVaw1h0ihoQlaDuqCaj3CeaoGF
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=video&cd=4&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwje3PvG0aPkAhVNx4UKHZLoCvAQtwIIPjAD&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DJjJ2tzh3r7w&usg=AOvVaw2Cxlz973rGJ_LrKaeAWWv0
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=video&cd=8&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwje3PvG0aPkAhVNx4UKHZLoCvAQtwIIUTAH&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DuxsDm-h6LSc&usg=AOvVaw1dJZQpm5cLqKTDTWWQnkz5
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Écrit par : Aurélien Million / | 27/08/2019

LANGOËT

> Suivant docilement la préfète d'Ile-et-Vilaine, le tribunal administratif vient de suspendre la décision protectrice prise par le maire de Langoët.
On comprend ainsi que pour nos officiels, à l'ère du super-écolo Macron, restreindre le glyphosate c'est subvertir la République !
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Écrit par : Kerber / | 28/08/2019

"VIVE LA CROISSANCE"

> Bonjour, La sécurité de Titanobel n'est pas en cause avec le projet de carrière. Le site n'est qu'un site de stockage de produit fini, et pas de fabrication de "nitroglycérine" (sauf erreur de ma part). Les explosifs industriels sont "stables", et ne craignent pas les chocs et les vibrations (enfin, évitez d'écraser un détonateur au marteau). Ces produits circulent régulièrement sur la route, entre le centre de production, et le ... consommateur.
Par contre, le problème pour la ressource en eau est un vrai problème. Car un plateau calcaire (le karst pour les intimes) est comme une grosse éponge qui stocke et restitue lentement l'eau qu'elle reçoit du ciel. Si vous commencez à donner des coups de ciseaux dans votre éponge, son "volume de collecte" va diminuer d'autant. Et le plus gênant, sera la pollution chimique du sol, du karst et au final de la nappe. A commencer par les hydrocarbures qui auront zéro filtre de surface car ils tomberont directement sur la roche et ses fissures. Et cette pollution est irréversible, et irrécupérable.
Donc, à défaut d'avoir de l'eau en abondance et de bonne qualité depuis plus de 2300 ans à Toulon (d'où l'installation des Grecs dans l'Antiquité), quand l'eau gratuite et abondante des sources sera tarie (ou polluée, c'est presque la même chose), eh bien... les industriels installeront une usine de dessalement d'eau de mer, qui consomme un maximum d'électricité... nucléaire. Vive la croissance ! Pourquoi conserver une ressource gratuite, quand on peut en proposer une payante ? Vive l'inconscience et le cynisme.
Cdt
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Écrit par : bergil / | 28/08/2019

EN MÊME TEMPS

> Sur M. Macron et le maire de Langoët, on peut lire qu'il soutenait celui-ci "dans ses intentions", tout en préconisant de "mobiliser pour changer la loi" plutôt que de "prendre un arrêté qui n’est pas conforme à la loi".
J'avoue ne pas comprendre cette préconisation de M. Macron : appelle-t-il les citoyens à manifester ? à signer des pétitions ? N'ose-t-il donc rien dire en conseil des ministres ?
Mais peut-être est-ce moi qui ne suis pas assez intelligent pour comprendre cette pensée hautement complexe.
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Écrit par : Sven Laval / | 28/08/2019

LE RÈGNE DU MARCHÉ

> Et n'oublions pas le 'Grand Contournement Ouest' de Strasbourg lancé à marche forcée en septembre dernier par le préfet du Bas Rhin, dans des conditions dignes d'une dictature, malgré 7 avis négatifs d'instances d'Etat et l'opposition locale très forte, et des recours non purgés.
Et la "décision d'injustice" du tribunal administratif, le 25 septembre 2018, de poursuivre les travaux au nom de "l'intérêt public majeur" et de "l'ordre public"...
Quand l'intérêt général se confond avec ceux du privé, et l'ordre public avec la raison suprême du marché.
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Écrit par : Airault Alain / | 28/08/2019

"5 À 10 MÈTRES" : LA GIFLE DE M. MACRON AU MAIRE BRETON

> https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/09/07/contre-les-pesticides-le-gouvernement-propose-une-distance-minimale-de-5-a-10-metres_5507642_3244.html

Voici la réponse au maire de Langoët du saint Paul élyséen, le converti autoproclamé à l'écologie qui, en proposant cinq à dix mètres, gifle en pleine figure l'élu breton : que sont cinq mètres alors que les pesticides, par définition volatils, se retrouvent souvent bien loin de leur champ d'épandage ?
En Lorraine où certains producteurs de mirabelles inondent littéralement leurs arbres de "produits phytosanitaires", les nuées toxiques volent parfois jusqu'à la chaussée : tous les apiculteurs savent bien que leurs colonies d'abeilles souffrent énormément de ces épandages 'maousse costaud', souvent loin de toute ruche.
Alors que sont cinq mètres ?
Croit-on que les agriculteurs seront verbalisés pour avoir pulvérisé leur poison à 4,80 mètres, avec garde-champêtres mesurant scrupuleusement les distances façon De Funès dans 'Ni vu, ni connu' ?
Mais de qui se moque-t-on ? Cette farce rappelle celle de l'IGN qui a déréférencé les petits cours d'eau pour qu'ils échappent à toute protection environnementale. Que nos 'maires courage' n'abandonnent pas le combat !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/09/2019

à Alain Airault :

> Il y a vingt ans déjà, on a lancé les travaux de la LGV Est alors que la ligne existante Paris-Strasbourg présentait un excellent profil et aurait parfaitement pu être améliorée pour un coût infiniment moindre. Mais voilà, Bouygues aurait été bien moins satisfait !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/09/2019

@ Philippe de Visieux.

> Paris - Strasbourg. Oui, on pouvait équiper la ligne en trains pendulaires, le trajet eut été à peine plus long. Mais pouvait-on refuser quelque chose à Mme Trautmann pour sa "capitale européenne" ?
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Écrit par : PF Huet / | 08/09/2019

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