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27/06/2019

Burke quitte Bannon qui part avec Martel : l’amalgame intégrisme-populisme-trumpisme se décompose

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Dur réveil à Paris pour des notables cathos qui fermaient les yeux sur le relativisme de droite, occupés qu’ils étaient à ne pourfendre que le relativisme de gauche :


 

Evincé de l’ultradroite américaine par son ex-sponsor la milliardaire Mercer, évincé de l’ultradroite européenne qui l’a éjecté de la campagne électorale du mois dernier, Steve Bannon n’a plus de crédit qu’auprès de quelques journaux parisiens et de... Frédéric Martel : dans Slate (26/06), le Roger Peyrefitte des années Macron encense le has-been US (“Quel animal politique ! Quel homme !”, http://www.slate.fr/story/178947/rencontre-steve-bannon-t... ). Rédigé après avoir dégusté des œufs bénédictine ensemble “dans sa prestigieuse suite de l’hôtel Bristol à Paris”, cet article nous apprend que M. Bannon hait le pape François – ce qui n’est pas une surprise :

<< Donald Trump est prêt à se lancer dans une nouvelle guerre froide contre Pékin et Steve Bannon multiplie les discours hystériques contre le nationalisme chinois. En revanche, le pape François organise des rencontres informelles pour ouvrir un dialogue constructif avec la Chine (le cardinal secrétaire d'État Pietro Parolin a été chargé de ces missions secrètes), ce que lui reprochent les cardinaux Burke et Müller et, de façon virulente, Bannon…  Sur Cuba, François a toujours fait preuve d'indulgence quand l'Américain a choisi d'abandonner les idées de rapprochement harmonieux imaginées par Barack Obama. Quant à la Colombie, Trump est proche des hommes politiques soutenus par les paramilitaires d'extrême droite, François a été l'un des artisans de la paix avec les FARC. Au Brésil, Trump est également proche de Bolsonaro, dont il soutient l'action, alors que le pape François a tenté de freiner la montée de l'extrême droite brésilienne. Enfin, sur le Mexique, François s'est réjoui en privé de l'élection d'Andrés Manuel López Obrador, quand Donald Trump se méfie de cet homme viscéralement de gauche… >>

Passons sur l’incompétence de M. Martel, prétendu vaticanologue ignorant que tous les papes depuis les années 1960 – y compris Jean-Paul II et Benoît XVI – ont désapprouvé l’embargo US contre Cuba... Interrogeons-nous aussi sur les critères de l’auteur de Sodoma, indulgent envers les phobies de M. Bannon puisqu’elles excluent l’homophobie :

<< Je comprends tout à coup le plan du catholique Bannon. Il faut peut-être que l'Église abandonne ses positions morales sur la sexualité qui sont hypocrites … À ses yeux […] il faut surtout mener la guerre idéologique, au nom du catholicisme, contre la Chine, l'Iran, l'islam et peut-être même la Russie. Et en définitive, pour ces raisons-là, il faut faire la guerre au pape François. >>

Etonnons-nous simplement : 1. des efforts du célèbre publiciste gay pour dédouaner même les "hystéries" de M. Bannon (propres pourtant à déclencher la Troisième Guerre mondiale) ; 2. Des efforts simultanés de divers médias francophones pour maintenir à flot le mythe Bannon ! Médias qui se retrouvent schizophrènes, pour ceux d’entre eux qui affichent par ailleurs (eu égard à la clientèle) un soutien aux positions morales classiques du catholicisme ; positions désormais méprisées par "l'ultracatholique" Bannon...

Ajoutons que la poignée de cardinaux âgés qui animent (si l’on peut dire) la bergogliophobie dans les milieux transatlantiques de droite, viennent de lâcher avec effroi M. Bannon – dont ils partagent pourtant les obsessions géopolitiques. Ce lâchage a deux raisons : a) les liens désormais affichés de M. Bannon avec M. Martel, dont il voudrait porter à l’écran le livre Sodoma ; b) la dérive idéologique alt-right que M. Bannon voudrait imprimer à l’institut Dignitatis humanae, officine dont le cardinal Burke démissionne pour ce motif. Mauvaise nouvelle pour nos propres milieux d’ultra-droite à Paris, qui rêvaient – sur le papier et au micro – d’un fulgurant surgissement réac brassant populisme et intégrisme... Mauvaise nouvelle aussi pour des notables cathos parisiens qui s’accommodaient fort bien de ce relativisme de droite, tout occupés qu’ils étaient à ne pourfendre que le relativisme de gauche.

Gag final : l’Etat italien veut retirer à l’officine Dignitatis humanae la jouissance des locaux de la chartreuse historique de Trisulti, qui lui avait été concédée. Or l’Etat, en l’occurrence, c’est le ministère de l’Intérieur : autrement dit M. Salvini, figure de proue de l’ultra-droite en Europe !  La “contre-révolution catholique” de M. Raison du Cleuziou est en train de perdre ses boulons. Nous n'en sommes pas étonnés.

 

 

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13:09 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : bannon

Commentaires

CULOT WASHINGTONIEN

> Une source informée du ministère taïwanais des Affaires étrangères m'a confirmé que les États-Unis faisaient tout, en coulisses, pour dissuader le Saint-Siège de reconnaître Pékin et donc de lâcher Taïpei (de la même manière que Washington contraint les États d'Amérique centrale à ne pas lâcher Taïwan en les menaçant de couper les fonds US d'aide au développement).
Cynisme sans bornes quand on sait que l'Amérique a transféré son ambassade de Taïpei à Pékin en... 1979 !

PV


[ PP à PV – En reconnaissant Pékin, le Saint-Siège serait-il obligé de lâcher totalement
Taipei ? L'Eglise a plus de souplesse que les gouvernements... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe de Visieux / | 27/06/2019

MARTEL (L'AUTRE)

> J'avais déjà oublié qui était Martel.
J'ai dû chercher sur internet.
Il en serait très surpris, mais oui, on a déjà oublié qui il était.
(lapsus révélateur : je veux dire "qui il est")
______

Écrit par : E Levavasseur / | 27/06/2019

à Patrice :

> Spirituellement, l'Église, en effet, ne lâche personne : les diocèses taïwanais seront évidemment maintenus.
Mais diplomatiquement, le Saint-Siège, sujet souverain de droit international, doit se plier aux conditions de Pékin s'il souhaite y déplacer sa "Nuntiatura in Sinis" : nul État ne peut reconnaître les deux Chine simultanément, Vatican compris. La nonciature actuelle sera donc fermée pour être transférée de l'autre côté du détroit.
En réalité, ce lent processus a commencé dès l'arrivée du cardinal Parolin à la secrétairerie d'État, l'Italien étant un grand connaisseur du dossier chinois. L'ancien bâtiment de la nonciature à Taïpei, spacieux avec grand jardin, chapelle et drapeau du Vatican au balcon a été fermé en 2014 ; le représentant du Saint-Siège a dorénavant son bureau au rez-de-chaussée d'un immeuble de ville, sans drapeau ni plaque (seules les clefs de saint Pierre ont été apposées au mur). Le ministère n'est pas dupe : il s'agit de préparer Taïwan à l'ouverture prochaine de la nonciature à Pékin, l'actuel fort discret rez-de-chaussée devant alors servir comme simple bureau de liaison, sans aucune fonction diplomatique.

L'ancien bâtiment...
https://www.flickr.com/photos/narwal/2322636470

... et le nouveau (au rez-de-chaussée seulement)
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f8/Apostolic_Nunciature_to_China_%282015-%29.jpg

N.B. À noter que le père Benoît Vermander, s.j., que je connais de longue date et qui enseigne à Shanghaï depuis quinze ans, vient d'organiser à l'université de Pékin un symposium consacré au pape François. Impensable il y a encore quelques mois, cet événement n'a pu avoir lieu sans la nécessaire 'bénédiction' des hiérarques du Parti. Le réchauffement est donc confirmé.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/06/2019

L'AVENIR ET LE CHRIST

> Il n'est pas étonnant pour moi de voir cette extrême droite conciliante avec le mythe, vrai ou inventé, de l'homosexualité au Vatican. Ce serait une sorte de tradition que l'ultradroite verrait avec bienveillance, comme une garantie intrinsèque.
Evidemment, le juste milieu ne peut que se scandaliser de telles fariboles baroques, d'un autre temps. Le pittoresque ridicule n'est pas la modernité, et après Vatican II les choses ont bien changé. La fascination d'une cérémonie d'ordination "fellinienne" narrée par Martel ne fait plus rire personne, aujourd'hui.
Il faudrait donc arrêter avec cette nostalgie d'une entité loufoque qui appartiendrait au passé : désormais, l'Eglise a droit au sérieux, dans la représentation comme dans les moeurs, n'en déplaise à Martel et aux autres. Un Martel qui fait le jeu de l'ultradroite, en prolongeant des légendes surannées, dont il ne reste peut-être que des miasmes (cultivés par quelques prélats dégénérés).
Se tourner vers ce qui est, voilà quel devrait être le mot d'ordre de tout journaliste.
Et se tourner vers l'avenir, le mot d'ordre de l'Eglise après Vatican II, enfin !
Ai-je bien raison de l'exprimer ainsi ? Je ne sais, mais c'est vraiment mon impression actuelle. L'important, c'est l'Evangile, c'est le Christ. Le pape François en a certainement conscience, on ne pourra pas lui enlever ça.
______

Écrit par : Bégand / | 28/06/2019

à Bégand :

> De ce point de vue, rien n'a vraiment bougé en cinquante ans. Souvenons-nous qu'au lendemain du Concile, saint Paul VI fut publiquement calomnié par des personnalités aussi diverses que l'abbé de Nantes, certains futurs lefebvristes et Roger Peyrefitte : l'homosexualité supposée du pape était décrite par ces officines comme étant un secret de polichinelle, ses soi-disant amants (l'acteur Paolo Carlini, un garde suisse...) ayant accès aux appartements privés où ils étaient censés partager le lit du pontife, etc.
Une rumeur circula même quant à l'épiscopat de Jean-Baptiste Montini à Milan, durant lequel le futur pape aurait été surpris une nuit par la police dans un bordel homo au bras d'un éphèbe !
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose... L'abbé de Nantes et Peyrefitte en 1970, Bannon et Martel en 2019 : à l'Ouest, rien de nouveau !

PV


[ PP à PV – "On juge l'arbre à ses fruits" : se souvenir par exemple de la façon dont a fini l'abbé de Nantes... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/06/2019

à Patrice :

> ... sans parler du "baiser mystique", théorie délirante qui lui a permis de transformer sa secte en un lupanar gratuit à son seul bénéfice. Assez peu compréhensible que des gens se revendiquent encore de lui en 2019 (comme lors du colloque consacré à saint Paul VI au centre Sèvres, devant le feu cardinal Tauran, au cours duquel des agitateurs intégristes n'ont cessé de se référer à lui).
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 29/06/2019

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