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07/06/2019

Fiat-Renault : pourquoi feindre de s'en prendre à l'Etat ?

Commentaires rageurs de la presse libérale (ici, Le Point) :

fiat ren.jpg

La fusion Fiat-Renault ne se fera pas. M. Elkann (Fiat) se plaint hautement de la résistance de l'Etat français... Contraire au dogme libéral, une telle résistance serait étrange de la part de la Macronie bradeuse d'entreprises. Mais voici la réalité :


...telle que l'analyse Stéphane Lauer (Le Monde daté du 7/06, extraits) :

 

<<  Il faut remonter à 2015, lorsque [Renault] abandonne purement et simplement ses droits de vote chez Nissan... [Carlos Ghosn] cherchait alors à s’attirer les bonnes grâces des Japonais pour mieux se prémunir de l’influence du gouvernement français. A partir de ce moment-là, la France a perdu une bonne partie de ses leviers d’action pour continuer à peser dans une alliance de plus en plus déséquilibrée au profit d’un Nissan beaucoup plus gros que 0601341406016-web-tete.jpgRenault. [...]  C’est là qu’habilement, tel un deus ex machina, John Elkann, le président de Fiat Chrysler Automobiles, a surgi en offrant [à M. Senard, successeur de M. Ghosn] une fusion « d’égal à égal ». [...]    « C’est une histoire de Gribouille, qui se jette à l’eau pour échapper à la pluie, peste un bon connaisseur de Renault-Nissan. Pour surmonter un déséquilibre vis-à-vis de Nissan qu’on peut, à force de patience et de diplomatie régler à l’amiable, on se jette dans les bras de Fiat au risque de se noyer. » Les conditions du rapprochement faisaient effectivement craindre que Renault perde sur tous les tableaux. D’abord en mettant en péril une relation vieille de vingt ans avec Nissan, qui n’a que faire de ce mariage à l’italienne. Ensuite, en risquant de perdre la maîtrise de son destin, qui se jouerait désormais plus à Turin qu’à Boulogne-Billancourt.  A chaque fois, l’expérience l’a montré : les fusions entre égaux sont une chimère. Tôt au tard, le pouvoir tombe du côté du plus gros actionnaire, en l’espèce, John Elkann et la holding de la famille Agnelli. Les concessions arrachées à la dernière minute par l’Etat français n’auraient rien pu faire contre cette règle d’airain du capitalisme. >>

 

Quant aux "milliards d'euros de synergie"  dont se gargarisaient nos chroniqueurs radio (et dont ils se faisaient les pleureuses hier) : miroir aux alouettes ! "Quand on sait que 62 % du chiffre d’affaires et 90 % des profits de Fiat-Chrysler sont réalisés aux Etats-Unis et que Renault n’est pas présent sur ce marché, il y avait de quoi s’interroger sur ce qu’il avait à partager", ironise Lauer. C'est sur ces évidences, découvertes un peu tard, qu'a buté le conseil d'administration de Renault. D'où ses lenteurs qui ont fini par indisposer M. Elkann... 

L'Etat n'est donc pour rien dans l'échec de la fusion : M. Elkann ne l'incrimine que par verbiage libéral, pour mettre "les marchés" de son côté. En répétant ce verbiage (sauf l'éditorialiste du Monde), des journalistes parisiens montrent en fait leur adhésion à l'idéologie de l'univers financiarisé, en vertu de laquelle, dans tous les domaines, tout "élargissement" (ou fusion-acquisition etc) est le Bien ; tout échec d'un élargissement étant par conséquent le Mal, c'est-à-dire le "repli".  C'est la pensée-zéro.

 

 

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Commentaires

LIBÉRAUX

> Les mêmes pleurnicheurs libéraux doivent se réjouir par contre avec Bolsonaro et Macri de ces grandes avancées pour l'agriculture mondiale (ou plutôt mondialisée): http://www.web-agri.fr/actualite-agricole/economie-social/article/accord-ue-mercosur-en-vue-selon-bolsonaro-et-macri-1142-148804.html
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Écrit par : Raphaël R. / | 07/06/2019

LA MAUVAISE ALLIANCE

> Renault et Nissan: nombreuses complementarités => bonne alliance sans le problème Goshn.
Fiat-Chrysler et Renault-Nissan: concurrents directs => que des réductions d'effectifs dites synergies.
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Écrit par : Pierre Huet / | 07/06/2019

LES NÉO-LIBÉRAUX ET LE DÉNIGREMENT DE L'ETAT

> On peut relever que ce monsieur n'est pas le seul à vitupérer l'Etat. Les "libéraux" le font en permanence, et ils ont d'illustres prédécesseurs dans le domaine...
Selon Yohann Chapoutot, historien du nazisme, les Nazis ne sont pas des "étatistes" comme les libéraux aiment à le raconter. Au contraire, bien qu'ils se servent de l'Etat, leur idéologie n'est pas étatiste. Le mot "Etat" est de même racine que "statique", ce n'est pas donc pas une bonne chose à leurs yeux. Karl Schmidt, le célèbre juriste nazi, n'était pas assez nazi aux yeux des Nazis, malgré sa bonne volonté (il se voulait sincèrement nazi), parce qu'il faisait de l'Etat un absolu. A terme, les Nazis projetaient de réduire l'importance de l'Etat au profit d'agences, qui d'ailleurs se sont multiplié de manière "métastatique" (c'est le mot de Y. Chapoutot) malgré le court règne du nazisme. Une agence se monte ad hoc et se démonte facilement, une fois sa mission accomplie. D'ailleurs, après la guerre, des nazis se sont reconvertis en ouvrant des écoles de... commerce ! (dans une conférence, Y. Chapoutot fait un lien entre les idéologies nazie et néo-libérale : sans être identiques, les deux intègrent, au moins implicitement, notamment à travers le thème de la compétition, le darwinisme social, sans compter que les affaires était juteuse avec le IIIe Reich). Mais chut ! il ne faut pas le dire aux libéraux, persuadés que le nazisme est un phénomène "étatiste" et "socialiste".
Dire cela n'est pas faire de la 'reductio ad Hitlerum', mais montrer que ces idées bien typiques du XIXe siècle, ont été adoptés en leur temps par les Nazis, comme les colons anglais en Australie avant eux (ce darwinisme tranquillisait leur conscience : ils ont conduit les Aborigènes tasmaniens à leur extinction presque complète) ; et qu'elles le sont désormais par nos ultra-libéraux, sous le thème de la "compétitivité".

AM


[ PP à AM – Les travaux de Chapoutot sont remarquablement intéressants. Avez-vous le texte ou les références de cette conférence ? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aurélien Million / | 10/06/2019

@ PP

> Non, je n'ai pas de textes des conférences de J. Chapoutot (plus haut j'avais mis "Y. Chapoutot" au lieu de "J. Chapoutot"). C'était une des conférences qu'on trouve sur Youtube, peut-être celle sur "La révolution culturelle nazie". Et, puis il y a celle-là qui est pas mal sur les liens très étroits entre grand capital et nazisme https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=video&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwjOisrjvt_iAhUl6uAKHY11A-AQtwIIKTAA&url=https%3A%2F%2Fgroupedhistoiresociale.com%2F2017%2F12%2F28%2Fconference-de-yohann-chapoutot-nazisme-et-capital-mardis-de-linsoumission%2F&usg=AOvVaw1sj7gG5n1k8Wk7-wMtFORo
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Écrit par : Aurélien Million / | 10/06/2019

CHINOIS

> https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/06/11/brest-business-school-sous-pavillon-chinois_5474429_4401467.html

Dans la liste (qui commence à s'allonger) des établissements français achetés par des fonds chinois, voici donc une école de commerce. Inutile de se faire d'illusions : la bibliothèque sera méthodiquement 'rangée' à la chinoise : exit, les livres qui dérangent !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 11/06/2019

@ AM et PP

> Très intéressant!
Le darwinisme de classe conduisait aussi le marxisme à l'utopie de "dépérissement de l'Etat".
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Écrit par : Pierre Huet / | 11/06/2019

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