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15/05/2019

Les vannes de comptoir du sénateur Médevielle

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Ses slogans du 12 mai sont désavoués même par l'Office parlementaire dont il est vice-président !  Récit d'un faux-semblant :


Le 12 mai dans La Dépêche du Midi, le sénateur UDI Pierre Médevielle se répand en propos de bistrot façon FNSEA. Qualifiant d' "hystérie collective" les campagnes d'information contre le glyphosate, il tonne : "À la question 'le glyphosate est-il cancérogène ?', la réponse est non ! Il est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge !"  Cette "réponse" est présentée par le sénateur comme formulée par un rapport (à paraître le 16 mai) de l'Office parlementaire des choix scientifiques, dont M. Médevielle est l'un des vice-présidents.

Aussitôt les médias embraient. BFM-TV proclame en boucle : "Rapport explosif !", etc. C'est une déferlante télé-radio en faveur du glyphosate.

Mais dans les vingt--quatre heures, l'Office parlementaire proteste sèchement contre cette interprétation de son rapport : il n'avait pas pour objet le glyphosate ni a fortiori sa nocivité, car son objet était le fonctionnement des agences d'évaluation des risques sanitaires ! Interrogé par Le Monde, Cédric Villani (premier vice-président de l'Office parlementaire) renchérit :  le sénateur, déplore-t-il, a mélangé "les éléments du rapport et ses opinions personnelles"...

Pas si personnelles que ça, d'ailleurs. Pharmacien sénateur de la Haute-Garonne, M. Médevielle fait partie d'un milieu : celui des notables écolophobes. Son soutien au glyphosate est celui de l'industrie agro-chimique. Sa grosse vanne sur la charcuterie est même empruntée au cabinet américain Fleishman-Hillard – celui qui fait l'objet d'une enquête judiciaire en France pour avoir constitué un fichier illégal contre les opposants à Monsanto...

L'hostilité de M. Médevielle envers l'écologie le mène à d'autres postures caricaturales, comme d'avoir voté tout récemment (avec le bloc LREM-UDI-LR) pour que le nouvel "Office français de la biodiversité", et les réserves naturelles, soient contrôlés par les... sociétés de chasse. Et que les "entraves à la chasse" soient écrasées de pénalités : un an d'emprisonnement, 30 000 euros d'amende, etc. Une loi d'Ubu.

Mais comment ce personnage, aussi sanguin qu'il soit, a-t-il pu commettre la faute de prêter ses propres opinions de milieu à l'Office parlementaire ?  Cette bourde peut lui coûter politiquement cher. Il s'en rend compte : un peu tard. Et tente de s'extraire du piège où il s'est pris lui-même... Il le fait de la façon la plus banale, en criant à "l'amalgame" et en s'en prenant à La Dépêche, qui serait "malhonnête". Mais il ne peut effacer ce qu'il a dit. Contrairement à ce qu'il a raconté au journal, ni le CNRS, ni l'INRA n'ont "approuvé" le rapport de l'Office – qui ne parlait d'ailleurs pas de la nocivité du glyphosate. Quant à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), elle dément formellement que son directeur ait attribué à une "pression médiatique" le classement du glyphosate comme substance cancérogène ! Et lorsque M. Médevielle affirme que la cancérogénicité du glyphosate n'est établie par "aucune étude scientifique", il fait bon marché de l'avis de 2015 du Centre international de recherche sur le cancer, ainsi que "des trois méta-analyses rassemblant les données de plusieurs études épidémiologiques indiquant une élévation du risque de lymphomes non-hodgkiniens ou de myélomes multiples chez les professionnels exposés à des herbicides à base de glyphosate" (Stéphane Foucart).

Il faut simplement savoir que les propos du sénateur Médevielle sont les mots d'une tribu, celle de la droite politique. Les vannes de comptoir contre la "dictature verte" sont le fond de la pensée de ce milieu depuis un demi-siècle ; de sa version grossière à ses versions plus élégantes (cf. le sénateur Retailleau au temps de Notre-Dame-des-Landes), voire aux actuels trompe-l'oeil de l'Elysée, la continuité sociologique est indéniable.

 

 

M. Médevielle accuse les anti-glyphosate de "vider la trousse à pharmacie"

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Commentaires

EN JUSTICE

> La bonne nouvelle, face aux élucubrations de ce clown, est la condamnation de Monsanto-Bayer à 1,8 milliard d'euros par un tribunal californien : la firme allemande commence sans doute à regretter d'avoir acheté ce cadeau aussi empoisonné que le désherbant qu'il vend. Les époux Pilliod, eux, savent la nocivité du glyphosate : ils souffrent d'un cancer du système lymphatique. Prions pour eux et pour que tous ceux qui nient cette terrible réalité la voient désormais en face.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 15/05/2019

MENTEURS

> Il fait partie de la bande des menteurs pathologiques de l'agro-chimie. Notre Houellebecq national en parle très bien dans 'Sérotonine'. Mais c'est indispensable de les recadrer systématiquement. merci de le faire. a plus
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Écrit par : Daniel Azan / | 15/05/2019

> Et les lobbies de la viande n'ont rien dit ?
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Écrit par : Philippe S./ | 17/05/2019

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