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19/04/2019

Au Calvaire : le choc du centurion

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Qu'est-ce qui a bouleversé cet officier colonial païen ?


 

Luc 23, 44-49 (trad. Sr Jeanne d’Arc) :

<< C’est déjà à peu près la sixième heure. Et une ténèbre vient sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure : le soleil s’éclipse. Le voile du sanctuaire se fend au milieu. Jésus crie d’un grand cri, il dit : “Père, en tes mains je remets mon esprit”. Cela dit, il expire. Le chef de centaine, voyant ce qui est arrivé, glorifie Dieu en disant : “En réalité, cet homme était un juste”… >>

Matthieu 27,50 (id.) :

<< …Le chef de cent et ceux qui, avec lui, gardent Jésus, en voyant le séisme et ce qui est arrivé, craignent fort. Ils disent : “Pour de vrai, il était fils de Dieu, celui-ci ! >>

Marc 15,37-19 (id.) :

<< …Le centurion, qui se tient en face de lui, voyant qu’il a ainsi expiré, dit : “Pour de vrai, cet homme était fils de Dieu.” >>

 

► Selon Etienne Nodet (Le Fils de Dieu – procès de Jésus et évangiles, Cerf 2002), c’est “un fait remarquable, car un centurion n’a aucune raison d’avoir des notions bibliques, et pour lui le ‘fils de Dieu’ est d’abord et surtout César dont il sert le culte”. Alors quelle est la cause de sa subite émotion relatée par Luc, Mattieu et Marc ? Est-ce vraiment le spectacle d’ébranlements cosmiques que les exégètes voient plutôt comme une glose théologique – de même que la sortie de saints du tombeau (que Matthieu 27,53 situe d’ailleurs “après sa résurrection” ? Ou ne serait-ce pas, comme le rapporte Marc, que le centurion se tenait “en face” du crucifié ? Qu’a-t-il vu et ressenti qui l’ait frappé au point de dire une chose aussi incongrue de sa part et aussi dangereuse pour sa carrière ?

La seule chose certaine est qu’il l’a dite, selon les trois synoptiques. Et c’est le seul endroit de l’évangile où l’on emploie le terme latin centurio et non son équivalent grec hekatontarchos, comme pour insister sur la portée romaine de l’événement.

Josef Blinzler (Der Prozess Jesu, 1960) va dans ce sens. Constatant la façon unique dont meurt Jésus (ni inconscience, ni convulsions psychologiques), il estime que le spectacle de cette agonie-là stupéfie le militaire romain :

<< Cette mort lui fait une impression si puissante qu’il s’écrie : ‘Vraiment cet homme était le fils de Dieu’. L’idée d’un fils métaphysique de Dieu n’a pu qu’être parfaitement étrangère à un centurion païen, et le titre messianique de ‘Fils de Dieu’ ne pouvait être courant pour lui. Il n’a entendu parler que de la revendication de filiation divine de Jésus : ce titre a joué le rôle principal dans le procès juif, on en a parlé (au moins en passant) dans le procès romain, et les railleurs l’ont répété au pied de la croix. Maintenant l’officier païen trouve dans la mort exceptionnelle de Jésus la preuve que son extraordinaire déclaration était digne de foi. Les paroles du capitaine au pied de la croix constituent le premier jugement formulé, après l’achèvement du procès, par un témoin impartial, sur ce même procès. >>

 

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Commentaires

> « Aujourd'hui s'avance la Croix et les enfers sont ébranlés » (saint Éphrem le Syrien)
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Écrit par : Michel de Guibert / | 19/04/2019

JEAN

> Une chose sont les synoptiques, touchant le centurion converti au pied de la Croix. Une autre est l’évangile de Jean, avec la figure du soldat qui transperce d’un coup de lance le cœur de Jésus, d’où s’écoulent du sang et de l’eau.
Les uns et l’autre, à mes yeux, ne font qu’un. Le centurion de Matthieu, Luc et Marc et le soldat de Jean ne sont qu’une seule et même personne : selon la Tradition, le centurion Cassius Longinus – Longin – mort chrétien et martyr en Cappadoce vingt-huit ans plus tard.
Revenons donc au pied de la Croix. Que voulait donc le centurion Longin ? Cherchait-il, sur ordre, à vérifier que le crucifié était bien mort, pour hâter la fin des opérations ? Pourquoi donc répugnait-il à lui briser les jambes à l’instar ce qui était fait pour les deux autres crucifiés, le bon et le mauvais larron ? Etait-il animé par un obscur sentiment de compassion qui le poussait à abréger les souffrances du condamné ? Voulait-il seulement piquer le corps martyr pour voir s’il réagissait encore, mettant cependant trop de force dans son coup ? Etait-il animé par un dégoût intime à l’idée de devoir ajouter aux souffrances de ce condamné qui s’était exprimé comme un juste ?
Toutes ces questions se pressent dans notre esprit, et l’élément le plus paradoxal sans doute de notre réflexion est l’idée que Longin aurait pu éprouver de la compassion pour Jésus en décidant de le frapper… à mort ! Et ce, après avoir assisté à sa Passion, entendu ses dernières paroles et notamment celle où Notre Seigneur demande au Père éternel le pardon pour ses bourreaux…
Oui, rejoignons en esprit saint Longin au pied de la Croix. Dans quelques secondes, il va être touché par le sang et l’eau qui ont coulé du cœur de Jésus. Les mains humides du précieux sang, il va se frotter les yeux, et tout d’un coup il verra clair, tombera à genoux : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15, 39). Bienheureux Longin !
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Écrit par : Denis / | 19/04/2019

PÂQUES

> Merci pour cette belle méditation. Belle fête de Pâques à vous.


[ PP à PH – A vous de même]

réponse au commentaire

Écrit par : Pierre Huet / | 20/04/2019

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