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20/03/2019

Lyon, "une affaire très confuse depuis le début"

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Éclairage par le P. de Charentenay s.j. (RCF) :


 

https://rcf.fr/la-matinale/affaire-barbarin-pour-pierre-d...

Résumé par RCF :

<< "Comme il y a un appel qui est en cours, le pape attend la fin et la décision de cet appel. Il ne peut pas demander la démission du cardinal Barbarin tant qu’il n’est pas sûr qu’il soit effectivement condamné. On peut comprendre que cela provoque une grande émotion, mais l’appel est en cours. Si [le cardinal] n’avait pas fait appel, la condamnation était actée, et le pape aurait probablement accepté la démission", explique Pierre de Charentenay, prêtre jésuite, ancien directeur de la revue Etudes, fin connaisseur du Vatican, peu étonné de la décision du souverain pontife.

"L’affaire est très confuse depuis le début. C’est même un peu ubuesque. Le cardinal Barbarin est condamné pour ne pas avoir dénoncé un prêtre qui n’est pas encore jugé. On a un timing de la justice tout à fait étrange, et on en voit les effets. La justice met du temps, et le pape ne peut pas accélérer le processus, et décider sur quelque chose qui n’est pas encore jugé en France. On peut  comprendre que les gens s’interrogent. Le pape est une personne de décision. Mais s’il ne le fait pas, c’est qu’il ne peut pas le faire..." "Je comprends que cela soit difficile à accepter, mais ce n’est pas une décision sur l’ordre de l’émotion", ajoute-t-il.

La Conférence des évêques de France s’est étonnée de la situation inédite du cardinal Barbarin. "Je suis étonné de la réaction de cette Conférence. Ils prennent acte que c’est une situation complexe : le cardinal Barbarin devrait rester à son poste, et pourtant il se met en retrait.... Le cardinal Barbarin s’est mis en retrait car il sent bien que tout cela est difficile à vivre dans son diocèse", lance Pierre de Charentenay.

François Devaux, l’une des victimes du père Preynat et l’un des fondateurs de La Parole Libérée, a déclaré que "le problème ce n’est pas la pédophilie, mais la sacralisation du pouvoir dans l’Eglise". Pour Pierre de Charentenay, "on peut discuter de cela, mais c’est un autre sujet. Il y a un problème général de cléricalisme, de protection de la hiérarchie, mais il ne faut pas mélanger les deux choses. On ne laisse pas les victimes sur la touche... " >>

 

 

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17:00 Publié dans Eglises | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : barbarin

Commentaires

GAULES

> Juste pour sourire un peu (j'espère que c'est encore permis). Quelqu'un me disait à propos du P. Vignon: c'est un justicier derrière son clavier d'ordinateur, un peu comme Astérix et ses irréductibles Gaulois. Et cette personne ajoutait: on pourrait en faire un nouvel album de la collection "Astérix" avec comme titre "Astérix et le primat des Gaules".
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Écrit par : B.H. / | 20/03/2019

DÉSASTREUSE IMPRESSION

> La situation est complexe certes. Le choix qu'a fait le cardinal Barbarin est surement le meilleur, et c'est celui que je lui aurait proposé depuis longtemps. La réaction du pape est logique, elle aussi, et peut se comprendre (sauf mauvaise foi).
Mais ce qui est très dommageable, à mon point de vue, c'est que le cardinal Barbarin, dans son interview à KTO hier, s'est montré très maladroit dans la présentation de la décision et son explication. Il l'a fait avec son style, son bagout particulier et personnel, mais cette façon de parler "très conviviale et proche du peuple" dirons-nous était inadapté (selon moi) à la situation. Pour être TRES proche de victimes, et en avoir discuté avec elles, l'impression qu'il a donnée est qu'il prend ça un peu à la légère, que le pape est son "pote" et qu'il n'a pas voulu le faire sauter, donc Barbarin s'éloigne un temps, mais "tranquille et sans remords". Tout vas bien dans la hiérarchie.
Ce n'est SUREMENT PAS ce qu'il pense ni le message qu'il voulait faire passer.
Mais c'est le message qui a été reçu par les victime et une partie du public, surement.
Pour moi, il aurait du faire une simple déclaration, sobre et grave (comme il l'a fait à la sortie du tribunal) donnant sa décision et celle du pape, et surtout EN AJOUTANT que le pape "reconsidèrerait sa décision" après la réponse du tribunal d'appel (c'est peut-être évident pour certains, mais pas pour tous).
Cela aurait, selon moi, montré plus de respect pour les victimes, pour la prise en compte de la gravité de la situation, et SURTOUT montré que le pape n'appliquait pas 2 poids 2 mesures, qu'il n'y avait pas de différence entre ce qu'il dit (tolérance 0) et ce qu'il fait ("gracier Barbarin").
Ce que je trouve pitoyable, c'est que cette interview de Barbarin a eu pour conséquence de décrédibiliser (en plus) le travail du pape. Alors que ce n'était pas le but, ni l'action recherchée par l'un et par l'autre.
Il est regrettable que Barbarin n'ait pas demandé conseil "à d'anciennes victimes justement", éventuellement à des laïcs de son diocèse, pour se renseigner sur "comment serait perçu son message". Il l'a fait en fonction du droit (c'est bien), mais la réception au niveau du public peut être très différente, et très dommageable.
C'est malheureusement le cas.
L'incompréhension et la défiance vont continuer...
Cdt,

[ PP à Bergil – Le cardinal Barbarin s'est toujours exprimé oralement d'une façon étrange, voire inquiétante en apparence : chose dangereuse de la part d'un haut responsable. Surtout quand cette façon de s'exprimer donne une impression de désinvolture sur un sujet dramatique... Ce fut le cas durant les premières années du scandale Preynat. C'est de nouveau le cas maintenant. Il semble que personne n'ait osé expliquer ce problème au pape. ]

réponse au commentaire

Écrit par : bergil / | 20/03/2019

ACCEPTER

> Je pense que le Cardinal Barbarin n'aurait pas dû faire appel tout simplement, et obéir à la justice des hommes. Accepter son "martyre" et pis c'est tout. Donner sa démission et ne pas mettre tout le monde, François compris, dans la panade. Ce n'était que la justice ou l'injustice des hommes.
Et c'eut été une manière pour le berger de reconnaître les fautes de son troupeau. Et aussi rendre à César...
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Écrit par : Yvan / | 20/03/2019

LE PEUPLE DE DIEU

> Je crois qu'il faudrait que l'Eglise actuelle comprenne qu'à un certain moment il faut tenir compte de l'avis du peuple de Dieu - et notamment de celui des victimes. J'ai beaucoup d'admiration pour le pape François, mais là je crois qu'il fait fausse route. C'est comme s'il ne connaissait absolument pas le dossier. Un journaliste écrivait quelque part que ce pape ignorait la France, où il n'ira jamais en visite, et qu'il méprisait ce pays. Est-ce vrai ? Et que son seul informateur était son ami, le cardinal Barbarin. Néanmoins, au Vatican, il y a toute une ribambelle de conseillers, qui devraient ajuster leurs avis à la situation présente. C'est une affaire grave. Hier soir, je suis allé voir le film d'Ozon, "Grâce à Dieu". Une énorme chose, pour dire la vérité, du moins c'est ce que j'ai ressenti et pensé, à la lumière de tout ce que j'avais déjà appris.
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Écrit par : Bégand / | 20/03/2019

CHARENTENAY

> Charentenay rappelle avec raison qu'une décision de justice doit avoir autorité de la chose jugée pour être définitive : éventuellement en cassation après l'appel si Barbarin décidait de former un pourvoi. Le pape ne se prononcerait sans doute qu'après un tel pourvoi. La décision du pape était logique : imaginons qu'il accepte la démission de Barbarin mais qu'un an plus tard, les juges d'appel déclarent le cardinal innocent : cela signifierait que le pape aurait davantage soutenu la position des juges du tribunal que celle des juges d'appel. Il est par ailleurs possible qu'en cas de non-condamnation en appel, ce soient les victimes qui forment un pourvoi.
Il est vrai que la dernière déclaration du cardinal Barbarin était quelque peu inadaptée : sans doute aurait-il dû s'en tenir à son premier message, sobre, à l'annonce du jugement.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 21/03/2019

FRONTS RENVERSÉS

> Comme souvent on est à fronts renversés
- le ministère public devrait clamer l’innocence de Barbarin
- l’Eglise devrait revoir sa manière de communiquer et de gouverner , mais cela n’a rien de pénal. C’est simplement une exemplarité christique qui lui manque.
L’affaire Galilée était ainsi, l’argument scientifique de Galilée ne tenait pas la route mais l’argument théologique de certains clercs non plus, mais ils agissaient pour des raisons politiques.
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Écrit par : Ludovic / | 21/03/2019

> Entretien exclusif sur KTO avec le Cardinal Barbarin :
http://www.ktotv.com/video/00269700/entretien-exclusif-avec-le-cardinal-barbarin
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Écrit par : Michel de Guibert / | 21/03/2019

POSSIBILITÉ

> Il reste la possibilité que le cardinal Barbarin propose une nouvelle fois sa démission à l'issue de sa retraite, et que François, cette fois-ci, l'accepte.
Mais pas trop longue la retraite, faut pas que ça refroidisse.
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Écrit par : Yvan / | 21/03/2019

DÉBAPTÊMES

> J'avoue ne pas comprendre la position du cardinal Barbarin de faire appel et de poser sa démission dans le même temps...
En tout cas, la décision du pape passe très mal. Apparemment plusieurs personnes ont sauté le pas vers l'apostasie en demandant à l'institution de les retirer des registres !

TnyZ


[ PP à TonyZ – C'était couru d'avance, mais les demandes de "débaptême" ne prouvent qu'une chose : parmi les Français officiellement catholiques, il y a des gens qui n'ont en tête que l'institution. Pas la foi au Christ. Car le baptême des enfants est bien autre chose qu'une adhésion (forcée vu l'âge) à un parti politique ou à un syndicat... ]

réponse au commentaire

Écrit par : TonyZ / | 22/03/2019

À TonyZ :

> À mes yeux, s'il y a eu une "faute de trop", ce fut celle d'accorder un entretien de vingt minutes à KTO. Je l'ai visionné à deux reprises, la seconde fois en me plaçant sous l'angle d'une victime de Preynat. En tant que victime, cette emphase, cette apparente décontraction, ce rictus permanent m'auraient été insupportables. Barbarin n'en est sans doute pas conscient lui-même : l'archidiocèse de Lyon, s'il a un responsable de la communication au fait de ce problème, aurait dû se limiter à quelque chose de beaucoup plus sobre.
Il demeure que le traitement du cardinal Barbarin est différent de celui de Mgr Philip Wilson, ancien archevêque d'Adélaïde, en Australie, qui fut condamné en première instance pour non dénonciation mais avait demandé à ne démissionner de ses fonctions épiscopales qu'en fonction du jugement d'appel ; Rome avait alors exigé sa démission immédiate, effective le 30 juillet dernier. Or le 6 décembre dernier, Mgr Wilson, à tort ou à raison, fut déclaré innocent par les juges d'appel. Innocent mais du coup sans cathèdre, contrairement au primat des Gaules. Il serait bon qu'une règle soit établie à l'avenir pour éviter de compréhensives critiques quant à un traitement "à la gueule du client".
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 22/03/2019

PLUSIEURS PLANS

> L'affaire peut être appréhendée sur plusieurs plans :

– Sur le plan du procès :
Sur le fondement du CP art.434-3 ancien, le Tribunal correctionnel a considéré que l'information de "non-dénonciation", entrave à la justice, devait être disjointe de la commission de faits d'agressions ou d'atteintes sexuelles sur mineur. Il s'agit ici d'un délit de non-information lié à une connaissance suffisante des faits, auprès des autorités judiciaires ou/et administratives.
Contrairement au CP art.434-1, l'art.434-3 ne lie pas l'obligation d'informer à une fonction utilitariste préventive. Dès lors que le Tribunal a considéré que l'infraction autonome de non-information était constituée, peu lui importait que les faits connus par le prévenu aient été prescrits ou non. Ici se trouve la principale difficulté de ce jugement : comment un délit d'entrave à la justice par non-information peut-il être constitué lorsque les faits suffisamment parvenus à la connaissance du prévenu sont eux-mêmes prescrits, ce qui entraîne l'impossibilité de l'action publique par extinction ?
Concernant l'élément moral ou intentionnel de l'infraction (la bonne foi ou non), il y a divergence entre le Tribunal et le Parquet.
La Cour d'appel tranchera ces questions en fait et en droit en son appréciation souveraine.

– Sur le plan de la constitution et de la prescription des faits de non-information:
Il est éclairant qu'aient été déclarées constituées des infractions d'entrave à la justice pour les seuls évêques, l'un d'entre eux ayant bénéficié de la prescription des faits. Le Tribunal n'a pas manqué de relever qu'une information donnée à temps aurait empêché l'extinction de l'action publique sur plusieurs faits d'agression par écoulement du temps. Ceci concerne l'ensemble des ayant eu connaissance, particulièrement deux évêques.

– Sur le plan du droit canonique particulier (CEF) :
Les normes approuvées le 30/09/2015 art.12 disposent : "Si au terme de cette enquête (l'enquête préalable du c.1717), l'évêque diocésain […] juge que les faits allégués sont vraisemblables et constate qu'il ne sont pas prescrits, il cherche à coopérer avec la justice étatique […]. Je pense que cet article n'honore pas la souveraineté et l'autonomie du droit étatique, seul habilité à constater une prescription ininterrompue des faits en droit pénal français. On peut penser, comme c'est mon cas, que l'Église catholique et l'État sont, chacun dans son ordre, des "sociétés parfaites", et pour cette raison, ne pas subordonner un droit à l'autre mais les honorer et les coordonner systématiquement l'un et l'autre. Ce qui est omis lorsqu'on n'informe pas la justice étatique de faits dûment recueillis et actés en droit canonique. Il faut faire les deux.

– Sur le plan du droit canonique universel et particulier :
Voir le c.1717 /CIC, les Normes CDF 2010 art.16 et les Normes CEF art.9. En matière de "délits très graves" l'évêque n'a pas le choix de déclencher une enquête préalable dûment actée par notaire prêtre (c.483§2). L'exercice du pouvoir de gouvernement de l'évêque diocésain est encadré par le droit canonique. L'évêque ne peut exercer hors-droit canonique, étant lui-même tenu d'urger l'observance de toutes les lois ecclésiastiques parce qu'il doit défendre l'unité de l'Eglise tout entière (c.392).
Enfin, l'enquête préalable obligatoire lui permet de satisfaire valablement à ses obligations ecclésiales et sociales, en transmettant le dossier à la CDF et en informant lui-même la justice étatique (qui peut se saisir du dossier canonique par voie de perquisition). Lorsqu'il est de bonne foi suffisamment informé, l'évêque doit informer la justice étatique, parce qu'il n'est pas un confident nécessaire ayant reçu des confidences spontanées (jurisprudence Pican de 2001).

– Sur le plan des normes du droit et de la raison :
Le droit impose et permet d'agir à temps. Ici, deux corpus de droit sont convoqués. Or, l'obligation canonique permet justement de satisfaire à l'exigence du droit étatique, car elle garantit une connaissance suffisamment précise et vraisemblable des faits, matière de l'information et de son obligation en droit français. Ainsi satisfaite, l'obligation canonique permet à un évêque de se comporter en Pasteur et en citoyen de bonne foi incontestable et incontestée, dans l'exercice d'une rationalité bien comprise et assumée. Le droit canonique pénal (dont les dispositions sont toujours réformables) est un instrument traditionnel et providentiel d'unité de l'Église et de son témoignage missionnaire en rectitude et en efficacité envers l'ensemble d'une société et envers des personnes humaines massacrées dans leur chair et dans leur foi. Pour des raisons de droit positif, dans ces cas très graves, il faut engager l'action criminelle ecclésiastique. Mais il faut faire cela en raison des finalités de cette action, telles que prévues au c.1341 : faire cesser le scandale, rétablir la justice, amender le coupable, le tout en vue du salut des âmes (c.1752). Prétendre en pratique faire de la "pastorale" en s'exonérant du droit rend illisible la nature sacramentelle et salvatrice de l'Eglise, au-dedans comme au-dehors dans le monde. Pour faire court, ça s'appelle se foutre de l'Église et du monde. Nous n'avons pas fini de payer un antijuridisme pénal intraecclésial et une inculture juridique crasse au sein de l'Église : ne nous étonnons pas que des personnes massacrées se tournent alors contre l'Eglise vers la justice française. Le sentiment de toute-puissance se signale et s'expose en s'exonérant du droit qui porte avec soi la notion de limite. Il faut au fond réformer le concept même de "pastorale" (une sauce mise à toutes les sauces), pour fonctionner ni en toute-puissance ni en panique ni en spiritualisme désincarné, mais en raison en vue de la justice et de la charité et de leur bon témoignage.

Sur la décision du Pape François :
On ne connaît pas la qualification canonique actuelle du siège de Lyon, ni du retrait du Cardinal de ce siège. La figure du siège empêché qui est la plus proche ne correspond pas, parce qu'elle requiert l'impossibilité de correspondre par lettres (c.412). Je constate que dans les faits, la décision du Pape consiste à refuser la renonciation présentée pour laisser la décision au Cardinal. Il est par ailleurs étonnant qu'on n'ait pas disjoint le dossier judiciaire (avec la présomption d'innocence consécutive à l'exercice légitime du droit d'appel) de la question d'opportunité ecclésiale et sociale. C'est gravissime. A quoi bon s'accrocher à un siège en engageant toute l'Eglise (particulière et universelle) dans une illisibilité foncière, déclenchant jusqu'à la reprise de débaptisations qui, outre qu'elles finiront par s'imposer en jurisprudence malgré un coup d'arrêt en Cassation, publieront davantage la détestation de la foi et de l'Église ? Je suis foncièrement attaché au droit et au droit de la prescription, qui permet l'établissement valable de la preuve, s'écarte de thèses psychologiques généralisantes, et urge le déclenchement de l'action judiciaire par toute personne ayant une connaissance suffisamment précise des faits, sans escompter qu'une autre le fera à sa place.
Devant les Tribunaux, du point de vue de la précision juridique, je peux souhaiter que le Cardinal Barbarin soit relaxé. Et je peux souhaiter aussi que le procès en appel, puis éventuellement en Cassation établisse une doctrine jurisprudentielle solide concernant des thèmes graves, comme le délit de non-information, la prescription, le secret des ministres du culte, de manière à acquérir une compréhension précise de mes obligations juridiques. Mais je peux aussi souhaiter que les membres de l'Eglise soient de corrects acteurs du droit, aux côtés du droit (et non du côté des victimes au procès, ce qui est douteusement tardif et assurément transgressif), et aux côtés de la personne massacrée dans son enfance qui veut être écoutée et en cela sérieusement aimée. Être Pasteur de l'Église et dans ce monde, c'est se savoir comptable du témoignage de l'Église en référence à l'action et à l'inaction à l'égard d'autrui, et au Christ qui donne l'exemple du Bon Samaritain. Relaxé ou non, il y a des circonstances où la "pastorale" ne saurait cohabiter avec des rictus désinvoltes, en majesté se cramponnant au droit, un droit qu'on a par ailleurs tant ignoré. Saint Matthieu ch.23 est à revisiter dans son ensemble.

Père Christian



[ PP au Père Christian – Merci de cette mise au point particulièrement éclairante. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Père Christian / | 22/03/2019

APRÈS L'ARRÊT D'APPEL

> Cette "affaire Barbarin" (qui en réalité est d’abord l’affaire Preynat) pollue la vie des diocèses, surtout celui de Lyon au premier chef, et de l’Eglise de France.
C’est du reste ce qu’a compris le cardinal Barbarin en se mettant en retrait.
Pour autant je ne supporte pas l’injustice faite au cardinal Barbarin qui sert de bouc émissaire et le lynchage médiatique dont il est victime, et je pense que le pape François l’a compris aussi en refusant sa démission, l’inverse aurait pu être interprété comme une reconnaissance de sa culpabilité alors qu'il est présumé innocent tant que la cour d'appel ne s'est pas prononcé.
Le cardinal Barbarin n'a jamais "couvert" ces crimes car ils avaient cessé depuis longtemps quand il est arrivé en poste comme archevêque de Lyon et prescrits quand il en a eu connaissance ; c'est pour cela qu'il a fait appel du jugement en première instance et que le parquet a lui aussi fait appel (d'autant que l'affaire avait déjà été classée sans suite en 2016 et que le procureur de la République avait demandé la relaxe lors de la citation directe récente).
C'est le droit de tout citoyen qui s'estime injustement traité, fût-il évêque, de faire appel.
En d'autres circonstances, du temps où il était en charge du diocèse de Lyon, il a agi avec transparence dans d'autres affaires de pédophilie plus récentes, mais ce qu'on lui reproche est de n'avoir pas dénoncé des faits anciens et prescrits à la justice.

Le pape a donc eu raison à mon sens de refuser sa démission dans ce contexte, d'autant que l'affaire doit passer en appel et qu'il est bien possible (probable ?) qu'il soit innocenté en appel.
Le cardinal Barbarin a eu la sagesse de se mettre en retrait car il lui est impossible de gouverner son diocèse avec sérénité dans ce climat de suspicion, voire de haine ; je ne sais pas ce qu'il fera ou pourra faire ultérieurement même s'il est définitivement innocenté...

Je n’exclus pas que le cardinal Barbarin propose une troisième fois sa démission au pape quand il aura été innocenté par la justice et que cette fois le pape l’accepte, mais cette fois pour des motifs pastoraux et la pacification d’un diocèse durement éprouvé.
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Écrit par : Michel de Guibert / | 22/03/2019

QUESTIONS

> En premier je m'étonne que personne n'ai rappelé que le procureur avait demandé la relaxe. En quelque sorte n'est-ce pas un jury populaire qui a condamné mgr Barbarin. En quelque sorte on pourrait dire que le pape s'est rangé non pas à l'avis du jury mais à celui des spécialistes de la loi.
En deuxième point si le pape avait accepté la démission de mgr Barbarin, n'aurait-il pas incité l'appel à confirmer le verdict du jury bien que à l'encontre du procureur. N'y aurait-il pas eu risque à dire que le pape se fut rangé derrière l'avis d'un verdict populaire à l'encontre de "la loi" (l'avis du procureur").
Troisième point pourquoi la position du pape est-elle plus décriée que celle du procureur ?
En conclusion mgr Barbarin n'-t-il pas commis une erreur d'agenda en rendant publique sa démission "entre les 2 tours" ? A-t-il été prisonnier d'un agenda qu'il avait prévu longtemps à l'avance et qui aurait été basé sur la prévision d'une relaxe en première instance ? (et là effectivement s'il avait présenté sa démission au pape alors qu'il était relaxé, le pape l'acceptant pour libérer le diocèse de Lyon de la marque de ce procès, effectivement cela aurait "eu de la gueule" et du sens. Mais hélas mgr Barbarin a été incapable de s'adapter à cette condamnation en première instance imprévue ?)
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Écrit par : franz / | 22/03/2019

Mgr PODVIN

> À lire, l'éditorial de Mgr Bernard Podvin dans La Croix du Nord du 15 mars dernier :

http://www.catho-pc.org/commun-sa-sm/files/2019/03/quand-la-barque-prend-l-eau-mgr-podvin-croix-du-nord-20190315.pdf
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Écrit par : Valérien K / | 22/03/2019

À Yvan

> Vous avez raison. En pratique, même si un prélat innocenté en appel devrait retrouver ses fonctions pastorales, on sait qu'en pratique ce ne sera pas le cas : l'opinion gardera de ce prélat une image contrastée et préférera un homme neuf à la tête du diocèse.
Il faut en effet distinguer le juridique du pastoral : ce qui est équitable (n'accepter la démission qu'en cas de condamnation non susceptible de recours) n'est pas forcément souhaitable au plan de l'évangélisation (car un prélat qui a été condamné en première instance reste coupable aux yeux de l'opinion, tapage médiatique aidant).

PV


[ PP à PV – Faire passer le juridique avant le pastoral fut l'erreur du cardinal depuis le début de cette sinistre affaire. Erreur grave de la part d'un pasteur... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe de Visieux / | 23/03/2019

"COOLISME"

> Ce "coolisme" de Barbarin est horripilant.
Cela produit l'effet contraire : celui de quelqu'un qui vit sur une autre planète exactement ce que l'Église reproche à notre monde politique.
Le pape parlait des évêques d'aéroport. Le succès de cette formule montre à quel point les catholiques partagent son point de vue : ils ne veulent pas d'évêques mondains et il faudrait parler des évêques de plateau télé.
" moi on ne me la fait pas je suis cool rien ne m'atteint j'ai mon franc-parler"
C'est horripilant.
Il n'y a pas longtemps des catholiques ont dit de Mgr Sarah qu'il n'était pas je cite "très sympa" (sic).
Ce qu'ils voulaient dire c'est qu'il est rigoureux sur la doctrine et ne cherche pas à faire le comique sur scène.
C'est le moment de rappeler la phrase de Platon sur les vieux qui veulent plaire aux jeunes.
Nous avons besoin de prêtres et d'évêques, pas d'histrions.
L'évêque de Poitiers déclare qu'il est favorable à l'ordination de prêtres mariés comme dans l'Église d'Orient. Très bien mais je ne vois pas le rapport avec la crise actuelle qui est celle de la pédophilie de certains prêtres.
Même si à titre personnel je suis pour de telles ordinations aussi en Occident; ce qui me gêne est que je ne veux pas de prêtres de seconde catégorie (puisqu'un prêtre marié sera forcément moins disponible; c'était d'ailleurs le point de vue de Benoît XVI)
Faire une telle déclaration en ce moment, outre que connaissant le personnage j'y vois une forte démagogie, c'est sembler lier la pédophilie et l'absence de mariage donc indirectement accuser les célibataires et réduire les femmes et le mariage à des dérivatifs pour pervers sexuels.
Je crois qu'il faudrait que l'épiscopat mette un peu plus les mains dans le cambouis.
En tout cas ça n'a pas raté : une andouille écrivant pour RTL a titré son article "l'évêque de Poitiers est favorable au mariage des prêtres"...
Quand on a un diocèse aussi sinistré que le sien, on parcourt un peu plus la campagne et un peu moins les médias.
Je ne fais pas du "bishop bashing", qui n'est qu'une autre forme de démagogie intra catholique, puisque je constate aussi qu'il y a des dizaines d'évêques qu'on ne voit jamais dans les médias; cela signifie qu'ils font leur travail tout simplement.
Je voudrais seulement qu'on fasse un peu moins de politique et qu'on se remette plus à l'Esprit Saint et je dis ça aussi pour moi.

RTL :
https://www.google.com/amp/s/www.rtl.fr/actu/debats-societe/l-archeveque-de-poitiers-est-favorable-au-mariage-des-pretres-7797189245/amp
Admirez la dernière phrase "les relations conjugales sont jugées incompatibles avec la foi"
Il faudra expliquer à cette gentille andouille que le mariage est un sacrement et que la consommation en est un des piliers.
(en tout cas n'importe qui peut devenir journaliste et travailler pour RTL)
______

Écrit par : E Levavasseur / | 23/03/2019

@ Franz

> Je crois que vous avez bien vu les choses et cette "erreur d'agenda" et je pense que, en effet, la condamnation en première instance du Cardinal Barbarin était hautement improbable et non prévue et que ce dernier avait l'intention de proposer sa démission au pape dans un contexte de relaxe et en vue de la pacification du diocèse de Lyon.
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Écrit par : Michel de Guibert / | 23/03/2019

OLIVIER LATRY

> https://youtu.be/1H_WxdqAOS0

Sans lien direct avec le sujet, permettez-moi de recommander à toutes et à tous ce remarquable reportage d'Arte consacré à Olivier Latry, titulaire du grand-orgue de Notre-Dame. Latry, en toute fin d'émission, évoque son pessimisme quant au fait que ses élèves auront beaucoup plus de mal à trouver des postes d'organiste en France, la déchristianisation du pays étant croissante depuis plus de trente ans ; il dénonce, à juste titre, l'absence de spirituel dans la société actuelle.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 23/03/2019

L'ENQUÊTE DE 'LIBÉRATION'...


https://www.liberation.fr/france/2019/03/28/les-pretres-du-diocese-de-lyon-reclament-le-depart-de-barbarin_1717926

> Que penser de cela ? Si ce que rapporte 'Libé' est vrai, cela ajouterait de la confusion à la confusion. Barbarin toujours à l'archevêché avec un agenda plein pour les trois mois à venir ? Incompréhensible ! Baumgarten et Gobilliard en partance pour Rome pour demander au pape d'avaliser la démission de Barbarin ? On peut comprendre nos frères lyonnais qui ont besoin d'un nouveau départ mais Barbarin reste officiellement archevêque jusqu'au prononcé de l'arrêt d'appel, ce qui peut prendre de très longs mois... Cette situation est très regrettable au plan pastoral.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/03/2019

INTÉGRISTES CHOQUÉS

https://www.courrierinternational.com/video/video-les-images-virales-du-pape-francois-refusant-de-laisser-les-fideles-embrasser-sa-bague

> Et cette pseudo-polémique sur le refus du pape que des laïcs lui baisent l'anneau pastoral. LifeSiteNews se dit choqué : on serait étonné du contraire. François entend rappeler qu'il n'est pas un monarque mais le serviteur des serviteurs de Dieu. On avance dans le sens de la réforme !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/03/2019

PAPE FRANÇOIS : 'LE FIGARO' RÉCIDIVE

http://www.lefigaro.fr/international/2019/03/30/01003-20190330ARTFIG00091-au-maroc-le-pape-francois-soutient-les-migrants-africains-en-marche-vers-l-europe.php

> Le traitement du voyage du pape au Maroc par le 'Figaro' est dans la triste lignée de tous les articles qui avaient été consacrés au Saint-Père à l'été dernier. Le journaliste y poursuit ses lourdes insinuations : "Pas question donc pour François dans ce discours central du voyage - et récurrent de son pontificat - de considérer l'Europe comme un bastion chrétien à défendre. Au Maroc, pays symbolique de la frontière entre l'Afrique et le Vieux Continent, il voit une porte ouverte vers une société multiculturelle et non des murs de protection".
Le pape n'est PAS le chef d'un "bastion chrétien à défendre". Il est le chef de l'Église catholique, pas d'une Europe supposément chrétienne : à ses yeux, comme aux yeux du Christ, toute personne humaine mérite d'être sauvée. Si le Christ n'avait œuvré que pour son supposé "bastion", jamais il n'aurait engagé la discussion avec une Samaritaine ; ce qu'a fait le Christ, c'est ce que fait François au Maroc.
Quant à affirmer que le pape souhaite en Europe l'instauration d'une société multiculturelle, c'est de la calomnie pure et simple destinée à placer François dans la catégorie des dangereux gauchistes. M. Guénois délire.
Être chrétien, c'est voir dans le visage de celui qui a tout perdu, qui n'a plus rien, qui n'a plus la force d'espérer, le visage du Christ. Le reste n'est que verbiage.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 31/03/2019

@ Philippe de Visieux

> Euh... le "chef de l'Eglise", n'est-ce pas plutôt le Christ !
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Écrit par : Michel de Guibert / | 31/03/2019

LE PAPE DANS 'LA CROIX'

> Le pape François a été interrogé par 'La Croix' sur le cas du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, dont il s’est récemment refusé à accepter la démission. « Moralement, je ne peux pas l’accepter », a-t-il affirmé, rappelant le principe mondialement reconnu de la « présomption d’innocence ».
« Quand le second tribunal donnera une sentence, nous verrons ce qui se passera, a-t-il martelé. Mais il faut toujours avoir en vue la présomption d’innocence. Cela est important car cela va contre une condamnation médiatique superficielle. »
Il a notamment rappelé ce qu’il avait expliqué de retour d’Irlande à propos de prêtres espagnols injustement accusés de pédophilie avant d’être blanchis par la justice, mais dont « une condamnation médiatique a ruiné la vie ».
https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Liberte-conscience-cardinal-Barbarin-pape-dit-lavion-2019-03-31-1201012617
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Écrit par : Michel de Guibert / | 01/04/2019

LA PRESSE ET BENOIT XVI

> https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/04/11/benoit-xvi-attribue-la-pedophilie-dans-l-eglise-a-mai-68-et-a-l-absence-de-dieu_5449019_3224.html

Article du 'Monde' sur un texte publié par le pape émérite dans une revue allemande. Je ne fais que le mentionner car il conviendrait, pour le commenter, de l'avoir lu, ce que je n'ai pas encore fait. Néanmoins, si ce que rapporte la journaliste est exact, la position de Benoît XVI selon laquelle "l’Eglise sainte est indestructible" n'est en aucun cas une acceptation des crimes de ses membres : Ratzinger rappelle qu'en tant que corps mystique du Christ, l'Eglise est sainte par nature, ce qui ne veut évidemment pas dire que les fidèles le soient. Le plan mystique doit être distingué du plan temporel. En outre, toujours selon Mme Chambraud, "le pape émérite renvoie la cause de la pédocriminalité à « l’absence de Dieu » et au changement dans la morale sexuelle à partir des années 1960" : si certains cas de pédophilie remontent aux années 1940, il est indiscutable que les clercs qui se sont livrés à de tels forfaits ou qui ont couvert de tels agissements s'étaient tellement éloignés du Christ qu'ils ont laissé le mal (et le Malin) s'emparer d'eux-mêmes. En cela, on peut effectivement parler d'absence de Dieu.
La thèse selon laquelle Ratzinger dénoncerait 68 comme cause principale des abus sexuels dans l'Eglise ne me paraît donc pas crédible (or c'est en gros ce que dit le titre de l'article du 'Monde').
Cécile Chambraud relate généralement les questions religieuses avec une certaine objectivité, d'où la prudence qu'il me semble devoir observer devant le commentaire tout en nuances de ce texte du pape émérite ; je n'ai aucun doute quant au fait que Benoît XVI et François sont exactement sur la même longueur d'onde devant le fléau des abus sexuels.

PV


[ PP à PV – Bien sûr. Le problème est hélas très simple : l'incroyant ne peut pas comprendre la distinction entre :
– l'Eglise du Christ, "sainte de la sainteté du Christ" ;
– les pécheurs, voire les criminels, qui ont toujours existé dans ses rangs. On en voit pourtant dès les 'Actes des apôtres'... et il leur arrive malheur : car cette distinction n'implique en aucun cas que les criminels terrestres échappent à la punition terrestre de leur crime.
Exemple de cette incompréhension : la revue de presse d'Askolovitch à France Inter ce matin, qui croyait résumer ainsi l'entretien du pape émérite : "Benoît XVI dit que c'est la faute de la société, et donc qu'il ne faut pas réformer l'Eglise." ]

réponse au commentaire

Écrit par : Philippe de Visieux / | 12/04/2019

BENOIT XVI REMERCIE FRANÇOIS

> https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2019-04/pape-emerite-benoit-xvi-abus-mineurs-eglise-vatiab.html

Le même texte de Benoît XVI vu par VaticanNews. Un tout autre son de cloche, sans doute beaucoup plus proche de la réalité : Mme Chambraud devrait méditer la conclusion du texte du pape émérite, adressé à l'actuel pontife : "Merci, Saint-Père !". Tout est dit.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 12/04/2019

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