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11/03/2019

Pourquoi donner l'impression d'un club d'introvertis ?

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...alors que l'Evangile envoie les disciples aux quatre vents ? Ma chronique à Radio Espérance (Auvergne / Rhône-Alpes) :


 

Bonjour à tous. Comme tous les catholiques français, nous avons souffert durement de l’affaire de Lyon et du tort profond causé aux victimes. Nous souffrons aussi aujourd’hui de l’issue du procès du cardinal Barbarin, de la nécessité où il se trouve de remettre sa démission d’archevêque, et de l’image que le monde se fait actuellement de notre Eglise : une image qui élève un grand obstacle au témoignage de foi que chaque catholique doit donner à ses amis, ses voisins et ses collègues !

Car voilà le problème fondamental, un problème dont on parle bien peu en ce moment, y compris dans la presse catholique qui semble osciller entre la consternation et la controverse :  comment accomplir notre mission, la seule que nous ait donnée le Christ dans l’Evangile : "de tous les peuples faites des disciples !" 

Pour que tout le monde ait envie de rencontrer le Christ, encore faut-il que les catholiques (qui doivent aider à ces rencontres) donnent l’image de gens qui vivent réellement avec le Christ et selon l’Evangile. "Soyez toujours prêt, écrit saint Pierre, à donner à ceux qui vous les demandent les raisons de votre espérance."

J’en discutais  il y a quelques jours avec un ami tout à fait agnostique. Etranger au contenu de la foi chrétienne, il s’en tient forcément aux apparences. Et d’après lui, nos apparences ne donnent pas envie à autrui de nous demander de parler du Christ ! Cet ami me disait : « Depuis quelques années vous donnez l’impression d’un parti de mécontents, en bataille contre nous qui ne pensons pas comme vous mais qui sommes tellement plus nombreux… »

Je lui ai répondu : "La vie réelle des paroisses et des mouvements catholiques ne ressemble pas à ce que tu dis. Les croyants sont des gens généreux. Ce qui les mobilise  c’est le caritatif, qui suppose l’ouverture aux autres ; une ouverture qui va très loin et qui exclut l’esprit de clan, puisque (l’Ecriture le dit) tout cri d’un pauvre est une prière, qu’elle s’adresse ou pas explicitement au Seigneur. Aucun désir d’aucun cœur n’échappe à Dieu. Les Pères de l’Eglise le savaient et le concile Vatican II l’a remis en lumière…"

"Alors, m’a-t-il dit, pourquoi ne donnez-vous pas souvent l’impression d’avoir ça en tête ?"

Je n’ai pas su quoi lui répondre.  C’est vrai que nous ne donnons pas souvent cette impression. C’est vrai que nous nous fabriquons d’autres priorités que d’aller "en eau profonde" comme Pierre à l’appel du Christ.

Raison de plus pour épauler le pape François dans sa tâche redoutable, écrasante, d'amener l'Eglise à se réformer pour devenir capable de témoigner du Christ aux gens du XXIe siècle. D’abord nous avons à comprendre loyalement ce que le pape veut et ce qu’il attend de nous tous !  Le Carême est un bon moment pour ça.  >>

 

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Commentaires

PROXIMITÉ

> "donner l'impression d'un club d'introvertis ?"... J'ai fait une redoutable erreur de lecture en premier aperçu : "d'un club d'invertis" ! Actualité, quand tu pèses sur moi... Vous en parlez à juste titre dans cette chronique !

Alex


[ PP à Alex – Vous m'avez d'abord fait rire, après quoi j'en suis venu à l'idée freudo-lacanienne que la proximité des deux mots doit vouloir dire quelque chose. Mais quoi ? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Alex / | 11/03/2019

VIVRE

> Juste réaction de votre ami. Je lui répondrais volontiers que dans le protestantisme, on trouve souvent une simplicité, une spontanéité, une générosité qui manquent à nos paroisses.
En cause, la vision trop hiérarchique du catholicisme qui fait du prêtre l'alpha et l'oméga de la vie paroissiale : le pape nous invite précisément à sortir de cette vision pour rappeler que tout baptisé est prêtre, prophète et roi.
Peut-être devrions-nous renouer avec un instant de partage et de conversation après chaque messe dominicale, à l'image des kermesses assez nombreuses dans le protestantisme. Combien de fois ai-je vu des paroissiens catholiques passer raides devant moi à la sortie de la messe alors qu'ils m'avaient donné la paix du Christ dix minutes plus tôt : trop de catholiques oublient que la communion se reçoit dans les Corps et Sang du Christ, mais doit aussi se vivre !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 11/03/2019

MADELEINE DELBREL

> Il y a une figure de l'Eglise qu'on ferait bien de mettre un peu plus en avant (même si elle a pris du grade depuis le décret de reconnaissance de l'héroïcité de ses vertus). Sans doute autant que Jeanne d'Arc ou Thérèse de Lisieux, c'est Madeleine Delbrêl. A ce jour, cette sainte n'est pas très connue parce qu'on ne lui connaît pas d'extase ou d'apparition, mais elle tient sans doute la clef de l'évangélisation en France.
Elle avait pensé entrer au Carmel mais elle a choisi une vocation incongrue à l'époque: habiter dans le monde et vivre auprès des incroyants à Ivry: les communistes, les pauvres... Pour casser le mur entre l'Eglise et la classe ouvrière (selon le mot du cardinal Suhard).
D'ailleurs, c'est exactement ce que faisaient les spiritains ou Charles de Foucault sur le continent africain: vivre avec les gens, partager leur vie, leurs espoirs, leurs peurs. Se faire "tout à tous" (1 Co 9,22) comme dirait Saint Paul, pour que le kerygme soit un cadeau et non une propagande. Sauf qu'elle le faisait en bas de chez elle.
Vous écrivez que votre interlocuteur dit: "Depuis quelques années vous donnez l’impression d’un parti de mécontents". Est-ce que ces "quelques années" ne remonteraient pas à 2013 ? Quand la "France bien élevée" s'est levée ?
Aujourd'hui le mur entre les pauvres et l'Eglise en France est quasi-intact me semble-t-il. J'en ai ma part de responsabilité. Pourquoi ne voit-on que des athées en France pour aller à la rencontre des précaires, porter leur doléances à haute voix ? Pourquoi dans l'Eglise certains appellent ces gens des "agitateurs" ?
Vous allez me dire qu'il y a beaucoup de Madeleine Delbrêl cachées en France aujourd'hui et vous aurez raison. Mais son message doit encore nous évangéliser pour que nous évangélisions.

Cyril B


[ PP à Cyril B – Vous avez parfaitement raison :
a) raison dans votre diagnostic du fourvoiement narcissique d'un certain catholicisme bourgeois à partir de 2013 ; fourvoiement qui l'amène d'ailleurs depuis deux ans à une sorte de "soustraction d'obédience" d'avec le pape, cette bourgeoisie refusant depuis le début le 'duc in altum' vers les périphéries ;
b) raison aussi à propos de Madeleine Delbrêl.
Elle montre la petite voie du témoignage évangélique, à l'opposé du triomphalisme jovial.
Dans 'La question des prêtres-ouvriers', elle écrit :
"La conversion est un moment décisif qui nous détourne de ce que nous savions de notre vie pour que, face à face avec Dieu, Il nous dise ce qu'Il en pense et ce qu'Il en veut faire."
Et ça n'a souvent rien à voir avec "nos valeurs"...]

réponse au commentaire

Écrit par : Cyril B / | 11/03/2019

> Courage.
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Écrit par : Yvan / | 11/03/2019

LE "BOURGEOIS"

> La page humoristique des convergences bolcho-catholiques nous avait partagé un excellent texte d'un séminariste le 28/02/2019. Ce texte n'a par contre rien d'humoristique. Il est magnifique. Je ne résiste pas au plaisir de vous le partager, car c'est peut-être là que se situe le problème:

"Les écrivains chrétiens, on pense à Bloy et Bernanos, ont critiqué avec force la figure du "bourgeois". Qui est-ce ? On imagine bien que, contrairement à leur homologues marxistes, il ne s'agit pas de s'en prendre à une classe sociale. L'idée que nous serions moralement déterminés, ou pire encore coupables, de par notre origine est anathème au christianisme. Mais des mots tout de même très durs sont réservés au bourgeois. Alors qui est-ce ?
C'est celui qui a adopté une manière d'être, un certain état d'esprit, auquel les bourgeois sont plus tentés que les autres, même si on le retrouve aussi ailleurs. Les chrétiens radicaux y vouent une aversion particulière, car il s'agit d'une forme d'idolâtrie, celle de la sécurité et du confort. Le bourgeois est celui pour qui l'idée directrice de sa vie, la maxime de toutes ses actions comme dirait Kant, est de s'assurer au maximum d'un certain niveau de vie. Il pourrait être aussi habité de belles valeurs et de beaux idéaux, mais ceux-ci auront pour limite stricte la protection de ce but qui domine tout. Cela a pour conséquence plus que malheureuse que ce qu'il y a de noble en cette personne ne pourra jamais s'épanouir pour prendre ses véritables dimensions. L'excellence est sacrifiée pour une garantie d'un minimum de plaisirs et de peines sur le cheminement terrestre.
Cet état d'esprit est bien sûr radicalement contraire à l'Evangile. "Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine." Le chrétien est celui qui doit mettre toute sa confiance en Dieu, à un point qui devrait paraître insensé pour celui qui n'a pas la foi. Et c'est seulement ainsi que la sainteté devient possible, que l'Amour divin peut être vécu par les hommes. Le bourgeois est celui qui s'interdit la sainteté et la véritable communion avec le divin, qui met un dessein propre de plaisirs assurés au dessus du dessein de Dieu.
Comme le dit Saint Alphonse de Liguori : "Insensé serait le voyageur qui, gagnant sa patrie, dépenserait tout son avoir à se faire construire un magnifique palais dans un pays qu'il traverse seulement, et serait ensuite dans l'impossibilité de se faire bâtir une maison convenable dans le pays qui sera son séjour toute sa vie !" Quelle est grande la destinée de l'homme, et quel malheur s'il laisse son cœur se faire prendre dans un tel piège. Il viendrait à perdre, peu à peu, tout ce qu'il y a de beau et grand en lui. Si nous trouvons la trace de cet esprit en nous, vouons le à l'anathème. Sous ses dehors faussement rassurants et bienveillants il s'agit bien d'un démon qui cherche à nous dévorer. Si nous le voyons chez les autres, prions pour eux, qui bâtissent leur vie sur le sable...
"Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît." Mettons le cap au large ! Il y a tant de si belles choses qui nous attendent. Chacun d'entre nous est appelé à une magnifique destinée dont nous pouvons déjà voir les débuts dans les désirs les plus profonds de nos cœurs, et dont l'accomplissement dépassera de loin notre capacité d'imagination. Ne perdons surtout pas cela et n'attendons pas une minute pour se mettre à le poursuivre !"
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Écrit par : ND / | 11/03/2019

« Un club d’introvertis ? »

> Si nous donnons cette impression, c’est faute de savoir nous affranchir, la plupart du temps, des componctions curiales/épiscopales/paroissiales… Cléricalisme, quand tu nous tiens : c’est qu’il faut bien obéir à M. le Curé !
Pour ma part, je fais partie d’une association mariale vénérable, sise à Paris 2e, dont les élans missionnaires ont été largement bridés depuis 25 ans – aussi ses animateurs ont-ils appris à souffrir pour l’Eglise mais aussi par l’Eglise, vérifiant par là-même qu’ils sont sur un chemin de sainteté !
L’arrivée de Michel Aupetit à la tête du diocèse laisse présager un renouveau pour cette association, me dit-on… J’en accepte joyeusement l’augure ! Encore faudra-t-il y donner la parole aux extravertis, introvertis et pauvres bégayeurs qui peuplent ses rangs.
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Écrit par : Denis / | 11/03/2019

MADELEINE DELBREL

> Depuis des années, je suis bien persuadé que Madeleine Delbrel est une lumière puissante pour l'évangélisation du XXIe siècle.
Je me permets de vous transmettre ce texte d'elle qui nous montre son génie simple... ou sa simplicité géniale :

" La parole de Dieu, on ne l’emporte pas au bout du monde dans une mallette : on la porte en soi, on l’emporte en soi.
On ne la met pas dans un coin de soi-même, dans sa mémoire comme sur une étagère d’armoire où on l’aurait rangée. On la laisse aller jusqu’au fond de soi, jusqu’à ce gond où pivote tout nous-même.
On ne peut pas être missionnaire sans avoir fait en soi cet accueil franc, large, cordial à la parole de Dieu, à l’Évangile.
Cette parole, sa tendance vivante, elle est de se faire chair, de se faire chair en nous.
Et quand nous sommes ainsi habités par elle, nous devenons aptes à être missionnaires.
Mais ne nous méprenons pas. Sachons qu’il est très onéreux de recevoir en soi le message intact. C’est pourquoi tant d’entre nous le retouchent, le mutilent, l’atténuent.
On éprouve le besoin de le mettre à la mode du jour comme si Dieu n’était pas à la mode de tous les jours, comme si on retouchait Dieu…
Une fois que nous avons connu la parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de ne pas la recevoir ; une fois que nous l’avons reçue, nous n’avons pas le droit de ne pas la laisser s’incarner en nous, une fois qu’elle s’est incarnée en nous, nous n’avons pas le droit de la garder pour nous : nous appartenons dès lors à ceux qui l’attendent. "
Madeleine Delbrêl (1904-1964)
texte extrait de 'Nous autres, gens des rues'.
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Écrit par : bernard / | 12/03/2019

INTRO-EXTRA

> Votre titre est un peu dur pour les introvertis, car les extravertis ne sont pas forcément plus dans l’écoute, au contraire.
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Écrit par : Ludovic / | 12/03/2019

> Plus près de nous, le Père Hamel, dans sa paroisse d'une commune communiste...
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Écrit par : Raphaël / | 12/03/2019

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