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23/02/2019

Agriculture aussi : le ‘doublethink’ de Macron

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Le projet 'EuropaCity' du duo Auchan-Wanda... soutenu par le Jeune Président qui affirme lutter contre l'artificialisatioon des sols

La méthode Macron est de valider “en même temps” des choses incompatibles… D’où la contradiction entre les mots et les actes, flagrante dans le domaine de l’environnement :


Dans le 1984 d’Orwell, le concept de ‘doublethink’, “doublepensée”, accompagne celui de ‘newspeak‘, “novlangue” : un idiome appauvri dont les mots sont équivoques. La novlangue d’aujourd’hui, diffusée par les médias et la classe politique, noie les réalités sous les périphrases préfabriquées et désoriente en changeant le sens des mots (p. ex. “confrontation” prenant systématiquement le sens – américain – d’“affrontement”) ; d’où quiproquos et manipulation... Mais pour l’instant, parlons de la doublepensée. Sa technique, explique Orwell, consiste à valider simultanément (“en même temps”) deux points de vue opposés, au mépris du principe rationnel de non-contradiction, ce qui inhibe l’esprit critique :

<< …Son esprit s’échappa vers le labyrinthe de la double-pensée. Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires, et croire à toutes deux… >>

Nous avons écouté ce matin la longue et brillante allocution du Jeune Président au Salon de l’agriculture. Comme son éloquence précise et fluide nous faisait du bien ! Comme il maitrisait ses dossiers !  Comme il réussissait à concilier le sérieux de l’économiste et la sensibilité environnementale ! Tout y était. Y compris le glyphosate, pour faire plaisir au consommateur inquiet et aux paysans bio. Y compris la résistance à l’artificialisation des sols. Y compris la recherche d’une voie qualitative, loin d’une compétitivité avec l’agro-industrie panaméricaine… Le Jeune Président connaît ces choses.

Alors pourquoi fait-il (ou plutôt : fait-il faire) comme s’il ne les connaissait pas ? L’action (de ses ministres et de son bloc de députés) contredit son discours. Une partie de ce qu’il a dit ce matin semblait emprunté à la Confédération paysanne ; mais les actes de M. Guillaume, de M. de Rugy et des élus LREM vont dans le sens contraire.

Deux exemples :

en 2017, M. Macron s’engage à faire interdire le glyphosate (cancérigène probable selon l’OMS) au plus tard en 2020… Mais en 2018, l’inscription de cette interdiction dans le projet de loi agriculture-alimentation est refusée. En 2019, M. Macron fait savoir que l’interdiction du glyphosate est reportée, une minorité d’agriculteurs “ne pouvant s’en passer”. Les députés LFI proposent que l’interdiction en novembre 2020 soit maintenue ?  C’est rejeté le 21 février par le bloc LREM, autour du député Moreau qui qualifie d’“idéologique” l’idée d’interdire le glyphosate !  Avant ce vote, M. Guillaume prononce un discours en pure langue-de-bois FNSEA : vouloir interdire le glyphosate, dit-il, relèverait du “dogmatisme” alors qu’il faut être “pragmatique”… Interrogés dans les couloirs, des députés LREM confient être assiégés depuis des mois par le lobby agro-chimique.

M. Macron se déclarait ce matin opposé à l’artificialisation des sols ? Chiche ! Près de Paris, le délirant projet EuropaCity, (bétonnage de 280 ha de très bonnes terres agricoles par Auchan et Wanda pour édifier une Babel des loisirs [*]) se heurte aux habitants, aux experts et aux tribunaux ; mais chaque fois le gouvernement le remet sur les rails. C’est arrivé en 2017 malgré l’avis négatif du commissaire-enquêteur : “projet peu compatible avec la notion de développement durable, par ses impacts sur le changement climatique, la destruction des ressources et l’atteinte à la biodiversité”. C’est arrivé de nouveau en 2018, malgré l’annulation de la zone d’aménagement par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.  “Personne n’ose prendre la responsabilité politique de dire non à Auchan et Wanda”, constate le président du Collectif pour le Triangle de Gonesse. Quel univers est donc celui où l’Etat n’ose pas dire non à Auchan ? C'est la Macronie, où les lobbies ont libre accès en vertu du “pragmatisme”. Le 26 septembre, le préfet du Val-d’Oise accorde le permis de construire d’une gare Triangle de Gonesse du futur Grand Paris Express : ce sera la gare d’Europacity. Le maire de Gonesse (seul maire à soutenir le projet Auchan) déclare officiellement : “Il s’agit du premier permis de construire qui conditionne le reste du projet.” Le 20 décembre, le préfet déclare EuropaCity “projet d’intérêt public”. Une nouvelle décision du tribunal administratif est attendue le 12 mars prochain.

Face au bloc Auchan-Wanda-gouvernement, existe le très solide plan B de l’association CARMA [**] monté par des spécialistes en agro-écologie, hydrologie, permaculture et aménagement, avec le réseau Biocoop, les Amap, France Nature Environnement et Terre de liens. Ce serait un “contrat de transition écologique” pour le secteur Pays de France où se situe le Triangle de Gonesse. Si M. Macron pensait réellement ce qu’il dit en matière de terres et de territoires, il donnerait (entre autres) sa chance à ce projet-pilote… 

 

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[*] 500 boutiques, dix hôtels, un parc aquatique, une piste de ski… Méga-ringardise à la mode d'il y a vingt ans.

[**] “Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine agricole” http://carmapaysdefrance.com/

 

 

EuropaCity est-il inexorable ?

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Commentaires

> Et si on appelait ceci, tout simplement: mensonge.
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Écrit par : Pierre Huet / | 23/02/2019

AUCHAN

> Auchan, Auchan ... voilà j'y suis, une famille de grande tradition catholique, c'est ça ? Peut-être alors le meilleur moyen d'arrêter le machin serait une montée au créneau fraternelle de la CEF via le SNFS qui leur ferait prendre conscience de l'énormité du péché qu'ils s'apprêtent à commettre. LOL.
Ou bien le pape pourrait leur envoyer un exemplaire dédicacé de 'LS'. re LOL. Ils l'ont évidemment déjà lue et n'y ont vu rien qui puisse remettre en cause leur business au service du développement humain.
Qui plus est, leurs économies financent à l'occasion la renaissance de telle chartreuse en ruine. Que demande le peuple.
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Écrit par : Bertrand / | 23/02/2019

EUROPACITY & BREAKDANCE OLYMPIQUE

> EuropaCity est une aberration à l'heure du rejet massif de tous ces centres commerciaux géants avec parkings, quasiment inaccessibles à pied, qui poussent comme des champignons aux abords de nos villes.
Ce règne de l'argent-roi ne se limite pas aux projets déshumanisants comme celui-ci. Pas plus tard que ce matin, j'apprenais que le "breakdance" deviendra... discipline olympique aux Jeux de 2024 à Paris. Sachant qu'il n'existe pas à ma connaissance de traduction française de ce terme, que cette danse acrobatique est née et s'est surtout développée à New York, qu'elle ne brille donc pas par son universalisme, la voir hissée à ce statut olympique démontre l'américanolâtrie du CIO et sans doute un fort lobbying des sponsors étatsuniens en coulisses... exactement comme le "beach volley" fut admis aux Jeux il y a vingt ans.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 24/02/2019

LES CAUSES

> La double pensée permet au pouvoir de récupérer le discours de son opposition quand celui-ci se prétend "mesuré", "raisonnable". C'est pourquoi on ne peut pas lui répondre par des discours du genre de "l'appel pour un nouveau catholicisme social". Il faut attaquer directement et nettement les causes comme la mondialisation libérale ou le productivisme.
J'apprécie pour cela Barbara Stiegler, qui pense que la réponse est de laisser les gens marquer leur différence localement :
https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/sadapter-le-nouvel-horizon-du-liberalisme
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Écrit par : Guadet / | 24/02/2019

TOP

> Le top de la hype se serait quand même une statue géante de Marlène Schiappa et Cyril Hanouna au cœur d'EuropaCity. Rien ne pourrait mieux symboliser l'essence du monde moderne (le palais de cristal de Dostoïevski/Sloterdijk).
Car leur monde, c'est bien ce palais de cristal, "quelque chose à quoi on ne pourra pas tirer la langue en douce ni dire mentalement 'merde'" selon 'Les carnets du sous-sol' (traduction d'André Markowicz, l'original dit: "faire un koukichka dans la poche", le "gesto delle fiche" italien). Pour le socle, ils pourront s'inspirer du projet de palais des Soviets des années 1930, à Moscou, qui devait remplacer la cathédrale du Christ-Sauveur, détruite (et reconstruite désormais). https://fr.wikipedia.org/wiki/Palais_des_Soviets
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Écrit par : Jean-Michel / | 24/02/2019

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