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18/02/2019

Vatican : sommet d'évêques contre les abus sexuels

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Un "sommet" d'évêques convoqués par le pape François se tient cette semaine au Vatican. Objectif : prendre partout des mesures concrètes pour la protection des mineurs, notamment face aux abus sexuels... Ce qui appelle une série de précisions :


À la clé : les enquêtes civiles qui ont établi, dans plusieurs pays, le grand nombre d'abus commis depuis plus d'un demi-siècle...  Deux questions structurelles se posent ainsi : 1. pourquoi le clergé attire lui aussi des prédateurs sexuels, chose monstrueusement incompatible avec la foi chrétienne ; 2.  comment des évêques ont pu couvrir ces actes pédophiles en escamotant leurs auteurs, "oubliant" ainsi la gravité des actes et de leurs dégâts humains.

Deux sortes de partisaneries déforment la vision de ce dossier :

Hors de l'Eglise, certains veulent voir la cause des abus sexuels dans le christianisme lui-même auquel ils prêtent une "négation de la chair" pourtant contraire à la pensée judéo-chrétienne fondamentale (même si des déviances sont allées dans ce sens au fil des siècles)... D'autres attribuent la pédophilie "au célibat sacerdotal" : ce qui n'a aucun sens, tous les criminologues sachant que la majorité des abus sur mineurs sont commis dans des familles par des hommes mariés.

Dans l'Eglise, deux extrémismes inverses déforment eux aussi la question : 1. le courant politically-correct attribue la pédophilie à l'absence de prêtresses dans le clergé catholique : affirmation elle aussi privée de sens, les deux questions n'ayant aucun rapport ; 2. le courant d'ultra-droite affirme : a) que les abus sexuels viendraient "du progressisme" voire "de Vatican II", grief inepte puisque des communautés traditionnelles ont vécu ce genre de cas ; b) que les actes pédophiles seraient "un effet nécessaire de l'homosexualité", ce qui est évidemment faux.

On sait aussi que des doctrinaires dénonciateurs du "lobby homosexuel" – et protecteurs d'agités ultras – peuvent ne pas être eux-mêmes d'une hétérosexualité galopante ; schizophrénie dont le milieu clérical n'a d'ailleurs pas le monopole, mais qui sera favorisée tant que ce milieu ressemblera à un club d'hommes. Comment le féminiser tout en maintenant la masculinité du sacerdoce ?  C'est le problème.

Prétendre éradiquer l'homosexualité dans le catholicisme (comme dans n'importe quel autre milieu) serait de toute façon une utopie. En revanche, la moindre des choses serait de faire appliquer concrètement – par tous les diocèses – la répression pénale et canonique des abus sexuels, principe édicté d'assez longue date par le Vatican. Se posent alors deux questions : 1. s'assurer de la lucidité et de la bonne volonté de chaque évêque dans le monde ;  2. entreprendre l'éradication (celle-là est possible) de ce que le pape François nomme "le cléricalisme", perversion du système clérical cherchant à se préserver lui-même au lieu de rendre justice à des victimes.

Le pape parviendra-t-il à donner cette impulsion générale ? Pour cela il a pris quatre collaborateurs : le jésuite Federico Lombardi, engagé dans la lutte contre la pédophilie ; le jésuite Hans Zollner, spécialiste de la question ; l'archevêque de Malte Charles Scicluna, agent papal n°1 dans l'action anti-pédophilie ; le cardinal archevêque de Bombay Oswald Gracias, premier prélat d'Asie à avoir alerté ses collègues ; et le cardinal archevêque de Chicago Blase Cupich, voix du pape aux Etats-Unis (donc bête noire des ultras des deux côtés de l'Atlantique).

On ne pourra empêcher des médias de maintenir que "rien ne se fait" et que l'Eglise "garde le silence" (bien que ce soit faux depuis longtemps). Ni empêcher les adversaires de l'Eglise d'utiliser contre elle le drame dans lequel elle s'était enfermée au fil du temps.. Mais on peut prier. On peut aussi s'informer et en parler autour de nous, pour aider le public à voir la situation comme elle est.

 

 

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Commentaires

Cher Patrice,

> où situez-vous le travail de Frédéric Martel dans votre typologie?
Dans ce travail papesque: débusquer le mal partout où il se transmet et propage au chaud des alcôves secrètes des pouvoirs en tous genres (sans jeu de mot), aucune question ne devra rester tabou.
Il ne faudra pas non plus se tromper de cible: c'est bien du coeur corrompu que vient le mal, non du corps qui au pire ne peut-être que malade, subissant le mal en victime, corps qui demande à être soigné, encore et encore, de la conception à la mort, parce que soigner les corps, à commencer par le sien, c'est honorer le Créateur, et vénérer l'icône du Dieu trinitaire, le temple de l'Esprit.
Sous cet angle, je vais volontairement choquer, mais il faudrait rouvrir la question de la condamnation de la masturbation, à mon sens mal nommée, puisqu'elle recouvre des pratiques bien différentes, sans faire la distinction justement entre prendre soin du corps que Dieu nous a confié, corps abîmé aussi par le péché, corps en souffrance, corps en besoins naturels, et développer des scénarii imaginaires destructeur dans lesquels j'utilise mon corps et autrui chosifiés comme objets de jouissance égoïste.
On retrouve cela notamment avec la pornographie, où sous sa dépendance des jeunes se retrouvent à avoir développé dans leur corps et leur psychisme de tels mécanismes de relation violente, que face à la personne qu'ils aiment dans la vie réelle, ils n'osent plus la relation sexuelle, par peur de l'abîmer et s'abîmer avec elle.
Se laisser guider par le sourire de la personne aimée, se laisser guider par le regard d'amour du Créateur sur soi, voilà je crois qui peut parle à l'intime de notre coeur et habiller de bel amour les gestes qui invitent à la jouissance.
Nous avons donc à éviter les écueils de la peur du corps comme du formalisme faussement rassurant.
Peur: on continue à trouver par ignorance une éducation chrétienne qui apprend à se méfier d'un corps qui ne serait pas nous, nous échapperait, à étouffer ses émois, à en faire le lieu de pulsions morbides (merci Freud)..., là où il faudrait travailler à éduquer nos intentions intimes pour les conformer à celles, ô combien désirables!, du Christ, Dieu fait chair, et chair sexuée, chair de désir, de faim joyeuse, de pleurs de deuil, de tressaillement de communion, de colères de vie, Dieu fait chair vibrante pour être donné jusqu'à consommation totale et parfaite.
Formalisme: des règles intrusives de bonne conduite sexuelle ont dispensé des générations de catholiques, et en dispensent encore, de s'interroger sur la bonté de leur vie relationnelle, sexuée et sexuelle, à partir du moment où "on suit ce que demande l'Eglise": on se rassure superficiellement et refoule pour en mieux transmettre les virus ce qui en nous n'est pas mis en lumière.
(On retrouve cela aussi dans l'Islam, et sous son influence, par effet miroir, beaucoup de catholiques identitaires, "anti-musulmans", empruntent de nouveau ce même chemin illusoire d'une conformité à la règle qui dispense d'interroger les coeurs).
Enfin, il y aurait beaucoup à dire sur la confession, où les questions intrusives de prêtres sur la vie sexuelle, des jeunes en particuliers, confine parfois à du voyeurisme, voire à un viol de la vie intime des personnes.
Il y a un côté inquisitoire (qu'on aimerait voir pour les questions économiques des dits "bons catholiques", mais là une fausse pudeur est de mise), qui est à l'opposé de l'Evangile, d'un Père qui ne laisse pas le Fils prodigue terminer la liste de ses piteuses excuses mais qui, voyant le coeur contrit de celui-ci, se hâte de le faire habiller du vêtements de la fête.
Si un jeune, une personne qui se cherche peut se tromper dans son chemin de vie affective et sexuelle, et donc qu'une saine pudeur du pasteur devrait être observée,- mise en retrait qui témoigne du caractère sacré de l'intimité d'autrui-, tout autre est le vice de qui utilise une personne en situation d'infériorité, de vulnérabilité, notamment en raison de la belle simplicité de sa foi (enfants, pauvres,...), pour assouvir ses fantasmes de toute puissance, et qui s'en lave les mains dans le secret du confessionnal pour mieux recommencer ensuite, en prenant en otage la miséricorde divine.
Pour cela le Christ n'a pas de mots assez dur: le fouet pour les marchands du temple, la pierre au cou et la noyade pour ceux par qui le scandale arrive. Face à ce type de situation, de confesseur pris en otage par un délinquant sexuel ici, on n'a pas à être plus indulgent que le Christ, parce qu'on n'a pas à être moins que lui du côté de tous les petits qui souffrent violence. Dans ce cas, les excuses du type "j'ai souffert dans mon enfance, j'ai moi-même subi cela,..." sont pour le psychologue, pas pour le confesseur qui est aussi pasteur d'une communauté. Redéfinir les tâches et compétences de chacun serait aussi grandement nécessaire.
Enfin pour ce qui est de la place des femmes: ne reproduisons pas dans l'Eglise les erreurs du monde économique et politique. Ce n'est pas en nous introduisant dans des structures de pouvoir qu'on changera les choses, mais c'est bien en renversant ces structures de pouvoir que l'on mettra à l'honneur les femmes, les petits, les humbles.
Que vienne l'heure du Magnificat, dans l'Eglise aussi!
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Écrit par : Anne Josnin / | 18/02/2019

MARIE

> Grâce à Dieu, cher Patrice, le déploiement encore à l’œuvre du dernier concile, dans sa reconnaissance de Marie comme Mère de l’Eglise, nous conduit, semble-t-il logiquement, à la féminisation de celle-ci, sans que soit remise en cause la masculinité du sacerdoce. Les Pères conciliaires étaient guidés par cette idée de ne pas séparer le Christ tête et le Christ corps, comme l’ont, par exemple, rappelé les intervenants aux dernières journées (9 et 10 janvier) de l’association des œuvres mariales, à Paris, chez les Lazaristes. Une idée qui plaide en faveur d’une réaffirmation du rôle et de la présence de la très sainte Vierge dans la vie de l’Eglise.
De ce point de vue, j’ai apprécié la communication de l’évêque accompagnateur de l’AOM, Mgr Jacques Habert, évêque de Sées, en conclusion de ces journées. Qu’il me soit permis d’en livrer un commentaire quelque peu orienté vers l’idée de faire davantage participer Marie à notre liturgie catholique - Mgr de Sées, me pardonnera (du reste, il a son droit de réponse chez PP !).
Ainsi donc, dans son intervention du 10 janvier dernier, l’évêque accompagnateur de l’AOM insistait d’abord sur la triple mission de l’Eglise qui apparaît dans Dei Verbum : 1/ d’annoncer l’Evangile : marturia/témoignage. 2/ de prier et célébrer : liturgia. 3/ de servir : diaconia.
Au fil de cette réflexion trinitaire, Mgr Habert notait que ces trois dimensions sont présentes dans le fort climat de joie du Magnificat.
Il notait aussi que la première Eglise, née au pied de la Croix, recouvrait cet aspect trinitaire : Marie donne son Fils au monde, à Bethléem ; Marie est proche de ceux qui souffrent ; Marie anime la prière en attendant l’Esprit de Pentecôte.
A partir de ces constatations, Mgr Habert, dans les pas de Mgr Ratzinger au concile, insistait sur l’importance de la mariologie pour mieux entrer dans le mystère de l’Eglise.
Et, de nouveau, il affichait trois points sur lesquels l’Eglise, peuple de Dieu, pourrait approfondir sa réflexion mariale.
Première piste : donner toute sa place à Marie « femme eucharistique », selon l’expression de Jean-Paul II dans « Ecclesia de Eucharistia ». L’eucharistie est « source et sommet de la vie chrétienne ». L’Eglise est corps du Christ dans l’eucharistie. Or qui donne le corps du Christ au monde, c’est la Vierge Marie, dans le mystère de l’Incarnation.
Deuxième piste : affirmer l’importance du corps sexué. Marie répond à l’appel du Seigneur dans son corps, par tout son être, âme, esprit, cœur et corps. La vraie grandeur christologique est que le corps a sa part dans la création rachetée par le Christ, et que ce rachat intervient grâce à la réponse totale de Marie, réponse qui l’associe au salut. Pour Mgr Habert, « la mariologie est une garantie de l’économie de la Rédemption » et ceci doit nous conduire davantage à « contempler Marie qui répond par tout son être ».
Troisième piste : affirmer l’importance de Marie dans la façon de gouverner l’Eglise. Mgr Habert affirmait le double caractère – marial et pétrinien – que devrait revêtir le service du peuple de Dieu. « L’Eglise est hiérarchique », un institutionnel très largement masculin, et « l’Eglise est mariale », notait l’évêque avant de résumer sa pensée d’une formule : « L’Eglise est la maison de Marie où Pierre habite ».
Sans doute vais-je trop vite en besogne, naïf que je suis. Mais il m’a paru que cette communication de l’évêque de Sées pourrait plaider en faveur d’une réforme concernant la place des femmes dans le témoignage, la liturgie et la diaconie de l’Eglise. Et que la réforme la plus souhaitable serait l’institution d’un diaconat féminin dont la mission serait d’affirmer tant la maternité de Marie sur l’Eglise que sa vocation co-rédemptrice. Concrètement, ce service pourrait se manifester, dans le cadre liturgique de la messe, par l’association le plus souvent possible d'un diacre féminin, d'une diaconesse à la doxologie qui clôt la prière eucharistique - le « Par Lui, avec Lui et en Lui ». Hors le cadre du Saint-Sacrifice, il me semble qu'une diaconesse pourrait par exemple être conviée à officier au Salut du Saint-Sacrement au milieu des fidèles... Et, bien évidemment, à participer le plus souvent possible, et avec autorité, à la gouvernance de la Barque de Pierre !
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Écrit par : D. Solignac (Denis) / | 18/02/2019

FAUSSE VISION

> Il me semble que les problèmes actuels tiennent certes au vieux réflexe de défense de l'institution (surtout pas de scandale public !) mais aussi à la vision plus récente, "mystique", du pardon en Jésus-Christ qui finissait par ne plus voir l'objectivité de la faute, qui enjambait la victime et ses souffrances, pour se précipiter vers l'auteur de la faute en le plaignant voire en faisant de lui la victime dont il fallait d'abord prendre soin. L'accueil du fils prodigue certes, mais s'il a mené une vie de débauche (sous entendu de désordres sexuels) quid de celles et de ceux dont il a usé et abusé dans ses débauches...souvent cela ne comptait pas dans les commentaires que l'on faisait de cette parabole. L'histoire de la rencontre du Christ et de Zachée est plus saine car elle inclut la réparation.
Dans vos commentaires, cher PP, vous avez une vision exclusivement masculine de la pédophilie et de l'éphébophilie. J'ai longtemps pensé moi aussi comme vous, mais j'ai été alerté par des personnes impliquées dans la justice et les services sociaux sur la place des femmes dans ces problèmes; les gestes pédophiles féminins plus fréquents qu'on ne le pense spontanément sont souvent couverts par la "maternité".
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Écrit par : B.H. / | 18/02/2019

LE NONCE


https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/02/18/une-deuxieme-plainte-deposee-contre-le-nonce-apostolique-en-poste-a-paris_5424864_3224.html

> Nouvelle plainte contre le nonce Ventura. Là encore, la main aux fesses aurait eu lieu chez Mme Hidalgo, mais il y a un an : le nonce semble être un aficionado de l'Hôtel de Ville.
Il serait bon que le sommet romain traite aussi de ces questions : que faire lorsqu'un clerc agresse sexuellement une personne majeure, homme ou femme, a fortiori de manière répétée comme c'est le cas pour Ventura ? Ces actes blessent le peuple de Dieu et privent l'Église de toute crédibilité.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 18/02/2019

HYPOTHÈSES

> Faut-il pleurer, faut-il en rire de cette histoire du nonce Ventura et de sa "proximité" avec le jeune personnel masculin de l'hôtel de Ville de Paris. En rire juste pour ne pas en pleurer. 'La Croix' rapporte d'une part que le nonce actuel au Canada, où Mgr Ventura servait avant de venir en France, n'a jamais entendu la moindre rumeur et d'autre part qu'il a subi début 2016 une lourde opération au cerveau (pour une tumeur non cancéreuse)qui avait un peu altéré sa personnalité (témoignages de personnes qui lui sont proches).
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Écrit par : B.H. / | 18/02/2019

COMPLEXE

> L'Eglise refuse le sacerdoce aux femmes au prétexte (que je ne conteste pas) qu'elles sont de sexe féminin. Mais pourquoi des homosexuels qui ne sont ni homme ni femmes ont ils donc accès au sacerdoce ? Quand l'Eglise arrêtera -t-elle d'accorder le sacerdoce sans vérifier sérieusement ce genre ( et le terme est approprié ) de choses ??

r.beaux


[ PP à r.beaux – Ce n'est pas par un prétexte (et encore moins par misogynie) que la faculté de célébrer l'eucharistie, définition essentielle de la prêtrise, est réservée aux hommes par les catholiques et les orthodoxes. C'est par un raisonnement théologique, fondé sur l'incarnation du Christ et la configuration du prêtre au Christ... Mais cette idée, déjà difficile aujourd'hui pour des catholiques et même des prêtres, est strictement incompréhensible pour le grand public : il n'y voit que machisme ridicule et discrimination, refus d'un "droit" aux femmes, etc. (Comme si célébrer l'eucharistie était un droit).
Cela dit, vous avez raison de souligner la contradiction. Si l'identité de genre (masculin en l'occurrence) avec la personne du Christ est considérée comme théologiquement nécessaire au sacrement de l'ordre, alors l'incertitude de genre (trouble de l'identité sexuée) ne doit-elle pas être un motif d'exclusion de ce sacrement ?
Débat complexe... ]

réponse au commentaire

Écrit par : r.beaux / | 18/02/2019

DOUBLE LANGAGE

> Ce qui est quand même le plus humoristique dans l'histoire :
C'est que des prêtres ou des prélats homosexuels quelquefois pratiquants et quelquefois pédophiles donnent des conseils de morale sexuelle aux jeunes couples catholiques. Qu'en pensez vous ? Faites ce que je dis et surtout ne faites pas ce que je fais.
A un certain moment il faudrait peut être sortir de
l'ambiguité non ??
Mitterrand disait que l'on ne sort de l'ambiguité qu'à son détriment.
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Écrit par : r.beaux / | 18/02/2019

DIPLOMATIQUE

> Je n'ai toujours pas compris pourquoi le Vatican refuse de faire comparaître les prélats convoqués au tribunal correctionnel de Lyon dans l'affaire Barbarin. Les déclarations de bonne intention ne semblent pas résister à l'épreuve des faits. L'Eglise gagnerait beaucoup en crédibilité à livrer les intéressés à la justice française. L'immunité diplomatique, loin de résoudre le problème, l'aggrave.
Soit qu'on m'explique, soit que la papauté joigne la parole à l'acte.
https://www.20minutes.fr/justice/2356491-20181018-affaire-barbarin-vatican-refuse-comparaitre-proces
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Écrit par : Cyril B / | 19/02/2019

@ Cyril

> Je n'ai pas suivi de près mais il me semble que d'une part à l'époque les actes étaient déjà prescrits, d'autre part le prêtre avait assuré à l'évêque qu'il était sorti de cela. Le jeune cardinal s'en était alors tenu là. Il faudrait aussi recontextualiser, il y a 17 ans personne ne parlait de la pédépholie comme maintenant ; c'était, on le regrette aujourd'hui, un sujet mineur. On est même dans l'attitude extrême opposée à écarter un prêtre sur une simple rumeur.
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Écrit par : franz / | 19/02/2019

@ Anne

> en général je vous suit assez fortement dans ce vous développez, mais là j'avoue ne pas comprendre votre aparté sur la masturbation. A l'opposé de la relation sexuelle qui comme le mot relation l'indique est dans le cadre d'une ouverture à l'autre, la masturbation est un renferment sur soi-même, c'est en cela qu'elle est mauvaise est condamnée. Et il ne s'agit nullement de prendre soin de son corps. Que je sache le corps n'a pas besoin sexuel naturel, la société peut essayer de le faire croire, mais là on entre dans le domaine de la croyance dans des fables.
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Écrit par : franz / | 19/02/2019

> C'est quoi cette manie des cathos de parler de masturbation ? Y a vraiment qu'eux que ça intéresse.
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Écrit par : Jules / | 19/02/2019

> Merci Franz pour votre réponse!
C'est le but de mon propos de provoquer le débat.
Pour tenter quelques pistes de réponses à vos objections.
Je ne suis ni médecin ni sexologue ni psychologue, pour autant il me semble que nos organes sexuels ne sont pas faits pour ne pas fonctionner.
Et sans doute, comme pour nos autres organes, comme pour le cerveau, le sommeil joue ce rôle de régulateur naturel où les contraintes de nos vies brident nos besoins et contraignent nos pensées.
Mais ils ont aussi besoin d'être accueillis dans notre vie consciente, quel que soit notre état de vie: refouler ce qu'ils nous indiquent par leur sensibilité fine sur qui nous sommes peut mener à des erreurs de discernement catastrophiques, et provoquer des souffrances et pathologies graves. On peut ainsi en arriver à épouser une personne qui ne nous correspond pas, faute d'avoir su entendre les signaux d'une sexualité mise à l'écart, considérée comme simple instrument soumis à la volonté. Or la sensibilité sexuelle de chacun est aussi unique que son visage. Mais nous sommes des rustres et nous faisons du mal, à nous-même et aux autres, par ignorance de qui nous sommes, et cela est insulte envers le Créateur, qui nous a fait chacun chef d'oeuvre.

Ensuite la société n'a pas nécessairement toujours tord. Elle est traversée d'idéologies diverses et de lobbies puissants, mais elle avance aussi dans la connaissance de l'homme. Il n'est pas interdit de nous y intéresser, même si c'est au risque de nous tromper, ce qui a d'ailleurs été le cas dans le passé.
Ainsi l'Eglise a dans ses discours sur la sexualité longtemps été influencée par des discours médicaux erronés, il en reste sans doute quelque chose de nos jours. Par exemple beaucoup de pratiques interdites viennent de l'idée qu'il ne faut pas perdre la précieuse semence masculine (longtemps considérée comme la seule, la femme n'étant que réceptacle, d'où sa mission purement passive, d'où son infériorité, ...). D'où aussi le fait que toute relation devait avoir pour but la reproduction, en période de forte mortalité infantile, où l'avenir de l'espèce humaine était fragile Etc etc
On peut relire le message évangélique à la lumière des connaissances d'aujourd'hui sur qui nous sommes comme homme et femme, en nous dégageant des croyances erronées et des problématiques d'hier.
Nous n'avons plus besoin de multiplier les grossesses pour nous assurer une descendance. Nous savons que la production de sperme se fait en surabondance, où le corps de la femme porte à maturité un ovule par mois. J'ai appris récemment par une amie scientifique que l'homme avait aussi un cycle, plus long que celui de la femme, et autres découvertes non encore portées à la connaissance du grand public,- peut-être au début d'une révolution pour la compréhension de l'homme masculin, de sa sexualité et psychologie?-
Le sens spirituel de ces caractéristiques physiologiques que nous découvrons aujourd'hui encore est aussi à interroger pour mieux comprendre nos vocations respectives.
Oui nous sommes faits pour la relation: je vous rejoins pleinement en cela. Nous avons aussi besoin de nous connaître et accueillir. S'aimer soi-même est le préalable à la charité.
Ou plus justement, se vivre aimé et se recevoir du Créateur, ce qui est encore plus nécessaire lorsqu'on ne s'est pas vécu accueilli et aimé, dans son corps qui est notre premier lieu d'échange avant la parole, par nos parents, pour x raisons (et une certaine éducation répandue chez les catholiques empêche cette expérience en bannissant l'affection et mettant la suspicion dans la tendresse et les câlins). Comment accueillir ce corps qui fait peur? Comment accepter ces organes sexuels trop souvent associés à des paroles et images obscènes, à des regards gênés ou déplacés? Ainsi, combien trouvent beaux leurs organes génitaux? Mais si j'en ai honte, s'ils me répugnent, s'ils éveillent de la peur, si je préfère les ignorer, comment puis-je les offrir à celui/ celle que j'aime? Comment puis-je en faire le lieu de l'éblouissement de l'échange?
Oui, mille fois oui, la sexualité est le lieu de la relation par le don des personnes, mais ce n'est pas automatiquement, mécaniquement lié. Je peux avoir des relations sexuelles avec mon partenaire sans m'ouvrir à lui, en gardant mon coeur fermé, comme je peux ressentir dans l'éloignement physique des élans d'amour pour lui qui m'ouvrent le coeur.
Et peut-être puis-je apprendre à accueillir mon corps, ses émotions, son langage, dans l'intimité de ma personne, à rendre grâce pour ce don de la vie qui me rend apte à la jouissance, dans le but de mieux pouvoir me donner?
Autrement dit, si il peut y avoir de la masturbation qui abîme l'homme dans des relations sexuelles formellement "dans les clous", je crois qu'il peut aussi y avoir un prendre soin de soi vécu comme préalable à la charité authentique. Il ne s'agit pas alors d'un acte parfait comme l'est la relation sexuelle, mais pourquoi ne pourrait-ce être un acte d'apprivoisement/ accueil, un acte de réparation par rapport à des blessures, un acte de préparation au don de soi?
Sans doute trouverez-vous que j'accorde beaucoup trop d'importance à ce non dit de nos intimités, mais justement, la morale sexuelle de l'Eglise telle qu'elle nous est communiquée en fait tellement quelque chose d'horrible, (n'oublions pas qu'elle a longtemps été considérée comme pire que le viol du fait de la perte de la semence), qu'il faudrait prendre autant de soin pour la réexaminer sans les a priori du passé.
Enfin n'oublions pas que la bonté des actes se trouve dans le secret des coeurs, appelés à être toujours plus généreux et plus droits, non dans un formalisme extérieur de gestes "purs".
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Écrit par : Anne Josnin / | 19/02/2019

À B.H.

> Sur la question de la pédophilie féminine, j'ai été amené, alors jeune avocat, à connaître d'une famille monoparentale dont la mère m'a avoué à demi-voix qu'elle couchait avec son propre fils depuis l'âge de 17 ans ; les deux étaient consentants. Elle m'a dit voir en lui le mari qui l'avait laissée tomber. Il me fallut plusieurs jours pour "digérer" le choc d'une telle confession, même s'il n'y avait ni agression ni viol (donc aucune infraction).
C'est vrai : une telle situation, bien que profondément immorale et désordonnée, choque moins qu'un père couchant avec sa fille. Les deux relèvent pourtant d'une même double logique pédophile et incestueuse.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 20/02/2019

à Philippe de Visieux,

> eh bien personnellement, je suis tout autant choquée dans les deux cas. S'il n'y a pas eu violence physique, il y a probablement eu manipulation psychologique et dans les deux cas d'inceste, paternel comme maternel, les enfants ainsi marqués auront beaucoup de mal à se reconstruire.
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Écrit par : Bernadette / | 20/02/2019

à Bernadette :

> Je suis tout à fait d'accord avec vous : il m'a fallu du temps pour me remettre de ces révélations.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 20/02/2019

St PIERRE DAMIEN

> Pour recentrer le sujet, le sommet sur la protection des mineurs s'ouvre ce jeudi 21 février. On fête ce jour saint Pierre Damien, grand soutien de la réforme grégorienne au XIe siècle face à des évêques et des clercs autrement plus dissolus qu'aujourd'hui. Un docteur de l'Église qui s'est particulièrement déchaîné dans son "Liber Gomorrhianus". Faut-il y voir un signe ? Une intention ?
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Écrit par : Valérien Kempf / | 20/02/2019

@ Jules

> Détourner quelque chose de sa vraie nature, de sa normalité, est littéralement une perversion.

@Anne

> je conçois bien qu'il y ait une phase découverte à la puberté, après évidemment l'adage dit que se connaître est force supérieure, mais bon cela peut (devrait ?) se faire avec son/sa partenaire. Vous évoquez aussi des pratiques réparatrices.
Je visais surtout ce faux axiome qui voudrait qu'il soit anormal pour un homme de ne pas avoir de sexualité. Cet axiome est construction sociétale qui veut en faire une obligation débouchant sur l'alternative partenaire ou masturbtion. Si on place sa vie sexuelle sous le regard d'une société érotisante, la solitude est difficile, si tel est le cas il faut changer de paradigme, la placer sous le regard de Dieu, le "problème" disparaît du jour même où l'on fait sincèrement cette démarche.
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Écrit par : franz / | 21/02/2019

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