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12/02/2019

Les interviews oubliées d’Hitler aux journaux occidentaux

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L’aveuglement délibéré de professionnels de la presse et de la politique occidentales, prolongé pendant huit ans ! C’est le sujet du nouveau livre d’Eric Branca, plein de révélations sidérantes :


Dans sa précédente enquête (L’Ami américain [1]), Eric Branca révélait la francophobie récurrente de Washington : inaperçue d’une majorité de Français qui ne veulent pas la voir, cette francophobie – historique, politique, économique et culturelle –  n’avait pas encore été étudiée. Sur Hitler, en revanche, les travaux d’historiens sont nombreux [2]., mais le nouveau livre d’Eric Branca (Les entretiens oubliés d’Hitler, Perrin) met au jour un angle inattendu et profondément dérangeant : l’aveuglement de professionnels de la presse et de la politique occidentales devant le programme hitlérien qui se réalisait pourtant sous leurs yeux. Dans ces cas-là l’optimisme est une “fausse espérance à l’usage des lâches et des imbéciles”, écrira plus tard Bernanos.

histoire,hitlerCes entretiens oubliés sont quinze interviews publiées de 1923 à 1940, pour la plupart dans les grands médias libéraux des deux rives de l’Atlantique : CBS, New York Times, New York Herald, Daily Mirror, Paris-Soir, Paris-Midi, L’Illustration. On y voit le Führer séduire ses interlocuteurs, hommes ou femmes, et ceux-ci entrer dans ses vues – tant ils veulent croire (comme disait la chanson de Maurice Chevalier) que “tout ça s’arrangera”… “Ils veulent croire et surtout faire croire à leurs lecteurs qu’Hitler dit la vérité quand il défend la paix. Et, faute suprême, évitent de lui poser les questions auxquelles il ne veut pas répondre”, souligne Branca dans son préambule.

Par exemple : interviewant Hitler en 1934 pour Le Matin qui tire à 400 000 exemplaires, le député Jean Goy (vice-président de l’Union nationale des combattants) dit vouloir empêcher les Français de céder à “je ne sais quelle panique démoralisante”. Moyennant quoi le chef du IIIe Reich assure aux lecteurs du Matin qu’eux et lui – anciens combattants donc pacifistes – ne veulent qu’ “imposer la paix au monde”.

Autre exemple : en 1936, Titaÿna (Elisabeth Sauvy, sœur d’Alfred) est envoyée à Berlin par Paris-Soir qui tire à un million d’exemplaires ; elle présentera à sa foule de lecteurs français un Hitler parlant benoîtement de “justice” et de “conscience humaine”

Après la naïveté.française, la naïveté américaine : par exemple lorsque le NY Herald (1934) publie un entretien dans lequel Hitler, au lendemain de la Nuit des longs couteaux, disserte sur la communication planétaire, l’interdépendance du monde des affaires et les risques de Wall Street.

Aux USA le business va plus loin que d’interviewer Hitler. En 1934, l’agence new-yorkaise Associated Press accepte la loi hitlérienne sur la presse (avec ses clauses judéophobes). AP devient ainsi la seule agence étrangère autorisée à travailler en Allemagne : et elle le restera pendant la guerre, diffusant dans le monde la version Goebbels des événements – accompagnée des clichés de deux photographes membres par ailleurs de la SS… Ces derniers prendront le contrôle du desk berlinois de l’agence après le rapatriement de son directeur américain en janvier 1942 ; AP-Berlin continuera ainsi (jusqu’en 1945) à envoyer à Life, au Washington Post ou au Chicago Tribune dépêches et photos, toujours signées des deux SS. Leur signature photo figurera encore en 1948 dans le numéro de Life sur le quatrième anniversaire du Débarquement !

Le livre d’Eric Branca foisonne en révélations de ce calibre. Il en résulte l’image d’un Hitler pionnier du viol des foules moderne, c’est-à-dire de la propagande (qui s’euphémise aujourd’hui en “communication”) : quand Hitler s’exprime dans la presse française après 1933, souligne Branca, “il prend bien soin d’exclure les journaux réputés d’extrême droite… Il préfère Le Matin, grand quotidien pacifiste, ou Paris-Soir, qui se proclame apolitique”. Pour s’adresser aux Anglais, il choisit le Daily Mail ou le Daily Mirror qui ont pour première caractéristique “d’être tirés à plusieurs millions d’exemplaires et d’être lus par des citoyens de toutes tendances”… Il sait quels ressorts actionner pour émouvoir, y compris à l’étranger. Et il connaît les rouages de la grande presse : toujours plus indifférente aux questions de fond, toujours plus hypnotisée par les personnages, elle est déjà prête à tomber dans le piège du people masquant les réalités. Cela donne, par exemple, ces lignes du Matin de 1934, qui seraient à leur place dans les portraits mièvres des médias de 2019  (s’il ne s’agissait en l’occurrence de Hitler) :  “Ses yeux sont d’un bleu tendre, d’un bleu lavé des cimes, d’un bleu innocent que seuls possèdent les tout-petits…”

Ce livre est redoutable : il nous instruit presque autant sur notre époque que sur le passé.

 

Eric Branca, Les entretiens oubliés d’Hitler, 1923-1940  –  Perrin, 301 p., 22 €

 

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[1]  ici, notes des 7-9-12/2017,

[2]  Ainsi les études récentes de Johann Chapoutot (Gallimard) recensées dans ce blog : La loi du sang, La révolution culturelle nazie, Le nazisme et l’Antiquité.

 

 

 

1936 : Paris-Soir présente l'article de Titaÿna (Elisabeth Sauvy)

histoire,hitler

 

11:17 Publié dans Histoire, Médias | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : histoire, hitler

Commentaires

AUJOURD'HUI

> Aujourd'hui ceux qui suspecteraient Hitler de vouloir annexer l'Autriche seraient accusés de "théorie du complot" par les chaînes d'info. Et ceux qui accuseraient Paris-Soir de courir après une interview d'Hitler (super-sujet de une) seraient accusés de "haïr la presse" ?
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Écrit par : Luça / | 12/02/2019

COMPTES

> Ce qui est ahurissant c'est l'irresponsabilité face à ces dérapages : un seul journal ou journaliste a t'il eu à rendre des comptes ? En tous cas voila qui ne va pas faire remonter la crédibilité des journaleux !

Stevenson


[ PP à Stevenson – Seuls les journalistes devenus collaborationnistes militants pendant l'Occupation l'ont payé de leur vie (quelques-uns) ou de leur liberté (un bon nombre).
Les autres, ceux d'avant-guerre, n'avaient fait qu'obéir au rédacteur en chef et à la loi du marché concurrentiel... ]

réponse au commentaire

Écrit par : stevenson / | 12/02/2019

"ÇA VA ALLER"

> C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui avec :
-le libéralisme heureux macronien
-les bouleversements liés à là bioéthique
-l’islam radical
Toutes ces idéologies sont portées par des représentants qui nous assurent que tout se passera bien alors que leur projet est terrible.
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Écrit par : Ludovic / | 12/02/2019

GENTILS

> ça rappelle les articles sur le gentil grand-père Khomeiny "assis sur son tapis au pied d'un pommier" tel un vieux sage pacifique à Neauphles le Château où les bobos du temps allaient le voir en pèlerinage.
- Ils allaient aussi y voir la demi-dingue ivre d'orgueil Marguerite Duras.
- et saint Petre Roman en 1990 ? ce grand démocrate "si bel homme" ?
- et ces aveuglements et pleurnicheries boboesques sur cet assassin homophobe, Che Guevara ?
- et le si gentil trafiquant d'organes Hachim Tachi ?
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Écrit par : E Levavasseur / | 12/02/2019

FRANCOPHOBIE U.S.

> Le précédent ouvrage de M. Branca était effectivement de haute volée. On ne peut que regretter que l'auteur ne présente la francophobie américaine que jusqu'à 1969. Or, la période post-gaullienne aurait sans doute montré dans le détail combien les présidents successifs ont détricoté l'héritage de l'homme du 18-juin, sans doute à la seule exception de la brève ruade de Chirac-Villepin en 2003.
L'Amérique voit le monde de manière manichéenne, jusqu'à la caricature : maintenant que la France est sagement rentrée dans le rang, elle n'est plus une source de problème pour la Maison-Blanche et le Département d'État.
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 12/02/2019

> Un site à visiter : www.pentecotedamour.com
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Écrit par : theo / | 12/02/2019

D'AUTRES

> Tandis que d'autres dénonçaient déjà la réalité comme Robert d'Harcourt voir en particulier son "Evangile de la force" en 1935 et ses premiers articles dès 1933!
L'idéologie a toujours fasciné les valets des honneurs et du pouvoir, le courage est une vertu d'exception, la clairvoyance une marque d'intelligence et la rareté de "l'esprit de résistance" (Serge Ravanel) la définition de notre époque.
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Écrit par : Albert E. / | 12/02/2019

ROOSEVELT

> Côté passivité des Américains, il n'y avait pas que la presse.Il faut mentionner la celle de Roosevelt face aux terribles informations venues de la Résistance polonaise par l'héroïque Ian Karski. Roosevelt n'a pas voulu changer d'un iota la conduite de la guerre pour, par exemple, couper les voies d'"approvisionnement" des camps de la mort allemands installées en Pologne occupée.
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Écrit par : Pierre Huet / | 12/02/2019

RETOUR

> De l'avis de ceux qui l'ont rencontré en tête-à tête, A. Hitler était un homme d'un abord chaleureux, convivial... .quelqu'un qui inspirait la confiance.
Cela me fait penser à un livre lu récemment, que l'on pourrait ranger dans la catégorie "uchronie fantastique", sous-catégorie "dans la tête du tyran" (il est écrit à la première personne) : 'Il est de retour', de Timur Vermes, paru en Allemagne en 2012. Traduit en français en 2014 et adapté au cinéma en 2015 (le film me semble être d'une grande médiocrité- je n'ai vu que la bande-annonce).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Il_est_de_retour : le 30 août 2011, Adolf Hitler se réveille dans un terrain vague à Berlin, vêtu d'une vareuse imbibée d'essence et, de fait, sans aucun souvenir de ce qui s'est passé depuis fin avril 1945. Après moult péripéties, où il découvre l'Allemagne de 2011 au travers d'un prisme "nazi" (je n'en dis pas plus), il décide de reconquérir le pouvoir, pour sauver l'Allemagne. En s'appuyant sur les moyens modernes de communication, et en se présentant comme ... Adolf Hitler (personne ne le croit bien sûr, sauf une personne âgée souffrant de démence sénile, ce qui n'empêche pas pour autant les autorités de lui accorder des papiers d'identité au nom de ... "Adolf Hitler, né en 1954").
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Écrit par : Feld / | 13/02/2019

DÉRIVES CATHOLIQUES

> “Ses yeux sont d’un bleu tendre, d’un bleu lavé des cimes, d’un bleu innocent que seuls possèdent les tout-petits…” C'est de la mièvrerie bien d'époque, qu'on retrouve aussi abondamment dans la propagande pétainiste, pour ceux qui ont l'occasion d'en lire (dans des publications d'époques comme les "almanachs de la Légion française du combattant" : c'est surprenant au départ de constater à quels points ces écrits sont farcis de mièvreries sur la vie de famille, les enfants... dans le même style que si dessus. (on s'attend plutôt à des choses viriles).

@ PP Vous évoquez assez les travaux de Johann Chapoutot, dans une de ces conférences diffusées sur Internet, il évoque quelque chose d'inquiétant sur le passé catholique et protestant allemand (et peut-être pas qu'allemand). Il parle de quelque chose de bien connu, le plan eugéniste nazi d’euthanasie des personnes handicapées et autres "malades mentaux". Ce qui est moins connu, dit-il, c'est que ce plan a largement été mené par des catholiques et des protestants. Il précise que les hôpitaux allemands, encore aujourd'hui, sont largement des hôpitaux confessionnels. Comment une telle horreur est-elle possible ? Johann Chapoutot explique que beaucoup de milieux chrétiens de l'époque, catholiques ou protestants, se sont laissés imprégner par l'eugénisme à la mode. Et comme rendre cela compatible avec le christianisme ? C'est très simple, il leur a suffit de considérer que si, l'Homme est créé à l'image de Dieu, ce n'est pas le cas des handicapés et autres "malades mentaux", qu'on peut alors euthanasier sans problème moral. L'historien prend l'exemple d'une "bonne sœur" allemande arrêtée en 1945 et accusée du meurtre de 2000 "malades mentaux".

AM


[ PP à AM :

– Chapoutot a raison de le faire observer.

– Pour l'Allemagne, on sait que Hitler lui-même avait eu une enfance "catholique" comme tous les petits Autrichiens (sauf ceux de confession juive). Ou que le juriste-idéologue Schmitt passait pour un grand intellectuel catholique ! (Aujourd'hui encore nombre d'intellos néoconservateurs en France invoquent sa théorie de la "désignation d'un ennemi" comme principe et fondement du politique, alors que le catholicisme met ce principe et fondement dans le "service du bien commun" : idée incompatible avec le concept de Schmitt).

– Pour les catholiques français : rappelons que l'idéologie eugéniste d'Alexis Carrel (membre du PPF sous l'Occupation : il avait alors la soixantaine) ne choquait pas la bourgeoisie catho des années 1930 à 1950. On trouvait son best-seller 'L'Homme, cet inconnu' dans la bibliothèque de toutes les bonnes familles...

A travers les siècles, les catholiques ont toujours été tentés de suivre les idéologies de l'époque plutôt que l'enseignement du Magistère. A chaque époque il faut qu'une petite minorité lucide signale la dérive et appelle à s'en extirper :
par exemple, en novembre 1941, le n° 1 des 'Cahiers du témoignage chrétien' ("France, prends garde de perdre ton âme") contre la dérive de Vichy – régime soutenu par nombre de catholiques – vers le nouvel ordre hitlérien.
Aujourd'hui, dans un tout autre contexte et sur des bases idéologiques différentes, une partie de la bourgeoisie catho rejette 'Laudato Si' par libéralisme ; voire, chez certains, par identitarisme. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Aurélien Million / | 13/02/2019

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