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06/02/2019

La Macronie finira-t-elle par menacer les libertés ?

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Paroles du président évoquant une mise au pas des médias... Procureurs agissant au nom de "la vie privée" de M. Benalla... Vote d'une "loi anti-casseurs" inutile et dangereuse... Tant d'arrogance s'explique par la nature du macronisme : 


 

Les trois faits se sont succédé en quelques jours. 

► 31 janvier – Devant une poignée de journalistes choisis (mais dont l'un parlera), Emmanuel Macron se met à penser tout haut. Il imagine un moyen de contrôler ce que disent les médias : "Le bien public c'est l'information. Et peut-être que c'est ce que l'Etat doit financer... Il faut financer des structures qui assurent la neutralité, la vérification de l'information, par une forme de subvention publique assumée..."  Le Monde (6/02) a la clémence de ne juger que "curieux" ce propos menaçant. Mais le rêve d'un contrôle d'Etat sur la presse française est incompatible avec les sévérités de M. Macron envers M. Orban, qui régente les médias hongrois.

► 4 février – Deux procureurs tentent de perquisitionner les bureaux du site  Mediapart : dans le cadre, disent-ils, d'une enquête ouverte pour "atteinte à l'intimité". Il s'agit de l'intimité de M. Benalla, dont on sait qu'elle est précieuse aux yeux de l'Elysée. Motif : la divulgation par Mediapart de l'enregistrement de la rencontre de MM. Benalla et Crase le 26 juillet ! Rencontre pourtant illégale (interdite par le contrôle judiciaire), et au cours de laquelle M. Benalla dit à quel point "le patron" (M. Macron)  le soutient et l'encourage ! Les deux associés font aussi allusion à un contrat qui les lie à un oligarque russe, contrat négocié alors que M. Benalla était encore l'homme de confiance de M. Macron à l'Elysée...  Il y a là de quoi intéresser les juges d'instruction. Pourtant, chose déconcertante, c'est objectivement en défense de M. Benalla qu'agissent les deux procureurs : et leur perquisition vise à "griller" la source de l'enregistrement de Mediapart. Ne serait-ce pas une atteinte à la liberté de la presse ?

► 5 février : les députés votent une loi donnant aux préfets le pouvoir d'assigner des gens à résidence les jours de manifestation en raison de leur "comportement" antérieur. Des protestations viennent de presque partout, et même d'avocats amis de M. Macron ! Ainsi Jean-Pierre Mignard : "C'est un pouvoir laissé à la discrétion des préfets, qui vont s'en remettre à des dossiers des renseignements territoriaux. L'autorité qui pourra prendre les mesures de restriction de manifestation ne contrôlera pas la valeur des infos sur lesquelles elle se basera pour prononcer ces mesures. C'est dangereux. Nous sommes face à un pouvoir qui laisse la porte ouverte à l'aléa. Or en démocratie on doit précisément tout faire pour restreindre l'aléa et avoir l'objectivité la plus complète..."  Ou François Sureau : "Peut-être un jour devra-t-on passer un permis de manifester qui ne sera délivré qu'à ceux qui auront fait la preuve de l'innocuité de leurs opinions et de l'excellence de ce 'comportement' dont parle le projet de loi..." 

 

Cette série de trois faits, survenant en rafale, montre une dérive de la Macronie vers l'arbitraire. S'en rendent compte même des membres de son groupe parlementaire : cinquante d'entre eux se sont abstenus lors du vote d'hier, pour les raisons indiquées par Sureau et Mignard. Si l'évolution autoritaire de l'Elysée est dénoncée par des dissidents du parti élyséen, c'est qu'il y a péril en la demeure.

Pourquoi cette évolution ? Mis en place pour accomplir à marche forcée un programme ultralibéral obsolète (servir les plus riches, privatiser à outrance, nécroser les services publics), le groupe Macron est rivé à l'idée que ce programme "économique" est la seule chose qui compte. Une telle certitude l'a mené à aggraver la fracture sociale et à créer une fièvre générale. Elle le mène maintenant à vouloir casser le thermomètre, en restreignant des libertés et en jugulant les médias. Ce n'est pas moi qui le dis, ni la droite (mère de cette "loi anti-casseurs" !) : ce sont des macronistes eux-mêmes, ceux du moins qui se souviennent d'être des élus et qui constatent la fièvre de leurs électeurs...  Mais parmi les députés ils ne sont que cinquante ;  les 257 autres croient encore que Jupiter les a placés sur l'Olympe  – un Olympe pour libéraux en folie.

 

 

 

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11:35 Publié dans Macron | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : macron

Commentaires

SCÉNARIO

> Emmanuel Macron vs liberté de la presse… pour moi, il n’y a pas photo ! le chef de l’Etat va droit dans le mur.
A moins qu'il ne soit tout simplement en train d'écrire le scénario de sa sortie : Emmanuel le démocrate vaincu par l'Internet facho… Pathétique !
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Écrit par : Denis / | 06/02/2019

> Finira-t-elle ?
C’est déjà fait
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Écrit par : Ludovic / | 06/02/2019

L'OR

> Autre information intéressante sur la déliquescence :

https://www.politiquemagazine.fr/economie/la-france-est-elle-en-train-dhypothequer-son-stock-dor/
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Écrit par : Ludovic / | 06/02/2019

CODE

> Le Code Jupiter, nouveau livre de Dany-Robert Dufour sur la macronie: http://editionsdesequateurs.fr/enLibrairie/Essais/LeCodeJupiter
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Écrit par : Raphaël R./ | 06/02/2019

SAISISSANT

> La Macronie est libérale. Le libéralisme ne peut que menacer les libertés parce que personne n'en veut. Il est d'essence totalitaire. Le Macronisme finira donc par menacer les libertés. Il a trop besoin de l'Etat comme tout libéralisme pour s'imposer, mais d'un Etat perverti qui n'est plus au service que d'une petite minorité dont le Macronisme est actuellement l'incarnation.
Ce qui est le plus saisissant PP dans ce que vous avez publié dernièrement c'est qu'on a le sentiment que celui qui nous tient lieu par défaut de Président vit en fait... dans la théorie du complot. On craint d'imaginer que tous ceux qui l'entourent également. On est loin d'une quelconque rationalité. Voilà qui n'augure rien de bon pour l'avenir.
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Écrit par : ND / | 06/02/2019

SUREAU ET COURSON

> Oui, bravo à Fr. Sureau pour affirmer ce que beaucoup en macronie ne voient pas ou ne veulent pas voir. Merci également au député Charles de Courson pour dénoncer cette présomption de culpabilité inscrite dans le projet de loi ; la référence à Vichy a pu faire "ricaner cinquante nains de jardin" (les députés LREM, dixit Sureau), mais elle était tout à fait pertinente.
Aujourd'hui, la macronie s'insurge du soutien apporté par un ministre italien aux gilets jaunes : intolérable ingérence. Elle oublie que Barack Obama s'était activement manifesté pour faire élire leur patron en 2017, vidéo à la clef le présentant téléphonant en anglais à son ami "Emmanuel". Mais là, bien entendu, il n'y avait pas eu d'ingérence...
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/02/2019

MATTHIEU ORPHELIN

> https://www.liberation.fr/politiques/2019/02/06/le-depute-matthieu-orphelin-quitte-le-groupe-lrem-apres-avoir-fait-tout-son-possible_1707784

Permettez-moi d'ajouter à votre analyse ce départ du groupe macroniste à l'Assemblée. Si ce député proche de Hulot affirme avoir fait, en vain, "tout son possible", cela montre bien que le gouvernement n'entend pas mener une transition écologique sérieuse.
Entre Laudato Si et 'business as usual', Macron a choisi son camp. Qu'il ne vienne pas ensuite faire de la com à la télé en vitupérant "make our planet great again". Paroles, paroles !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/02/2019

> PS: Très bonne image qui résume tout... M. Barbier sur 'c dans l'air' en devient parfois indisposant !
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Écrit par : Philippe de Visieux / | 07/02/2019

> Sur l'ultraviolence macronienne: https://www.monde-diplomatique.fr/2019/02/KEMPF/59541
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Écrit par : Raphaël R. / | 07/02/2019

LIPPMANN ?

> Macron et sa cour ne seraient-ils pas tout simplement des disciples de Walter Lippmann ? En tout cas la description qu'en fait Barbara Stiegler tendrait à nous le faire penser :

"Comment résumer la théorie et l'influence de Walter Lippmann ? Pour Lippmann (1889-1974), il n'y a pas de peuple constitué qui soit souverain, contrairement à ce que prétend la théorie de la souveraineté populaire. On a affaire à des masses, apathiques, hétérogènes, atomisées. Au lieu de le déplorer, il faut l'accepter et adapter notre manière de faire la démocratie à cette nouvelle donne. Il ne faut donc plus recueillir le consentement des masses, mais le fabriquer avec l'aide des médias (au sens large). D'où l'idée d'une place centrale de la communication et de la «pédagogie des réformes» pour faire accepter le «cap».(..) L'horizon eschatologique du néolibéralisme, c'est un monde entièrement mondialisé dans lequel la division du travail sera parfaitement répartie, où l'explosion des échanges et l'accélération des flux seront à leur maximum et la concurrence entièrement «loyale»."
http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2019/02/04/31007-20190204ARTFIG00235-il-faut-s-adapter-que-se-cache-t-il-derriere-cet-imperatif-omnipresent.php
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Écrit par : isabelle / | 07/02/2019

@ Ludovic (OR)

> Il se dit qu'il y a plus de titre sur l'or que d'or physiquement disponible... Intox ? Si vous voulez acheter de l'or, n'achetez pas un titre, mais exigez d'avoir l'or physiquement entre vos mains... Essayez, vous verrez l'exercice est beaucoup plus difficile et même vous verrez certains opposer un refus !
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Écrit par : franz / | 07/02/2019

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