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27/11/2018

Pourquoi M. Macron est inaudible

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L'injustice de ses mesures enrage toute une population : mais il n'en démord pas et parle d'autre chose, comme on l'a vu ce matin lors de son long et filandreux discours d'esquive – qui a encore accru la colère des "gilets jaunes" :


 

Alors que M. Hollande au même stade de son mandat en était encore à 29 % BVA, M. Macron tombe à 26 %. La majorité des Français "ne peuvent plus le voir", comme le disait il y a une heure la jeune manifestante bretonne sur le plateau de LCI.

Qui persiste à soutenir M. Macron ? Ceux que Bruno Amable (université de Genève) appelle le "bloc bourgeois" : la tranche sectaire des classes supérieures et moyennes supérieures, ces 10 % de  vrais  ultralibéraux partisans de supprimer les solidarités sociales [*] ; suivis de15 à 20 % de bourgeois moins sectaires, mais rivés à l'idée du changement pour le changement.

La révolte contre la politique Macron n'existe pas encore de façon substantielle sur le plan politique. Quant aux installés ("socialistes", "républicains" ou post-lepéniens tante-nièce), ils sont libéraux ou clients de lobbies libéraux : ce qui les condamne à parler contre les conséquences des principes qu'ils servent, posture trop visible pour ne pas les discréditer.

Mais la révolte existe dans les esprits. C'est ce qui explique, par exemple, que sur la bonne centaine d'interpellés des Champs-Elysées il n'y ait pas eu un seul militant d'ultradroite (ce qui ridiculise MM. Castaner et Darmanin) ; ni d'ultragauche non plus ! Tous étaient des Français normaux, d'âges et d'origines divers, montés à Paris pour hurler leur rage contre l'iniquité. Ils ont eu tort de casser des choses et d'en brûler d'autres : mais que ces Français sans histoires en soient venus à casser,  en dit long sur leur perception du pouvoir macronien.

C'est la perception exprimée par François Ruffin dans sa lettre ouverte à M. Macron (Libération 27/XI) :

“Vous êtes frappé d'hybris, la démesure des héros antiques qui se prenaient pour des dieux.... Votre hybris, votre démesure, ne vous est pas propre. Elle vous dépasse. C'est celle d'une classe qui s'est coupée du monde commun, qui s'est détachée de la nation. Celle d'une caste qui a vu sa fortune multipliée par sept en vingt ans, et qui néanmoins défiscalise, optimise, paradise, panamise, caïmanise, qui relègue l'intérêt général derrière celui des multinationales,qui cumule rachats d'actions, dividendes, golden parachutes et autres stock-options, et qui, en même temps, en même temps, sans honte, s'en va prôner au peuple des salariés, des retraités, de se serrer la ceinture, de faire des sacrifices. Bref, c'est celle d'une élite qui se place au-dessus de l'humanité, de ses lois, sur un Olympe pour nantis, et qui se croit tout permis. Vous êtes fous, collectivement fous. Je suis inquiet, vraiment. Pas pour vous, du tout, mais pour mon pays que vous menez à la folie. A bon entendeur.”

 

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[1]  parmi lesquels nombre de gens persuadés d'être catholiques – parfois même "les vrais catholiques" – alors qu'ils sont sourds aux appels de l'Eglise dans le domaine social..., et aux paroles du Christ contre : 1. le règne de Mammon, 2. le pharisaïsme, mélange de puritanisme privé et de cruauté publique (économique et sociale).

 

 

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12:33 Publié dans Macron | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : gilets jaunes, macron

Commentaires

LEÇON DE CHOSES

> Haikus (aïe coût !) politiques et autres leçons à tirer de l’intervention d’Emmanuel Macron :
- C’est la batterie qui est en danger, pas l’EPR de la nation.
- M. Macron a mis 18 mois pour faire payer les pauvres, dans les 18 prochains mois, ils seront payés de mots.
- Ouf, la fin du monde ne serait pas pour la fin du mois – ni pour les trois prochaines fins de mois !!!
- 58 minutes d’explications pour les gilets jaunes en « souffrance » (vous avez dit sous-France ?)… La chose politique, pour notre président poète, est avant tout une leçon de choses.
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Écrit par : Denis / | 27/11/2018

RUFFIN

> Tout cela est très vrai
Mais un peu naïf aussi (en particulier dans ce que dit Ruffin ): Macron a été placé là pour servir ce pouvoir hors sol, donc il est une marionnette servant un discours pour les défendre. Son but n’est pas vraiment de convaincre puisqu’il méprise le peuple. Son but n’est que d’exister, ou plutôt de faire croire qu’il existe.

Ludovic


[ PP à Ludovic – Je ne crois pas à la naïveté de Ruffin. Il joue le naïf tout en connaissant d'avance la réponse. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Ludovic / | 27/11/2018

L'EUROPE TELLE QU'ELLE EST

> Il faut ajouter ceci: ce que fait Macron, n'est que le programme économique de l'Union européenne. La gauche et la droite ont temporisé la mise en oeuvre des réformes voulues par Bruxelles depuis des décennies. Macron est passé à l'acte. Il est évident que si Fillon avait élu, il aurait fait peu ou prou la même chose.
On peut regretter que l'UE soit comme cela, mais elle est comme cela. Quiconque a étudié les institutions européennes, le droit communautaire européen et l'économie le sait.
A mon sens un catholique doit être du côté des pauvres. Or les pauvres votent contre l'UE, car elle ne leur apporte rien de bon: elle ne fait que détricoter le peu de protections dont ils bénéficient.
On nous dira: oui, mais la paix c'est important. La paix d'un côté, les pauvres de l'autre. Choix cornélien.
Quant à espérer que l'Europe change, elle ne changera pas. Tout simplement, car lorsque l'on s'intéresse aux débats démocratiques dans les autres pays européens, on voit bien que les préoccupations des Français pour la justice sociale, sont quasiment inexistantes ailleurs.
Le fait est que l'Europe a été construite ces dernières 30 années sur un gigantesque malentendu. Les Français, tout droit sortis de mai 68, votaient pour Mitterrand et le programme commun de la gauche au moment où le Royaume-Uni portait au pouvoir Margaret Thatcher. Or on a voulu faire l'Europe sur l'économie. Rien qu'à prendre ces aspirations diamétralement opposées, il ne pouvait rien en sortir de bon.
Si l'ensemble a tenu jusqu'ici, ce n'est qu'en raison très probablement, d'une classe politique qui n'a pas dit la vérité, et très probablement les hommes politiques français ont du vendre à leurs homologues européens quelque chose comme: de toutes façon les Français finiront bien par être d'accord.
Sauf que plus de 30 ans après ce n'est toujours pas le cas. Macron cesse de temporiser comme ces prédécesseurs et voilà le résultat. Ni plus, ni moins.
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Écrit par : ND / | 27/11/2018

TÉMOIGNAGES

> Commentaire d'un maire de commune rurale :
«Dans les ZEP, dans les grandes villes, on favorise des classes à 12 élèves.
Et puis nous, dans la campagne, quand on a 19 enfants dans la classe de la commune, ça ne suffit pas, on fait fermer l'école !?
Deux poids, deux mesures, deux vitesses.»

Ensuite une vidéo que je demande à PP de mettre en sujet sur le blog : un gilet jaune retraité de la mine à une députée LREM " On n'a jamais vu quelqu'un nous mépriser comme ça. Vous devriez nous servir, pas nous asservir"

https://www.youtube.com/watch?v=qJYZ-JRrT2Y
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Écrit par : E Levavasseur / | 28/11/2018

MANIPULATIONS

> ... sauf que comme d'habitude les manifestant se font manipuler par ... les forces de ministère de l'intérieur !!!
Un témoignage dont le gouvernement se passerait sûrement :
https://twitter.com/LarryLeChanceux/status/1067200444387246086?s=04
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Écrit par : franz / | 28/11/2018

RURALITÉS

> Cher P de P, je vous trouve injustement dur envers notre Président, dont la politique me semble parfaitement cohérente avec son parcours, sa formation, son âge...bref, il ne pouvait y avoir erreur sur l'homme et son projet au moment du vote.
Ceci dit, à titre personnel, j'ai du mal à me sentir solidaire d'une population rurale qui manque de m'écraser quand je circule en vélo dans le bocage, de me fusiller quand je me promène avec mon chien dans ce même bocage en automne - je ne parle même pas de promenade dans les Cévennes où une telle activité est suicidaire - entend disposer d'autoroutes à 4 voies y compris jusqu'au fond des vallées, magouille avec le maire pour se faire attribuer un permis de construire et goudronner un chemin de terre aux frais de la commune, refuse de comprendre que la municipalité ne puisse plus subventionner et le club de foot et le club de hand, et la liste est longue des charmes de la ruralité, comme on dit aujourd'hui.
Toute cette diatribe anti-ruralité étant exprimée, je ne méprise pas la tension que créent les 15 € supplémentaires du demi - plein de diesel pour un budget modeste.
Mais l'écart quant à la perception réelle du quotidien entre les technos et politiques parisiens (E. Philippe passait rarement plus de 24h au Havre quand il était maire, d'ailleurs son épouse travaillait à Paris) et les Français ordinaires (c'est à dire la très grande majorité des gens qui ont besoin de tirer la charrue pour rapporter du blé à la fin du mois) reste tel que toute transformation ne pourra se faire que dans les crises et la tension.
Allez bonne soirée à vous et à de nouvelles lectures sur les vilenies des businessmen catho de Cleveland, Philadelphie et Milwaukee - on est toujours mieux dans le bocage qu'avec ces types.
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Écrit par : Daniel Azan / | 29/11/2018

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