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13/11/2018

Jean-Marc Sauvé – vice-président honoraire du Conseil d’Etat – désignera et présidera la commission d'enquête sur les abus sexuels dans l'Eglise de France

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à la demande de la Conférence des évêques de France :


 

► À la suite de l’Assemblée plénière des évêques de France qui s’est réunie à Lourdes du 3 au 8 novembre 2018 et conformément aux décisions annoncées le 7 novembre, la Conférence des évêques de France a avancé dans la mise en place d’une commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique depuis 1950, de comprendre les raisons qui ont favorisé la manière dont ont été traitées ces affaires et de faire des préconisations, notamment en évaluant les mesures prises depuis les années 2000. Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’État, a accepté de prendre la présidence de cette commission dont il aura la charge de désigner les membres. Mgr Georges Pontier, président de la CEF, et M. Jean-Marc Sauvé se rencontreront prochainement pour préciser les objectifs de cette commission et étudier les moyens nécessaires pour son bon fonctionnement.

 

> Jean-Marc Sauvé, né  en 1949, fut vice-président du Conseil d'État de 2005 à 2018 et 2018. Il en est vice-président honoraire depuis. Il préside le comité chargé d'évaluer les candidats aux fonctions de juge à la Cour de justice et au Tribunal de l'Union européenne. Il est également président de l'Institut français des sciences administratives (IFSA). Il a présidé l'Association des Conseils d'État et des juridictions administratives suprêmes de l'Union européenne (ACA Europe) de 2012 à 2014.Il a été violemment attaqué par l'extrême droite en 2014 pour son approbation de "l'ordonnance Dieudonné" rendue par la section du contentieux du Conseil d'Etat.

 



Paris Notre-Dame, l'hebdo du diocèse de Paris, a publié un dossier complet sur la question de la lutte contre la pédophilie au sein du diocèse :: accueil, procédures, outils, formations... Des éléments essentiels pour comprendre comment, depuis bientôt trois ans, a été structurée et amplifiée la lutte contre ce qui constitue un drame.  Afin de favoriser une diffusion la plus large possible de ce dossier, il est directement accessible à tous sur le site du diocèse de Paris, dans la section consacrée à ce sujet. Chacun peut retrouver également dans cette section tous les liens et articles utiles, dont le mail de contact pour toute personne qui aimerait témoigner : signalement@diocese-paris.net

 

 

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18:13 Publié dans Eglises, Société | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : pédophilie

Commentaires

CONFIANCE

> En France ça ne traîne plus. Et le pape semble faire confiance aux évêques français plus qu'à certains de leurs homologues américains.
______

Écrit par : Christian Vandevelde / | 13/11/2018

LA FOI N'EST PAS EN CAUSE

> M. Jean-Marc Sauvé est-il catholique ? Pour un maximum d'objectivité, ce serait bien que non, qu'il se présente par exemple comme agnostique, même si on peut à la fois être catholique pratiquant et se dire agnostique.

Bégand


[ PP à Bégand - Je ne partage pas votre point de vue : il aboutirait à jeter le soupçon sur la foi catholique en elle-même, ce que ne fait (heureusement) pas encore le monde médiatico-politique. Dans le scandale pédophile ce n'est pas la foi qui est en cause : c'est le "cléricalisme", comme dit le pape.
A propos de la foi chrétienne : on ne trouve dans l'Evangile aucune complaisance envers le fauteur de scandale envers "les petits" ; il me semble que Jésus parle de lui attacher une pierre au cou et de le flanquer à l'eau. Dans le langage du Seigneur ce n'est qu'une allégorie, mais elle est parlante. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Bégand / | 13/11/2018

???

> En France, cela ne traîne pas depuis longtemps
En témoignent les 3 suicides de prêtres innocents.


[ PP à L. - Que voulez-vous dire ? Qu'il ne faut pas prendre de mesures contre les coupables ? ]

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Écrit par : Ludo / | 14/11/2018

à Ludo

> Les premiers chrétiens martyrs aussi étaient innocents.
Et si vous aviez eu un cousin victime, vous ne seriez pas porté à fermer les yeux sur la pédophilie.
______

Écrit par : Marie-Pierre / | 14/11/2018

DÉSESPOIR

> On a l'air de trouver normal que des prêtres du Christ se suicident.
Le suicide est l'acte du désespoir.
Depuis quand le prêtre a-t-il le droit de désespérer du Christ ?
______

Écrit par : D. Pronoveau / | 14/11/2018

à Marie-Pierre

> Vous avez raison, l'innocent accusé du crime du coupable peut devenir témoin du Christ qui est l'Innocent par excellence. Le suicide est un refus de cela. Mais il faut faire la part de la faiblesse humaine et de la miséricorde divine, bien entendu.
______

Écrit par : clerus / | 14/11/2018

@ PP

> En effet, il ne faut pas juger à l'avance de l'action de Jean-Marc Sauvé, qui est certainement un homme de devoir. On attend de lui une gestion intrinsèquement honnête, objective et rigoureuse à la tête de cette commission. Le fait qu'il ait la foi catholique, je l'espère aussi, devrait être une arme supplémentaire dans le travail qui l'attend. Le danger, trop humain, serait que son appartenance religieuse le fasse relativiser le mal qu'il doit combattre dans l'Eglise. En nommant M. Sauvé, la CEF a certainement voulu éviter, en connaissance de cause, une telle probabilité. L'affaire de la pédophilie dans l'Eglise a pris une ampleur si grande que tout doit être mis en oeuvre pour faire la lumière et, si possible, apporter réparation ; les évêques en sont très manifestement les premiers convaincus, - au nom d'abord de leur foi issue de l'Evangile.

Bégand


[ PP à Bégand - Pourquoi chicaner M. Sauvé sur sa foi alors que 'Le Monde' semble faire entière confiance à sa rigueur impartiale ? "M. Sauvé alllie une parfaite connaissance des rouages de la machine étatique et une réputation d'impartialité... L'Eglise catholique aurait difficilement pu trouver moins discutable", constate Cécile Chambraud dans l'édition datée du 15 novembre. Sans dissimuler que M. Sauvé faillit entrer dans la Compagnie de Jésus au début des années 1970, et qu'il préside la fondation catholique des Apprentis d'Auteuil. Comment ce qui ne paraît pas poser de problème à un grand quotidien d'information, poserait-il problème à des catholiques ? ]

réponse au commentaire

Écrit par : Bégand / | 14/11/2018

à Pronoveau:

> Le prêtre est un homme. Le désespoir est humain et il ne s'agit pas de droit... Votre expression est très maladroite. La souffrance balaie tout, noie tout. Elle vous écrase, vous broie, vous emporte, vous vide de toute substance et on arrive à un stade ou on ne pense plus, on subit et oui, a un moment, la mort apparait comme une solution pour que simplement cela s'arrête.
Le suicide de ces prêtres est une tragédie infinie mais dire que le prêtre n'a pas le "droit" de désespérer montre que vous ne connaissez pas vraiment la souffrance (tant mieux pour vous, vraiment). Mais de grâce, ne jugez pas. Priez plutôt pour ces jeunes prêtres, leurs familles et leurs paroissiens. Pensez aussi à Gethsémani....
udp
______

Écrit par : VF / | 14/11/2018

à VF

> Vous y allez fort en disant que qqn que vous ne connaissez pas ignore la souffrance. J'ai employé un mot mauvais que je regrette, "droit" était malheureux, mais si le prêtre n'imite pas le Christ portant le péché des autres, qui nous donnera le courage d'imiter le Christ ? Qu'un prêtre voie le suicide comme un refuge est glaçant car ce n'est pas un refuge pour le croyant.
______

Écrit par : D. Pronoveau / | 14/11/2018

à VF

> Vous avez raison, le "a-t-il-le droit" est très abusif. Une personne tentée par le suicide ne s'interroge pas sur ses droits ! M. Pronoveau a l'air de le reconnaître.
Mais votre "pensez à Gethsémani" me trouble. Gethsémani conduit Jésus à assumer la souffrance intolérable, pas à la quitter ? On ne peut pas s'empêcher de se poser la question.
______

Écrit par : Geneviève Bazin / | 14/11/2018

à Pronoveau:

> Désolé d'y être allé fort.
Le prêtre n'est pas le Christ. Il est un homme. Le suicide d'un prêtre interroge au plus profond de l'âme et de la foi mais les prêtres ne sont que des hommes et je crois que nombre de problèmes qu'ils vivent vient du fait que nous, les fidèles, les paroissiens oublions ce fait et laissons trop souvent nos prêtres seuls, au-dessus, inaccessibles ou sacralisés. Prêtres, ils sont aussi nos frères. Et ils vivent les mêmes affres que nous. A nous de savoir les entourer et les écouter.
Qui peut nous guider? Marie. Elle est Le refuge par excellence (cf le poème de Saint Bernard ou les noces de Cana).

A Geneviève: je médite souvent les mystères douloureux en pratiquant le rosaire et Gethsémani me parle beaucoup. le film de Gibson sur la passion du Christ en a éclairé un aspect, celui de l'humanité du Christ. Certes, il accepte la coupe mais quelle lutte et quel abîme au bord de Lui. Pour en être à demander aux apôtres de prier pour lui et de leur reprocher leur fragilité dans la foi (ils s'endorment!), c'est dire qu'Il a été à la limite, lui l'homme-dieu. Avant la souffrance physique extrême, il a expérimenté la souffrance morale et spirituelle extrême. Il en triomphe comme il triomphe de la mort mais il y a été. La fuite du jardin aurait été un suicide spirituel pour Lui. Et il a eu la liberté de choix. Croire que le résultat est écrit, c'est passer à côté du sens de ce moment, à mon avis.
Et je suis persuadé que Marie priait à ce moment là, ce qui a tout changé.
______

Écrit par : VF / | 14/11/2018

HALTE

> Peut-on éviter une vision du monde en noir et blanc ?
Ce que je dis n’est pas une manière de ne rien faire pour les victimes
C’est pour nuancer les propos sous entendant qu’on n’a rien fait
Il faut agir en protégeant aussi la majorité des prêtres tout en ayant la tolérance zero
Il y a là un enjeux aussi

Ludo


[ PP à Ludo - Halte. Je ne comprends pas le procès que vous faites aux évêques français dans leur action plus que nécessaire pour éradiquer la pédophilie, et je souhaite que ces propos cessent. Si vous tenez à persister, il y a d'autres sites pour ce genre de choses. ]

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Écrit par : Ludo / | 14/11/2018

PAS LE DROIT

> Merci à tous ceux qui commentent sans savoir les suicides récents de trois prêtres de ne jamais oublier que le suicide est un drame qui révèle une profonde souffrance et une profonde solitude et que personne n'a le droit de les juger.

MG


[ PP à MG - C'est pourquoi personne ici ne les juge. ]

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Écrit par : Michel de Guibert / | 15/11/2018

PESSIMISTE

> Je pense tout cela très bien pour rassurer tout le monde et sécuriser ce qui peut encore l’être
Mais on est en retard d’une guerre
______

Écrit par : Ludo / | 15/11/2018

SUICIDE

> Qu'un prêtre qui, aux dire de la police, n'ait commis aucun acte répréhensible, se fasse renvoyer au vert par son évêque, sûrement par peur de s'entendre reprocher de ne pas prendre suffisamment de précautions, puisse désespérer me semble plus que plausible ; mais je ne pense que ce prêtre ait désespéré du Christ, seulement de ce monde... D'ailleurs quel choix avait-il : d'une part qui ne dit mot consens, et d'autre part ne devait-il pas obéissance à son évêque ?
Je m'étonne que dans cette affaire personne n'ait parlé de tyrannie médiatique (ou en aurai-je loupé qq épisode).


Franz


[ PP à Franz - Ce prêtre a désespéré en voyant le juge d'instruction ouvrir une enquête préalable ; ce qui pourtant n'était que procédure inévitable puisqu'il y avait eu plainte. Mais la contradiction apparente entre cette mécanique d'instruction et le rapport négatif de la gendarmerie semble avoir plongé le prêtre dans le désarroi comme si elle équivalait à une condamnation, ce qui n'était pas du tout le cas...
Il serait trop facile de s'en prendre à son évêque (sur lequel un certain milieu s'est empressé de tirer à boulets rouges, parce qu'il est connu pour sa loyauté envers le pape François). Lui aussi n'a fait que suivre la procédure prescrite en pareil cas par la conférence épiscopale. ]

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Écrit par : franz / | 15/11/2018

"QUESTIONS JURIDIQUES"

> Votre article, à la fois factuel et intéressant, ouvre à toute une série de question juridiques, en droit français et en droit canonique. La première question est celle du statut de la Commission dans les deux droits. La seconde est celle de la compétence de la Commission en droit français pour traiter de cas anciens, au regard de la prescription acquise, et des risques d'actions en diffamation pour divulgation de faits prescrits. La troisième est celle de la compétence en droit canonique d'une Commission faisant œuvre d'enquête préalable, alors que celle-ci ne peut être actée (toujours en droit canonique) que par l'Ordinaire en respect de la procédure, avant décision d'opportunité des poursuites par la CDF en cas de "délits très graves" contre le 6è commandement commis par un clerc sur une personne mineure.
Je pose ici la question d'éventuels procès devant les tribunaux français et de recours (suspensifs) en droit canonique contre toute décision faisant suite à un travail d'enquête acté par cette Commission. Il faudra donc - dans les deux droits - qu'on nous précise le statut de cette Commission et l'étendue de son champ de compétence.
Le fait qu'ait été choisie une personne certainement très experte, prestigieuse et issue de la Haute juridiction administrative, ne change rien à la nécessité d'éclaircir ces points de droits relevant du champ pénal étatique et ecclésiastique.
On pourrait d'ailleurs se demander si l'objection de Mgr Christophe Pierre n'atteint pas par ricochet la constitution de cette Commission par la Conférence des évêques de France. Un risque réel existe, au-delà des questions de prescription des faits en situation de changement de lois (question épineuse même en phase de traitement des cas par la CDF qui a établi un droit dérogatoire de la prescription en 2010) : ce risque est d'abord de voir se constituer des entités juridiquement hors-sol et dont toute action inquisitoire serait contestable "ab initio". Un autre risque serait de voir s'opérer un tri sélectif parmi des cas anciens, en pleine connaissance des contestations auxquelles tel cas aurait donné lieu, alors qu'il aurait été mis à disposition du public dans des médias.
Par principe, je ne jette pas le discrédit sur une décision de notre Conférence d'évêques, mais à mon grand regret, ces questions et d'autres sont inévitables. En effet, pour prétendre à l'efficacité et à la justice, les louables initiatives accompagnées d'effets d'annonce conduisent nécessairement à réemprunter le champ légitime des DEUX droits, étatique et canonique.
Enfin, je rejoins la préoccupation du Pontife Romain François, qui entend traiter ces choses au plan de l'Église universelle (avec cependant quelques disparités visibles de traitement qui ont sans doute leurs motivations).
Peut-être, à notre époque de révision difficile voire pénible du droit canonique pénal, verra-t-on l'institution ecclésiastique, dans le respect du droit étatique mais aussi de sa compétence propre à l'origine de ses obligations et de ses droits, réinvestir le champ canonique comme authentique champ pastoral, suivant lequel l'autorité compétente punit lorsqu'il n'est pas possible par d'autres moyens, de "réparer le scandale, rétablir la justice, amender le coupable" (c.1341 /CIC).

Père Christian


[ PP au P. Christian - Merci de ces perspectives de réflexion. Il est certain que l'on entre dans un 'no man's land' juridique, et c'est sans doute regrettable. Mais on n'en serait pas venu là,
si l'Eglise depuis des décennies avait employé ses tribunaux à faire prompte justice ; quitte à modifier le droit canon pour que cette justice soit mise à jour et renforcée. L'Eglise s'est placée elle-même (par trompeuse routine et réflexes obsolètes) dans la situation où elle se trouve maintenant... ]

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Écrit par : Père Christian / | 25/11/2018

PRÉCISIONS

> Je rejoins tout à fait votre réflexion. Dans mon esprit, il ne s'agit pas de camoufler des faits odieux avec des arguties juridiques, mais d'assurer un procès équitable dans les deux droits en garantissant les droits de la défense ("audiatur et altera pars").
Sauf les principes fondamentaux de droit divin, l'Église a tout pouvoir pour modifier le droit ecclésiastique qui est réformable par nature, car il vise à traiter des cas, ce qui entraine le phénomène de la jurisprudence, ce qui à son tour permet de créer de nouvelles normes. Le Livre VI du CIC (le droit pénal) est en refonte depuis 2010...
Il faut savoir que des courants anti juridiques, allant jusqu'au mépris du droit canonique même révisé en 1983, ont ravagé l'Église catholique, en particulier des courants anti pénalistes, et ceci depuis des années. Nous payons tout cela.
Et qui parmi les clercs, en particulier les évêques, est un peu formé en droit canonique pénal aujourd'hui ? Et qui comprend qu'il faut former du personnel canoniste pour nos Tribunaux, en financer l'embauche, et surtout en respecter la compétence propre ? Et qui comprend qu'en ultime instance (c.1341) il faut parfois ouvrir une procédure pénale canonique en commençant immédiatement par l'ouverture d'une enquête préalable associée à des mesures conservatoires dès qu'une réunion suffisante et vraisemblable de faits parvient à l'Ordinaire ?
Tout cela est obligatoire en matière de pédophilie, sous contrôle de la CDF (Doctrine de la Foi), et se trouve dans les normes particulières de la CEF (Conférence des évêques de France) approuvées par la CDF (cf. CEF, Conseil pour les questions canoniques, Bulletin épiscopat n°60 du 30 septembre 2015).
Pour le droit français, je corrige une erreur que j'ai commise : depuis la décision n°2013-319 QPC du Conseil constitutionnel, l'art.35c de la loi de 1881 a été abrogé. L'exception de vérité et l'offre de preuves sont donc recevables s'agissant de faits prescrits et de diffamation.

Pour la nécessité plus générale de traiter les faits par le droit et non par l'émotion fût-elle compréhensible, je renvoie à l'excellent article du 14 septembre 2018 du P. de Puy-Montbrun, doyen honoraire de la Faculté de droit canonique de Toulouse, en ligne : [https://srp-presse.fr/index.php/2018/09/14/agressions-sexuelles-dans-leglise-seisme-et-effacement-du-droit/], Consulté le 26 novembre 2018.
Enfin, je me félicite de ce que le pape François commence à nommer des canonistes dans son C9 (probablement C6) et tienne à traiter la chose au plan de l'Église universelle et des normes réformables de son droit. La réflexion de Mgr Christophe Pierre est plus que pertinente.
______

Écrit par : Père Christian / | 26/11/2018

INCORRIGIBLE ET INEXCUSABLE CLÉRICALISME

> https://www.youtube.com/watch?v=PnHgECCTgxw

Je suis choqué par les déclarations de Mgr Bruno Grua, évêque de Saint-Flour, concernant la mise en examen du père Philippe Pouzet en septembre dernier ; ce prêtre est soupçonné d'avoir abusé de quatre enfants d'une même fratrie. Mgr Grua affirmait hier sur KTO que "les médias ont tendance de ce côté-là à ne pas trop nous servir" [17:00] avant de poursuivre, à l'endroit du prêtre pédophile en question (dont le prélat avait été informé des exactions il y a six ans, et qui n'a rien fait) : "peut-être, il y a six ans, aurais-je dû lui conseiller un psychologue" [23:30] avec un manque d'enthousiasme patent dans la voix, allant jusqu'à dire que sur "la manière de percevoir ces faits, on a évolué, on a bougé" (sauf que les mesures de l'épiscopat français contre la pédophilie remontent à maintenant... dix-sept ans !).
Quant à relever le père Pouzet de son ministère, Mgr Grua s'est dit "beaucoup plus réservé là-dessus", invoquant le principe de proportionnalité des peines, relever un prêtre étant à ses yeux "extrêmement lourd".
Et de conclure : "par rapport à ça, je ne sais pas ce qu'il faut faire... On ne peut pas non plus, à la première difficulté, même si elle est grave, jeter quelqu'un en pâture devant l'opinion, qui va le suivre pendant toute sa vie... Voilà : je sais pas." [24:30]

Je suis scandalisé par ces déclarations qui témoignent, une fois de plus, d'un mépris de la souffrance des victimes et d'une volonté de protéger coûte que coûte l'institution.
Non, Monseigneur, un évêque ne peut pas dire "je sais pas" devant un tel drame, et plus encore vouloir protéger ses prêtres pédophiles "à la première difficulté" - ce "même si elle est grave" est insupportable et inadmissible de la bouche d'un successeur des apôtres.
Avoir abusé d'une fratrie de quatre est un acte gravissime qui n'autorise pas ce "je sais pas".
Si un prêtre ayant agi de la sorte voit son image ternie à vie, l’Église doit-elle s'en émouvoir ? Ou s'émouvoir davantage du choc psychologique subi à vie par les quatre petites victimes ? Le seul regret de l'évêque est finalement de n'avoir pas conseillé au prêtre en question de consulter un psychologue il y a six ans.
Cet évêque me semble être davantage un disciple de Mgr Fort que de Mgr Blaquart. À entendre de tels faits, relever le prêtre en question de son ministère ne semble pas du tout être une sanction "extrêmement lourde", ce semble être le bon sens, et ce afin que ce clerc ne réitère son forfait auprès de nouvelles victimes. Relever un prêtre de son ministère n'est pas le défroquer : c'est simplement ne plus lui confier d'activité pastorale, en particulier au contact d'enfants et d'adolescents. Le sinistre père Preynat n'a ainsi plus de ministère mais il n'a pas pour autant été réduit à l'état laïc : il reste prêtre (pour l'instant).
Face à ces propos traduisant de manière éhontée "trompeuse routine et réflexes obsolètes", pour vous citer Patrice, prions pour ces quatre innocentes victimes : le Christ est avec elles.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 27/11/2018

@ Philippe

> C'est pourtant Mgr Grua qui parle de cléricalisme dans la Montagne :
https://www.lamontagne.fr/saint-flour/religion-spiritualite/cantal/2018/09/01/pedophilie-dans-leglise-une-prise-de-conscience-douloureuse-pour-l-eveque-de-saint-flour_12963048.html#refresh

Faites ce que je dis ... ?
______

Écrit par : E Levavasseur / | 27/11/2018

DROIT CANONIQUE

> Je viens de visionner la vidéo en question. Je ne connais pas l'affaire. Je vais partir des dires de cet évêque rapportant un seul acte sur personne majeure. Cependant, je relève les éléments suivants :
Je suis très gêné qu'on puisse dire que l'aspect juridique ne joue pas dans le cas d'une personne majeure. C'est faux en droit français et en droit canonique.
En droit français, l'agression sexuelle sur personne majeure est définie et réprimée par les dispositions du Code pénal art.222-22 et suivants. Elle peut avoir lieu avec contrainte, menace ou surprise. L'autorité de fait qu'exerce un prêtre est une circonstance recevable pour constituer la contrainte. Par ailleurs, la tentative de commission du délit est réprimée à l'art.222-31 du Code pénal. Cependant, les circonstances de commission du délit peuvent ne pas être claires (y a-t-il eu commencement d'exécution ? certaines juridictions ont cependant prononcé des condamnations pour la seule tentative). Bon, dans ce cas, il fallait au moins tout faire pour convaincre ce jeune de signaler les faits à l'autorité publique.
En droit canonique pénal, les dispositions du c.1395 ne permettent peut-être pas de réprimer cet acte. Il n'y a pas concubinage, ni persistance dans une faute contre le 6è commandement (sexuelle), ni faute avec un mineur de 18 ans (- de 18 ans selon les normes CDF) ni peut-être faute commise avec violence ou menace (les circonstances du cas doivent être éclaircies).
Mais dans le cas où on ne peut pas qualifier les faits selon le c.1395, il existe le c.1399, qui est la "voiture-balai" du droit canonique pénal (et qui fait hurler les civilistes, car avec ce canon on peut porter une peine non prévue par la loi). En effet, pour un acte non visé à la loi, l'autorité compétente peut punir eu égard à la gravité de l'acte et à la nécessité de réparer le scandale.
Bon, dans ce cas, et s'agissant de la violation externe de la loi sur personne majeure, l'évêque avait toute autorité (et lui seul) pour saisir le promoteur de justice (l'équivalent du Ministère public) du tribunal ecclésiastique compétent (en France ils sont provinciaux) et d'y intenter un procès pénal judiciaire, ou bien de porter un décret pénal administratif selon les formes prévues par le droit. Préalablement au procès judiciaire (par son tribunal) ou administratif (par lui-même), il pouvait ouvrir une enquête préalable et prendre des mesures conservatoires à l'égard de ce prêtre avant de lui infliger une peine par lui-même ou par son tribunal.
Je reste perplexe en constatant le fossé séparant la gravité des fonctions épiscopales et une pareille ignorance du droit, étatique et ecclésiastique.
Je reste perplexe aussi sur l'interprétation de la "paternité" et de "l'amitié" de l'évêque avec ses prêtres, car si le Concile énonce très chaleureusement les relations mutuelles, il fonde aussi le droit/devoir de punir dans l'Église sur le fait que l'Église visible et invisible est une seule, et que l'Église visible qui comporte des pécheurs en son sein, est par principe organisme et organe du salut et donc sainte, en analogie avec le Verbe incarné (Lumen Gentium n°8). C'est pour cette raison que la pénitence et parfois le régime pénal (pour fautes publiques et scandaleuses) sont coexistants et coessentiels à la nature de l'Église et à sa mission. Le droit canonique pénal permet donc à l'Église de rester elle-même dans la gestion des aléas et des tares plus ou moins graves qui se trouvent dans ses membres.
Au terme de ce post, j'ai presque envie de présenter mes excuses. Le droit pénal, étatique et ecclésiastique, n'est pas très sexy ni très rock n'roll. Mais c'est une discipline d'humilité et de service qui vise à poser des actes concrets et efficaces pour réparer le scandale, rétablir la justice, amender le coupable. Et il y a souvent plus de pastorale dans le droit que dans la pastorale elle-même...

Père Christian


[ PP au P. Christian – Ne vous excusez pas, Père, ce blog n'est lui-même ni sexy ni rock n'roll. C'est donc ton sur ton. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Père Christian / | 27/11/2018

À E. Levavasseur et au père Christian :

> Merci pour vos commentaires. À mes yeux, c'est ce "à la première difficulté, même si elle est grave" qui est inexcusable de la part de l'évêque : un crime, même unique, doit en effet donner lieu à une procédure. Un évêque ne peut ainsi tergiverser, faire preuve de nonchalance devant des sujets aussi graves.
Ajoutons que le père Pouzet vient aujourd'hui même d'être mis en examen pour viol aggravé sur quatre mineurs de quinze ans.
______

Écrit par : Philippe de Visieux / | 28/11/2018

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