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20/10/2018

1. "Progressisme-Conservatisme" : tango absurde

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Que recouvrent ces deux mots ?
du vent, des incohérences et des impostures :


 

La presse de ce matin nous explique que la campagne électorale des démocrates américains a fait le choix du “progressisme”. Que veut dire ce mot ?  Simplement que les démocrates renouent avec la défense du social (qui était évidemment le cadet des soucis de Mme Clinton). En quoi défendre le social contre le nouveau système serait-il “progressiste” ?  La presse serait bien en peine de le dire.

Le mot “progressiste” est en effet le parfum d’un vase vide : l’adjectif survit au substantif. Le dogme économico-politique du “Progrès” n’a vécu qu’un siècle et demi (1830-1980) avant de disparaître comme le bloc de l'Est, mais la classe politique continue à parler de “progressisme” parce que c’est un label. Que recouvre-t-il ?  Au centre-gauche (Macron, Clinton), un mixed marketing de néolibéralisme et de nouvelles mœurs. Un peu plus à gauche, une nostalgie du social – et c’est apparemment le ton de la campagne démocrate aux USA. Mais personne, nulle part et depuis longtemps, ne croit plus que le développement du mode de production économique fasse avancer l’Histoire jusqu’à nous émanciper des aliénations, ce qui était l’axiome du Progrès ! Donc plus personne ne croit au Progrès, sauf les dingues qui voudraient, eux, sortir de l’humain, et pour cela transfèrent sur la Technologie ce que les utopistes d’antan projetaient sur l’Economie.

Au mot “progressiste” on oppose classiquement un symétrique : le mot “conservatisme”.  Il était ambigu dans les années 1980 : pendant que le conservatism reaganien inaugurait la déstabilisation néolibérale du monde, les idéologues de la Nouvelle Droite française importaient le vieil oxymore weimarien de Konservative revolution (Spengler, Jünger etc) et tentaient naïvement de l’injecter à la droite parisienne… qui regardait en fait du côté de Washington. D’où l’ambiguité qui n’allait plus cesser et qui domine aujourd’hui à droite, où certains utilisent les mots de l'utopie “révolutionnaire-conservatrice” pour orner des programmes toujours aussi libéraux ! Ce que symbolise la présence de M. Beigbeder aux côtés des groupuscules “identitaires”. Ou celle du pôle financier Tim Busch derrière le réseau Burke-Bannon, qui dissout l’intégrisme catho dans un bain d'ultradroite à molécule néopaïenne.

Si le mot “conservatisme“ a repris des couleurs, c’est évidemment grâce à la loi Taubira et aux Manifs pour tous : les bonnes gens voulaient “conserver le mariage de toujours”, qu’ils voyaient mis en question par un camp politique invoquant le “progressisme”. Ce camp se disait socialiste. On allait donc “conserver le mariage” en se mettant sous l’égide de l'autre camp politique : celui de la droite... Les bonnes gens ne voyaient pas que le nouveau “progressisme”  de la gauche consistait à se jeter dans les nouvelles mœurs pour masquer le ralliement du PS au néolibéralisme économique ;  ni que les nouvelles mœurs étaient en fait un produit dérivé du néolibéralisme ; ni que le néolibéralisme était aussi l’idéologie de la droite, qui soutenait les bonnes gens comme la corde soutient le pendu.

En 2018 l’ambiguité continue à régner. Le boys*-band de l’ex-jeune droite garde la pose, un peu crispée, du prétendu rebelle ami des banquiers. Le mot “conservatisme” continue à désigner la défense simultanée des valeurs et du système qui dissout les valeurs, et à danser un tango absurde avec le progressisme-bidon. Combien de temps encore ?

 

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Commentaires

"LIBÉRAL-FASCISME"

> Il y a surtout aujourd'hui un libéral-fascisme qui a avancé dans notre société du spectacle, selon les opportunités, sous les fausses couleurs de nationalisme, populisme, socialisme, conservatisme, progressisme, démocratie, etc. Tous ces mots en ont perdu leur sens, ce qui permet de les désamorcer en tant que porteurs de force critique de la mondialisation néolibérale du marché. Certains peuvent être patiemment chargés d'une connotation fortement négative, comme nationalisme et populisme, au point de réussir à rallier même les anti-libéraux.
Pour sortir de ce piège, il faut les employer dans leur sens premier, positif, en ne dénonçant que le fascisme qui se cache derrière, le cas échéant. Par exemple pour le candidat brésilien qui est si nationaliste qu'il livre son pays à la mondialisation de la marchandise, et si populiste qu'il ne favorise que les riches. Il est autant national-populiste que Macron socialiste.
Ce ne sont pas les discours qui comptent, mais la politique menée. Le libéralisme mondialiste d'aujourd'hui peut être appelé fasciste parce qu'il installe un totalitarisme inhumaniste qui détruit l'homme et son environnement.
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Écrit par : Guadet / | 20/10/2018

BOURDIEU

> L'analyse de Pierre Bourdieu dans 'le Monde Diplomatique', datant de 1998 n'a pas pris une ride.
"L’essence du néolibéralisme :
Qu’est-ce que le néolibéralisme ? Un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur."
On peut cependant douter du remède préconisé. L'Etat "supranational", mis entre les mains d'idéologues risquerait fort de ressembler au modèle chinois. La maison commune pensée sur le mode 'Laudato si' offre davantage de garanties.
https://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/3609
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Écrit par : isabelle / | 20/10/2018

à Isabelle :

> L'analyse de Pierre Bourdieu est en effet intéressante à plus d'un titre, notamment sur l'essence du néolibéralisme et sur son caractère de religion de substitution ou d'utopie ("Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la 'free trade faith' (la foi dans le libre-échange)") ; aussi sur la paresse intellectuelle des politiques à qui l'on a "vendu" cette sorte magie ("hommes politiques conservateurs ou sociaux-démocrates convertis aux démissions rassurantes du laisser-faire")…
Je partage également vos réserves quant au remède proposé par Bourdieu : un Etat "supranational" voire "mondial", n'est-ce pas une autre sorte d'ogre - symétrique, peut-être ? - que le marché ?
Cette analyse et ses conclusions sont assez caractéristiques de certaines pensées : intéressantes et même pertinentes pour poser les problèmes, elles proposent souvent des solutions qui ne valent pas toujours mieux. Si j'étais moqueur, je dirais volontiers qu'il est des penseurs capables de nous mettre en garde fort justement contre Charybde pour ensuite nous inviter à mettre le cap sur Scylla.
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Écrit par : Sven Laval / | 20/10/2018

RELIGION CIVILE

> Idée dominante de notre monde après des siècles de développement philosophique et scientifique, le Progrès en est devenu la religion civile, au sens de référence et lien social communs. La trinité de cette religion, la Croissance matérielle, l’Uniformisation de l’humanité et le Dépassement des limites de notre condition a été portée par des systèmes différents. Si le libéralisme financier en est le support actuel, c’est suite à l’échec historique du socialisme, de l’écroulement de l’URSS sous son propre poids au délire vénézuélien actuel.
Fait anecdotique mais significatif, à Nowa Hutta, ex cité communiste modèle, l’Av Jean-Paul II traverse la Place Centrale Ronald Reagan.

Mais combien de catholiques, bourgeois ou non, de gauche ou de droite sont ils prêt à rejeter ensemble les trois faces de la Trinité progressiste ?
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Écrit par : Pierre Huet / | 22/10/2018

LES UNS ET LES AUTRES

> Je m’interroge sur la véritable capacité de nuire à l’Eglise catholique de ceux que nous regardons comme des « conservateurs » ou des « progressistes ». Je pense que nous devrions faire confiance à l’intelligence de la foi qui permet à la plupart des catholiques de se démarquer de ces blocs caricaturaux que sont principalement, en France :
- le clan « Baptisés de France »/« Témoignage chrétien », qui réunit les libertaires et anticléricaux en quête de commission sénatoriale ciblant l’Eglise ; en gros, la tendance Anne Soupa, laquelle n’hésite pas à affirmer que le christianisme est encore à naître, à venir, qu’il n’a pas véritablement commencé, bref que l’Eglise a tout faux ou presque depuis 2000 ans (entendue sur dominicains.tv, relayée par KTO…) ;
- et celle des tradis-intégristes du type Guillaume de Thieulloy (« Salon beige », « Riposte catholique » etc.) en tête de liste des anti-François populistes et capitalistes ciblant les mécréants de Vatican II, pour lesquels l’Eglise a atteint sa plénitude et défini à jamais son périmètre social, spirituel, liturgique avec saint Pie V et la Contre-Réforme catholique…
Si les uns et les autres font du bruit, il est évident qu’ils se rattachent à une autre époque et que le peuple de Dieu les regarde comme des anachronismes spirituels – anachronismes contre lesquels l’enseignement des cinq derniers papes suffit à nous prémunir.

Denis


[ PP à Denis – Attention : la formule sur le christianisme employée par Anne Soupa est une référence au livre du dominicain D. Collin 'Le christianisme n'existe pas encore', paru chez Salvator cette année. Livre percutant et souvent très discutable, mais qui provoque à la réflexion... même s'il "provoque" trop et si un certain passage m'a paru insoutenable. ]

réponse au commentaire

Écrit par : Denis / | 23/10/2018

PP:

> Pourriez-vous développer brièvement quant à ce passage svp? J'envisage peut-être d'acquérir ce livre. J'ai entendu le frère Collin ce matin à la radio, je n'ai rien entendu de "répréhensible" ou de choquant. Je regrette de ne pas avoir été à une des conférences qu'il a donné récemment. Comique cependant qu'il fustige les valeurs bisounours (tolérance, bienveillance, pacifisme, gentillesse,..) de certains chrétiens alors que bien de ses confrères (dit-on ainsi?) dominicains de Liège font du bisounours puissance 10 depuis des années...

Raphaël R.


[ PP à RR - Le mieux est que vous lisiez le livre en entier. Je ne veux pas sortir des passages de leur contexte... ]

réponse au commentaire

Écrit par : Raphaël R. / | 24/10/2018

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