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13/10/2018

Saint Paul VI et saint Oscar Romero

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La canonisation simultanée de Paul VI et de l’archevêque salvadorien Romero – assassiné en 1980 par l’oligarchie et la CIA – nous lance un avertissement solennel : ces deux nouveaux saints montrent la voie pour témoigner du Christ au XXIe siècle.


 
 

► Pape de juin 1963 à août 1978, ami de Maurice Zundel et de Jacques Maritain, Paul VI pilote le concile Vatican II dans quatre directions : rénover l’Eglise, re-concrétiser son rôle pour notre temps, appeler à l’unité des chrétiens (détruite par l’histoire), et donner de la substance aux relations avec le monde d’aujourd’hui. Après quoi il multiplie les initiatives d’avenir : de Jérusalem à l’Afrique et de New York à l’Amérique latine, il est premier pape – depuis Pie VII – à se rendre à l’étranger ; avec l’Ostpolitk et le dialogue Vatican-Moscou, il prend vingt ans d’avance sur l’effondrement de l’URSS ; avec l’encyclique Populorum progressio, il dépoussière et met à jour la pensée sociale catholique ; dans ses discours et ses lettres apostoliques, il jette les bases de l’écologie chrétienne [*] ; avec le document post-synodal Evangelii nuntiandi, il appelle tous les laïcs à vivre la foi pour s’en faire les diffuseurs :

« 41 – …Le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne, livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre mais également donnée au prochain avec un zèle sans limite, est le premier moyen d’évangélisation. “L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres — disions-Nous récemment à un groupe de laïcs — ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins”. Saint Pierre l’exprimait bien lorsqu’il évoquait le spectacle d’une vie pure et respectueuse, “gagnant sans paroles même ceux qui refusent de croire à la Parole”  C’est donc par sa conduite, par sa vie, que l’Eglise évangélisera tout d’abord le monde, c’est-à-dire par son témoignage vécu de fidélité au Seigneur Jésus, de pauvreté et détachement, de liberté face aux pouvoirs de ce monde : en un mot, de sainteté. »

Ce n’est qu’ainsi (souligne Paul VI au paragraphe 19 d’EN, que le témoignage chrétien pourra “atteindre et comme bouleverser par la force de l’Evangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le dessein du salut. »

Le pape Montini s’attire néanmoins la haine d’une fraction des catholiques occidentaux. Tirant prétexte d’une réforme liturgique appliquée ici et là de façon brutale ou erronée, des réseaux en firent le prétexte d’une campagne réactionnaire globale, recyclage de vieilles idéologies politico-religieuses. L’Ostpolitk, en particulier, révulse ces esprits d’ultradroite rêvant encore de guerre sainte contre les Rouges… Archaïsme et fanatisme font toujours bon ménage : le réseau crible Paul VI d’attaques calomnieuses. On assiste à une mobilisation montiniophobe : prélats de Curie frustrés, aristocrates romains en folie, “vaticanistes” de presse, pamphlétaires… Obligé de surenchérir sans cesse, le réseau finit par fabriquer un fake  à base (déjà) d’homosexualité : via l’affabulateur mondain Roger Peyrefitte et l’abbé-gourou (suspendu a divinis) Georges de Nantes, un prince romain lance une rumeur selon laquelle Montini archevêque de Milan aurait eu “une aventure avec un jeune acteur” ! Déjà les ingrédients de la campagne actuelle contre François, et déjà utilisés par le milieu intégriste… Mais dans le registre de l’abject, les désinformateurs de droite seront allés plus loin contre Paul VI.

“Les gestes de Paul VI balisent le pontificat de François”, souligne le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille. Paul VI est le pape le plus souvent cité dans les enseignements de François. Il est aussi le promoteur des assemblées consultatives d’évêques (synodes) dont François fait régulièrement usage. Intervenant pendant le synode sur la jeunesse, la canonisation de Paul VI s’accompagnera aussi de celle de Nunzio Sulprizio, jeune Italien du XIXe siècle que Paul VI avait béatifié en 1963 – pendant le concile – “avec la volonté de donner cette figure en exemple à la jeunesse pour le salut de cette société qui a besoin d’âmes fortes et intrépides”.

 

ps / La canonisation de Paul VI s’est attiré des commentaires grinçants dans la “droite catholique” française : que ce soit par idéologie ou par marketing, elle a décidément une manière non-chrétienne de se poser en catho.

 

__________

[*]   16/XI/1970, pour le 25e anniversaire de la FAO : « Mais la mise en œuvre de ces possibilités techniques à un rythme accéléré ne va pas sans retentir dangereusement sur l’équilibre de notre milieu naturel, et la détérioration progressive de ce qu’il est convenu d’appeler l’environnement risque, sous l’effet des retombées de la civilisation industrielle, de conduire à une véritable catastrophe écologique. Déjà nous voyons se vicier l’air que nous respirons, se dégrader l’eau que nous buvons, se polluer les rivières, les lacs, voire les océans, jusqu’à faire craindre une véritable « mort biologique » dans un avenir rapproché, si des mesures énergiques ne sont sans retard courageusement adoptées et sévèrement mises en œuvre. »

1971, lettre apostolique Octogesima adveniens  : « Brusquement l’homme en prend conscience : par une exploitation inconsidérée de la nature, il risque de la détruire et d’être à son tour la victime de cette dégradation. Non seulement l’environnement matériel devient une menace permanente : pollutions et déchets, nouvelles maladies, pouvoir destructeur absolu ; mais c’est le cadre humain que l’homme ne maîtrise plus, créant ainsi pour demain un environnement qui pourra lui être intolérable. Problème social d’envergure qui regarde la famille humaine tout entière. »

Juin 1972, message pour l'ouverture de la conférence de l’ONU sur l’environnement à Stockholm :  «Comment ignorer les déséquilibres provoqués dans la biosphère par l’exploitation désordonnée des réserves physiques de la planète, même dans le but de produire de l’utile, comme le gaspillage des ressources naturelles non renouvelables ; les pollutions du sol, de l’eau, de l’air et de l’espace avec leurs atteintes à la vie végétale et animale ? Tout ceci contribue à appauvrir et à détériorer l’environnement de l’homme au point, déclare-t-on, de menacer sa propre survie. Il faut enfin relever avec force le défi lancé à notre génération de dépasser les objectifs partiels et immédiats pour aménager aux hommes de demain une terre qui leur soit hospitalière.»

 

 

► Sur Mgr Romero, dont la canonisation nous rend tous heureux – surtout les mouvements populaires d’Amérique latine – et dont notre blog a très souvent parlé : cliquer ici (colonne de droite) son nom dans la fenêtre RECHERCHER.

 

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Commentaires

THÉOLOGIES DE LA LIBÉRATION

> Avec les canonisations de Paul VI et de Mgr Romero, c'est un peu la théologie de la libération qui est mise à l'honneur, une théologie dont on a médit, mais que même un pape comme saint Jean-Paul II respectait. Le discours chrétien est polarisé par la révolution intégrale, dans les corps et dans les esprits, et c'est ce que le pontificat de François est en train de montrer avec une évidence splendide. Ces deux canonisations seront un grand moment pour les catholiques.

Bégand


[ PP à Bégand - Il n'y avait pas "une" mais "des" théologie(s) de la libération. Celle qui dérapait dans le marxisme a été réfutée par le Vatican. Mais dans son document-clé de 1991 sur le sujet, le cardinal Ratzinger a souligné que le principe d'une théologie (économique et sociale) de la libération pouvait être bon à condition d'être irrigué par l'Evangile et non par une idéologie. Je recommande la lecture de ce document, aisément accessible sur le site du Vatican :
'Instruction sur la liberté chrétienne et la libération', Joseph card. Ratzinger, Congrégation pour la doctrine de la foi, mars 1986.
Rappelons aussi qu'à partir de 1990 le cardinal Ratzinger a aidé le Péruvien Gustavo Gutiérrez, père des théologies de la libération, à affiner ses concepts en union avec le Saint-Siège. Gutiérrez, octogénaire aujourd'hui, est dominicain depuis 1998. ]

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Écrit par : Bégand / | 13/10/2018

RATZINGER, MILBANK, PAUL VI...

> Merci pour votre réponse circonstanciée, et le conseil de lecture du cardinal Ratzinger, à quoi il faudrait sans doute ajouter l'encyclique "Populorum progresso" de Paul VI.
Je voudrais signaler pour ma part la notice du Dictionnaire critique de théologie (éd. PUF) consacrée à la théologie de la libération, notice que l'on doit au théologien John Milbank, et qui fait, malgré une vision assez personnelle, le tour de la question (en proposant en plus une vaste bibliographie).
Il écrit en effet :
"Le concile (et certains textes qui suivirent, ainsi la lettre 'Octogesima adveniens' de Paul VI au cardinal Roy, du 14 mai 1971) avait reconnu aux transformations sociales et politiques un sens plus grand que la théologie catholique officielle ne leur en attribuait communément, et avait insisté sur la dimension sociale du salut (cf déjà 'Catholicisme' de Lubac en 1938)."
Ainsi, il me semble que l'Eglise, et singulièrement avec Vatican II, a bien évidemment été toujours au centre des questions qui se posaient à cette époque (et se posent encore aujourd'hui), et a, comme c'est son habitude, voulu prendre parti sur la question sociale et la révolution, certes en rejetant le marxisme pur et dur et la violence, mais en acceptant cependant, comme le montre encore John Milbank, "certains schèmes marxistes".
Il en allait ainsi pour que la réflexion de l'Eglise, au plus haut niveau, fût la plus complète et la plus fiable possible, la plus universelle, sur une question essentielle.

Bégand


[ PP à Bégand – Selon Joseph Ratzinger lui-même, Marx voit juste dans son analyse critique du capitalisme (et c'est dans l'autre volet de son oeuvre que sont l'erreur et le danger : l'utopie de la société post-révolutionnaire, germe du totalitarisme. ]

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Écrit par : Bégand / | 14/10/2018

> http://www.lavie.fr/debats/chretiensendebats/francois-a-t-il-tue-oscar-romero-03-10-2018-93296_431.php
J'avoue ne pas comprendre la position de 'La Vie' : comment le pape pourrait-il "tuer" un authentique témoin du Christ en le canonisant ? Le commentaire de François Soulage est tout aussi incompréhensible : où est la provocation à canoniser en même temps Paul VI et Mgr Romero ? En quoi 'Humanæ Vitæ' serait-elle la source de cette "provocation" ?

PV


[ PP à PV - Cette saison, taper sur le pape sert à plaire à la fois aux intégristes d'ultradroite et aux progressistes de centre-gauche ! Mais ce n'est tout de même pas ça qui va susciter des abonnements aux magazines papier ; ils ont un bel avenir derrière eux. ]

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Écrit par : Philippe de Visieux | 14/10/2018

HÉSITANT

> 'Le Monde' est hésitant :
https://www.lemonde.fr/religions/article/2018/10/14/mgr-romero-et-paul-vi-qui-sont-les-deux-saints-controverses-canonises-par-le-pape-francois_5369194_1653130.html
Il n'apprécie guère que saint Paul VI ait condamné l'avortement, la pilule et le mariage des prêtres !
______

Écrit par : Phil / | 14/10/2018

À Bégand :

> https://socio13.wordpress.com/2008/11/02/le-cardinal-de-munich-reinhard-marx-publie-%C2%AB-le-capital-une-defense-de-l%E2%80%99etre-humain-%C2%BB/

À noter que le cardinal Marx est un spécialiste de son homonyme de Trèves ; lui aussi défend l'analyse déployée par Karl Marx dans 'Le Capital'.

PV


[ PP à PV - Son compatriote Ratzinger l'a fait avant lui ! ]

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Écrit par : Philippe de Visieux / | 15/10/2018

"SIGNAL FORT"

> J'en connais qui doivent être ravis : j'entendais il y a peu quelqu'un me dire qu'il avait encore entre la gorge la trahison de Paul VI avec Humanae Vitae!!
Par ailleurs je connais un ancien (et de l'époque) révolutionnaire salvadorien (toujours athée mais il s'est finalement éloigné de ce mouvement). Je me souviens avec quel ardeur il évoquait Oscar Romero...il me clamait mot à mot et avec intonation l'homélie prononcée peu de jours avant son martyre !
Pour les catholiques et les non catholiques, cette canonisation donne un signal fort !
______

Écrit par : TonyZ / | 16/10/2018

@ Ph. de Visieux et à PP :

> On pourrait dire en effet que le travail d'analyse de Marx était "scientifique", au sens où Althusser l'a écrit dans son "Pour Marx". Ce qui a manqué à Marx, c'est la tâche, évidemment très difficile, de construire un idéal sur les cendres du capitalisme. Or, la religion chrétienne n'est-elle pas là pour ça ? Marx a refusé la religion, et c'est dommage ; le rendez-vous a été manqué, sans doute parce qu'il était encore trop tôt. Ce rendez-vous devient aujourd'hui possible, et le cardinal Marx lui offre une ampleur insoupçonnée, après évidemment quelques autres tout aussi lucides et visionnaires que lui, comme Ratzinger (excellent auteur !).
Ceci est pour moi, par exemple, un fait important, et je suis revenu il y a quelques années au catholicisme (de Vatican II) grâce à cette constatation que j'ai faite que l'Eglise reprenait à la fois le discours alternatif et révolutionnaire de la gauche, et proposait les modalités complexes, mais néanmoins "abordables", d'un idéal eschatologique tout à fait fascinant.
______

Écrit par : Bégand / | 16/10/2018

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