Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/09/2018

Fulgurant : le missionnaire irlandais John O'Brien dénonce la "sale guerre" contre le pape

The Vigano Letter - a right-wing putsch against Pope Francis

Fr John O’Brien, Aug 30th, 2018 (Updated Sep 1st, 2018)

Fr John O'Brien.png

Un certain milieu clérical a tenté de prendre le pape dans un piège où il n'est pas tombé. Cette guerre va continuer car il s'agit d'abattre "l'Argentin" par tous les moyens. Le P. O'Brien, religieux spiritain irlandais, raconte comment et pourquoi :


https://www.indcatholicnews.com/news/35543

 

<< Qu’il y ait une opposition aux réformes du pape François parmi les mécontents (au sein de la structure de pouvoir cléricaliste en voie de lent effondrement) qui voient leur privilèges et leur importance creuse menacée par le désir du Saint Père de ramener l’Eglise à la simplicité de Jésus, ce n’est pas nouveau. Mais il semble que la nostalgie et la soif de pouvoir les ait fait descendre encore plus bas. Comment mieux miner le pape François et ses réformes trop nécessaires, qu’en l’accusant faussement de couvrir des abus sexuels ? Quel meilleur moment pour cela que son retour d’Irlande, pays meurtri par les récits d’abus sexuels dont les médias – soutenant par ailleurs  à bon escient le droits des victimes à la justice – semblent parfois trop désireux de faire usage pour tourner l’Eglise en dérision à n’importe quel propos ?

L’archevêque Carlo Maria Vigano, ex-nonce aux USA, a écrit une lettre bourrée de mensonges et demi-vérités visant à saper l’autorité du pape François en l’impliquant faussement dans la honte de l’ex-cardinal Theodore McCarrick. Stratégiquement lancée le second jour de la visite du pape en Irlande, la lettre affirmait que des dizaines de responsables d’Eglise haut placés avaient dissimulé les griefs contre McCarrick. Elle accusait François d’avoir négligé ces griefs. Et elle l’appelait à démissionner pour “donner le bon exemple aux cardinaux et évêques qui ont couvert les abus de McCarrick”.

L’objectif réel de cette lettre, et des machinations qui l’environnent, est indubitablement de pousser le pape François à la démission : mais pas pour les raisons invoquées. Le groupe qui est derrière la lettre vise à bloquer le programme de réformes du Saint-Père, afin de récupérer le pouvoir intangible, les privilèges et le favoritisme que ce groupe s’octroyait à lui-même. Mêlée de revendications idéologiques, la lettre [signée Vigano] signifie un putsch contre le pape François.

Interrogé par les journalistes lors d’une conférence de presse à bord, le 26 août, lors du vol de retour à Rome après la visite de deux jours en Irlande, le pape François leur a dit : “lisez attentivement le texte [Vigano] et faites-vous votre propre jugement”. “Je ne dirai pas un mot à son sujet, a-t-il déclaré : je pense que ce texte parle de lui-même, et vous avez assez de compétence journalistique pour en tirer les conclusions… Quand un peu de temps aura passé et que vous aurez vos conclusions, peut-être parlerai-je.” Et il a ajouté : “Mais j’aimerais que votre maturité professionnelle se charge de cette tâche.” On peut seulement espérer qu’une recherche du vrai prenne le dessus sur la tentation de faire du sensationnalisme aux dépens d’une Eglise de plus en plus fragile en dénigrant le pape, alors qu’il souhaite que tout ce qu’il y a de prétentieux et d’égocentrique dans les structures de gouvernance de l’Eglise soit remplacé par quelque chose de plus évangélique, de plus simple et de plus priant, au service de ceux qui souffrent.

Vigano n’a pas tort de dire que le cardinal Angelo Sodano, longtemps secrétaire d’Etat de Jean-Paul II, et qui fut un ferme supporter de la dictature meurtrière de Pinochet, fut un protecteur de l’ex-cardinal (limogé) McCarrick. Vigano affirme bizarrement – et faussement [1] – que le pape François aurait levé des sanctions contre McCarrick qui auraient été prononcées par le pape Benoît. Le titre tendancieux qui a lancé cette fausse information affirme : “Un ex-nonce accuse le pape François d’avoir échoué à agir contre les abus de McCarrick”. Au contraire, le pape François a assurément agi. C’est lui qui a exclu McCarrick de tout ministère en juin 2018 [2]. Certains rétorqueront que McCarrick a démissionné : mais cette démission n’a pas été volontaire [3], comme on peut aisément le vérifier.

Un point-clé des étranges allégations de Vigano, est d’affirmer que le pape Benoît a prononcé des sanctions contre McCarrick. Il affirme : “Le cardinal devait quitter le séminaire où il vivait ; célébrer (la messe) en public lui était interdit, ainsi que de prendre part à des réunions publiques, de donner des conférences et de voyager ; le tout assorti de l’obligation de se vouer à une vie de prière et de pénitence.” Au contraire : sous le pontificat de Benoît, McCarrick célébrait la messe en public et prenait part à des réunions au Vatican. Si, comme l’affirme Vigano, le pape Benoît avait prononcé ces peines, il ne les avait visiblement pas appliquées. Il continuait à recevoir McCarrick, à lui permettre de célébrer publiquement la messe au Vatican, et même de concélébrer avec lui lors de consistoires [4] ! On pourrait à la rigueur supposer (simple supposition) ou bien que le pape Benoît n’était pas informé des accusations contre McCarrick, ou bien qu’il les tenait pour infondées. Mais aujourd’hui, selon la reconstruction de l’histoire opérée par Vigano, ce serait entièrement la faute du pape François…

Vigano semble obsédé par l’homosexualité et accuse nommément des prélats de soutenir des efforts pour “subvertir la doctrine catholique sur l’homosexualité”. Un récent article de James Alison (Homosexualité dans le clergé – Tablet, 1er août 2018) a ouvert une exploration majeure de ce domaine. Certains évêques sympathisant avec les thèses exprimées par Vigano parlent des personnes homosexuelles avec une telle agressivité qu’on peut se demander s’il ne faut pas y voir une forme de haine de soi sous un masque de pouvoir institutionnel. Plusieurs cardinaux américains ont publié des déclarations rejetant les allégations de Vigano. Le cardinal Joseph W. Tobin s’est dit “choqué, triste et consterné” de leur vaste ensemble, en ajoutant que “les erreurs factuelles, les insinuations et l’idéologie de la peur” contenus dans ce “témoignage” ne pouvaient être considérées comme contribuant à guérir les rescapés des abus sexuels.

Lancez assez de fumier et il en restera collé : le tissu de désinformation de Vigano laissera des traces, spécialement tel qu’il a été présenté par des journalistes à la recherche de titres sensationnels, qui ne prennent pas le temps de se poser des questions de base ou de faire les recherches qui mèneraient au vrai – omettant ainsi d’entreprendre des tâches fondamentales comme le recoupement ou l’examen des questions soulevées par un texte comme celui de Vigano. Joshua J. McElwee (National Catholic Reporter, 26 août) met au jour quelques faits pertinents qui demandent une investigation sérieuse :

Vigano dit qu’il doit soulager sa conscience maintenant. Pourquoi maintenant ? Pourquoi n’a-t-il pas dit un mot publiquement, ou au moins parlé à la conférence épiscopale quand il participait à ses sessions ?  Pourquoi pas alors ?

Si, comme il l’affirme, McCarrick avait une telle influence sur François, comment Vigano explique-t-il ses conflits avec les évêques argentins au sujet du Fr Carlos Buena, fondateur de l’Institut du Verbe Incarné ? Quand ces évêques, sous le leadership du cardinal Bergoglio, ont refusé d’ordonner les séminaristes de l’Institut du Verbe Incarné, McCarrick est allé le faire [en Argentine]. En décembre 2016, Carlos Buela a été déclaré coupable de dépravation sexuelle entre adultes par un tribunal du Vatican.

► Le cardinal Mc Carrick n’a rien à voir avec le choix de l’évêque Blase Cupich comme archevêque de Chicago, ni celle de l’archevêque Joseph Tobin à Newark. Si ces sièges majeurs ont été pourvus sans l’assentiment du nonce Vigano, c’est le signe de ce que le pape François pensait de son jugement   – avant même ses récentes, tristes et fausses accusations.  […] 

L’archevêque Vigano a-t-il réellement le profond souci des victimes d’abus sexuels de prêtres ?  C’est douteux si, comme on le dit dans le Minnesota, il a bien encouragé l’évêque auxiliaire Lee Piche à détruire des documents relatifs à l’enquête sur l’archevêque John Nienstedt. Espérons que cette accusation sera tirée au clair.

L’archevêque Vigano a servi comme ambassadeur du Vatican à Washington de 2011 à 2016. Ce mandat de cinq ans a commencé et fini dans les controverses. Rétrogradation déguisée en promotion, il avait été envoyé [à Washington] dans le tumulte du premier scandale des “Vatileaks” à Rome. Vigano était le numéro 2 du gouvernement de la Cité du Vatican ; son éloignement aux Etats-Unis fut perçu comme un désaveu de son ambition de devenir président de la Cité du Vatican et élevé au cardinalat.

Quand Vigano est arrivé aux Etats-Unis, il a été perçu comme une voix du conservatisme. Dès ses premiers mois, trois évêques, généralement vus comme des “culture warriors[5] agressifs, furent nommés respectivement aux archidiocèses de Baltimore, Denver et San Francisco. L’écrivain conservateur George Weigel le qualifia alors de “meilleur nonce que nous ayons eu depuis longtemps”. Dès ses 75 ans il fut immédiatement mis à la retraite.

Les journalistes qui voudraient savoir d’où vient la lettre de Vigano feraient bien de revisiter le discours de Noël 2017 du pape François à la Curie. Le Saint Père y souligne que la Curie doit agir par esprit de service, ou de “priorité diaconale” selon ses termes, afin de suivre les pas du Christ qui se fit esclave pour notre bien. Sans ambages, le pape ajoute qu’une minorité au sein de la Curie ne voit pas les choses dans cette lumière “diaconale”. Il mentionne d’abord ceux qui partagent une “logique de complots déséquilibrée et dégénérée, ou de petits cercles qui représentent en fait un cancer menant à l’autoréférentialité”. Il décrivait un deuxième groupe comme “ceux qui trahissent la confiance et profitent de l’Eglise maternelle”, “qui s’autorisent la corruption de l’ambition ou de la vaine gloire, et qui, lorsqu’ils sont délicatement déplacés, se déclare faussement martyrs du pape non-informé”. Il soulignait qu’une Curie “fermée sur elle-même trahirait sa raison d’être et tomberait dans l’autoréférentialité, se condamnant elle-même à l’autodestruction”.

La lettre de l’archevêque Vigano, publiée le dernier jour papal en Irlande, paraît fabriquée pour dévaloriser le pape François en l’affaiblissant publiquement, au moment où il tente d’envoyer un message très différent. L’ex-employé mécontent, énervé et peu fiable, apporte en réalité l’exacte confirmation du diagnostic de François sur le problème majeur parmi la hiérarchie, spécialement dans la Curie romaine : le cléricalisme et le carriérisme. Vigano tire avantage des divisions dans l’Eglise américaine à propos des “guerres de cultures” [5] et du pontificat réformateur de François : débats attisés par certains médias catholiques pour des règlements de comptes personnels.

Mais ce n’est pas un simple éclat individuel. C’est le prétexte et le fer de lance d’une attaque concertée contre le pape François. Les ennemis de François lui déclarent la guerre. Robert Mickens, de La Croix International, écrit : “Dans cette affaire Vigano joue un personnage mais il s’agit en réalité de tout un groupe de gens. Quel est le mobile derrière cela ? Abattre le pape François par n’importe quel moyen. Ils essaient de le prendre dans un piège. Et François n’y tombe pas.”

Quiconque a lu les encycliques du pape François, l’a entendu prêcher, a observé sa simplicité et sa totale immersion dans l’esprit et le cœur du Christ, sait qu’il désire – et œuvre pour – une Eglise plus simple, plus sainte et plus transparente, qui soit aux côtés des pauvres. Cela ne fait pas le bonheur de ceux qui ont gagné en pouvoir, en prestige et en privilèges dans les structures d’Eglise dans le passé récent, et ils ont le soutien de riches éléments politiques de droite qui cachent sous la bannière du catholicisme une idéologie extrêmement réactionnaire.

Ce sera une sale guerre, mais pour la mener les ennemis du Saint Père et de son désir de rendre l’Eglise à la simplicité de Jésus devront recourir à toujours plus de mensonges et demi-vérités. Dans ce processus ils révéleront, involontairement, toujours plus sur leurs machinations. Au bout du compte, ce sera reconnu même par ceux des médias qui sont consciemment ou non hostiles à l’Eglise. Le renouveau de l’Eglise peut faire un grand pas en avant quand le château de cartes s’effondrera : ce qu’il fera sans aucun doute.

 

 __________

[1]  Sur la fausseté de cette accusation : voir le dossier exhaustif de l’affaire, établi par Andrea Tornielli de La Stampa. Version anglaise en lien dans ma note d’hier. La traduction française est en cours.

[2]  Le pape a agi (au nom de la tolérance zéro de ce crime) dès que l’archevêque de New York ait publié dans la presse la révélation d’un acte pédophile de McCarrick. Jusque là ce dernier n’était accusé “que” d’actes homosexuels entre adultes : certes incompatibles avec les engagements d’un prêtre, mais qui ne sont ni un crime ni un délit dans les démocraties occidentales.

[3]  Pas plus que celle des évêques du Chili.

[4]  Comment Benoît XVI aurait-il pu faire cela si McCarrick avait méprisé ouvertement son interdiction de célébrer en public ?  Pour croire possible une chose pareille, il faudrait étrangement mépriser Joseph Ratzinger. Ou ignorer le droit canon : chose compréhensible de la part d’un non-catholique ou d’un catholique très récent, mais pas de la part de catholiques de longue date…

[5]  “Culture warriors” :  terme difficilement transposable en français, culture désignant les comportements identitaires des multiples tribus censées composer la société.

 

 

Pour en savoir plus sur la congrégation missionnaire du Saint-Esprit (les "spiritains") :

http://www.spiritains.org/

claude-francois-poullart-des-places-et-les-spiritains-de-la-fondation-en-1703-a-la-restauration-par-libermann-en-1848-la-congreg.jpg

11:48 Publié dans AVEC LE PAPE FRANÇOIS | Lien permanent